Le dur et le doux

Alpes

J’ai longtemps cru que je devais être un peu en marge dans mon inextinguible besoin de douceur. Je me trompais.

J’ai découvert que nous étions tous des assoiffés de mer calme, paradoxalement toujours plongés dans des océans en pleine tourmente. J’ai découvert que la vie est toute cristallisée, et que sa promesse de doux se brise contre les rochers abrupts d’une réalité bien pleine, bien ancrée, bien enracinée dans l’essence d’une solidité escarpée. Je ne sais pas bien pourquoi, alors, règne en nous ce besoin de flots tendres et de caresses de vents tièdes, quand l’âge adulte nous hurle d’avancer en tombant. Peut-être que ce paradoxe est une des clés de la nature humaine, finalement, une sorte de besoin de danser alors que tout de nous se fracture.

J’ai mis beaucoup de temps à comprendre que de nos chagrins naissaient nos forces, et qu’à gratter nos blessures, nous faisions naître du beau. Je suis toujours émerveillée et presque perplexe de voir à quel point ceux qui savent répandre le doux sont précisément ceux qui ont des ecchymoses cachées. Il n’y a pas d’artiste heureux, ou pas beaucoup ; ou alors, des artistes médiocres, ça oui, j’en connais des très heureux. Mais de grands compositeurs, écrivains, acteurs, scénaristes, chorégraphes, poètes, j’en vois peu (pour ne pas dire aucun), qui fût pleinement heureux et loin de tout tourment. Plus que jamais, nous vivons dans un monde où l’on nous fait croire en un idéal de quotidien heureux, harmonieux, tout de douceur et de réussite. Mais cet idéal est faux, brumeuse chimère, insaisissable vapeur, et je finis par croire que c’est mieux ainsi. Je n’abdique pas en laissant libre cours au malheur, et refuse toujours à l’enfer de prendre place ici, en cet endroit même que j’espérais règne de cieux roses. Je dis simplement que les cieux roses ont aussi leur nuées, et qu’à trop vouloir ne pas être triste, ne pas être écorché, ne pas être bousculé, ne pas être abîmé, ne pas être contusionné, on finit par ne pas être entier.  Et je finis par embrasser l’assurance que ceux qui répandent la douceur sont les plus fracturés. J’ai décidé de vivre en paix avec le dur, pour ce qu’il laisse affleurer de doux.

Salade de millet aux légumes de printemps (parce que le petit pois est photogénique)

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Parmi toutes les choses que j’aime faire dans la vie, figure en bonne place (environ à mi-chemin entre regarder un vieux film avec ma tasse wall-E, et faire tenir une cuillère sur mon nez) (c’est tellement drôle) la consultation de blogs de cuisine. Souvent, cela surprend autour de moi, parce que je suis loin d’être une papesse affichée du croquant-gourmand. Au contraire même, je ne suis pas très fun à recevoir, parce que je ne mange pas de saucisson, ni de moutarde, ni même de Monster Munchs, rendez-vous compte. Et, si, à une époque, j’ai pu passer des heures à expérimenter des recettes comme une Marie Curie en plein travail sur le polonium, j’ai depuis cette année confirmé ma préférence pour une vraie simplicité du repas quotidien. C’est là une affirmation toute relative, j’en conviens, parce que nous avons chacun notre conception de la simplicité. Disons que revenir à mes propres bases est mon équilibre actuel au milieu d’un sujet dans lequel nous sommes rares à être parfaitement sereines et équilibrées. Bref.

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Pour autant, regarder des blogs et des livres de cuisine a toujours un effet apaisant sur moi. Je trouve ça vraiment beau (et tellement cool) de faire quelque chose d’artistique en partant d’une affaire si prosaïque qu’est l’ingestion alimentaire. Je regarde toujours ces pages avec une vraie distance amusée et fascinée, et je me demande si l’Homme pourrait également faire naître un jour des photos, des articles, des blogs, sur d’autres besoins physiologiques quotidiens. Le sommeil par exemple – un blog sur les mille façons de dormir est un concept auquel je tiens beaucoup, et j’ai totalement confiance en son apogée un jour.
Ce qui m’intéresse d’autant plus est de voir la vraie variatio qui s’est installée dans ce milieu. Les blogs se sont développés au fil des personnalités par milliers qui ajoutaient leur grain (de sel) sur la toile, et selon les besoins des uns et des autres, totalement différents. Besoin de cuisine utile, besoin d’histoire qui va autour, besoin de retrouver un univers, besoin de conseils pratiques quotidiens, besoin d’art visuel… Comme tout bien culturel, ils se sont diversifiés. Je parle là pour ceux qui ne les connaissent pas trop : en vrai c’est tout un monde sous l’océan avec des calèches de plancton et des palais ciselés dans du corail. (Celui qui dit que je regarde trop La Petite Sirène a gagné.) Je pourrais vous parler de mes préférés, si vous voulez.

En attendant, j’ai vu un peu partout fleurir des assiettes avec des légumes de printemps. Je me suis alors souvenue que nous étions en juin, et qu’il y avait là un bon prétexte à photographier vite les plus beaux légumes du monde, j’ai nommé les petits pois. (Vous me feriez manger n’importe quoi pourvu qu’il y ait négligemment posé sur le côté des tas de cosses de petits pois frais offrant leur vert tendre au spectateur) (sauf du saucisson, ça vraiment, non, même.)
Il y a du millet, parce que c’est mon addiction du moment, le millet, c’est sans gluten, c’est rassasiant, c’est vitaminé, c’est délicieux, c’est merveilleux, le millet, votez pour le millet. Et puis du citron et de la menthe, parce que le petit pois aime ça.Millet-légumes-de-printemps-2 (Sinon, je porte un gilet, parce que j’ai fait cette série de photos avant que le ciel ne se décide à tomber dans ce soudain état de grâce. Je me dis que le verdoyant de l’image rattrape l’atmosphère « saison printemps-été 2016 » du visuel.)


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Salade de millet tiède, petit pois, asperges, courgettes crues, citron et menthe.

(Pour deux personnes)

160g de millet
Deux poignées de petits pois frais
Une dizaine d’asperges
Une courgette
Un citron, quelques feuilles de menthe.

Nettoyer, puis plonger les asperges 15 minutes dans l’eau frémissante. Pendant ce temps là, écosser les petits pois. Faire cuire le millet 15 minutes dans l’eau bouillante, puis égrainer à l’aide d’une fourchette, et laisser tiédir. Faire cuire les petits pois 8 minutes dans l’eau bouillante. (Ils doivent rester très croquants). A l’aide d’un économe, tailler la courgette en tagliatelles qui resteront crues. Assembler l’ensemble ainsi que le zeste du citron. Ajouter une à deux feuille(s) de menthe ciselée(s).
Pour servir, mélanger 3 càs d’huile d’olive (ou autre) avec 1 càs de jus du citron et 1 càc de sirop d’érable.

On peut déguster l’ensemble encore tiède, ou très frais.
(Nota benêt : c’est une salade qui s’emporte parfaitement et fonctionne très bien pour les déjeuners sur l’herbe.)

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