Chère « en espoir »

Me voilà déjà à la fin. Deuxième bébé, une fausse couche entre les deux, «troisième geste, deuxième pare», comme ils disent. Je me suis demandé s’il était vraiment pertinent que je fasse un article sur la grossesse. Et puis, au seuil de mon accouchement, j’ai imaginé ce que j’avais envie de dire à une femme qui ferait un test positif là, aujourd’hui, les conseils qui me paraissaient essentiels. Si vous êtes enceinte, ça vous parlera peut-être. Si vous avez un test à faire dans votre tiroir, je vous envoie mille bises. 

Tu auras peut-être très envie d’acheter plein de choses pour ton bébé, dès demain. Ou seulement au dernier trimestre. Ou bien pas vraiment, tu seras peut-être vide de cette envie-là. Ce n’est pas grave. Rien n’est urgent. Tu pourras tout trouver au fur et à mesure, ne le fais que si ça te fait plaisir, au moment où ça vient. 

Assez vite, tu penseras à tout ce que tu pourrais faire si tu n’étais pas enceinte. Ça sera désagréable, mais tu t’y feras.

Tu trouveras plein de femmes enceintes qui te feront culpabiliser. Parce qu’elles font mieux, parce qu’elles trouvent tout de seconde main, parce qu’elles prennent le poids idéal, parce qu’elles s’organisent parfaitement, parce qu’elles ont tout planifié, parce qu’elles semblent mieux se préparer que toi. C’est faux. Elles ne se préparent pas mieux. Personne ne peut vraiment bien se préparer. On fait toutes comme on peut et aucune n’est meilleure que l’autre. 

Tu auras peut-être des coups de déprime. C’est normal. Ça passera. Tu alterneras peut-être entre extase et affolement. Entre panique qu’il arrive quelque chose de grave à ton bébé ou à toi, et panique qu’il n’arrive rien de grave mais qu’il arrive juste un bébé, parce qu’un bébé n’est jamais « juste un bébé ». Tu réussiras à vaincre cette panique parce que tu trouveras la ressource quelque part. 

Lâche prise avec le budget fringues, que ce soit pour toi ou pour ton bébé. Tu dépenseras peut-être trop. Ou tu ne dépenseras rien du tout et tu penseras à tout ce qui te manque. Peu importe. Ce n’est pas important. Essaie de ne pas trop anticiper, qu’il s’agisse de toi ou du bébé. N’achète pas de vêtements « pour plus tard » (pour « quand tu auras beaucoup plus de ventre », ou « quand tu ne seras plus enceinte »), parce que tu ne connais pas encore la version de toi de dans un mois. Dans tous les cas, sois bienveillante avec toi. C’est une période à part. C’est comme ça. Si tu te trompes, ce n’est pas grave. 

Tu diras peut-être que tu ne veux rien de genré pour ton bébé, et puis d’un seul coup, si tu sais que c’est un garçon, tu auras des envies de barboteuse vichy bleu et si c’est une fille tu fondras devant les cols Claudine, et c’est permis. 

Tu trouveras des gens autour de toi qui penseront que la grossesse doit absolument être un lit de roses et un moment d’épanouissement total. Laisse-les dire. Tu as le droit de trouver que c’est dur, des fois, ou même tout le temps, tu as le droit. 

Tu fondras en larmes devant n’importe quel dessin animé, n’importe quelle pub un peu émouvante, n’importe quelle bande annonce Pixar. Avec du recul, ce sera très drôle. 

Tout le monde te dira d’en profiter, ça t’énervera, mais tu le diras ensuite aux autres. 

Avant chaque écho, tu seras fébrile. Tu te demanderas ce qui ne va pas chez toi, parce que c’est censé être un moment attendu et zen et follement heureux. Tout va très bien chez toi : on est toutes fébriles. C’est normal. 

Tu changeras d’avis pour plein de choses, tu n’aimeras plus des auteur(e)s que tu adorais, tu seras dérangée par des séries auxquelles tu tenais, parfois tu n’auras envie de rien et ça t’énervera. Ce n’est pas grave. Ça passe.

Plus la grossesse avancera, plus tu auras l’impression d’être « juste avant », d’être à la veille de quelque chose. C’est une sensation qui peut être agréable mais qui peut aussi être angoissante. Tu trouveras la force de gérer tout ça. 

Tu feras des cauchemars très curieux. Un peu comme ceux que l’on fait quand on a la grippe, mais avec plus de cohérence. C’est normal, c’est puissant et fou et déstabilisant ce qui se joue là-dedans. 

Tu auras plein de peurs que tu ne parviendras pas toujours à verbaliser, tu auras la peau qui gratte le dos qui se coince l’estomac qui proteste l’intestin en vrac les jambes douloureuses. Et après tu oublieras et tu te diras que c’était fou, quand même, quand tu sentais ton fils/ta fille bouger en toi. Tu auras peur de « ne pas assez profiter ». N’aie pas peur. Tu profites assez, tu fais tout bien. Tu fais ce qu’il faut. 

Fais une liste de choses simples et de moments simples qui te feraient plaisir, ici et maintenant. Pioche dedans. Raye certains tirets, ajoutes-en d’autres. Si tu ne coches pas tout ce n’est absolument pas grave. De toute façon, tu feras plein de listes qui ne seront pas toutes cochées. 

Tu sauras assez vite quelles personnes peuvent être de vraies ressources. Ce sont souvent des amies, elles sont souvent jeunes mamans. Tu sauras si ça connecte. Et ça te fera tellement de bien. Compte sur elles. 

Tu auras l’impression que tu ne retrouveras jamais ton ventre d’avant, ton esprit d’avant, ta vie d’avant. C’est un peu vrai. Mais tu seras toujours toi. Ne pense pas trop à après. Pense à maintenant. Après, tu gèreras. 

Pense à un moment que tu aimerais vivre avec ton bébé quand il sera là. Une promenade, un peau à peau, un bain, un moment où tu cuisineras en le portant en écharpe, une journée au lit, une virée à la mer : réfléchis à ce qui te parle à toi. Plonge-toi dans cette visualisation avec délice et précision.

Tu fais l’expérience du comble des moments où il faut lâcher prise, dans la vie. Pour une fois, il faudra bien se laisser porter, sans trop anticiper. Dis-toi que c’est fou. Sois fière. 

Trois repas │(fin de) printemps

« Enfin ». C’est le mot qui contamine tous les titres dans la presse ces derniers jours. Enfin, les bars rouvrent, enfin, les parcs rouvrent. Enfin, on va pouvoir faire tout comme avant, enfin, on va pouvoir retrouver nos habitudes, c’est formidable n’est-ce pas ? Enfin, les galeries Lafayette ouvrent à nouveau leur porte, ah, mais EN-FIN.

Dire « enfin » pour qualifier les retrouvailles avec quelque routine (ou quelque luxe ?) dont on a été privé même pas trois mois est un curieux emploi. Je ne peux m’empêcher de penser à toutes les situations de crises que le monde a pu vivre, aux grandes épidémies médiévales, aux guerres externes ou internes, aux grandes migrations, à tous ces événements qui ont imposé à des Hommes de perdre leurs habitudes anciennes pour des années, des décennies, toute la vie souvent. Que diraient-ils, s’ils voyaient ces titres, aujourd’hui ? ENFIN, réouverture des terrasses, après deux mois et demie, Dieu ! Quelle privation, quel soulagement !

Je ne blâme pas directement les gens qui ont ce genre de pensées, j’aimerais simplement qu’on s’interroge davantage. Que l’on mesure que la perte de repères a été de bien courte durée. Que l’on mesure que la situation aurait peut-être été l’occasion de questionner profondément ses habitudes. Ce qui compte pour nous. La vie qu’on veut, vraiment. Ce qui constitue notre refuge, notre indispensable, notre socle.

C’est toujours source de beauté de réfléchir à son socle.

« Trois repas de printemps » : j’ai mis ce titre même si le printemps est déjà bien entamé. J’avais envie de filmer trois petites assiettes hyper simples que j’adore faire en ce moment. Des muffins aux myrtilles (mais on peut mettre tous les fruits rouges que l’on trouve), une divine salade au Halloumi (largement inspirée d’une salade que l’on me servait à La Serrurerie, à Poitiers, et que je commandais à chaque fois sans me lasser), et une délicieuse façon de manger le fenouil. (J’avoue que c’est devenu ma manie, je ne le mange plus qu’ainsi !).

Et comme clin d’oeil, une petite chanson que j’ai eu trèèèèès souvent dans la tête au mois de mai. Je pense que vous la reconnaîtrez vite ! 😉

(Le détail des recettes est en description de la video sur youtube !)