Trois repas │(fin de) printemps

« Enfin ». C’est le mot qui contamine tous les titres dans la presse ces derniers jours. Enfin, les bars rouvrent, enfin, les parcs rouvrent. Enfin, on va pouvoir faire tout comme avant, enfin, on va pouvoir retrouver nos habitudes, c’est formidable n’est-ce pas ? Enfin, les galeries Lafayette ouvrent à nouveau leur porte, ah, mais EN-FIN.

Dire « enfin » pour qualifier les retrouvailles avec quelque routine (ou quelque luxe ?) dont on a été privé même pas trois mois est un curieux emploi. Je ne peux m’empêcher de penser à toutes les situations de crises que le monde a pu vivre, aux grandes épidémies médiévales, aux guerres externes ou internes, aux grandes migrations, à tous ces événements qui ont imposé à des Hommes de perdre leurs habitudes anciennes pour des années, des décennies, toute la vie souvent. Que diraient-ils, s’ils voyaient ces titres, aujourd’hui ? ENFIN, réouverture des terrasses, après deux mois et demie, Dieu ! Quelle privation, quel soulagement !

Je ne blâme pas directement les gens qui ont ce genre de pensées, j’aimerais simplement qu’on s’interroge davantage. Que l’on mesure que la perte de repères a été de bien courte durée. Que l’on mesure que la situation aurait peut-être été l’occasion de questionner profondément ses habitudes. Ce qui compte pour nous. La vie qu’on veut, vraiment. Ce qui constitue notre refuge, notre indispensable, notre socle.

C’est toujours source de beauté de réfléchir à son socle.

« Trois repas de printemps » : j’ai mis ce titre même si le printemps est déjà bien entamé. J’avais envie de filmer trois petites assiettes hyper simples que j’adore faire en ce moment. Des muffins aux myrtilles (mais on peut mettre tous les fruits rouges que l’on trouve), une divine salade au Halloumi (largement inspirée d’une salade que l’on me servait à La Serrurerie, à Poitiers, et que je commandais à chaque fois sans me lasser), et une délicieuse façon de manger le fenouil. (J’avoue que c’est devenu ma manie, je ne le mange plus qu’ainsi !).

Et comme clin d’oeil, une petite chanson que j’ai eu trèèèèès souvent dans la tête au mois de mai. Je pense que vous la reconnaîtrez vite ! 😉

(Le détail des recettes est en description de la video sur youtube !)

Favoris livres : mai 2020

Me revoilà (après un petit moment de flottement, je me demande trop souvent si on lit encore les blogs de nos jours) pour parler de livres !

Ceux qui savent savent : sur Instagram, au début du confinement, j’avais évoqué un article coups de coeurs-livres. Cette supposition avait rencontré un enthousiasme débordant et des cris de foule. Ok, cinq personnes. (Non, plus que ça, je plaisante.)

Et puis, voilà : les semaines ont passé, et puis, jour après jour, minute après minute, vous savez. « Fini, c’est fini, ça va peut-être finir, les grains s’ajoutent aux grains, et un jour, c’est un tas, un petit tas, l’impossible tas », disait Clov dans Fin de partie. Oui, le (dé)confinement, au fond, c’est du Beckett dans le texte. Non ?

Voilà donc quelques idées de choses à lire dans les semaines qui viennent. Elles sont rares, d’une part parce que je n’ai pas tant lu que ça depuis quelques mois, et d’autre part parce que parmi les livres que j’ai lus, beaucoup m’ont déçue. Alors voilà : j’ai essayé de garder la substantifique moelle, et de faire une sélection un peu éclectique mais de bonnes pages qui font plaisir. Trois romans, deux livres de cuisine. C’est parti. Wait fort it : Mon kiki, évidemment. (Je sens que je vais partir en roue libre dans cet article.)

Franck Bouysse, Né d’aucune femme (éd. La Manufacture de livres, 2019)

Je commence par le plus noir. J’ai lu ce roman sans trop savoir à quoi m’attendre (mise à part qu’il avait rencontré un enthousiasme de la part de la critique). Sur la forme, c’est simple : je comprends l’enthousiasme. J’ai adoré la plume de Franck Bouysse, l’alternance des voix et des styles, le travail des phrases et du verbe qui est fait avec beaucoup de maîtrise et d’élégance. Ça compte beaucoup. (Je ne vous parle pas du roman La beauté des jours, que j’ai lu car il était étiqueté coup de coeur de mon libraire nantais, et que j’ai trouvé affreusement mal écrit, entièrement au passé composé à titre d’exemple -tout un roman au passé composé, seriously ?-, bref, au risque de passer pour une litté-précieuse, la forme m’a trop dérangée.)

Donc, Né d’aucune femme : un bon roman bien écrit. Je ne sais pas trop si je dois vous le résumer : je l’ai lu sans rien savoir et je crois que c’est l’idéal. Je peux vous donner le point de départ : le roman s’ouvre par l’extrême onction donnée par un prêtre de campagne à une femme morte à l’asile. Rose. « Elle a tué son enfant », lui dit le directeur de l’asile. Mais une femme, un peu plus tôt, dans le secret du confessionnal, lui a demandé de lire son journal, ses cahiers, les « cahiers de Rose », qu’elle a dissimulés sous sa robe. « J’ai recopié patiemment l’histoire de Rose », nous dit le prêtre, avant le chapitre suivant qui s’ouvre par « Tout est calme ». 

Alors, clairement, ce n’est ni un livre pour enfants, ni une histoire d’amour insipide qu’on lit à la plage. (On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, paraît-il, en tout cas pour celui-ci c’est très vrai). C’est au final assez trash, mais c’est excellent. C’est extrêmement addictif (je ne pouvais plus le lâcher et je l’ai fini dans la nuit, j’adore quand cette magie opère). Je ne vous dis pas la fin, parce que c’est clairement un roman à intrigue et à suspense, mais je dois quand même vous dire de ne pas trop vous inquiéter : au final, la balance noirceur/beauté est équilibrée. Un ovni, un peu noir certes, mais vraiment brillant !

Diana Gabaldon, Outlander (éd. J’ai lu, 1991)

Rien à voir avec le précédent, absolument rien !

Ah, Outlander… Je n’ai pas commencé ce diabolique monument influencée par Victoria de Mango and Salt, même si ça aurait pu. Non, en fait, le tome 1 était un cadeau de mon mari au printemps dernier. J’ai attendu l’été pour le commencer. Et je suis tombée dans la marmite bien comme il faut, la tête la première, j’ai enchaîné avec les tomes II et III dans l’automne et dans l’hiver. Ces petites bibles (au moins 900 pages le tome, quand même) sont terribles ! 

Sur la forme, soyons honnêtes, ce n’est pas du Flaubert, mais c’est tout de même d’une qualité plus qu’acceptable. (Ou plutôt, la traduction est élégante.) Mais c’est le fond qui l’emporte. L’histoire de départ est aguicheuse : la jeune Claire passe ses vacances en Ecosse, en 1945, avec son mari Franck, historien. Et puis, au cours d’une promenade en solitaire, elle tombe sur un mégalithe qui fait couler de l’encre parmi la population, elle s’approche, et boum : elle est propulsée au même endroit, en 1743, en pleine lutte opposant Highlanders et Anglais. 

Je l’ai commencé pour me changer les idées : c’est le livre absolument parfait pour ça ! Je ne suis pas une fan d’Ecosse, mais je me suis pourtant totalement laissée emportée par de jolies descriptions et par la création d’un décor très intéressant qui est le théâtre d’aventures vraiment palpitantes. (Je me dis souvent que si l’histoire s’était passée en Italie, j’aurais probablement cessé de manger et de dormir pendant un mois pour lire les dix tomes.) Je n’ai jamais regardé la série, je préfère finir les romans avant…Une mention spéciale à Jamie qui me déroute et ne me plaît pas trop : si vous êtes fan d’Outlander, vous avez le droit de crier. Je le trouve rustre, anti-féministe et un peu idiot, c’est ainsi. Je ne dis pas que le personnage est mauvais, simplement qu’il n’a rien d’un homme séduisant pour moi, alors qu’il est sensé en être l’archétype ! Ça c’était pour la parenthèse personnage masculin. Mais Claire, le personnage principal, est tellement attachante.

De l’aventure, donc, des combats, des courses poursuites, de l’amour (pas mal de sexe même, c’est un style), des rebondissements bien trouvés : un page-turner, voilà ce qu’est Outlander à mon goût, un cocktail séduisant à forte tendance addictive. Un voyage que l’on commence quand on a du temps devant soi : vous serez prévenus !

Fabrice Caro, Le discours (éd du Sygne, Gallimard, 2019)

Allez, venez, on finit par le carambar au caramel. Un délice d’humour (parfois noir mais toujours hilarant), une pépite qui se lit bien trop vite. Voilà longtemps que je n’avais pas ri, vraiment ri tout haut, en lisant un roman. 

Le discours est un de ces romans qui, comme au théâtre, comportent une unité de lieu, de temps, et d’action. Tout se déroule pendant un dîner de famille, au cours duquel Adrien attend une réponse au message qu’il a envoyé à son ex. Son père ouvre le dîner en lui glissant « ça ferait très plaisir à ta soeur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie ». Et voilà, vous avez les clés du roman. Là où n’importe qui ferait une scène de boulevard ratée, Fabrice Caro excelle. Adrien, la quarantaine désabusée, c’est un amoureux, c’est un déprimé, c’est un asocial, Adrien c’est nous tous. Voilà, lisez cette pépite, ça ne s’explique pas davantage. Fab Caro, ça se rit, c’est tout. 

Petite private note : Camille, je pense que tu adorerais. (oui, je passe mes messages perso dans mes articles, laissez-moi)

Miss Blemish, Batch cooking* (éd La plage, 2019)

J’enchaîne avec deux livres de cuisine très chouettes. Batch cooking est l’ouvrage de la délicate Miss Blemish, et il a tout pour être en tête de gondole dans les Biocoop(s ?) (ce qu’il est vite devenu dans le mien d’ailleurs). Dans ce grand de chez La Plage, Célie explique tout ce qui concerne le Batch cooking (ce qui signifie donc le fait de préparer en une session de deux heures tous ses repas de la semaine). Mais attention : le Batch cooking veggie (et sans gluten), créneau peu exploré jusqu’alors. Des explications, des techniques, de jolies photos de l’auteure et des recettes simples expliquées pas à pas : le livre est très complet. J’ai aimé sentir qu’il était vraiment le fruit d’un partage qui se voulait très personnel, on a vraiment le sentiment que Célie nous donne sa vision à elle de l’organisation, avec beaucoup de douceur, et ses recettes basiques à elle (avec les ingrédients qu’elle a l’habitude d’utiliser, incluant pas mal de produits bruts surgelés, ce que l’on ne trouve pas dans ma petite campagne). Le livre est vraiment destiné à ceux qui n’ont pas l’habitude de cuisiner, et c’est une très bonne idée. C’est un cadeau parfait pour un(e) étudiant(e), ou un(e) citadin(e), pour prouver qu’il est effectivement possible en peu de temps de se concocter de petits repas végé et pratiques. (Mention spéciale aux pages « petits plaisirs » liés à chaque saison, qui achèvent de créer une aura de douceur autour de ce livre.)

*Ouvrage offert

David Frenkiel & Luise Vindahl, Green kitchen stories pour les kids, ed. Alternatives, 2019

J’ai craqué pour ce dernier opus de la famille des Green kitchen en me promenant dans une librairie de vacances. J’avais tous leurs précédents ouvrages et je les utilise de manière inégale. Mais alors celui-là : gros gros coup de coeur ! Comme le titre l’indique, le but est ici de donner des astuces et des recettes, certaines toutes simples, certaines plus festives, à faire avec des enfants de tous les âges. J’attendais beaucoup de la famille de cuisiniers aux trois enfants, et il faut avouer qu’ils sont vraiment très forts ! Le livre (traduit en français, ce qui n’est pas le cas de tous, donc on est contents) n’est pas une redite des précédents, même s’il reste dans le même esprit : des recettes végétariennes, parfois sans gluten, faisant la part belle aux fruits et aux légumes. J’ai adoré l’introduction qui donne des astuces utiles pour cuisiner avec plaisir avec ses enfants selon leur âge. Les recettes sont inventives, originales, modernes, et appétissantes. Toutes celles que j’ai testées ont été de GROS succès à la maison ! 

Voilà, j’espère que cette petite sélection vous a plu ! N’hésitez pas à réagir et à partager vos coups de coeur récents à vous ici-dessous, de mon côté je vous embrasse et vous souhaite un très bon mois de mai ! Et bonne lecture 🙂