Des jours pour une vie. (À Caroline)

Caroline, qui tient le blog Le plus bel âge, je ne sais pas trop s’il faut la présenter. Je ne la connais pas, mais je la lis, je vois ses photos, j’aime ce qu’elle fait. Depuis quelques jours, elle traverse une épreuve (qu’elle raconte joliment ici), celle d’attendre un petit garçon un peu trop pressé et un peu trop petit encore, celle de compter les nuits, les gouttes dans son bras, celle de devoir patienter dans le blanc de quatre murs, celle de souffler sur les peurs et les angoisses comme sur des poussières grises. J’ai eu envie de lui parler un peu, parce qu’un blog ça doit servir à distribuer des mots avec de l’amour dedans. 

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Photo : Caroline Groutars.

Caroline.

Je n’ai jamais vécu ce que tu vis. Je mens un peu en disant cela, parce que je l’ai vécu. En quelque sorte. De l’autre côté. Ce dont tu parles, ce que tu vois, le blanc pour toute galaxie, les plateaux-repas, le liquide piqué dans un bras, les mains sur le ventre, et l’attente, oh, l’attente…J’en suis le fruit. Je suis le fruit d’une même inquiétude couleur menthe à l’eau en pleine grossesse couleur soleil, et de semaines interminables avant ma date de naissance et d’anniversaire, la première date que l’on connaît par coeur.  J’ai toujours été frappée par le fait que ma maman, alors si jeune, bien plus que toi (et que moi d’ailleurs), enfermée dans sa tour en pleine saison de neige comme un donjon de glace, m’ait toujours présenté la chose comme une broutille, un détail, en toute sincérité. Je m’émerveille, à chaque grossesse que l’on me raconte, de ce que la nature opère une sorte de miracle à la naissance, de ce qu’elle invente une formule curieuse et magique qui amène la mère tenant son enfant à sincèrement tout oublier des difficultés qui ont précédé, comme on efface une carte mémoire.

Oh Caroline, je voudrais t’envoyer le ciel bleu tête en l’air, les blés maintenant coupés, aussi blonds que toi, je voudrais t’envoyer l’horizon des collines qui ne disent pas leur fin, je voudrais t’envoyer le vent qui pique les yeux, les routes désertes, les chemins de terre, et toutes les petites fleurs sauvages qu’il n’y a chez aucun fleuriste. Je voudrais t’envoyer les étoiles filantes des cieux d’août, celles que les lumières de la ville n’effacent pas. Je voudrais t’envoyer les oliviers d’Italie, les pavés blancs, le bruit des enfants qui courent et le chant des oiseaux. Je voudrais t’envoyer la mer, les vagues dans l’aurore, les plages désertes, et aussi les petits sentiers bordés de piquets de bois et d’herbes folles qui y mènent. Je voudrais t’envoyer les falaises et le bruit de l’eau, les saules qui chantent lorsque l’on fait la sieste dessous, et même les petits hélicoptères des tilleuls que l’on ramasse quand on est petit. Je voudrais faire un bouquet d’azur et d’espace, un bouquet sauvage et mal égalisé d’air frais, de soleils bas sur les champs de tournesols, et de parfum de terre après l’orage. Je voudrais t’envoyer des accords de piano qui sonnent juste, les silences des petites églises de Toscane, des routes dans la nuit, et puis aussi des images toutes surexposées de celui qu’on aime au petit matin dans notre lit.

Je te souhaite plein de patience, je te souhaite un petit être tout fripé, rouge et nu contre ta peau lisse et blanche, je te souhaite ses yeux levés vers les tiens, je te souhaite le miracle qui fera que tout disparaîtra de ta carte mémoire. Je te souhaite toutes les merveilles du dehors en redite dans tes yeux à toi, et en inédit dans ses yeux à lui. Je te souhaite de l’amour, le vrai le fort le pur, celui qui ne passera jamais, celui qui fait tomber les murs, celui qui fait sourire les enfants et pleurer les grands, celui qui fait tourner la terre et vibrer le monde.

Prends soin de toi.

Toi coeur cassé

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Toi coeur cassé d’amours fanées, toi corps blessé d’attentes fébriles. De lit en lit, de bras en bras, tu titubes comme un chercheur d’or en terrain infertile, tu jettes ton âme ton corps et tes espoirs en des brumes qui te laissent leurs bleus au coeur. Oh comme je voudrais te promettre, comme je voudrais te montrer sur une carte, pointer l’horizon, te dire, « c’est par là », comme je voudrais pouvoir te donner les clés, échafauder les plans d’un futur plein de lumière, et te pousser dedans, les deux mains à plats sur le dos.

Mais je ne peux pas, je ne peux que te dire que tu sauras, et te laisser sans autre boussole que tout ce qui fait Toi, je ne peux que me désoler de devoir attendre, attendre que tu n’attendes plus. Je donnerais beaucoup pour que tu le trouves, celui qui éteindrait ta solitude comme on souffle sur une flamme, tu sais, je ferais tout pour qu’il vienne, celui qui te rappellerait combien tu brilles.

J’aimerais t’aider à reconnaître celui qui verrait tout l’or qu’il y a en toi, sans t’abîmer, sans te mépriser, sans te changer, sans rien amenuiser de tes forces, de tes étés et de tes confiances.

J’aimerais que de tes écorchures naissent des forêts de sourires, de tes larmes naissent des cieux aux mille soleils. Je voudrais te souffler, aie confiance, même si tu risques de ne pas trop m’entendre, mais aie confiance. Il existe, il viendra, lui le prince lui le roi : il ne te fera pas vraiment reine, il réussira simplement à te rappeler que tu en es déjà une.