Bébé / tout petit : la question des jouets


En recevant le catalogue JouéClub dans la boîte aux lettres, je me suis dit qu’il s’agissait d’un rappel adroit de l’univers à mon égard et plutôt clair : voilà des mois que j’avais envie de vous parler de jouets ici. Donc, sous vos yeux ébahis, allons-y, « il était temps » direz vous, parce que si son fils de 20 mois (OMG) commence tout juste à avoir des jouets, pauvre de lui. Alors déjà, soyez rassurés : Camille a toujours eu des jouets, depuis tout petit. Nous n’avons rien acheté durant la grossesse, tout est arrivé petit à petit, après. Du bio, du pas bio, de l’éthique, du révoltant de pas éthique du tout. Néanmoins… Je crois que dans l’absolu, Camille ne croule pas sous les jouets. L’ensemble de ses jouets tient dans deux paniers en osier, et ça nous va comme ça. Il y en a qui sont nos favoris, et à lui, et à nous, et il serait dommage de ne pas les partager. J’avais envie d’en discuter avec vous, mais certainement pas pour vous pousser à tout prix à l’achat. (Minimalisons, toi-même tu sais) Néanmoins, j’adore avoir les témoignages des autres, donc je vous livre le mien. En espérant que cela puisse vous servir, si vous attendez un enfant, ou si vous avez un petit, ou si vous vous demandez que diable offrir comme jouet à l’enfant de votre cousine germaine par alliance alors que Noël approche. Allez, on joue ?

1 : LA RECUP/ LES JOUETS 2nde MAIN

Nous sommes d’accord. On connaît tous des amis, cousins, parents, arrière grand-marraine qui ont des jouets dont ils ne savent pas quoi faire et qui nous les donnent volontiers. Et là, j’ai appliqué un principe : même pas très éthique, un jouet 2nde main sera toujours plus éthique d’un jouet neuf. Autrement dit, j’ai accepté les jouets en plastique, et même des trucs moches, à condition qu’ils plaisent à Camille, et sans hurler qu’ils étaient contraire à mes valeurs. Parce que justement, dans ce cas-là, donner plusieurs vies à des jouets, quels qu’ils soient, c’est en plein dans mes valeurs, vous voyez. 

Nous avons donc hérité, en vrac, d’une poupée qui était à ma soeur, de puzzles de la ferme, d’un chemin à grosses boules dont j’ignore l’appellation exacte, d’un camion porteur absolument immonde qui chante si on appuie sur des boutons (et que Camille adore), de livres de bain, et d’autres en tissu qui font du bruit, et aussi de l’indéboulonnable jeu de gobelets de plastique qui est devenu favori des favoris pendant quasi toute sa petite vie. Je n’exagère pas. 

Tous ceux-là sont approuvés. Et je pense sincèrement que finalement, un enfant peut aimer n’importe quel jouet, et qu’il ne fait pas du tout la différence entre le neuf et le vieux, même le très vieux. Donc, femmes enceintes, ouvrez les bras : votre enfant aimera à peu près tout ce qu’on s’apprête à vous refiler. Au pire du pire, il n’aime pas tout, et vous le refilerez à quelqu’un d’autre. 

Je n’ai quasiment pas acheté de jouet de 2nde main, même si c’est possible. C’est juste que c’est difficile à trouver chez nous, et que la récup fonctionne d’avantage. Néanmoins, j’ai quand même trouvé dans une brocante une boîte de construction d’architecte dont je n’ose soupçonner l’âge (au vu de la plume à l’intérieur, je pense que ça date de plus de cinquante ans). J’ai dû payer 5 euros. Best jouet ever, aussi, depuis le tout début. Donc, si vous avez un cadeau à faire, c’est une bonne idée aussi de creuser la question des brocantes.

2 : TOUT CE QUI N’EST PAS CENSÉ ÊTRE UN JOUET

Je ne pensais pas que c’était si évident avant d’avoir un bébé. Mais c’est ainsi. L’enfant normalement constitué ADORE jouer avec ce qui n’est pas censé être un jouet au départ, il y a même des périodes où il boude les vrais jouets pour s’intéresser davantage aux choses de la maison. Camille n’a jamais été dans un parc et s’est toujours promené allègrement partout, je ne veux pas prouver que c’est bien, ou mieux, ou indispensable, je dis juste que c’est possible et que dans notre cas, on a vraiment ressenti que c’était le mieux pour lui, et que cela n’a eu que des conséquences positives. (N’allez pas croire qu’il a toujours tout frôlé d’un doigt délicat et qu’il n’y a jamais eu de casse, de pots de fleurs par terre, ou de livres malmenés abruptement balancés hors de la bibliothèque. Mais au fond, rien de grave, ni de sérieusement problématique, juste la vie.) 

Dans la collection de tout ce qu’on peut donner à un enfant et qui ne coûte pas cher (franchement on ne va pas se priver) :

-Dès 6 mois : les passoires, les casseroles, les anciennes calculatrices qui ne marchent plus, les trousseaux de clés, les fouets (de cuisine), les cuillères en bois, les paquets vides (boîtes de pain des fleurs, de biscottes, de savon…) les gobelets, les bols en bois ou en bambou, et beaucoup d’autres choses qui ne risquent rien et qui sont encore mieux si elles font du bruit.

-Dès 1 an : pareil, mais avec des goodies : grains de riz secs, pâtes sèches, pommes de pin, crayons bien fermés, piano (le meilleur gros jouet)

-Dès 18 mois : pois chiche secs, papiers à trier type papiers de papillotes, barrettes à cheveux, pinces à linges (à ouvrir et fermer, tellement compliqué et rigolo), flacons à ouvrir et fermer, colliers en grosses perles, grosses perles à enfiler, appeaux, gros boutons à mettre dans une boîte ou à enfiler, tiroir de chaussettes à vider, pelle et balayette, balais, rouleau épuisé de papier toilette… (Sans compter toutes les activités à faire de manière plus guidée mais qui sont de vrais jeux, type faire du pain, faire un gâteau, faire du jardinage (mais nous sommes davantage team pain), trier des légumes, faire des dessins, classer des pièces de monnaie, tresser des rubans, plier le linge, passer l’aspirateur, équeuter des haricots, chacun exploite son enfant comme il veut.)

3 : LES JOLIS ACHATS

Bon, venons-y, tout de même. Je ne dis pas que c’est indispensable, mais voilà : tout le monde est humain, et c’est vrai que dénicher un beau jouet, neuf, l’acheter, et l’offrir à son enfant, eh bien, c’est une source de plaisir, et c’est normal, et c’est bien, voilà. Encore une fois, c’est à chacun(e) de voir où on place le curseur, entre minimaliste extrême et opulence. Et il n’y a AUCUNE règle. 

Mais quelles sont, alors, les bonnes questions à se poser avant d’acheter ? J’ai fini par mettre en place une série d’interrogations qui me servent bien. (Outre « est-ce que ça tient dans le budget ? », parce que là, it’s up to you ! 🙂 ) En bref, j’aurais bien aimé lire ces questions quand j’étais enceinte. 

  • Est-ce un jouet évolutif ?

Autrement dit, est-ce qu’il semble qu’il y ait plusieurs manières de jouer avec ce jouet, est-ce qu’il est possible que l’enfant joue d’une certaine manière à 6 mois avec lui, et d’une autre manière à 15 ? Clairement, je ne me suis pas assez posé cette question, et je me suis émerveillée de le découvrir : certains jouets servent différemment selon l’âge. (OoooOh.) Ils n’en prennent que davantage de valeur pour l’enfant qui les adore parce qu’il les a toujours vus et qu’il découvre qu’il peut s’en servir d’une autre manière. Et ça, pour le cerveau, c’est énorme ! Imaginez, vous prenez un objet que vous connaissez depuis toujours, et vous lui découvrez une autre utilité ! Tellement cool.

Le bon exemple : les fameux gobelets de plastique. Ou les cubes. Au départ, il les déboîte simplement. Puis en grandissant il les emboîte. Puis il les empile. Puis il range des objets à l’intérieur et les emboîte d’une autre manière. Puis il les classe par couleurs. Puis il regarde le détails des petits dessins et les nomme. Puis il les fait tenir sur sa tête. Je cherche encore comment il les utilisera à 25 ans, mais j’imagine qu’il trouvera. 

  • Est-ce que cela correspond vraiment à un besoin de mon enfant ?

En d’autres termes, est-ce que ce n’est pas une façon déguisée de me faire un cadeau à moi plutôt qu’à lui ? La réponse peut être « si »… Et on peut faire l’achat quand même, mais en toute connaissance de cause, alors !

  • Est-ce que le jouet n’est pas susceptible de m’énerver par la suite ?

On en parle des trucs SONORES QUI CHANTENT TOUJOURS LA MÊME CHANSON ET QUI N’ONT PAS DE BOUTON OFF HEIN ON EN PARLE ? (Ou les petites choses qui roulent avec des pièces qui se perdent, par exemple.)

  • Est-ce que le jouet a été fabriqué d’une manière qui me convient ?

Juste histoire d’éviter la cure de bisphénol pour notre enfant, et aussi le fait que le jouet acheté a pu être fabriqué par des enfants pas beaucoup plus vieux que lui.

  • Est-ce que le jouet est solide et va durer dans le temps ?

Et est-ce qu’il pourra même être donné pour avoir une deuxième, une troisième, une cinquantième vie ?

  • Est-ce que les circonstances de l’achat ont un sens ?

Un des jouets préférés de Camille est une peluche que nous avons achetée quand nous étions tous les trois à Lisbonne. Nous nous sentions à l’écart du quotidien, le soleil était chaud, je tenais la main de son papa sans jamais la lâcher, nous dormions peu mais nous nous embrassions en trinquant au vin portugais. Nous avons trouvé cette peluche dans un atelier de trois femmes qui les fabriquaient à la main, devant nous. La peluche a un nom (« Pirolito », un des premiers mots de Camille), elle a un numéro, elle est unique, la dame l’a confiée à Camille comme s’il l’adoptait. Ramener ce souvenir de ce voyage-là était une vraie bonne idée. Je ne regrette pas une seconde son prix.

  • Est-ce que le jouet peut servir tout de suite ?

Il en va des jouets un peu comme des vêtements de grossesse : il est mieux d’éviter l’achat du type « ça ne va pas maintenant mais ça servira plus tard ». Parce que voilà : on ne sait pas si plus tard, notre enfant aura envie de ce jouet-là ou pas. J’avais acheté un puzzle « pour plus tard » qui a toujours été boudé, j’attends encore, mais je crois que le plus tard ne viendra jamais et qu’il faut que j’accepte qu’il n’aime pas trop les puzzles. (Et il a le droit, après tout.) N’écoutez pas les proches qui vous disent des trucs du type « mais tous les bébés aiment les puzzles / voitures / dinettes / poupées / légos (entourez la mention utile) : c’est n’importe quoi, et les bébés ont le droit de ne pas tous aimer la même chose.

  • Est-ce un jouet conforme à mes valeurs ?

Là… Je vous laisse mettre derrière la question tout ce que vous voulez. Est-ce que c’est soumis à des stéréotypes de genres ? (Un jouet typiquement masculin / féminin, hashtag révolution.) Est-ce que cela valide des fonctionnements de la société de consommation que je ne valide pas moi-même ? Est-ce que c’est dans un matériau noble et durable ? Qu’est-ce que ça va enseigner, au fond, à mon enfant ? (J’ai un jouet camion-benne pour trier les déchets. On pourrait trouver ça curieux. Mais en vrai il est génial.)

4 : NE PAS CULPABILISER

Ni on s’interroge scrupuleusement sur le moindre truc qu’on fait rentrer chez soi, c’est sûr, on tend vers une malle à jouets assez minimaliste. Je crois qu’il y a un grand principe très important à rappeler quand même : interdisons-nous de culpabiliser. C’est tellement facile de s’en vouloir d’avoir craqué pour tel ou tel achat, alors qu’au fond, ce n’est pas si grave, et notre achat fera au moins un heureux, voire plusieurs. Le monde de la parentalité est assez rempli comme ça de raisons de culpabiliser, n’en rajoutons pas une couche avec les jouets. 

À chacun(e) de se faire plaisir en restant conscient et en faisant sans arrêt bouger les lignes de son propre idéal, finalement !

5 : ENFIN… QUELQUES COUPS DE COEUR !

Allez, je termine par les jouets favoris. Noël n’est pas loin, on ne sait jamais, ça peut servir. (Parce que même si le jouet favori du jour est terriblement prosaïque, ne nous voilons pas la face, peut-être que vous-mêmes vous n’avez pas envie de mettre sous le sapin trois rouleaux de PQ vides avec une pince à cheveux qu’on peut faire rouler à l’intérieur parce que oh oh c’est tellement rigolo.) L’écrasante majorité de ces jouets (qui constituent à peu près tous les jouets de Camille) nous ont été offerts. Comme quoi, le jouet reste un chouette cadeau, et heureusement, ajouterai-je, parce que ce serait bien triste sinon !

Alors, en non sponso et en vrac :

‣ Le fameux camion-benne

(Trop cool avec des compartiments séparés à l’intérieur, hyper maniable)

‣ Le set de cubes

Indémodable, il sert de manières diverses depuis que Camille a 6 mois, il les adore.

‣ La lampe à histoires

 

Ce truc EST UNE MERVEILLE. Il s’agit d’une toute petite lampe torche dans laquelle on insère des disques : c’est un peu de la diapositive couleur simplifiée. Et comment vous dire. C’est vraiment, vraiment trop bien. Je m’en sers depuis les 6 mois de Camille : au départ, je projetais simplement un personnage sur le mur et je le faisais bouger dans la chambre, il adorait. Puis il a grandi et je montrais plusieurs images, en les décrivant simplement. Puis j’ai fait parler les personnages. Depuis ses 18 mois, on appelle ça « le cinéma », et je déroule les 8 diapo en inventant une histoire simpliste (ACTOR STUDIO). C’est génial parce que je brode dessus, ça dure parfois 30 secondes, parfois 10 minutes. Et il est fan. Il réclame ça sans arrêt, « encore encore », insatiable du ciné Moulin Roty. 

Le bonus des bonus, c’est qu’il existe tout plein d’histoires ! Chez nous ce sera un cadeau de Noël. Je peux l’écrire, il ne lit pas encore mon blog.

‣ Le fameux chien à tirer

Quand l’enfant marche : indispensable. Celui-là est chouette, parce qu’il a des cercles qui roulent eux-mêmes, et qu’il y a les tables de multiplication dessus donc ça aide les enfants de littéraires tu sais.

‣ Le site de la peluche Pirolito :

Les adorables dames de Lisbonne ! 🙂 Je l’ai donc achetée sur place, mais je crois qu’on peut commander.

‣ La malle Fuzeau

Fuseau, si vous n’êtes pas musicien, c’est THE entreprise spécialiste en éducation musicale qui fait des merveilles. (Elle est très locale et à deux pas de chez moi, mais ils sont célèbres et livrent dans toute la France.) Ils font cette mini-malle pour les bébés qui est vraiment super chouette. Elle contient huit petits instruments de percussion : ils sont extrêmement jolis, maniables, ils font des sons différents et amusants. Camille y joue aussi depuis qu’il est tout petit et à chaque mois, il comprend un fonctionnement différent, j’adore ce genre de jeu très évolutif. (Au départ il secouait tout comme une brute, et petit à petit, il regarde le mécanisme et le comprend.) En plus, les sons sont naturels (je veux dire que ça change du son produit grâce à des puces ou des piles), et largement supportables (c’est mieux d’entendre un grelot ou un bâton de pluie plutôt qu’une chanson enregistrée qui se déclenche sans arrêt, non ?) 🙂


Voilà ! J’espère que ces quelques lignes vous auront donné des pistes de réflexion !  ♥

Prochaine étape, les livres ? 


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Le pain encore chaud

-Texte paru dans Simple Things, numéro 29 (Sept 2018)-

Je range la monnaie sans compter les centimes, je salue dans un sourire, je sors de la boulangerie avec le plus précieux des enfants sous le bras. En le prenant contre moi comme un ballon, je l’ai senti : il est encore chaud. Je sors et je lève la tête, la rue murmure, le soleil est doux, je rentre chez moi avec un trophée. Je presse le pas.

Je n’aime pas le pain chaud. Cet aveu peut surprendre, parce que tout le monde aime le pain chaud, le pain chaud est nécessairement aimable. La croute que l’on caresse, puis que l’on casse avec le pouce, la mie qui chante, l’ensemble qui fond lentement sur le palais et qui ne se laisse pas bien mâcher, comme une éponge un peu élastique. Il faut savourer le pain chaud comme un mets assez rare, alors qu’il est si ancestral et si commun : sa durée de vie est très courte, le pain chaud est une friandise éternelle accordée dans l’instant. En quelques minutes, il perd tout son charme, il pâlit et délaisse son excitant attrait. On ne savoure jamais autant le pain froid que le pain chaud. Finalement, il y a, dans le petit morceau de baguette encore brûlant que l’on grignote sur le chemin du retour, tout le rappel de l’éphémère dans la beauté -mais on philosophe rarement en mangeant du pain, ce qui est dommage.

Moi, le pain chaud, je le trouve trop fort, comme un alcool trop vieux, je le trouve chargé d’une lourdeur qui me déplaît. Je le trouve prétentieux de son exception, affirmant, dans sa bouillante tentation, qu’il est bien plus délicat de distinguer le bon pain du mauvais lorsque celui-ci brûle la langue. Froid, bon pain ne saurait mentir. Chaud, on peut encore tout confondre, et cette vaste injustice est trop méconnue. Le pain chaud à peine cuit, en bouche, a une saveur de four, de farine, une saveur toute aqueuse. Je le préfère sec, comme un peu plus véritable, comme dépouillé, démaquillé et sincère. Une version de lui plus sage, plus calme, plus honnête. J’aime le pain lorsqu’il est vulnérable. J’ai le sentiment de ne le rencontrer vraiment que s’il est froid, comme s’il était hors scène, en costume de ville. Le pain chaud est un capricieux artiste qui ne fait aucun rappel. Il entre, récite son texte avec une assurance désarmante, les femmes se pâment, les enfants en redemandent, puis il sort sans même saluer. On voudrait le garder, il est déjà parti.  

Et pourtant, il flotte autour du pain chaud une fascinante aura. Je dis que je ne l’aime pas, mais c’est un peu faux, je ne l’aime pas sur le plan du goût, mais ce sens mis à part, j’aime tout de lui. J’aime la précieuse rareté de son parfum, fort, aux puissantes notes de déjeuners d’enfance et d’appétit simple. J’aime son réconfort dans le creux du bras, lorsqu’il est entouré d’un petit papier, et que, même ainsi, il laisse un peu de farine sur la veste. J’aime le contentement qu’il suppose chez l’acheteur, comme une satisfaction d’avoir accompli un petit exploit, d’avoir fait une belle affaire, puisque pour le même prix, on a quelque chose qui nous semble un peu au-dessus de l’ordinaire. J’aime la jalousie qu’il éveille dans l’oeil du passant, parce que, même si nul n’est responsable des idées qu’il fait naître chez les autres, le pain encore chaud est une sorte de tentation ambulante très puissante. Par dessus tout, j’aime le sourire de la maison, une fois la porte franchie, le regard des petits et de ceux qui le sont un peu restés, et la petite fierté inévitable et universelle, lorsque l’on dit « j’ai acheté du pain, il est encore chaud ! ».

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