Toi, moi, un mois. (Déjà.)

Camille a un mois, un mois rond et doux comme ses joues. Ce mois qui vient de s’écouler aura été, sans doute, le plus intense de ma vie, le plus vibrant, un de plus durs, mais sans hésiter le plus heureux aussi- c’est tellement cliché, c’est pourtant vrai. Lorsque j’étais enceinte, j’étais en quête de témoignages sur « l’après », je lisais un peu tout et son contraire, et je tremblais de ce qui m’attendait, dans mon corps, dans mon quotidien, et dans ma tête. J’ai donc eu envie de vous livrer mon témoignage : il vaut ce qu’il vaut, mais qui sait, il vous sera peut-être utile, d’autant plus que cette période n’a pas été du tout comme je l’attendais à bien des égards. J’oublie donc ma petite pudeur pour vous raconter (un peu) tout ça.

1. La vie en rose

J’ai appliqué au sujet des suites de couches, comme souvent dans ma vie, une théorie spontanée selon laquelle en s’attendant au pire, on risque moins d’être surpris (c’est une théorie pourrie, ne l’adoptez pas, si vous voulez mon avis). Je m’imaginais donc reposer mourante dans un lit pendant des jours, perdre mon sang en hectolitres pendant un mois, ne pas pouvoir marcher avant des semaines. J’ai pris une douche le matin de l’accouchement en me disant que je ne pourrais certainement pas en reprendre de sitôt, j’étais certaine qu’un vent de conflit s’abattrait à tout jamais sur mon couple, et je frémissais de m’occuper comme la pire mère du monde de mon bébé à qui je ne donnais pas longtemps à vivre avec une empotée pareille. J’aurais aimé le savoir, primipares, gravez-le sur votre bola de grossesse : ce-n’est-pas-si-terrible.

Alors, c’est sûr,  j’ai eu de la chance. Quand bien même, (et si les filles qui ont de la chance ne parlent pas de leur expérience, on va finir par déprimer) : tout s’est incroyablement bien passé. C’est sans doute en partie grâce à un accouchement que j’ai souhaité le plus naturel possible, mais je marchais juste après, et prenais une douche le soir-même (victoire). J’ai bien été gênée par une minuscule cicatrice mais cela ne dure vraiment pas longtemps, et c’est loin d’être si handicapant que je l’imaginais (là encore, j’ai eu de la chance, mais voilà, c’est bon à savoir : c’est possible.) Je partais faire de longues promenades une dizaine de jours après l’accouchement, sans me sentir différente de d’habitude. Ce qu’il faut retenir, aussi, et très sincèrement : la nouvelle focalisation sur ce petit être occulte tout. Le reste ne compte pas vraiment, et une sorte de mécanisme automatique se met en place dans le cerveau pour que fatigue et petites douleurs paraissent très relatives lorsqu’on le tient contre soi. Je croyais que c’était du blablabla : je l’ai expérimenté vraiment de manière très forte.

2. Le corps : parlons-en.

Je ne suis absolument pas une référence, mais plutôt un cas à part, je le sais bien. Je n’ose pas trop en parler autour de moi, mais je me dis qu’après tout, il n’y a rien de honteux, et que cela peut en rassurer certaines parce que là encore, c’est possible : je suis sortie de la maternité avec mon jean d’avant. (Et c’est alors que tous ses lecteurs décidèrent de la trucider). Il se trouve que j’ai pris vraiment très peu de poids au cours de ma grossesse. Cela a été une grosse source d’angoisse pour moi, mais chaque médecin me rassurait parce le bébé allait très bien, qu’il était même, au contraire, un peu trop bien portant dans ses courbes, et que « chaque corps de femme est différent », « et chaque grossesse pour une même femme», tout ça. Bref, ce poisson cachalot a puisé dans mes maigres réserves, il a bien arrondi mon ventre avec son rythme de bon vivant, et moi, je me suis retrouvée après l’accouchement avec des kilos en moins, quel comble. (Allez-y, haïssez-moi.)

À voir comme ça, c’est enviable. Et pourtant, je ne l’ai pas très bien vécu. D’une part, je me suis retrouvée assez affaiblie. D’autre part, je crois que les petits kilos que l’on garde quelques temps après l’accouchement, le ventre un peu doux, les vergetures qui s’estompent peu à peu, ont un sens: ils aident à progressivement faire le deuil du ventre plein, du corps à corps avec son bébé, et des neuf mois qui viennent de s’écouler. Sans m’étaler, je suis loin d’être réconciliée avec mon corps, que j’ai tant aimé pendant la période de la grossesse. Pour conclure: il n’y a pas de situation idéale, et le mieux est sans doute d’être indulgent avec nous-mêmes quoi qu’il arrive parce que, sincèrement, le corps est sacrément fort.

3. Dé-bor-dée.

Là, en revanche, si je m’y attendais, ce fut bien le cas : j’ai eu le sentiment durant ce mois  de mars d’être totalement dépassée par les événements. Pourtant, des périodes chargées, j’en ai connu dans ma vie, je veux dire, j’avais déjà été débordée, en plein rush, épuisée, oppressée par trop d’impératifs. Mais je n’avais rien affronté de tel, et je le répétais à mon pauvre mari aux épaules larges. La fatigue n’aide pas (pour être plus précise, je crois que c’est la cause de tout, au contraire, parce que je n’ai jamais été aussi fatiguée), et les premières semaines, j’ai aimé que l’on me dise qu’il était totalement normal d’être épuisée et débordée. J’ai eu le sentiment que je n’y arrivais pas alors que tout le monde autour réussissait si bien, que j’étais dans une tempête inconnue, j’ai eu peur, surtout des mois à venir, et avec le recul, j’étais parfaitement normale (je crois que si je n’avais pas ressenti tout ça, c’est là qu’il y aurait eu un problème). Non seulement c’est normal, mais c’est éphémère, ça passe, et je me sens déjà bien bien plus maîtresse de la situation. (#warrior) (On la sent, l’auto-persuasion, là?)

4. Et dans la tête?

Si mon corps s’est remis comme un éclair, la tête a mis du temps. J’appréhendais le baby blues parce que je savais que j’étais une candidate parfaite pour ce genre de petite réjouissance. Finalement, (mais c’est un peu tôt et tout peut encore arriver! Je parle du mois 1), ce n’était pas comme je l’attendais. Ce qui était curieux, c’est que j’étais dans le fond envahie d’un bonheur que je n’avais jamais connu, et que je n’aurais jamais pu imaginer. La tristesse était un vernis de surface. Ce n’était pas de la tristesse d’ailleurs, davantage des sautes d’humeur, des larmes incontrôlables quinze fois par jour, de l’angoisse de l’avenir, tout en étant consciente que la vie était incroyable et magnifique (le tableau vous fait très envie, j’en suis sûre, là, comme ça.) Si j’ai craqué plein de fois, je garde en tête que durant ce mois difficile, j’ai fait l’expérience d’une plénitude nouvelle, infinie, alors, le baby blues, là encore, ce n’était pas grand chose.

5. Les petits conseils, alors?

Si je devais chercher les solutions qui m’ont permis (et me permettent encore) de tenir et d’aller mieux, je les trouve assez vite. Tout d’abord, j’ai toujours essayé de rester plutôt active, durant ma grossesse et après. Je n’ai pas fait douze triathlons par mois, mais je marchais dans la campagne tous les matins, quasiment jusqu’à l’accouchement, et dès une semaine après ce dernier. Ça m’a aidée à sentir mon corps vivant, debout, ça m’a permis de prendre l’air, de voir l’horizon calme et de me retrouver avec moi-même (même en tête à tête avec mon petit homme), et sincèrement, c’était vraiment très précieux (et ça l’est encore).

Ensuite, j’ai essayé de lister chaque jour les choses à faire, et j’y glissais de petites choses sans rapport avec mon bébé qui ne prendraient pas trop de temps, comme prendre une photo pour ici ou Instagram. (L’exemple n’est pas anodin, c’est une précieuse petite fenêtre vers l’extérieur et vers un semblant de vie active qui m’aère la tête). Ainsi, je cultivais la petite satisfaction d’avoir fait ce que j’avais à faire et pas seulement pour mon petit garçon. Ça pouvait être aussi lire un chapitre, faire un gâteau, me faire une coiffure, ou toute autre petite tâche qui prend quelques minutes. Je me disais, wow, j’ai eu une journée active, alors que j’avais juste fait une tresse ou pris une fleur en photo (on se motive comme on peut) (à l’écrire, je me rends compte que je suis une mytho de l’organisation du 1er mois.)

Autre conseil évident : dormir, le matin, l’après-midi, n’importe quand si on y arrive, lâcher prise sur tout le reste, être indulgente.

Et puis… se faire confiance. Un bébé est programmé pour survivre.

Être fière de soi, quoi qu’il arrive aussi, sincèrement.

Savoir s’entourer, aussi (message subliminal : merci ma maman, mes soeurs, mes amies, pour les visites, les textos, les appels, la tisane à l’anis, les bocaux de lentilles et de patate douce, et celui de pralin qui n’est pas fini encore, merci merci merci.) (Oh, je case mes messages perso si je veux dans mes articles, hein.)

Se dire que ça passe vite. Le bon. Le moins bon. Tout. Alors oublier le moins bon et profiter du bon.


Voilà, je ne sais pas si mon histoire ressemble à la vôtre (racontez-moi!), mais j’ai décidé de vous la livrer un peu, parce qu’on imagine pas mal de choses à ce sujet, alors que comme en toute situation, il faut savoir mesure garder. Autrement dit, si vous êtes enceinte, ne vous attendez pas à un premier mois idyllique, à siroter tranquille en parfaite santé fraiche et reposée, avec un bébé qui dort 12h d’affilée, sans aucune douleur et sans aucune larme. Mais n’allez pas non plus envisager l’apocalypse, l’horreur, l’ouverture de Walking dead, le mois de la pire misère de toute la vie. C’est intense, mais incroyablement beau à vivre. Moralité, faites des bébés.

 

La démesure du coeur

J’avais plus qu’à moitié anticipé, sur le papier, je n’avais en rien sous-estimé l’emploi de maman, et je l’attendais, la bourrasque, l’ouragan, tu sais je l’attendais. Et pourtant, rien ne ressemble à ce que j’avais en tête, tout est plus fort, plus dur, mille fois plus beau, aussi.

Chaque jour de toi est une petite éternité suspendue, chaque heure de toi est nouvelle et porte son lot d’imprévus, de cieux changeants, d’orages et d’aurores, de peurs et de merveilles. Il n’y a plus de jour, plus de nuit, tu es un éclair et une saison tout à la fois, tu es un absolu de fleurs volages qu’on ne trouve pas dans les livres. Chaque matin est un rideau qui s’ouvre sur l’inconnu, l’imprévisible : quelle leçon, pour moi qui aimais tant anticiper! Tu les ignores bien, mes cernes bleues éperdues, mes larmes de maman apeurée, mes joies de te voir aller bien, mes angoisses de toi, tu n’en as rien à faire, de mes mots quand je veux rire avec toi parce qu’avec tout l’amour du monde, et pour me (nous) consoler, je ris aussi de toi. Mais voilà, la nuit passe, l’orage se calme, et je retiendrai ta bouille repue, ronde et satisfaite de petit paresseux, joues gonflées et bouche en coeur, ma technique en cours de développement pour tenir un livre en même temps que toi dans mes bras, ainsi que celle qui consiste à manger avec toi en écharpe sans laisser échapper de miettes de pain dans tes cheveux ébouriffés de ma chaleur.

Je plonge mes yeux dans les tiens, j’y cherche ton altérité qui me transforme et qui me fait m’oublier, ou me trouver pour de vrai pour la première fois, peut-être. Je tente de t’apprivoiser et de te décoder, et dans les moments où je dis « je ne te comprends pas », je me répète que je suis celle qui te connait le mieux au monde, alors, même fragile, même imparfaite, regarde, je suis là, mon bébé, mon fils.

Je sens bien que tu me pardonnerais tout, dans toute la démesure de ton amour à toi, celui qui m’enveloppe de son feu nouveau et me fait à la fois si grande et si petite. Je te parle sans cesse, je m’invente polyglotte de tes langues, je te chante les chansons que tu aimes, celles qui fixent ton regard sur un point, celles qui te font respirer paisiblement. Je veux le mieux pour toi, qu’en imagines-tu, je frémis qu’il ne m’arrive quoi que ce soit, moi qui n’en tremblais pas vraiment. J’ignorais qu’on pouvait aimer ainsi, je me parfume à ton odeur, je perds la raison joue contre joue, je t’apprends jusqu’au fond du coeur. Et puisque tu sembles avoir envie de changer à toute allure, au point, je pense, que tu pousses dans mes bras de seconde en seconde, je profite, de tout, de toi, de ces instants-là.

Tu es mon minuscule, mon éternité, tu es mes cheveux décoiffés et mon visage sans maquillage, tu es mon odeur de lait et de fleur d’oranger, tu es mon bébé frileux qui hurle à chaque change, mon bébé malicieux qui s’arrête dès que je ferme la dernière pression du pyjama, tu es mon grand effrayé du soir, tu es mon petit calme dans le transat du matin, tu es ma fripouille de la nuit, mon sensible, mon imperturbable, mon gourmand. Je te laisserai être toi, être comme tu veux, j’écrirai ton nom avec le doigt sur ma peau, je te nourrirai à chaque midi, je te bercerai à chaque minuit, et je t’aimerai assez pour m’effacer un jour, promis.