2017, ce tourbillon.


Les gouttes s’ajoutent aux gouttes, le ciel pleure un peu. 2017, l’année de toutes les larmes. Les larmes dures, fatiguées, lourdes et épaisses comme les nuits d’hiver. Et les larmes folles, les larmes de joie, qui naissent comme éclatent les bulles de savon. Je n’ai brimé ni les unes, ni les autres. J’ai ouvert toutes les vannes, en 2017.

Tout a commencé avec un ventre rond, un profil en grosse butternut, des coups de pieds dedans. Les deux mains sur moi, sur lui, éperdument. J’attendais, j’avais hâte, j’étais effrayée, tétanisée, je l’aimais, oh que je l’aimais. Puis, février, mon anniversaire alité, une bougie soufflée depuis le canapé. Les jours comptés. La ceinture bleue du monitoring, les cours de préparation à l’accouchement, des schémas d’utérus, la chambre neuve et propre avec de l’amour entre les barreaux de bois brut. J’avais plié les pyjamas. Je ne plie plus les pyjamas.

Le big bang, la révolution, cellule de deux, cellule en trois. J’ai murmuré son nom, j’ai chanté en tenant son corps, si petit et si grand, humide et chaud, contre moi. J’ai l’impression que c’est si loin. Février 2017, c’était une évidence, et c’était toute la vie dedans. Il est dans chaque vie des mois qui durent des siècles, ce sont des vifs d’or, des éclipses totales, ils sont très rares.

Puis, il y a eu le printemps, et il me semble que le printemps ne s’est jamais arrêté. Les premières promenades, les premiers biberons, les premières nuits chacun dans sa chambre. J’ai rangé les pyjama en taille 1 mois, puis ceux en 3 mois, même le favori à rayures, c’était étourdissant de rapidité. J’ai essayé de ne pas être triste à chaque page à tourner, ou de faire semblant. Les mamans sont belles de leurs nostalgies cachées.

Il a fait beau, chaud dans la maison de bois, nous sommes partis manger des crêpes, la poussette brinquebalait sur les pavés, il fallait mettre le lange pour cacher du soleil. Il y a eu l’hôtel en Charente aussi, les rires des amis, une marraine aux yeux plus bleus que lui. Il y a eu la reprise du travail, en deux temps, la douleur de quelques étapes plus ou moins anticipée. Il ne faut pas trop anticiper. Surtout les nuées.

Il y eu notre amour qui se dressait comme on pose des briques entre le dur et le doux, la force de ce que nous appelons désormais « la famille », les mots dans tous les sens, la confiance en ciment. Tout était ébranlé. Pourtant, tout était si solide en même temps.

Il y aura eu l’automne, des châtaignes, oh, un nouveau travail, et l’accent chantant des Lisboètes, le poids du porte-bébé, de nouveaux jeux, des dents, des biscottes mâchouillées coincées au creux des poings. En 2017, on a beaucoup dansé, sur Shape of you, sur Issues, et même Despacito pour plaisanter, on a tourné, valsé même sans musique, parce qu’au fond dans la vie il suffit de savoir valser.

En 2017, il y a eu des textes écrits, pas toujours très bons, et surtout, peu nombreux, parce que pour moi l’écriture ça doit juste venir quand on le sent, pas autrement. Il y a eu, en 2017, 1 541 915 visites ici, et ça fait beaucoup, alors, parfois, souvent, je deviens timide, et puis, je me demande si le chiffre compte, j’aime de moins en moins les chiffres. Ils me dégoûtent comme des endives trop cuites.

2017, l’année du changement. Il y a du bruit dans la maison, des chansons inventées, des jeans dans toutes les tailles, un corps différent, un miroir à aimer, une voix souvent cassée, un teint un peu pâle et un coeur peau de pêche.

2017, j’ai ouvert les volets sur autre chose. C’était une aurore. C’est une belle idée du monde, les aurores. Elles sont rassurantes parce qu’elles viennent toujours quand on les attend, et en même temps, on ne peut jamais savoir à l’avance la couleur du ciel. 2017, c’était l’aurore en bonne pioche, avec du bleu et du rose dedans. Je retiendrai le visage de mon mari à la maternité, sa voix dans la nuit, sa chaleur près de moi dans le canapé. Je retiendrai une odeur de bébé, animale, ma drogue, je retiendrai le jeu où je scande «je t’aime» et les premiers rires aux éclats, ceux qui rendent fous. Je retiendrai des livres, des séries, qui ont habillé les cadres de nos murs. Je retiendrai la révolution. Un rythme à trouver. Je retiendrai la première cuillère de purée de carotte, nos pas sur les remparts, les premiers blablas, la peluche préférée avec un grelot dedans, les frissons, le temps qui file, un cheveu blanc, les bains, les voix, mes hommes, moi, je garde tout, les larmes aussi, je ne jette rien.

2018, je t’attends. Tu seras différente, forte, tu seras une nouvelle danse.

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13 commentaires sur “2017, ce tourbillon.

  1. 2017…
    Année maison,
    Année chatons,
    Année ventre rond,
    Toujours, au rythme de tes mots en chanson.

    Bon réveillon en famille, belle ouverture du nouveau chapitre 2018 !

  2. C’est très beau.
    Merci beaucoup.
    Je suis toujours étrangement émerveillée me sentir si proche de quelqu’un “d’inconnu” , comme je peux me sentir éloignée d’un “proche”. C’est ainsi.

  3. Une année réellement extra-ordinaire que 2017 :-)! Quel article émouvant! Il donne envie de vivre cette aventure. Cela me rassure devant l’inconnu qui nous attend. Plein de bisous tout doux à tous les trois <3!!

  4. Toujours la même grâce aérienne, qui sublime le gris et le lumineux. Des instants de vie couleur du temps, fugaces, captés dans leur profondeur…
    Merci pour cette poésie de vos jours, de nos jours 2017… qui s’envole vers 2018… A bientôt….

  5. Très joli texte sur le temps qui passe…
    Tu as réussi à m’arracher quelques larmes en ce dernier jour de l’année 2017 qui fut aussi très riche pour l’heureux grand-père que je suis devenu grâce à toi.
    Merci pour ce bonheur empreint d’une si douce nostalgie.
    Je t’aime fort.
    Ton papa, fier de sa grande fille.

  6. C’est beau, ces mots, comme toujours d’ailleurs.
    Merci Céline, pour tout ce que tu as fait vibré en 2017, et avant aussi bien sûr, moi aussi j’attends 2018, avec tes textes dedans (merci)
    Je te (enfin, vous 3) souhaite une merveilleuse année, merveilleuse de tout ce qu’elle a à vous faire vivre, et toujours beaucoup de larmes et d’amour (c’est beau les larmes et c’est beau l’amour).

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