Que lire pour garder le sourire en octobre?

Le vent se lève, les journées raccourcissent, on ne voit que les potimarrons qui orangeoient et les coings qui jaune-verdoient, bref, octobre arrive. Autant se consoler :  l’été est bel et bien derrière nous (même si, je ne sais pas vous, mais moi j’ai ressorti mes robes courtes cette semaine avec cette drôle de chaleur en écho). C’est sans doute un peu animal : dès que l’automne se manifeste bel et bien, j’ai envie de tout mettre en oeuvre dans mon intérieur pour que ce soit confortable, que cela invite à la détente, à la chaleureuse rêverie, et à la lecture. Nous y voilà : une bande des quatre, aujourd’hui, quatre jolis ouvrages récents, les tout derniers favoris qui sont les miens en la matière. Ils ont pour point commun d’être douillets et légers, comme une couette (finalement), et d’inviter à sourire. Parfaits pour octobre!

Marie-Aude Murail, Sauveur et fils

Marie-Aude Murail is back, et, comme allant de soi : c’est de qualité, voilà. C’est subtil et fin, tout en restant follement amusant et divertissant. Sauveur, c’est un psychologue, un grand psychologue martiniquais noir d’1,90 mètre, personnage bien construit et très attachant. Il vit avec son fils unique, Lazare, 8 ans. Et -c’est le point de départ de l’intrigue sans que cela ne devienne essentiel- : Lazare trouve un angle de la maison d’où il peut observer le défilé des patients de son père, et certains de leurs propos. Ce postulat est surtout un prétexte pour M.A Murail, permettant une galerie de personnages hauts en couleurs, humains trop humains, irrésistibles, drôlement tristes ou tristement drôles. Une telle intrigue de base aurait pu être lourde ou un peu grise, il n’en est rien. On ressort avec un sourire béat, un vrai amour de la vie et des gens. Nécessaire. C’est que M. A. Murail a le chic pour parler de la vie, la vraie, avec ce qu’elle a de rose et de gris, en dédramatisant tout tellement bien, et en rappelant que, bon sang, elle est belle, la vie.

C’est fin, c’est très drôle, c’est raconté avec brio et délicatesse. J’ai dévoré les 2 premiers tomes en les faisant durer. Encore une fois, je suis émerveillée de la qualité de la littérature jeunesse, tellement mieux, si on sait la choisir, que certains romans de gare. La vraie belle découverte parmi les sorties récentes!

Cléa, Patate douce

Du comfort reading à la comfort food, il n’y a qu’un pas, alors évidemment, parmi mes craquages en librairie récemment, ce petit-là, d’une jeune inconnue, Cléa, jamais entendu parler, mais très prometteuse. (JOKE.) (Il faut croire, entre M.A Murail et Cléa, que je suis naturellement allée vers des valeurs sûres pour passer de bons moments.) Alors, je ne suis pas neutre : je suis une fan de patate douce. Je me suis exclusivement nourrie de patate douce pendant ma grossesse (ça, et le potimarron -QUOTIDIENNEMENT, le potimarron-, et les endives crues.) Sans surprise, Camille est déjà totalement addict à la patate douce. Donc l’ouvrage avait peu de chance de me décevoir. Et bingo, il est absolument génial, il décline la patate douce à toutes les sauces, toutes les cuissons, tous les apprêts, sans aucune recette trop technique, et avec à chaque fois plein d’adaptations possibles. Je ne sais pas comment fait Cléa pour proposer des ouvrages totalement dans la « tendance culinaire » (si tant est qu’il y en ait), je veux dire, sans qu’il n’y ait de recette archi connue-vue-et-revue, ni de plan totalement farfelu. Simplement de bonnes idées qui sonnent juste et qui sont tellement adaptables au quotidien, faciles, véganisables (ou pas), sans glutenisables (ou pas). Et sans surprise : j’ai testé déjà plusieurs des recettes, avec un succès implacable à chaque fois, auprès des autres et de moi-même. (Je crois que Cléa pourrait me faire cuisiner et aimer n’importe quoi. Même le tofu soyeux.) Au passage : encore un coup de coeur pour les photos d’Emilie Gaillet, décidément tellement en phase avec Cléa.

Par-fait. Vous pouvez vous jeter dessus!

Ivan Clabérac, Venise n’est pas en Italie

Avec un titre pareil, comment aurais-je pu ne pas craquer? Ce petit livre de poche se mange comme un arancino, avec les doigts, en quelques bouchées, sans en attendre de la haute gastronomie, mais en se régalant tout de même. On y rencontre Emile, 15 ans, qui part à Venise avec l’amour fou de toute sa vie (mais l’amour fou de 15 ans), accompagné, malheureusement (ou pas tant que ça) par ses parents. Il s’agit donc d’un road trip-book, avec plein d’humour à l’intérieur, et là encore, beaucoup de légèreté dans son approche douce-amère de l’adolescence – et de la vie, en général. L’ensemble est de très bonne facture, réellement divertissant, plein de fraîcheur. Un petit coup de coeur!

Sarah Dognin Dit Cruissaat, Mon coaching sommeil (28 jours pour retrouver de beaux rêves)

J’ai reçu cet exemplaire en envoi presse et j’avais repoussé sa lecture, parce qu’on me l’avait envoyé juste après l’accouchement, à un moment où on n’a pas spécialement envie de réfléchir aux mécanismes du sommeil et à l’insomnie en général (précisément parce que je voulais plutôt UN LIT ET PLUS DE 3H D’AFFILEE DE SOMMEIL PITIÉ). Maintenant que tout est plus normal et que j’ai des nuits (presque) complètes, je me suis plongée à la fois dans ces pages et dans mes draps, et c’était une surprise plutôt heureuse.

L’auteur est docteur en pharmacie, diplômée en physiopathologie et nutrition, spécialiste (entre autres) des troubles métaboliques et du comportement. (Déjà, moi, j’aime bien quand un livre sur le sommeil n’est pas juste un coup d’édition, mais qu’il est écrit par quelqu’un qui s’y connaît.)

L’ouvrage est donc l’occasion de parler de manière très accessible du sommeil en général, des ressources internes liées au sommeil (alimentation, plantes et tisanes), et contient un cahier d’exercices pour suivre son sommeil sans trop se mettre la pression (Jour 3, heure de réveil et du coucher, qualité du réveil, humeur, etc.). L’ensemble est clair, j’avoue avoir regretté qu’il reste un peu superficiel et pas aussi pointu que je ne l’attendais, mais après tout, c’est aussi un avantage, parce que ça lui permet d’être vraiment facilement lu. Il est très joliment présenté et illustré, très agréable à consulter et à parcourir, et n’a rien d’un traité ultra élitiste et/ou austère, ce qui est très plaisant. Finalement, je le conseille vraiment si on a envie de réfléchir aux mécanismes du sommeil sans trop vouloir rentrer dans des détails scientifiques, et si on cherche un ouvrage qui reste accessible, du côté de la détente, de la lecture-plaisir. J’ai quand même appris plein de trucs (sur le rapport entre système lunaire et sommeil, sur le lien entre les heures de réveils nocturnes et nos organes, sur le mécanisme des effets du stress et du sommeil, et même sur les liens précis entre alimentation et sommeil) et j’ai adoré le feuilleter… avant de dormir, justement. (Idéal avec un plaid, une boisson chaude, une bougie, bref, octobre, vous m’avez vue venir!)

// Marie-Aude Murail, Sauveur et fils (Saison 1, 2, et 3), 2017 //Cléa, Patate douce, La Plage, 2017 //  Ivan Clabérac, Venise n’est pas en Italie, Le livre de poche, 2017 // Sarah Dognin Dit Cruissaat, Mon coaching sommeil, 28 jours pour retrouver de beaux rêves, Hachette bien-être, 2017

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

J’ai envie…

J’ai des envies de repli qui côtoient les envies d’ailleurs, j’ai des envies de chaud, de plaid loin du monde, écoutilles fermées et toutes voiles dehors. J’ai envie de temps arrêté, de ton visage qui ne changerait plus, de ta taille qui resterait la même, de ta voix qui dirait toujours les mêmes syllabes, et en même temps, j’ai envie d’un grand petit garçon qui mangerait son goûter à côté de moi. Je l’imagine tu sais, il aurait des cheveux châtains, et des yeux bleus, dans ma tête à nuits blanches, il aurait une salopette et un pull qu’il laisserait traîner. J’ai envie parfois d’être à deux comme avant, mais pas longtemps, parce que j’ai envie de penser qu’en prolongement de nous tu étais déjà là, que nous avons toujours été trois, ou plutôt, que nous avons depuis longtemps été deux plus… quelque chose.

J’ai envie d’une fuite triangulaire, d’un trio d’hirondelles, dans une cabane au Canada, parce que j’ai toujours rêvé d’y aller un jour, comme dans les romans de Nicolas Vanier, une vraie cabane avec des troncs de bois perdue sans personne autour, mais plein de sapins très hauts. J’ai envie qu’on s’y enferme et qu’on fasse des feux de joie et des baisers de paille. J’ai envie qu’on ne pleure jamais à l’intérieur, ou alors juste parce qu’on serait très heureux, et on fredonnerait dans la nuit, et on ferait d’autres bébés. J’ai envie des joues de mes deux hommes, qui ne sont pas à moi, mais quand même un peu. J’ai envie de l’odeur du café, de celle du chocolat, j’ai envie de cuillères de miel très cristallisé. J’ai des envies sauvages, j’ai envie de passer du temps avec ceux que j’aime en silence, sans musique et sans parole, juste en bruissant de sourires. J’ai envie qu’il n’y ait rien d’autre à faire.

J’ai envie d’avoir confiance dans ce quotidien, j’ai envie de ne pas penser « alors c’est ça, et ça sera toujours comme ça maintenant ». J’ai envie de faire le point sans culpabiliser, sans me juger, sans avoir peur. J’ai envie de ne pas trembler, j’ai envie qu’il me fasse rire, qu’il me rassure pour toute la vie. Ce n’est pas écrit dans nos alliances, ça, « fais-moi rire et rassure-moi pour toute la vie ». On a fait graver quelque chose en grec à la place mais qui ressemble, parce que ce contrat-là, on a signé avec les yeux, on a dit oui, et on y arrive si bien que ça fait joli. Surtout lui.

J’ai envie d’acheter une fleur, une fleur rare, j’achète si rarement des fleurs, je préfère les voir en vrai, mais là j’ai envie, je ne sais pas pourquoi, et j’ai envie de la mettre dans un vase de verre, et de te la montrer. J’ai envie que tu touches mes cheveux le plus délicatement du monde comme tu t’amuses à le faire en ce moment, parce que ces déclarations d’amour filial-là, je les reçois les yeux ouverts.

J’ai envie de me dire que ce n’est pas grave si tu n’es plus dans mon ventre, parce que c’est mieux avec toi dehors, mais quand même, j’aimais bien. J’ai envie de me dire que j’ai bien fait, ça et ça, et tout, on devrait toujours se dire en vrac, comme ça, et sans même savoir de quoi on parle, « tu as bien fait ». J’ai envie que pour une fois ce soit moi qu’on rassure dans la nuit en me donnant ma tétine et mon doudou. J’ai envie de ne plus avoir de téléphone portable. J’ai envie de regarder des séries en mangeant du pop corn. J’ai envie d’avoir les ongles bleu foncé ou vert sapin, ce que je n’ai jamais. J’ai envie d’un bain, un vrai bain comme quand j’étais enceinte, et que mon ventre faisait comme une petite oasis. J’ai envie d’une pomme au four, du babillage qui m’appelle quelque part toujours, j’ai envie de me bercer encore -oh, juste un peu- de l’illusion que je suis, même pas longtemps, même pas vraiment, indispensable.

Et vous, vos envies, là aujourd’hui?

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer