Au lait.

Parmi mes grandes gloires conjugales figure en bonne place, outre le fait d’avoir compris la règle du hors jeu et de déléguer l’entière maîtrise de la machine à laver, la progressive certitude d’avoir converti un homme au lait végétal. Lui qui buvait son chocolat chaud tous les matins me surprend désormais à ne jurer que par le lait de riz, et à me demander s’il peut faire la semoule au même lait (de riz, donc), les crêpes, et les gaufres du dimanche. Et son visage s’illumine comme s’il était saisi d’un transport qui absorberait toutes ses facultés d’âme. Il est de ces satisfactions qui ne coûtent pas grand chose et qui font bien sourire, car on se réjouit toujours davantage d’avoir converti presque sans rien dire plutôt qu’après force raisonnements, et qu’il est toujours charmant de voir autour de soi un bienfait dont on ne se sait qu’à moitié responsable.

Ce qui est drôle, c’est que moi-même, je ne buvais jamais de lait avant de découvrir les laits d’amande, d’avoine, ou le fameux petit-épeautre-noisette (Hashtag AMAGAD). Depuis pas mal de temps, je les fais maison, ce qui représente à la fois un gain d’argent et le plaisir de profiter chaque jour d’une boisson que j’ai faite moi-même, et cela nourrit ma fierté (il m’en faut peu). C’est vraiment le plus simple du monde, il suffit de penser à laisser tremper les ingrédients le matin pour préparer le lait le soir, et j’en ai pour la semaine. (Parfois moins, ce qui m’amène à en refaire, ou alors, je bidouille en l’allongeant avec de l’eau. Que celui qui n’a jamais mis un peu d’eau dans son lait d’amande me jette la première noisette.)

J’en mets à peu près partout, dans mon bol du matin, dans les porridges de Camille, pour préparer les gâteaux, dans mon dessert du soir, froid, chaud, nature ou mélangé avec un peu de cannelle ou de vanille, ou les deux les jours de grande débauche. Bref, le lait qui-n’est-pas-du-lait coule à flot chez nous et nous procure des satiétés et des sourires qui ne sont pas des substituts.

J’ai testé plein de méthodes et d’ingrédients avant de trouver la formule que je trouvais la plus simple et la meilleure, et qui pouvait se boire telle quelle, sans avoir besoin d’être cuisinée ou réchauffée, ce qui est délicat avec les laits végétaux maison. Juste entre parenthèses, je vous explique comment je procède. On ne sait jamais, ça peut vous inspirer.

Lait (maison) avoine-cajou

(Pour un petit litre)

Six heures à l’avance :

Je mets à tremper 150g d’ingrédients secs : 100g de flocons d’avoine, 50g de noix de cajou. (Mais je mets parfois des noix, ou des noisettes, ou des amandes, à la place des noix de cajou, il faut alors changer l’intitulé de la bouteille, je vous laisse adapter votre étiquette.)

Le soir : (Ou le matin si vous faites le matin, vous me suivez, oh.)

Je rince les ingrédients. Je les mets dans un blender avec 800 ml d’eau, je mixe, puis je filtre : je passe l’ensemble dans un sac à lait végétal. (Et « sac à lait » n’est pas une insulte, même si cela y ressemble, sachez que, contrairement aux apparences, c’est une locution très correcte.)

Je verse l’ensemble dans une bouteille. La mienne est celle-ci, c’est un caprice de star mais elle est jolie et pratique. J’ai la version petite, tout ne tient pas dedans, ça dépend des fois, alors je mets dans un petit bocal en plus. Je vous laisse voir les choses comme vous voulez avec vos bocaux personnels.

(J’utilise l’okara, c’est à dire le petit résidu non-filtré, dans les pâtes à gâteaux ou à crêpes la plupart du temps.)

Ma nouvelle manie depuis Noël consiste à rajouter un ingrédient gourmand au moment du mixage. C’est totalement facultatif. Mais c’est très bon. À chacun de voir s’il juge le superflu nécessaire, ce qui ferait un bon sujet de philo.

Exemple d’ingrédients gourmands : (au choix, pas tous en même temps)

-3-4 carrés de chocolat

-4 dattes

-1 biscuit  (ou 2) (speculoos, ou un sablé, ou n’importe quel gros biscuit qui va rendre le tout vraiment décadent, vous voyez le concept.) (C’est ma manie actuelle, j’en suis folle.)

-2 càs de miel, ou de sirop d’érable…

Ou, les duos :

4 carrés de chocolat blanc + 2 càs de sésame

1 càs de thé matcha + 1 pincée de vanille

1 càs d’écorces d’oranges confites + 1 càs de purée d’amande…

On peut donc s’amuser avec environ tout ce que qu’on veut de ses placards ou son frigo, même s’il est préférable d’éviter le reste d’épinards ou d’endives (mais après tout, vous faites comme vous le sentez).

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

2018 : Résolutions.

En 2018, je veux regarder le soleil se lever. Je veux aimer la terre même en hiver. Je veux déconnecter d’internet plus tôt le soir, je veux mettre des broches de toutes les couleurs, je veux danser en chaussettes. Je veux lire des romans qui sortent de ma zone de confort en matière de goûts littéraires. Je veux lire mieux mais pas forcément lire plus, je veux me blottir dans ce que j’aime, j’assumerai la dimension sensuelle qu’il y a quand j’aime un texte, je me marierai avec dix auteurs et je divorcerai autant de fois. En 2018, je recommence à apprendre des textes par coeur, parce que j’adorais faire ça, et que, dans ma tête, j’ai un petit répertoire de récitations à agrandir. En 2018, je découvrirai des séries, ou de nouvelles saisons de séries déjà connues, et chaque soir, après le générique, nous en ferons une analyse de littéraires un peu fous avec nos tisanes. Nos phrases iront se perdre dans la fumée au-dessus des tasses.

Cette année, je ferai des choses seule. J’arrêterai de me croire indispensable, je me dirai qu’on peut bien faire sans moi. D’un pas tranquille, je me fondrai dans l’ailleurs. Ailleurs que l’endroit où je croyais qu’il était nécessaire que je sois. Et je me rendrai compte que tout va bien.

J’écrirai plus souvent les jolies phrases qu’il me dit, les déclarations fortes, les précieux badinages. Je les écrirai sur des petits papiers. Puis je perdrai les papiers, parce que c’est beau aussi les mots d’amour qui s’envolent et se perdent dans le tissu du temps. Dans le drap du souvenir, un peu flou, un peu vaporeux. Je tiendrai un journal de bons moments, un autre d’éclats de rires, un autre de sourires échangés avec des inconnus. Ou alors, je n’écrirai aucun journal, ce sera juste à l’intérieur, c’est bien aussi, c’est peut-être encore mieux.

En 2018, j’essaierai d’être encore plus éthique dans mes achats pour mon petit garçon, je ne serai pas faible devant un pantalon étoilé Zara, parce que c’est pratique et mignon et pas cher et facile, j’essaierai de me rappeler encore plus ce que je veux à ce sujet-là. C’est important. Je m’offrirai de jolies pièces pour moi, aussi, des robes avec des paillettes et des ceintures de fille, je ferai des coiffures d’une autre époque, ou d’aucune époque du tout, je mettrai mon mascara violet, et puis aussi je ne mettrai rien, quand j’aurai envie. Je traînerai en sweat, en chignon en vrac, en pantalon de danse, et alors, il me dira encore que c’est ainsi qu’il me trouve la plus belle, et moi je demanderai encore alors à quoi ça sert que je me donne tant de mal les autres jours.

Nous vérifierons si le lit à du ressort, nous nous parlerons encore comme deux inséparables, nous ouvrirons une nouvelle confiture, nous nous montrerons nos photos d’étudiants, en demandant à l’autre si on a changé, comme si c’était angoissant, et très important. Et puis ça ne sera pas important.

En 2018, je ferai des pâtes fraiches, je m’abonnerai à Audible, je ne repasserai plus les jeans, je ferai des piles de crêpes en montant le volume. On fera une liste de choses à faire chaque mois, même si ce ne sont que des détails, même si au final on ne les fait pas. On écrira quand même. On écrira toujours. On dessinera des étoiles sur la fenêtre. Je ferai des photos. On ira voir la mer.

En 2018, je sentirai l’odeur de mes deux hommes comme on s’enivre. Je laisserai derrière moi mes peurs, mes doutes, mes questions, et surtout l’idée que je n’ai pas fait assez, ou pas assez bien. Ce qui se passera ne sera ni parfait, ni idéal, ni comme je croyais que ça serait, ni comme j’aurais voulu que ça soit. En changeant d’année, je laisse de côté les moments en demi-teinte, les souvenirs gris, ils resteront là comme une écharpe d’enfant oubliée dans un arbre.

Et puis, j’en trouverai d’autres, des soucis, et puis, ce ne sera pas grave, finalement, ce sera comme ça, ce sera la vie, et l’histoire continuera. Il y aura d’autres sourires, d’autres rimes, d’autres rires. Il y aura des amis dont on regardera les premières rides. On se demandera s’ils font plus vieux que nous ou pas. Mais il y aura leurs yeux, leurs voix quand même, et alors, on s’en fichera des rides. Il y aura la famille, les surprises qui font battre des mains, nos aventures, notre unisson, les mots d’amour, la confiance, la douceur de la peau des mamans, l’odeur de la maison quand on revient des vacances, le petit fond du café qu’on fait danser en tournant la tasse. Il y aura les chambres pas rangées, le chocolat au fond des cônes de glace, les projets, les mots des enfants, les jeux des adultes qui finalement sont encore des enfants, et la terre qui tourne parce qu’elle est ronde et qu’elle est faite pour ça. Tourner.

 

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer