2018 : Résolutions.

En 2018, je veux regarder le soleil se lever. Je veux aimer la terre même en hiver. Je veux déconnecter d’internet plus tôt le soir, je veux mettre des broches de toutes les couleurs, je veux danser en chaussettes. Je veux lire des romans qui sortent de ma zone de confort en matière de goûts littéraires. Je veux lire mieux mais pas forcément lire plus, je veux me blottir dans ce que j’aime, j’assumerai la dimension sensuelle qu’il y a quand j’aime un texte, je me marierai avec dix auteurs et je divorcerai autant de fois. En 2018, je recommence à apprendre des textes par coeur, parce que j’adorais faire ça, et que, dans ma tête, j’ai un petit répertoire de récitations à agrandir. En 2018, je découvrirai des séries, ou de nouvelles saisons de séries déjà connues, et chaque soir, après le générique, nous en ferons une analyse de littéraires un peu fous avec nos tisanes. Nos phrases iront se perdre dans la fumée au-dessus des tasses.

Cette année, je ferai des choses seule. J’arrêterai de me croire indispensable, je me dirai qu’on peut bien faire sans moi. D’un pas tranquille, je me fondrai dans l’ailleurs. Ailleurs que l’endroit où je croyais qu’il était nécessaire que je sois. Et je me rendrai compte que tout va bien.

J’écrirai plus souvent les jolies phrases qu’il me dit, les déclarations fortes, les précieux badinages. Je les écrirai sur des petits papiers. Puis je perdrai les papiers, parce que c’est beau aussi les mots d’amour qui s’envolent et se perdent dans le tissu du temps. Dans le drap du souvenir, un peu flou, un peu vaporeux. Je tiendrai un journal de bons moments, un autre d’éclats de rires, un autre de sourires échangés avec des inconnus. Ou alors, je n’écrirai aucun journal, ce sera juste à l’intérieur, c’est bien aussi, c’est peut-être encore mieux.

En 2018, j’essaierai d’être encore plus éthique dans mes achats pour mon petit garçon, je ne serai pas faible devant un pantalon étoilé Zara, parce que c’est pratique et mignon et pas cher et facile, j’essaierai de me rappeler encore plus ce que je veux à ce sujet-là. C’est important. Je m’offrirai de jolies pièces pour moi, aussi, des robes avec des paillettes et des ceintures de fille, je ferai des coiffures d’une autre époque, ou d’aucune époque du tout, je mettrai mon mascara violet, et puis aussi je ne mettrai rien, quand j’aurai envie. Je traînerai en sweat, en chignon en vrac, en pantalon de danse, et alors, il me dira encore que c’est ainsi qu’il me trouve la plus belle, et moi je demanderai encore alors à quoi ça sert que je me donne tant de mal les autres jours.

Nous vérifierons si le lit à du ressort, nous nous parlerons encore comme deux inséparables, nous ouvrirons une nouvelle confiture, nous nous montrerons nos photos d’étudiants, en demandant à l’autre si on a changé, comme si c’était angoissant, et très important. Et puis ça ne sera pas important.

En 2018, je ferai des pâtes fraiches, je m’abonnerai à Audible, je ne repasserai plus les jeans, je ferai des piles de crêpes en montant le volume. On fera une liste de choses à faire chaque mois, même si ce ne sont que des détails, même si au final on ne les fait pas. On écrira quand même. On écrira toujours. On dessinera des étoiles sur la fenêtre. Je ferai des photos. On ira voir la mer.

En 2018, je sentirai l’odeur de mes deux hommes comme on s’enivre. Je laisserai derrière moi mes peurs, mes doutes, mes questions, et surtout l’idée que je n’ai pas fait assez, ou pas assez bien. Ce qui se passera ne sera ni parfait, ni idéal, ni comme je croyais que ça serait, ni comme j’aurais voulu que ça soit. En changeant d’année, je laisse de côté les moments en demi-teinte, les souvenirs gris, ils resteront là comme une écharpe d’enfant oubliée dans un arbre.

Et puis, j’en trouverai d’autres, des soucis, et puis, ce ne sera pas grave, finalement, ce sera comme ça, ce sera la vie, et l’histoire continuera. Il y aura d’autres sourires, d’autres rimes, d’autres rires. Il y aura des amis dont on regardera les premières rides. On se demandera s’ils font plus vieux que nous ou pas. Mais il y aura leurs yeux, leurs voix quand même, et alors, on s’en fichera des rides. Il y aura la famille, les surprises qui font battre des mains, nos aventures, notre unisson, les mots d’amour, la confiance, la douceur de la peau des mamans, l’odeur de la maison quand on revient des vacances, le petit fond du café qu’on fait danser en tournant la tasse. Il y aura les chambres pas rangées, le chocolat au fond des cônes de glace, les projets, les mots des enfants, les jeux des adultes qui finalement sont encore des enfants, et la terre qui tourne parce qu’elle est ronde et qu’elle est faite pour ça. Tourner.

 

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2017, ce tourbillon.


Les gouttes s’ajoutent aux gouttes, le ciel pleure un peu. 2017, l’année de toutes les larmes. Les larmes dures, fatiguées, lourdes et épaisses comme les nuits d’hiver. Et les larmes folles, les larmes de joie, qui naissent comme éclatent les bulles de savon. Je n’ai brimé ni les unes, ni les autres. J’ai ouvert toutes les vannes, en 2017.

Tout a commencé avec un ventre rond, un profil en grosse butternut, des coups de pieds dedans. Les deux mains sur moi, sur lui, éperdument. J’attendais, j’avais hâte, j’étais effrayée, tétanisée, je l’aimais, oh que je l’aimais. Puis, février, mon anniversaire alité, une bougie soufflée depuis le canapé. Les jours comptés. La ceinture bleue du monitoring, les cours de préparation à l’accouchement, des schémas d’utérus, la chambre neuve et propre avec de l’amour entre les barreaux de bois brut. J’avais plié les pyjamas. Je ne plie plus les pyjamas.

Le big bang, la révolution, cellule de deux, cellule en trois. J’ai murmuré son nom, j’ai chanté en tenant son corps, si petit et si grand, humide et chaud, contre moi. J’ai l’impression que c’est si loin. Février 2017, c’était une évidence, et c’était toute la vie dedans. Il est dans chaque vie des mois qui durent des siècles, ce sont des vifs d’or, des éclipses totales, ils sont très rares.

Puis, il y a eu le printemps, et il me semble que le printemps ne s’est jamais arrêté. Les premières promenades, les premiers biberons, les premières nuits chacun dans sa chambre. J’ai rangé les pyjama en taille 1 mois, puis ceux en 3 mois, même le favori à rayures, c’était étourdissant de rapidité. J’ai essayé de ne pas être triste à chaque page à tourner, ou de faire semblant. Les mamans sont belles de leurs nostalgies cachées.

Il a fait beau, chaud dans la maison de bois, nous sommes partis manger des crêpes, la poussette brinquebalait sur les pavés, il fallait mettre le lange pour cacher du soleil. Il y a eu l’hôtel en Charente aussi, les rires des amis, une marraine aux yeux plus bleus que lui. Il y a eu la reprise du travail, en deux temps, la douleur de quelques étapes plus ou moins anticipée. Il ne faut pas trop anticiper. Surtout les nuées.

Il y eu notre amour qui se dressait comme on pose des briques entre le dur et le doux, la force de ce que nous appelons désormais « la famille », les mots dans tous les sens, la confiance en ciment. Tout était ébranlé. Pourtant, tout était si solide en même temps.

Il y aura eu l’automne, des châtaignes, oh, un nouveau travail, et l’accent chantant des Lisboètes, le poids du porte-bébé, de nouveaux jeux, des dents, des biscottes mâchouillées coincées au creux des poings. En 2017, on a beaucoup dansé, sur Shape of you, sur Issues, et même Despacito pour plaisanter, on a tourné, valsé même sans musique, parce qu’au fond dans la vie il suffit de savoir valser.

En 2017, il y a eu des textes écrits, pas toujours très bons, et surtout, peu nombreux, parce que pour moi l’écriture ça doit juste venir quand on le sent, pas autrement. Il y a eu, en 2017, 1 541 915 visites ici, et ça fait beaucoup, alors, parfois, souvent, je deviens timide, et puis, je me demande si le chiffre compte, j’aime de moins en moins les chiffres. Ils me dégoûtent comme des endives trop cuites.

2017, l’année du changement. Il y a du bruit dans la maison, des chansons inventées, des jeans dans toutes les tailles, un corps différent, un miroir à aimer, une voix souvent cassée, un teint un peu pâle et un coeur peau de pêche.

2017, j’ai ouvert les volets sur autre chose. C’était une aurore. C’est une belle idée du monde, les aurores. Elles sont rassurantes parce qu’elles viennent toujours quand on les attend, et en même temps, on ne peut jamais savoir à l’avance la couleur du ciel. 2017, c’était l’aurore en bonne pioche, avec du bleu et du rose dedans. Je retiendrai le visage de mon mari à la maternité, sa voix dans la nuit, sa chaleur près de moi dans le canapé. Je retiendrai une odeur de bébé, animale, ma drogue, je retiendrai le jeu où je scande «je t’aime» et les premiers rires aux éclats, ceux qui rendent fous. Je retiendrai des livres, des séries, qui ont habillé les cadres de nos murs. Je retiendrai la révolution. Un rythme à trouver. Je retiendrai la première cuillère de purée de carotte, nos pas sur les remparts, les premiers blablas, la peluche préférée avec un grelot dedans, les frissons, le temps qui file, un cheveu blanc, les bains, les voix, mes hommes, moi, je garde tout, les larmes aussi, je ne jette rien.

2018, je t’attends. Tu seras différente, forte, tu seras une nouvelle danse.

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