Voler un livre

L’autre jour, je lisais un court sujet qui faisait le point sur les vols de livres, leurs statistiques, et leur histoire. Je trouvais ça assez fou, et très intéressant. Parce que, à première vue, il s’agit d’un vol comme un autre. Pourtant il a bien un statut à part, sinon on verrait fleurir des brèves sur le vol de spaghetti ou de poignées de porte. Le vol littéraire est différent, étrangement différent.

J’ai trouvé ça assez fou lorsque j’en ai parlé autour de moi : pour certains, le vol de livres est une hérésie, une monstruosité, une atteinte à la culture et à l’intelligence qui pourrait mettre à mal la sagesse de toute une civilisation. J’exagère à peine, et je conçois qu’on s’en offusque, parce que je suis loin d’accorder aux livres une valeur négligeable. Un livre est un bijou ; voler un livre de poche, c’est dérober un rubis, ou un lingot, et j’imagine volontiers un fourgon qui viendrait dévaliser une librairie avec des armes comme on braquerait une banque.

Et dans le même temps, je comprends le côté assez fascinant que la chose a pour d’autres. Piquer un livre, ce n’est pas vraiment un vol. C’est une autre histoire, parce que le livre ne devrait faire l’objet d’aucun commerce, il est marchandise à part, produit sans publicité, sans code barre, sans prix, il est voyage de l’esprit. Certains ne volent absolument rien, dans leur vie, mais ont déjà goûté à la fièvre du kleptomane derrière une étagère d’une grande librairie. C’est un délit de culture, une sorte de pulsion : il y a quelque chose de charnel là-dedans, un élan irrépressible vers l’évasion. La main sous le manteau, ils apaisent toute une fureur de vivre, ils nient l’essentiel de la société (parce que la consommation et la monnaie sont une forme de fondement social, autant se l’avouer), et le dépassent. Puis ils sortent dans la rue en pressant leur Folio contre leur coeur, sans se retourner.

Je ne me souviens pas l’avoir fait, ou du moins, pas récemment. Je veux bien tenter (ou renouveler?) l’expérience, parce que j’aime ce genre de sensations fortes. Je n’ai rien fumé de ma vie, je suis coutumière d’aucune fraude, ce vertige-là, je le trouve très séduisant. Je ne dis pas que ce méfait est moins grave qu’un autre parce qu’il est lié à l’intellect, ce serait bien présomptueux d’imaginer qu’un délit est pardonnable s’il est accompli dans les cordes de la connaissance. Cela signifierait qu’on peut tout faire si c’est rangé dans la case culture, et que voler un Marivaux n’est pas voler, eh, restons sérieux, bien sûr que c’est voler, tout de même.

Mais je trouve raisonnablement curieux (ou curieusement raisonnable) que la valeur financière du livre reste suspendue dans la plupart des esprits. Vous savez, les dépenses que l’on fait pour des livres ne sont jamais des dépenses comme les autres, elles sont à part, on se dit toujours qu’elles sont utiles, pardonnables. On sort notre carte bleue pour elles avec dans la tête la vague idée d’un jocker, temps mort, atout hors du jeu, cette dépense-là, c’est différent. Cette conviction danse dans l’inconscient général, et elle est belle de son irrégularité.

J’aime profondément chacun de mes livres, et plus largement, chacun des livres qu’il existe sur la terre, et je suis donc mi-amusée, mi-émerveillée qu’il flotte autour de ces objets des auréoles un peu curieuses. Et je suis amusée par l’idée selon laquelle le rapt d’un livre est un acte fou, qui n’a rien à voir avec un petit vol à l’étalage, mais qui a des affinités avec un voyage sans billet, une folie sociale sagement provocatrice, un vrai-faux délit au croisement entre l’impardonnable et le sacré.

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Favoris en vrac (livres et podcasts)

Je trouve que les articles des autres qui donnent des avis et qui partagent des coups de coeur sont vraiment intéressants, ce sont d’ailleurs souvent ceux que je préfère. Un blog, ça devrait surtout servir à ça, donner des avis, si vous voulez le mien (d’avis). J’ai du mal avec l’idée de « tenir un blog », je sais c’est un peu ridicule, mais j’ai toujours l’impression que ce n’est pas vraiment ce que je fais, alors que techniquement si, je ne suis pas folle non plus. Je trouve ça génial de pouvoir, sur des pages internet, écrire un peu, créer une communauté comme une sorte de groupe d’amis avec ceux qui ne parlent jamais et ceux qui parlent beaucoup, mais comme je suis en froid avec l’idée de « meneuse », je ne me dis pas que c’est moi qui mène la danse. C’est une sorte de déni de blog, mais pas vraiment de l’écriture ni de vous derrière. Bref, cette introduction est déjà trop longue, il faut être efficace de nos jours, alors j’en viens au propos : voici mes derniers coups de coeur, à lire et écouter, vous pouvez foncer, c’est du top qualité!

L’homme aux cercles bleus (en audio)

J’adore Fred Vargas, même si j’ai récemment été déçue par plusieurs de ses romans que j’ai pris le temps de découvrir, on en fait des choses dans un congé maternité. Celui-là reste mon coup de coeur, et je ne l’ai pas vraiment lu, je l’ai écouté, j’avais trouvé cette version à la médiathèque. J’ai adoré cette lecture, la voix de Jacques Frantz est très envoutante et a ce quelque chose d’un peu inquiétant qui s’accorde parfaitement avec l’univers d’Adamsberg. Je suis tombée dedans la tête la première alors que je ne suis pas une grande fan de roman policier, j’ai a-do-ré. C’est fin, c’est très bien écrit, l’intrigue est d’excellente facture, c’est parfaitement lu. (Mais si vous le lisez en vrai livre à défaut de l’écouter, je pense que ce sera parfait aussi.) Si vous n’avez jamais lu de Fred Vargas, je crois que c’est l’idéal pour commencer! J’ai hâte de lire son dernier, que mon papa m’a offert parce que c’est un très gentil papa, et que je commence juste.

En attendant Bojangles

Avec pas mal de retard, j’ai eu envie de découvrir cette petite chose qui fait beaucoup de bruit depuis un an. Je vous dirais bien que ça faisait longtemps qu’un livre ne m’avait pas fait un tel effet, vous allez penser que j’exagère, ce qui ne serait pas vrai du tout. Je l’ai lu en une poignée d’heures, comme un livre différent de tous les autres, comme le livre que j’attendais enfin, j’ai ri pour de vrai en lisant (et c’est assez rare de rire pour de vrai en lisant). J’ai pleuré aussi, un certain chapitre est encore littéralement imbibé de grosses larmes qui venaient de très loin, je ne dirai pas quel chapitre, parce que je crois qu’il ne faut s’attendre à tout n’importe quand avec un livre comme celui-là. Là encore, c’est vraiment très bien écrit, il y a du génie chez cet ancien cancre, il y a une intelligence pétillante, merveilleuse, qui jongle avec les sentiments comme les phrases. C’est d’une légèreté infinie sans oublier d’être profond, c’est une friandise en gris et rouge bonbon. Lorsque je l’ai fini, j’étais tellement déçue de ne plus avoir de page à lire que je l’ai recommencé au début, c’est dire s’il m’a rendue folle.

Planète Végane

J’ai eu le privilège de recevoir un exemplaire de Planète Végane, et je l’ai dévoré avec attention. Je n’en fais pas mystère : je ne suis pas vraiment végane au sens strict, mais ces questions sont depuis pas mal d’années très présentes chez nous. Je revois son auteur, attablée dans une très bonne adresse parisienne il y a quelques années, nous expliquer son projet d’une sorte de bible végane, avec de l’Histoire, des explications, des détails sur tout ce qui constitue le véganisme dans la vie quotidienne, et le voilà, ce bon gros livre, le voilà, et il est extrêmement intéressant. J’ai adoré le fait que cette approche que l’on pourrait qualifier de technique (au sens d’ « approfondie ») prenne la forme d’un ouvrage qui puisse réellement devenir un livre de chevet tant il est fluide, clair, bien conçu, bien pensé et bien écrit. J’ai adoré également que ce ne soit pas un livre de recettes (même si je n’ai rien contre les livres de recettes!), mais que le propos aille plus loin, en expliquant si bien dans la théorie et dans la pratique ce que veut dire « être végane ». La plus grande force de l’ouvrage est de rester extrêmement bienveillant et apaisé (ou est-ce parce que je l’ai lu au calme? Je crois que ce n’est pas seulement pour cette raison!), extrêmement ouvert, absolument pas dans la condamnation, la propagande, ou l’exclusion. De quoi réfléchir calmement, tout comprendre, et des astuces à foison pour une planète (et un quotidien) en transition.

Podcast : Un épisode et j’arrête

Je découvre le monde merveilleux du podcast, adieu. Je le connaissais déjà un peu, j’exagère, mais je l’utilisais surtout pour les émissions de radio, Grand bien vous fasse en tête (d’ailleurs cet épisode sur la salle de bain est mon préféré récemment!). Mais je découvre les émissions que l’on trouve uniquement en podcast, et c’est un royaume sous l’océan avec un château en plancton. Comme je manque de mesure, j’en écoute sans arrêt, pendant les biberons, pendant les promenades, pendant que je range, pendant que je cuisine, pour approfondir ce que je viens de découvrir, c’est mon côté Bouvard et Pécuchet. Bref, parmi tout ce que j’écoute, trois flux font partie de mes vraiment préférés. Le premier est celui-ci : Un épisode et j’arrête.

C’est un podcast lancé par l’Association française de Critique des Séries, où l’on discute de séries, forcément, et forcément j’adore, autour d’une table animée par Pierre Langlais (Télérama) entouré de Constance Jamet (Le Figaro), Thomas Destouches (Plus de Séries) et Benoît Lagane (France Inter). C’est un bon format d’une trentaine de minutes, et la plupart du temps tout est dit, (et très bien dit), donc voilà, je suis fan. Si vous aimez les séries, c’est incontournable.

Podcast : Super ciné battle

Un jour, on pourra recommencer avec D. à regarder des trucs qui durent plus de 45 minutes sans tomber de sommeil, autrement dit, on se remettra à visionner des films des vrais des purs, très souvent, comme avant, ah, nostalgie. En attendant, quand je ne regarde pas des séries toujours des séries, j’écoute parler de cinéma, pour me donner encore plus envie de me souvenir de mes classiques, d’en découvrir d’autres, des anciens ou des nouveaux.

J’adore le principe de ce podcast, animé par Daniel Andreyev ( @Kamuirobitcs sur twitter) et Stéphane Bouley (@GKPlugInBaby) : sur une thématique (les années 80, les films de super-héros…), les auditeurs envoient des listes de titres de films, et on s’écharpe à les classer du pire au meilleur pour former la liste ultime du cinéma. C’est un peu moins pointu qu’ un épisode et j’arrête, et il y a moins de vraie critique approfondie, ce que je regrette un peu. Néanmoins, j’adore le principe et l’atmosphère très « bande de copains », et j’ai envie de répondre toute seule dans mon salon, «arrêtez, non mais, Back to the future c’est laaaaargement au-dessus de Ghostbusters, vous rigolez, aucune hésitation.» À écouter pour se détendre, parfait en faisant autre chose en même temps, et pour avoir vraiment très envie de regarder des films. (Et même de re-visionner des films qu’on n’a pas vus depuis longtemps.)

Podcast : Change ma vie

Clotilde Dusoulier, la merveilleuse capitaine de Chocolate and Zuchini qu’on ne présente plus, a lancé son podcast où l’on ne parle pas du tout de cuisine! Ça m’intriguait, me voilà servie : je suis totalement séduite à la fois par le principe, par le propos, et par sa voix tellement radiophonique.

Change ma vie, c’est un podcast de développement personnel, super court, de 10 minutes environ, qui paraît tous les jeudis. Il se présente comme une sorte de mini-exposé à propos d’une idée concrète concernant les émotions, le bonheur, et tout ce qui gravite autour de sa quête. Cet exposé est émaillé d’exemples et d’explications très claires et l’idée passe toute seule, et à son issue, Clotilde invite à un petit exercice à effectuer avant la semaine suivante, comme un devoir de vacances. Défi remporté : c’est particulièrement agréable à écouter, j’ai écouté en bloc les premières émissions (il vaut mieux tout écouter dans l’ordre, ça ne prend pas très longtemps, et c’est important pour tout comprendre) en donnant des biberons, je pense donc que Camille connaît déjà très bien la voix de Clotilde.

Si vous doutez encore, je vous conseille d’écouter l’épisode 00, qui explique vraiment bien le principe et sa motivation, c’est lui qui m’a conquise et m’a donné envie d’écouter la suite!

Voilà, je ne sais pas si mes critiques sont très complètes ni très académiques, mais j’avais envie de glisser des trucs chouettes ici.

//Fred Vargas, L’homme aux cercles bleus, lu par Jacques Frantz, Audiolib, 2014 ; Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, Gallimard, 2017 ; Ophelie Véron, Planète Végane, Marabout, 2017 ; Un épisode et j’arrête en podcast ; Super Ciné Battle en podcast, Change ma vie en podcast. //

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer