La page suivante : épisode 1

Aujourd’hui est un grand jour ! (Enfin, nous sommes d’accord, pas un Grand Jour avec des majuscules, non plus, je ne vais pas révolutionner la face du monde, je reste réaliste.) (Mais quand même.) Je vous explique.

Depuis quelque temps, l’idée de créer un podcast littéraire me travaille. J’ai douze mille idées là-dessus, et comme d’habitude, quand on a trop d’idées, ça ne fait que rendre les choses encore plus compliquées. Les gens qui sont de l’équipe mono-idée ont beaucoup de chance, parce qu’ils réalisent ce qu’ils ont dans la tête avec moins de parasites. Bref. En plus, j’ai un gros obstacle technique, parce que je ne comprends pas bien comment ça fonctionne derrière pour mettre en ligne les choses, ça c’est parce que je suis une grande gauchère du monde internet. Alors après, j’ai eu une autre idée. (En attendant d’avoir un podcast, après tout, l’un n’empêche pas l’autre, notez.) (Nous sommes d’accord il y a beaucoup trop d’occurrences du mot « idée » dans ces quelques lignes.)

J’ai eu envie de créer une série de petites vidéos. Je dis « petites », parce que je tiens à ce que le format soit très court. (La première fait 5 minutes, on reste dans les clous question timing.) L’idée est de prendre un livre dans ma bibliothèque, et d’en parler, comme ça, avec vous. En dire quelques mots, ce qu’il raconte, pourquoi je l’aime bien, mon histoire éventuelle avec lui, et puis, vous en lire un tout petit passage. Je n’ai pas envie de faire de la publicité, de vous encourager à consommer, c’est pourquoi j’ai trouvé que c’était joli de ne pas faire une sorte de « revue littéraire » neutre mais de parler de moi, de mon vécu avec ce livre. Un seul livre à chaque fois. Parce qu’au fond, c’est ça, la magie de la littérature (au sens large), celle de nous faire vivre des aventures avec des livres comme s’il s’agissait de personnes. Nous avons tous des histoires d’amour et de désamour avec des livres. La série « la page suivante » prend le pari de s’appuyer précisément sur ces histoires, ces liens, ces rapports humains, entre les livres et moi – et entre eux et vous, parce que j’espère avoir vos réponses, et vos avis.

J’ai essayé de faire quelque chose d’un peu original, qui mette en valeur la voix, artistique et timide, enfin, un peu différent. Et puis quand j’ai regardé la version finale, je me suis trouvée insupportable, ma voix m’a frappée d’horreur, et je me suis demandé comment des hordes d’étudiants pouvaient me supporter pendant des heures. Donc bon, j’ai lutté âprement avec cette prime frayeur pour vous livrer l’épisode 1 de la série, comme un ballon d’essai. Pour voir. C’est très imparfait. C’est juste une idée. Vous me direz ?

(Vous noterez qu’on commence cette série en plaçant la barre assez haut, ne vous méprenez pas, il y aura plus léger, même des bandes dessinées.)

Je vous remercie tous, d’être là, toujours plus nombreux, c’est assez fou, cette aventure des Mots Ailés, c’est un bateau qui avance, et c’est beau, et chouette, et fort.

 

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Que lire pour garder le sourire en octobre?

Le vent se lève, les journées raccourcissent, on ne voit que les potimarrons qui orangeoient et les coings qui jaune-verdoient, bref, octobre arrive. Autant se consoler :  l’été est bel et bien derrière nous (même si, je ne sais pas vous, mais moi j’ai ressorti mes robes courtes cette semaine avec cette drôle de chaleur en écho). C’est sans doute un peu animal : dès que l’automne se manifeste bel et bien, j’ai envie de tout mettre en oeuvre dans mon intérieur pour que ce soit confortable, que cela invite à la détente, à la chaleureuse rêverie, et à la lecture. Nous y voilà : une bande des quatre, aujourd’hui, quatre jolis ouvrages récents, les tout derniers favoris qui sont les miens en la matière. Ils ont pour point commun d’être douillets et légers, comme une couette (finalement), et d’inviter à sourire. Parfaits pour octobre!

Marie-Aude Murail, Sauveur et fils

Marie-Aude Murail is back, et, comme allant de soi : c’est de qualité, voilà. C’est subtil et fin, tout en restant follement amusant et divertissant. Sauveur, c’est un psychologue, un grand psychologue martiniquais noir d’1,90 mètre, personnage bien construit et très attachant. Il vit avec son fils unique, Lazare, 8 ans. Et -c’est le point de départ de l’intrigue sans que cela ne devienne essentiel- : Lazare trouve un angle de la maison d’où il peut observer le défilé des patients de son père, et certains de leurs propos. Ce postulat est surtout un prétexte pour M.A Murail, permettant une galerie de personnages hauts en couleurs, humains trop humains, irrésistibles, drôlement tristes ou tristement drôles. Une telle intrigue de base aurait pu être lourde ou un peu grise, il n’en est rien. On ressort avec un sourire béat, un vrai amour de la vie et des gens. Nécessaire. C’est que M. A. Murail a le chic pour parler de la vie, la vraie, avec ce qu’elle a de rose et de gris, en dédramatisant tout tellement bien, et en rappelant que, bon sang, elle est belle, la vie.

C’est fin, c’est très drôle, c’est raconté avec brio et délicatesse. J’ai dévoré les 2 premiers tomes en les faisant durer. Encore une fois, je suis émerveillée de la qualité de la littérature jeunesse, tellement mieux, si on sait la choisir, que certains romans de gare. La vraie belle découverte parmi les sorties récentes!

Cléa, Patate douce

Du comfort reading à la comfort food, il n’y a qu’un pas, alors évidemment, parmi mes craquages en librairie récemment, ce petit-là, d’une jeune inconnue, Cléa, jamais entendu parler, mais très prometteuse. (JOKE.) (Il faut croire, entre M.A Murail et Cléa, que je suis naturellement allée vers des valeurs sûres pour passer de bons moments.) Alors, je ne suis pas neutre : je suis une fan de patate douce. Je me suis exclusivement nourrie de patate douce pendant ma grossesse (ça, et le potimarron -QUOTIDIENNEMENT, le potimarron-, et les endives crues.) Sans surprise, Camille est déjà totalement addict à la patate douce. Donc l’ouvrage avait peu de chance de me décevoir. Et bingo, il est absolument génial, il décline la patate douce à toutes les sauces, toutes les cuissons, tous les apprêts, sans aucune recette trop technique, et avec à chaque fois plein d’adaptations possibles. Je ne sais pas comment fait Cléa pour proposer des ouvrages totalement dans la « tendance culinaire » (si tant est qu’il y en ait), je veux dire, sans qu’il n’y ait de recette archi connue-vue-et-revue, ni de plan totalement farfelu. Simplement de bonnes idées qui sonnent juste et qui sont tellement adaptables au quotidien, faciles, véganisables (ou pas), sans glutenisables (ou pas). Et sans surprise : j’ai testé déjà plusieurs des recettes, avec un succès implacable à chaque fois, auprès des autres et de moi-même. (Je crois que Cléa pourrait me faire cuisiner et aimer n’importe quoi. Même le tofu soyeux.) Au passage : encore un coup de coeur pour les photos d’Emilie Gaillet, décidément tellement en phase avec Cléa.

Par-fait. Vous pouvez vous jeter dessus!

Ivan Clabérac, Venise n’est pas en Italie

Avec un titre pareil, comment aurais-je pu ne pas craquer? Ce petit livre de poche se mange comme un arancino, avec les doigts, en quelques bouchées, sans en attendre de la haute gastronomie, mais en se régalant tout de même. On y rencontre Emile, 15 ans, qui part à Venise avec l’amour fou de toute sa vie (mais l’amour fou de 15 ans), accompagné, malheureusement (ou pas tant que ça) par ses parents. Il s’agit donc d’un road trip-book, avec plein d’humour à l’intérieur, et là encore, beaucoup de légèreté dans son approche douce-amère de l’adolescence – et de la vie, en général. L’ensemble est de très bonne facture, réellement divertissant, plein de fraîcheur. Un petit coup de coeur!

Sarah Dognin Dit Cruissaat, Mon coaching sommeil (28 jours pour retrouver de beaux rêves)

J’ai reçu cet exemplaire en envoi presse et j’avais repoussé sa lecture, parce qu’on me l’avait envoyé juste après l’accouchement, à un moment où on n’a pas spécialement envie de réfléchir aux mécanismes du sommeil et à l’insomnie en général (précisément parce que je voulais plutôt UN LIT ET PLUS DE 3H D’AFFILEE DE SOMMEIL PITIÉ). Maintenant que tout est plus normal et que j’ai des nuits (presque) complètes, je me suis plongée à la fois dans ces pages et dans mes draps, et c’était une surprise plutôt heureuse.

L’auteur est docteur en pharmacie, diplômée en physiopathologie et nutrition, spécialiste (entre autres) des troubles métaboliques et du comportement. (Déjà, moi, j’aime bien quand un livre sur le sommeil n’est pas juste un coup d’édition, mais qu’il est écrit par quelqu’un qui s’y connaît.)

L’ouvrage est donc l’occasion de parler de manière très accessible du sommeil en général, des ressources internes liées au sommeil (alimentation, plantes et tisanes), et contient un cahier d’exercices pour suivre son sommeil sans trop se mettre la pression (Jour 3, heure de réveil et du coucher, qualité du réveil, humeur, etc.). L’ensemble est clair, j’avoue avoir regretté qu’il reste un peu superficiel et pas aussi pointu que je ne l’attendais, mais après tout, c’est aussi un avantage, parce que ça lui permet d’être vraiment facilement lu. Il est très joliment présenté et illustré, très agréable à consulter et à parcourir, et n’a rien d’un traité ultra élitiste et/ou austère, ce qui est très plaisant. Finalement, je le conseille vraiment si on a envie de réfléchir aux mécanismes du sommeil sans trop vouloir rentrer dans des détails scientifiques, et si on cherche un ouvrage qui reste accessible, du côté de la détente, de la lecture-plaisir. J’ai quand même appris plein de trucs (sur le rapport entre système lunaire et sommeil, sur le lien entre les heures de réveils nocturnes et nos organes, sur le mécanisme des effets du stress et du sommeil, et même sur les liens précis entre alimentation et sommeil) et j’ai adoré le feuilleter… avant de dormir, justement. (Idéal avec un plaid, une boisson chaude, une bougie, bref, octobre, vous m’avez vue venir!)

// Marie-Aude Murail, Sauveur et fils (Saison 1, 2, et 3), 2017 //Cléa, Patate douce, La Plage, 2017 //  Ivan Clabérac, Venise n’est pas en Italie, Le livre de poche, 2017 // Sarah Dognin Dit Cruissaat, Mon coaching sommeil, 28 jours pour retrouver de beaux rêves, Hachette bien-être, 2017

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