Heureuses lectures

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Il est de ces petits livres qui agissent comme des petits chocolats, ceux avec le fourrage à la noisette. Ils se laissent manger tout seuls, donnent le sourire et rendent (encore un peu plus) heureux, sans autre forme de procès. Les livres dont je vous parle aujourd’hui ne remplacent pas une thérapie, nous sommes d’accord. Ils sont juste, chacun à leur mesure, des petits éventails de réflexions, d’astuces, d’histoires et de fins conseils pour trouver l’équilibre au quotidien.

Je vous avais déjà parlé (ici) de quelques uns de mes essentiels des livres pour aller mieux. J’ai découvert cet été un petit florilège qui fait office de tome 2. Il y en a pour tous les goûts, picorez, choisissez, ou lisez-les tous d’affilée en cas de besoin de traitement radical : l’efficacité est garantie.

Soyez heureux, vous êtes formidables. (Si si).

SONIA ZANNAD, illustrations de MATHOU, Être heureux pour les nuls, Les cahiers coach, éd. First, 21016 // NICOLAS FOUGEROUSSE, Celle qui écrivait des poèmes au sommet des montagnes, éd. Jouvence, 2016  **// VINCENT CUEFF, La Disciple, éd. Jouvence, 2016 ** // CHRISTOPHE ANDRÉ, Imparfaits, libres et heureux ; Pratiques de l’estime de soi ; éd. Odile Jacob  poches, 20091.livresbonheur2

1. Être heureux pour les nuls

Pour être franche, j’ai craqué sur cet ouvrage un jour « sans », seulement grâce aux illustrations de Mathou (illustratrice du génial blog Crayon d’Humeur). Je trouve toujours en elles un petit sourire du jour, et dans cet ouvrage, elles trouvent parfaitement leur place!

Ce petit-gros livre se présente comme un album, joliment relié et présenté, sur papier rigide, plein de couleurs et surtout plein d’espaces à remplir soi-même. Il se compose de sept parties variées (telles que «j’apprends à lâcher prise », ou «je pratique la gratitude »), pleines de petits conseils rédigés avec entrain, et souvent très concrets.

Il est écrit par Sonia Zannad, community manager, rédactrice de presse et coach certifiée, et il se lit dans tous les sens, sans chichis, il est fait pour que l’on griffonne dessus, il glisse tout seul en offrant des pistes de réflexion vraiment profondes. Bref, je le trouve extrêmement rassembleur et digne d’être offert à ceux qu’on aime (très fort), et je l’ai vraiment adoré!

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2. Celle qui écrivait des poèmes au sommet des montagnes

Ce petit roman ainsi que le suivant m’ont été envoyés par les éditions Jouvence (merci ♥), et je ne savais pas trop à quoi m’attendre, parce que j’ai souvent du mal avec ce qui prétend mêler roman et développement personnel (j’ai toujours l’impression que l’on néglige l’un ou l’autre).

Finalement, ce petit-là fut une heureuse surprise.

Il est écrit par Nicolas Fougerousse, un jeune homme passionné de montagne et un peu touche-à-tout. C’est là son premier roman, et je crois que ce que j’ai préféré, c’est justement de sentir toute la fraicheur d’une première fois.

On y retrouve Marcus, un jeune homme installé dans un quotidien banal trop serré, entre un travail qui le laisse désabusé, une épouse qu’il ne voit que par routine, sans désamour mais sans amour non plus, dans une ville où tout est un peu gris. Un jour, il trouve un mot laissé sur son pare-brise, qui lui parle à l’impératif : « écoute tes émotions ». Il ignore tout de cet(te) inconnu(e?) qui lui laisse ce message, puis un autre, mais c’est le début d’un grand changement dans toute sa vie. Parallèlement, il rencontre un homme bizarre, qui lui apprend des choses et change tout encore un peu plus, et les leçons de vie qu’il reçoit en sont également pour nous lecteurs. Si le principe n’est pas révolutionnaire, je l’ai trouvé vraiment bien mené, avec délicatesse, simplicité, et encore une fois, avec beaucoup de fraicheur. L’ensemble est limpide et se lit en quelques heures, et nous entraîne vers des révélations romanesques (ouf, le roman n’est pas oublié!) assez violentes et inattendues.

Bref, un roman qui remporte le pari de raconter une histoire et de faire réfléchir sur la vie, avec une écriture simple, touchante et sincère.

(En plus, si vous le voyez en librairie, il y a mon avis imprimé sur le rabat de la couverture, ce qui m’a fait sautiller chez Gibert même si ce n’est pas grand chose, mais voilà.)

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3. La disciple

Deuxième roman, qui n’a rien à voir avec le précédent. Écrit par Vincent Cueff (celui de La Lettre à Lila), il remportait à l’avance tous mes suffrages. Je l’ai donc dévoré lors d’une chaude après-midi de juillet.

Je vais être sincère avec vous, comme toujours : il m’a un peu déçue. Attention, ce n’est pas « raté », c’est même un très joli petit roman, prenant et bien construit. Je pense que c’est le contexte historique qui m’a gênée. L’histoire se passe en ancienne Palestine, sous l’occupation romaine. Miriam, narratrice interne, rencontre un homme aux mots magiques, un guérisseur itinérant qui prône un monde meilleur, et décide de le suivre. Évidemment, histoire d’amour, évidemment, obscurantisme religieux qui fait barrage à ce couple et à sa quête de liberté et de spiritualité. Au milieu de tout cela, une réflexion sur l’émancipation des femmes, et leur capacité à choisir, alors et aujourd’hui, librement leur destin. Bon, c’était un peu trop pour moi, et le mélange de féminisme, de débuts de chrétienté, avec le roman d’amour, et roman distillant des conseils de développement personnel, m’a semblé un peu indigeste.

Il reste que l’on passe un bon moment, et que le pari du roman orienté vers les conseils de vie est réussi.

À choisir, je conseillerais vraiment le petit Fougerousse, vous l’aurez compris!

4. Imparfaits, libres et heureux

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On sort totalement du monde romanesque avec ce condensé de psychologie, un peu plus technique et plus profond, et écrit avec une pédagogie que j’ai admirée.

Christophe André (médecin psychiatre, et auteur de nombreux ouvrages à succès que je n’ai pas lus encore), part d’un extrait du journal de Jules Renard (dès le début, vous voyez, ça commence fort). J’ai adoré son introduction, à mettre sous tous les yeux, qui interroge avec beaucoup de finesse les excès de la prise en compte de l’égo dans notre société -et ses insuffisances. «Performance, abondance, apparence», tels sont les fléaux qui font figure pour nous d’injonctions factices dans notre quête d’une perception de soi équilibrée. Le programme est donc de ne pas penser moins à soi, « mais d’y penser mieux », et de «retrouver le goût simple de soi».

En 400 pages, tout est dit, tout est développé, et parfaitement bien, parfaitement clairement. Très sincèrement, j’ai refermé le livre avec un petit « pop » sur les lèvres en me disant que s’il ne fallait lire qu’un seul livre sur l’estime de soi, ce serait celui-là.

Il est un peu dense et un peu long, mais il ne faut vraiment pas se laisser impressionner par ces aspects, parce qu’il est réellement limpide, accessible et facile à lire, et qu’il peut même souffrir une lecture parcellaire et occasionnelle, selon l’humeur et les titres de chapitres. Un essentiel!


Et vous? Connaissiez-vous ces ouvrages? Avez-vous lu des livres intéressants sur le bonheur? Ou préférez-vous la littérature évasion?


** :  Livres reçus en service presse 

Harry et moi

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Je me souviens très précisément du jour où j’ai lu le tout premier Harry Potter.

Enfin, je ne me souviens pas exactement du jour du calendrier, mais je me souviens de l’atmosphère qu’il y avait autour de cette lecture, je revois mon sac à dos de 5éme, mes vêtements de l’époque (dont je n’ai aucune photo Dieu merci, n’insistez pas), je me revois tenir le livre et l’emmener un peu partout. Je me rappelle qu’il m’avait été conseillé par une jeune libraire qui m’aimait bien et que j’admirais beaucoup. (Elle était brune et souriante, elle avait un piercing à la narine, elle me prêtait des livres et mangeait des Snickers. Je suppose que cette présentation est à peine exhaustive.)  Je l’entends encore m’expliquer l’histoire du garçon à lunettes, et surtout de la voie 9 3/4, et insister, parce que cela me laissait un peu circonspecte, du haut de mes 11 ans, cette histoire de garçon qui rentre dans un mur et « ah ah ah il y a quelque chose derrière », bien que cela semblât lui plaire au plus haut point. Ce petit Folio, je l’avais lu, parce que je lisais à l’époque à peu près tous les livres qui me tombaient sous la main sans qu’il n’y eût besoin de me les conseiller, alors, si jamais l’un venait à être objet de lecture encouragée, vous pensez bien qu’il en devenait doublement adopté. À l’époque, je vivais encore mille fois plus dans mes livres que maintenant. Quand j’y pense, je crois même qu’il s’agit de l’âge d’or de la relation que j’ai pu entretenir avec les livres en général, à la fois totalement passionnée, et apaisée, sans aucune ombre.  Bref, évidemment, j’étais tombée dans le chaudron tête la première, et j’avais lu les tomes 2 et 3 les années suivantes, parfumant à jamais, et sans le savoir, mes années collège de Harry Potter.

C’est à partir du tome 4 que ça a commencé à friser la folie.

Le 4, La coupe de feu, je l’avais reçu à Noël 2000, j’étais en seconde, et j’avais 14 ans comme Harry. J’avais occupé toute la semaine qui avait suivi à le lire, en écoutant le même CD en boucle. (Je suis définitivement mono-maniaque). Je me souviens même que lorsque Dumbledore avait sorti le nom de Harry de la coupe, c’était tard dans la nuit, j’avais posé le livre, je m’étais levée, et j’avais résumé en faisant de grands gestes ce qui se passait en chuchotant, comme si la folie de l’événement était dans ma vie à moi. (Sinon, je vais très bien, que personne ne s’affole.) Et puis, ce 5, la mort de vous-savez-qui, enfin, pas Vous-savez-qui, mais vous-savez-qui (vous suivez?), un de mes plus grands chagrins littéraires. Là, mes frères et soeurs devenaient aussi mordus que moi, mes amis aussi, il devenait impensable à quiconque de notre génération de ne pas connaître le mot moldu ; les films commençaient à sortir, achevant de consolider l’hégémonie enthousiaste du garçon-qui-a-survécu.

Aux tomes 6 et 7, j’avais d’ores et déjà perdu le sens commun.

Le 6 est sorti en 2004 en France dans sa version originale, et en 2005 en traduction. Hors de question d’attendre, j’avais tout lu en anglais. Après la dernière page, j’étais très triste de ne pouvoir en parler avec personne, alors j’avais décidé de tout traduire à ma petite soeur. (« friser la folie », j’ai dit, hein). J’avais fait tout le premier chapitre à la manière d’une version, cela m’avait pris des heures. Ensuite, j’avais continué de traduire dans un style plus libre, avec le livre anglais dans les mains, en traduisant à voix haute au fur et à mesure. Je ne vous raconte pas combien d’heures on a dû y passer, je ne me souviens plus, je me souviens juste que c’était formidable. Amis parents, si vous voulez unir une fratrie : demandez à l’aînée de traduire à voix haute un roman de 600 pages pendant tout un été, c’est une bonne méthode.  Je l’avais relu en français l’année suivante, en bonne fanatique totalement maboule.

J’étais allée me procurer le 7 en anglais le jour de sa sortie, le 21 juillet 2007 (c’est fou comme le temps passe), mais j’étais déjà triste avant de le lire, parce que je savais que c’était la fin d’une époque. Je l’ai dévoré, comme tout le monde, j’ai adoré, j’ai pleuré à plusieurs morts, j’ai eu la tête qui tournait d’avaler les pages pendant la bataille finale, et puis j’ai lu ce fameux épilogue, trouvant dans celui-ci une satisfaction à la fois pleine d’approbation et de tendresse. J’avais 21 ans, et je pouvais refermer la couverture sur une décennie, laissant à l’avenir le choix des oeuvres qui habilleraient mes futurs.

Je crois que je ne me suis pas demandé si la fin (pas plus que n’importe quelle action) était « bien » ou non, au sens narratoriel, tel personnage pas assez creusé ou trop, tel dialogue insatisfaisant, et au fond, c’est peut-être le secret de cet amour durable. Les Harry Potter, je ne les ai jamais lus en critique. Je les ai lus en petite fille. En avalant chapitre après chapitre, un peu trop vite, comme un bonbon, et sans chercher davantage en profondeur. Aujourd’hui encore, je les parcours souvent, avec au fond du coeur la vraie affection que l’on a pour une maison d’enfance. Les pages sont abimées, les tranches très marquées, les titres de chapitres sont des refrains familiers. Je me suis fait plaisir en trouvant certains tomes en anglais, italien, latin, en grec ancien, même. J’ai alors toujours eu l’impression un peu curieuse qu’une version adulte de moi-même tentait de rendre hommage à la version enfant.

J’ai aimé les films, mais jamais autant que cette atmosphère si riche et si réconfortante qui habite les livres. J’ai adoré l’Exposition de la Cité du Cinéma à Paris, et en règle générale, je trouve chouettes les petits objets qui se vendent et qui sont liés à Harry. Pour autant, ils ne me fascinent pas réellement. La vraie fascination s’exerce clairement lorsque je revois les vieilles couvertures, ou lorsque je lis quelques chapitres au hasard, qui me rappellent totalement, selon les tomes, une période précise de mon passé.

Une madeleine avec un éclair sur la bosse.


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