Réforme de l’orthographe : on se calme.

« Ne touchez pas à notre orthographe », « #JesuisCirconflexe » (!),

« Une réforme qui simplifie sans aucune logique », “au détriment du patrimoine”, « qui oublie l’étymologie », “un recul de l’identité française”,

« Réforme de l’orthographe, ou triomphe du low-cost? », “Nivellement par le bas”, “Adieu accent circonflexe”, “Ayons une âme de résistants” …

Voilà ce qu’on peut lire un peu partout depuis une semaine.

En clair, c’est la panique. On s’affole dans les journaux, sur les réseaux sociaux et même dans la rue, on s’insurge, on clame notre identité mise à mal, on soupire d’un appauvrissement linguistique qui en deviendrait national.

J’ai été extrêmement surprise de voir que cet affolement mi-amusé mi-atterré gagnait tout autant les élites, journalistes en tête, que les personnes a priori à l’écart de ce genre de polémique. Toute personne que je croisais, caissière, restaurateur, agent d’entretien, devenait un animal traqué qui se jetait presque dans mes maigres bras de prof de Lettres pour pleurer une déperdition de tout un Patrimoine, avec un P majuscule. «Vous avez vu? Ils nous réforment l’orthographe! ». Bon.

Je me suis dit qu’il serait intéressant de faire le point, parce que cela commençait passablement à m’énerver. Pas tant le comportement de ma caissière que celui de n’importe qui dans les médias,  affirmant des idées fautives, et déformant à grand bruit ce qui aurait pu (et dû?) (avec accent) passer inaperçu.

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C’est la première chose à corriger : le mot « réforme » est souvent mal compris, tout simplement parce que… L’orthographe n’est pas une loi. Elle est de l’ordre de la convention, il n’y a jamais eu, dans toute l’histoire de notre langue, de loi ou d’édit concernant notre écriture. (On a lu çà et là, des articles qui voulaient tempérer le propos en affirmant que l’orthographe avait “subi plusieurs réformes” dans l’Histoire. C’est inexact : elle n’a jamais subi de “réforme” puisqu’elle n’a jamais été force de loi, elle n’a même jamais été figée du tout.)

En fait, beaucoup de ces journalistes l’oublient (ou l’ignorent?), mais, avant l’Académie française, chacun écrivait comme il le souhaitait, la plupart des mots avait plusieurs orthographes possibles sans que personne n’en fût choqué. En 1635, l’Académie française est née. Son but fut de fixer des préceptes, d’uniformiser, mais jamais de fixer un dogme. Son grand souci a été celui d’interroger l’usage. (Autrement dit, les Immortels ont sans cesse interrogé les habitudes des français dans l’écriture et la prononciation pour décider que dans les dictionnaires on mettrait un « s » ou deux « t » à l’intérieur du mot, un accent aigu ou grave, ou autre bizarrerie qui s’installe dans la langue.) L’Académie s’est donc toujours demandé ce qui se passait dans l’usage, puis le proposait ensuite dans son dictionnaire qui avait une sorte de valeur officielle. Cependant, même après la naissance de l’Académie, il a toujours existé des dictionnaires concurrents (Littré, je pense à toi) qui donnaient aussi leur avis, parfois différent. Plusieurs orthographes d’un même mot étaient référencées, proposées comme cohérentes.

L’orthographe française n’est  pas, contrairement à ce que l’on peut lire un peu partout, une tradition, une loi immuable, une valeur intangible, traversant les époques. Les dictionnaires proposent même souvent deux possibilités pour un seul mot lorsque l’usage les fait coexister. D’où vient alors cette idée commune selon laquelle l’orthographe est règle collective sans souplesse? En fait, tout s’est un peu figé il y a 150 ans, avec l’éducation pour tous. On a cessé de considérer l’orthographe comme évolutive, et, dans les mœurs, elle est devenue une sorte de loi, que l’on transmettait de père en fils et d’écolier en écolier. Depuis, on enseigne ces règles en oubliant qu’elles n’avaient jamais été vraiment figées, qu’elles étaient à l’échelle des siècles et des millénaires, en constante ébullition, en constante réflexion.

Alors, que s’est-il passé, concrètement, la semaine dernière?

L’Académie a proposé en 1990 (!) d’accepter comme « justes » des variantes orthographiques spécifiques sur certains mots, je reviens ensuite sur le contenu. Certains manuels scolaires appliquaient ces modifications, pas d’autres. Dans la refonte des manuels pour la rentrée prochaine, les manuels viennent de décider de s’harmoniser et de tous les appliquer.

C’est tout. Pourquoi un tel bruit alors? Je vous le demande. (Et je répondrais bien: “parce que les médias l’ont décidé”, mais je ne veux pas vous influencer.)

Enfin, cette « réforme » n’est pas une « simplification ». Rien ne dit que l’orthographe va perdre de sa superbe et de sa complexité, rien ne va « tout autoriser ». Il s’agit simplement de recommandations pour accepter certaines variantes qui sont tout aussi justes que d’autres d’un point de vue étymologique, et qui pourraient tendre à remplacer une version actuelle car celle-ci n’a pas trop de raison d’être.  Cela ne «simplifie » pas au sens d’appauvrir, cela nuance simplement. Tout cela nous amène au contenu.

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Alors, je vais me faire l’avocat du diable, pour un instant, mais voilà: les propositions de ces recommandations ne sont pas des inepties. On peut même en regarder ensemble quelques unes, cela vous donnera matière à répondre à ceux qui pleurent sur nénufar et ognon.

soupt1Le problème des accents a fait couler beaucoup d’encre, petites blagues sur l’accent circonflexe en tête… Rectificatifs?

✣ Tout d’abord, calmons nous, l’accent circonflexe ne disparaît pas. Il est juste toléré, selon l’académie (et depuis 25 ans), d’écrire certains mots sans l’accent circonflexe seulement sur le i ou u et lorsqu’il est inutile. (ile, bruler, abimer, aout…) Lorsque l’accent permet de distinguer deux mots (mur/mûr, jeune/jeûne, sur/sûr…), on le conserve, évidemment.

✣ Ensuite, on a pu lire et dire un peu partout qu’il ne fallait pas supprimer l’accent circonflexe parce qu’il était trace d’un mot contenant un s. (Hospital, hôpital.) Il faut largement nuancer : l’accent circonflexe ne signifie pas forcément que le mot contenait un « s ». Il est avant tout une marque de la longueur de la voyelle. Il marquait une prononciation différente. (Par exemple âge : le a était long, et prononcé long ; on est passé par la graphie aage, puis l’académie française a décidé au XVIIe de simplifier en  âge.)

Nous en revenons à l’essentiel : l’orthographe a toujours couru après la prononciation. Elle ne naît pas de nulle part, et n’a jamais été figée.

✣ Les accents ont donc constamment évolué. Les nouveaux textes proposent d’accepter des changements d’accents graves en aigus ou l’inverse. (sècheresse/sécheresse, lèchera/léchera…) Mais la plupart des mots courants ont contenu des modifications, des suppressions, ou des ajouts d’accents, et personne ne s’en offusque – parce que nous l’avons oublié. Par exemple, il faut ouvrir le dictionnaire historique du français pour voir que blé, jusque fin XVIIIe, s’écrivait bled. (avec un petit d étymologique qui ne se prononçait plus. Comme dans pied.) En 1700, il y eut de grands débats, l’académie proposa l’orthographe blé, beaucoup ont hurlé, « ce ne serait pas comme dans pied »… Pendant des années, les deux ont coexisté. Les débats étaient ouverts et tout était possible. Au final, on a gardé l’un, pas l’autre. « On », au sens « nous tous », au sens de l’usage. Parce que c’est bel et bien le plus important.

D’autres exemples d’évolutions d’accents, en vrac?

  •  Au XVIIIe, on écrit systématiquement avec accent les mots avec “ex”. :  circonflèxeéxemple
  • Soutenir a été accepté, depuis le XVIIIe, en sous-tenir et  soûtenir,
  • Chute s’est écrit chûte tout le XVIIIe, à cause du hyatus d’origine, « cheute »),
  • La plûpart (XVIIIe ),
  • Toûjours (XVIIe),
  • (le participe passé de voir) (XVIIe),
  • Vîtesse, vîte (XVIIe),
  • Créme, changé en crème au XVIIIe,
  • Le gros exemple déploré çà et là était celui d’entraîner, toléré désormais sans accent. Quoi, on peut écrire s’entrainer, quelle honte! Bon. Ouvrons un dictionnaire du XVIe : s’entrainer ne prend pas d’accent. Il prit ensuite un s (s’entraisner). L’accent apparaît en 1740. (Traîner suit d’ailleurs la même logique.) Je veux bien défendre la langue de Voltaire, sauf que Voltaire n’écrivit sans doute jamais s’entraîner avec un accent…
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Alors, il est clair que ognon semble arracher les yeux de tout le monde. Revenons en arrière. Pourquoi ce i bizarre que l’on ne prononce plus?

En fait, il s’agit d’une ancienne graphie du i en plus de gn pour que l’on comprenne que gn était mouillé, qu’il se prononçait (nyeu). Au XVIIe, pour la plupart des mots, les deux graphies co-existaient, gn, et ign. (oignon/ognon, poignée/pognée, montaigne/montagne, gaigner/gagner, campaigne/campagne, et même coigner/cogner et cigoigne/cigogne…Dans toutes ces occurrences, le i ne se prononçait pas. (D’ailleurs, les spécialistes de Montaigne prononçaient “Montagne”.) Le i ne servait qu’à indiquer qu’il fallait prononcer le gn « nyeu » (et non “gne” comme dans agnostique.) Sauf que… Cela a créé des confusions car dans l’usage, certains i se sont mis à se prononcer. (Comme dans moignon, araignée, et poignée.) Les i avant les gn ont donc disparu entre le XVIe et XVIIe siècle. (gagner, campagne…) sauf lorsqu’ils étaient passés dans la prononciation. (comme poignée). Aujourd’hui, tout le monde dit « ognon», et le code  i  n’est plus compris comme code de prononciation du gn. Est-ce une “faute” d’imaginer tolérer son évolution, comme celle de “montagne”?

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Pour citer un article: « Dans le viseur de l’académie, les traits d’union et les ph ». Bien curieuse, cette formulation « les ph », parce qu’il n’y a qu’un seul mot concerné (!) : nénuphar, proposé en nénufar.

Quelle est l’histoire de nénuphar? Nénuphar est une erreur étymologique. Il s’agit d’un emprunt à l’arabe au XIIIe siècle, et il s’est alors écrit avec un F. (Le mot veut dire “Lotus” en égyptien ancien.) Or les linguistes post-renaissance se sont dit que cela ressemblait à nymphea (en latin, la fleur des nymphes -qui ne veut pas dire lotus du tout.) Certains dictionnaires ont alors proposé de l’écrire avec un ph pour lui prêter un étymon grec qui leur semblait joli. La graphie a été adoptée et maintenue, malgré l’erreur, mais la plupart des écrivains ont conservé nénufar.  Le ph a été enregistré par l’académie française seulement en 1935 (!). Les deux orthographes nénuphar/nénufar ont quasiment toujours coexisté. (Scoop.)

Victor Hugo écrivait nénufar, Chateaubriand écrivait nénufar, Mallarmé écrivait nénufar.

La plupart des dictionnaires ont toujours précisé à l’article “nénuphar” que nénufar avait été utilisé… Comme si l’usage ne l’avait jamais fait disparaître! L’idée ne sort donc pas de nulle part…

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L’académie propose d’en supprimer, ce qui fait hurler au scandale. On accepterait portemonnaie, chauvesouris, millepatte, quelle horreur…Pourtant, là encore, les mots à traits d’union n’ont cessé d’évoluer, et aujourd’hui, il y a des dysharmonies dans ces évolutions. En effet,

  • On gardait porte-monnaie, alors que portefeuille avait perdu en 1798 son trait d’union, ainsi que portemanteau.
  • Chauve-souris s’écrivait en un mot au XVIIe, et même sans le s final : chauvesouri !
  • Millepatte est proposé sur le modèle de millefeuille, ce qui ne serait pas illogique. (D’ailleurs millefeuille a sans cesse changé en quelques siècles, perdant ou retrouvant son trait d’union.)
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Un point de la réforme des recommandations de 1990 dont on a peu parlé (et pour cause) : elle propose de systématiquement appliquer les règles d’accord du français à des mots d’origine étrangère. Accepter matchs et sandwichs au détriment de matches et sandwiches (à l’anglaise), voilà qui ne marque pas vraiment un “recul de l’identité française” …

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Conclusion

Je préfère devancer les critiques : je ne dis pas qu’il faut approuver les yeux fermés l’ensemble des recommandations. Je crois qu’elles ne sont pas toutes prêtes à passer totalement dans l’usage, et pour ma part je n’écrirai jamais « ile », je garderai « léchera » « s’entraîner » et « oignon ». J’ai également du mal à accepter la simplification des accords de participe passé avec les pronominaux, et conserverai  “elles se sont laissées faire” qui me semble plus logique que la nouvelle tolérance « elles se sont laissé faire »…Cet article avait pour but de vous montrer que les choses sont plus compliquées qu’il n’y paraît, et qu’avant de s’inscrire en faux contre une “réforme”, il faut en connaître précisément le contenu. Mais surtout, je parle là en tant qu’enseignante de collège classé éducation prioritaire, qui passe ses journées à essayer de faire lire et écrire des enfants de 10 à 15 ans : je trouve extrêmement dommage que l’on s’attarde sur ces détails un peu partout alors qu’ en matière de langue française, l’essentiel est ailleurs. (Les élèves qui ne savent pas ce qu’est une virgule, ni comment trouver un verbe, ni écrire deux mots pour se faire comprendre, on en parle? Ceux qui écrivent « sa » au lieu de « ça », qui, pour marquer un pluriel, ne savent pas s’il faut ajouter un s ou -ent, que fait-on, vraiment, pour eux? L’appauvrissement général du vocabulaire, que fait-on pour le soigner?) Je m’attriste donc de voir le nombre de message violents tels que “Non à la réforme”, “n’importe quoi”, “je ne changerai pas mon orthographe pour ces… ” suivis de vraies insultes (messages largement partagés et diffusés, sur les réseaux sociaux notamment). D’une part, parce que je crains qu’ils ne sachent pas exactement de qui, ni de quoi ils parlent, d’autre part, parce qu’il est faux d’accuser de manque de logique ces propositions. Il est réellement dommage de lire des simplifications journalistiques (ou non) qui ne connaissent ni la réelle histoire des mots, ni la vraie évolution de la langue qu’ils croient défendre. La langue française est effectivement à préserver, à soigner comme on soigne un enfant malade, et c’est vers ce soin qu’il faut se tourner, sans doute avec plus de calme et de profondeur qu’en se gaussant de nénufar .

Aimer notre langue, la chérir, c’est la faire vivre, en lisant, en écrivant, et en parlant même, en interrogeant son sens et son histoire toujours : c’est là le seul et vrai programme de “réforme” à suivre, ne croyez-vous pas?

Sources

-Nina Catach (dir.), Dictionnaire historique de l’orthographe française, Larousse

-Jacqueline Picoche, Dictionnaire étymologique du français, Le Robert (collection les usuels)

Liens très conseillés :
https://line.do/fr/lorthographe-et-son-histoire/a3z/vertical

http://www.charivarialecole.fr/j-enseigne-en-nouvelle-orthographe-et-tout-va-bien-a291726

Je tiens à remercier mon grammairien philologue de mari pour nos échanges toujours riches, et pour nos emportements et recherches conjugaux sur les faits d’une langue que nous aimons avec beaucoup de tendresse.

Noël : pourquoi s’en réjouir quand même?

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Noël a ses failles. J’en ai toujours eu l’intime conviction, et c’est pourquoi il n’a jamais été mon jour préféré. Attention, je n’ai jamais dit que je n’aimais pas Noël (ce serait tout de même sérieusement me contredire) : simplement, chaque année, je l’aborde sur la pointe des pieds, d’une moue dubitative, sans trop savoir s’il sera vécu de manière totalement épanouissante.
On lit de plus en plus (et de très jolis mots) sur les réticences des uns et des autres devant l’avalanche commerciale qu’il suscite, au point que cela devient lieu commun sur lequel je n’ai besoin de m’étendre. J’ai la chance de vivre dans un petit endroit loin des villes et du vacarme de leurs vitrines et de leurs foules, mais je suis, tout de même, touchée par cette dérive qui gangrène tous les moyens de communication. Je ne sais plus qu’en penser, et je crois que j’ai du mal à fixer mes impressions à cet égard. On ne peut allumer la radio sans entendre de publicité pleine de grelots, d’offre commerciale qui sent le flocon, on ne peut plus regarder la télévision, ouvrir sa boîte mail sans que la blanche montagne pleine de reines et de luges ne fasse dévaler sur nous ses cartons d’emballage. Je suis alors très partagée : à la fois, j’ai envie, j’ai besoin de cela pour me projeter dans la fête, dans les vacances, le repos qui les accompagnera, et dans le même temps, je suis écœurée de ce trop-plein mielleux.
L’an dernier, Dorian et moi avions décidé, épuisés de la période novembre et décembre, de regarder tous les films de Noël possibles (et corrects d’un point de vue critique – ou à peu près), pour nous projeter dans la fête. Soyons sincères, nous avions adoré ces soirées aux allures de Nightmare before Christmas, Love Actually, et même le Noël de Mickey ou Home Alone (tout était permis). Cette année encore, j’ai envie de dessins animés avec des cadeaux sous le sapins et des enfants qui pleurent en retrouvant leurs parents (que ces derniers crient « Kévin ! » ou non), j’ai envie de voir des gros sucres d’orges et des vitrines illuminées, j’ai envie de faire des cadeaux, simples et nombreux, et d’en recevoir aussi, et j’assume ce sentiment (j’espère secrètement que mes élèves me feront comme l’année dernière une grande feuille pleine de cœurs avec deux vieux rouleaux de réglisse en guise d’accompagnement). J’ai envie de Noël malgré ses dérives, parce que, somme toute, les dérives autour de la fête, de l’hiver, de la famille, même commerciales, restent à mon sens de moindres maux dans notre monde un peu bancal.
Il reste à chacun, vous, et moi, de garder en tête ce qui nous est essentiel et ce qui nous est secondaire. Il reste à chacun de faire de Noël l’occasion de penser à ceux qui ne sont plus, sans que cette pensée ne nous dévaste – en serrant contre nous la conviction que penser à eux doit rendre nos étoiles plus brillantes. Avec confiance.
La multitude des drapeaux aux fenêtres ces jours derniers m’a inquiétée par ses (trois) couleurs de revendication ostentatoire, par la peur qu’elle tentait de voiler, par le repli identitaire qui lui est lié. Je ne la critique pas, mais je ne l’approuverai pas non plus. Je n’ai pas regardé d’un air beaucoup plus serein la récupération commerciale et politique qui en était faite. Finalement, si, au milieu de ces temps troublés où des citoyens ressentent le besoin de manifester leur appartenance à un groupe, on se met à parler d’offres sur le chocolat et de décorations qui clignotent, à nous d’en délaisser les excès et d’en voir la lumière. Au mieux, trouvons dans cet Avent l’occasion de distinguer l’essentiel de l’accessoire. Peut-être le trouble identitaire et national, peut-être le flottement dangereux entre individu et groupe seront-ils oubliés juste le temps d’une trêve, celle des confiseurs : pour nous rappeler que l’amour, normalement au cœur de Noël, n’est pas l’affaire d’une journée, et qu’il doit rester la seule valeur digne de pavoiser.