Réapprendre

S’il y a bien une phrase tarte à la crème que je déteste, c’est le fameux « tout ce qui ne tue pas rend plus fort ». Si Nietzsche, si Goethe avant lui avaient écrit « tout ce qui ne tue pas tue un peu mais laisse vivant », nous n’en serions pas là. Mais la citation première, mal comprise, mal reprise, consiste pour l’opinion commune à cultiver l’idée selon laquelle la souffrance a un sens. Cela revient souvent à légitimer la douleur, et c’est l’occasion, pour celui qui se relève d’une épreuve, de se dire qu’au moins, il n’a pas fait cela pour rien parce qu’il serait plus fort après -ce qui, si l’on y réfléchit bien, est non seulement une idée absurde mais aussi dangereuse. Je ne pense pas que l’on « s’endurcisse » en vivant des drames, je ne pense pas que l’on soit plus grand que ce que l’on était avant en se prenant des murs. 

Mais je reste persuadée que pour toute absurde qu’ait l’air l’épreuve, il est possible de lui trouver un sens a posteriori. Sans doute faut-il moins envisager cette entreprise comme un impératif transcendantal qu’un jeu de l’esprit, comme on résout une énigme dans les cahiers de vacances. Nos actes tragiques ne nous rendront pas « plus forts », ils nous laisseront indubitablement abimés quelque part, enrichis de quelque chose, comme ces vieux objets qui sont beaux de leurs griffures et leurs éclats de peinture. Armés d’une sagesse nouvelle, d’un goût de larmes et d’un désir de vivre un peu plus furieux, un peu plus vrai.

Et il nous reste, une fois l’épreuve passée, à nous toucher nous-mêmes avec incrédulité comme on palpe un blessé ; il nous reste à regarder du côté du soleil levant, du côté des rêves, et de l’océan. Il nous reste à embrasser le reste à vivre, avec une nouvelle ride, mais debout. 

Détour

Dégringolade. Attendre d’être dans la voiture pour pleurer. Important. Ne pas accepter. Accepter. Tout petit coeur…« Je vous souhaite plein de courage », a-t-elle dit. Le courage se souhaite ? Mais madame, le courage se puise, surtout, il s’extrait comme de l’or, il coule d’une source cachée dans la chair des femmes, il perle des mains des hommes qu’elles aiment, il brille et se laisse cueillir dans les yeux azur des petits garçons. Triste, maman ? Pas triste, maman. Prends mon doudou. Les ascenseurs des hôpitaux sont si larges. Silence. L’été dehors, l’hiver dedans. Comprimé beige, comprimé blanc. Presque fini. Petite chose. Penser à l’Italie. Ouvrir les fenêtres. Toute cette vie. Boire les câlins jusqu’à la lie.