Voyager avec lui.

Mais à quoi ça sert, de voyager avec lui, vers quel port dans quel but ? Il ne s’en souviendra pas. Il est petit, il est gênant, il faut tout adapter pour lui. Il pèse lourd, dans les bras dans les plans. L’avion, ce n’est pas pour lui. Tout est compliqué là-bas avec lui. 

Et moi je n’ai jamais tant aimé ses grands yeux que lorsqu’ils se posaient sur un ailleurs. Je vibre plus fort de marcher au loin avec lui. Avec eux. J’aime nos liens, qui se resserrent encore quand nous faisons face à d’autres marées. J’aime l’aventure des autres langues, des halls d’aéroport, des parfums des rues qui n’ont pas les même pavés que chez nous. J’aime qu’il respire avec nous cet air qui sent la différence, ce parfum d’autres rives. Il est plus grand là-bas, et ici après. Ou peut-être que c’est moi qui suis plus grande. Je ne sais pas. Plus grande d’avoir vécu alignée avec eux loin d’ici. Je veux encore mille voyages avec lui au pied du mât. Je veux lui offrir des étoiles lointaines. Encore. Partout. Je veux mesurer l’étendue du monde et l’espace de mes émotions comme des terres à conquérir. Je veux vivre son histoire comme on avale un voyage. Je veux mon mari et mon fils contre moi, ici et là-bas, à chaque aube dorée, à chaque croisement. À chaque fois, nous reviendrons nous blottir dans le présent. Draps étoilés, oiseaux connus. Je veux des mondes à contempler, des rideaux à entrouvrir, et la folie de toutes les différences glissée dans nos vies comme des perles dans une poche. En vrac. 

2018 : Résolutions.

En 2018, je veux regarder le soleil se lever. Je veux aimer la terre même en hiver. Je veux déconnecter d’internet plus tôt le soir, je veux mettre des broches de toutes les couleurs, je veux danser en chaussettes. Je veux lire des romans qui sortent de ma zone de confort en matière de goûts littéraires. Je veux lire mieux mais pas forcément lire plus, je veux me blottir dans ce que j’aime, j’assumerai la dimension sensuelle qu’il y a quand j’aime un texte, je me marierai avec dix auteurs et je divorcerai autant de fois. En 2018, je recommence à apprendre des textes par coeur, parce que j’adorais faire ça, et que, dans ma tête, j’ai un petit répertoire de récitations à agrandir. En 2018, je découvrirai des séries, ou de nouvelles saisons de séries déjà connues, et chaque soir, après le générique, nous en ferons une analyse de littéraires un peu fous avec nos tisanes. Nos phrases iront se perdre dans la fumée au-dessus des tasses.

Cette année, je ferai des choses seule. J’arrêterai de me croire indispensable, je me dirai qu’on peut bien faire sans moi. D’un pas tranquille, je me fondrai dans l’ailleurs. Ailleurs que l’endroit où je croyais qu’il était nécessaire que je sois. Et je me rendrai compte que tout va bien.

J’écrirai plus souvent les jolies phrases qu’il me dit, les déclarations fortes, les précieux badinages. Je les écrirai sur des petits papiers. Puis je perdrai les papiers, parce que c’est beau aussi les mots d’amour qui s’envolent et se perdent dans le tissu du temps. Dans le drap du souvenir, un peu flou, un peu vaporeux. Je tiendrai un journal de bons moments, un autre d’éclats de rires, un autre de sourires échangés avec des inconnus. Ou alors, je n’écrirai aucun journal, ce sera juste à l’intérieur, c’est bien aussi, c’est peut-être encore mieux.

En 2018, j’essaierai d’être encore plus éthique dans mes achats pour mon petit garçon, je ne serai pas faible devant un pantalon étoilé Zara, parce que c’est pratique et mignon et pas cher et facile, j’essaierai de me rappeler encore plus ce que je veux à ce sujet-là. C’est important. Je m’offrirai de jolies pièces pour moi, aussi, des robes avec des paillettes et des ceintures de fille, je ferai des coiffures d’une autre époque, ou d’aucune époque du tout, je mettrai mon mascara violet, et puis aussi je ne mettrai rien, quand j’aurai envie. Je traînerai en sweat, en chignon en vrac, en pantalon de danse, et alors, il me dira encore que c’est ainsi qu’il me trouve la plus belle, et moi je demanderai encore alors à quoi ça sert que je me donne tant de mal les autres jours.

Nous vérifierons si le lit à du ressort, nous nous parlerons encore comme deux inséparables, nous ouvrirons une nouvelle confiture, nous nous montrerons nos photos d’étudiants, en demandant à l’autre si on a changé, comme si c’était angoissant, et très important. Et puis ça ne sera pas important.

En 2018, je ferai des pâtes fraiches, je m’abonnerai à Audible, je ne repasserai plus les jeans, je ferai des piles de crêpes en montant le volume. On fera une liste de choses à faire chaque mois, même si ce ne sont que des détails, même si au final on ne les fait pas. On écrira quand même. On écrira toujours. On dessinera des étoiles sur la fenêtre. Je ferai des photos. On ira voir la mer.

En 2018, je sentirai l’odeur de mes deux hommes comme on s’enivre. Je laisserai derrière moi mes peurs, mes doutes, mes questions, et surtout l’idée que je n’ai pas fait assez, ou pas assez bien. Ce qui se passera ne sera ni parfait, ni idéal, ni comme je croyais que ça serait, ni comme j’aurais voulu que ça soit. En changeant d’année, je laisse de côté les moments en demi-teinte, les souvenirs gris, ils resteront là comme une écharpe d’enfant oubliée dans un arbre.

Et puis, j’en trouverai d’autres, des soucis, et puis, ce ne sera pas grave, finalement, ce sera comme ça, ce sera la vie, et l’histoire continuera. Il y aura d’autres sourires, d’autres rimes, d’autres rires. Il y aura des amis dont on regardera les premières rides. On se demandera s’ils font plus vieux que nous ou pas. Mais il y aura leurs yeux, leurs voix quand même, et alors, on s’en fichera des rides. Il y aura la famille, les surprises qui font battre des mains, nos aventures, notre unisson, les mots d’amour, la confiance, la douceur de la peau des mamans, l’odeur de la maison quand on revient des vacances, le petit fond du café qu’on fait danser en tournant la tasse. Il y aura les chambres pas rangées, le chocolat au fond des cônes de glace, les projets, les mots des enfants, les jeux des adultes qui finalement sont encore des enfants, et la terre qui tourne parce qu’elle est ronde et qu’elle est faite pour ça. Tourner.

 

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