Soigner une peau de nouveau né : notre routine naturelle et minimaliste

Les soins d’un nouveau-né ont été, je l’avoue, une source de stress pendant ma grossesse. (Tout relatif, le stress, parce que j’entretenais certes quelques peurs plus graves que des questions techniques de changes et de savons.) Tout de même, moi qui suis vigilante à ce que je mets sur ma peau, je me suis assez tôt inquiétée du sujet : je ne voulais pas risquer le trop ou le trop peu sur un petit corps tout fragile. Je ne voulais pas non plus utiliser n’importe quel produit sous prétexte qu’il est écrit « pour les bébés » dessus, ni n’importe quelle huile végétale sans y réfléchir. (Traduisez : je suis vieille, je m’en fiche, au pire j’ai une rougeur, rien à faire, mais lui, prunelle de mes yeux, chair de ma chair, no way. J’exagère un peu, mais c’est à peu près ça.)
Et alors, si l’on cherche un peu : c’est la foire. On lit des avis et des contre-avis sur tout, chaque maman est partisane d’indispensables différents, du côté pas bio comme du côté bio ; certaines font tout au savon, mais ont des problèmes de peau sèche et croutes de lait avec le savon, donc il faut hydrater, et avec quoi, et puis le change, la lingette c’est tout sauf écolo, mais selon beaucoup c’est vraiment indispensable donc il faut en acheter en bio ça existe, allons donc il faut laver au gant, au gant mais es-tu folle c’est trop rêche il aura un érythème fessier en deux jours, et puis c’est un nid à bactéries un gant, malheureuse. Bref, je me demandais bien ce que j’allais préparer sur la commode blanche qui me sert de table à langer. (J’en venais à espérer qu’il naisse le plus tard possible parce qu’au moins, il ne soulevait aucune question de lingette-ou-pas-lingette.)
Il s’est ajouté à cela un mécanisme assez amusant : mon propre (très propre justement) mari a pris en charge une recherche assez poussée dans les livres, sur internet, dans les magazines (type enquêtes et test de consommateurs, année par année (oui oui) ). C’est devenu sa couvade à lui : la recherche du bon savon, de la bonne routine soin quotidien d’un bébé, et le perturbateur endocrinien ne passerait pas. Je l’ai laissé faire, dans ma grande largesse (et ma grande largeur, de même).
Nous avons donc mis en place des habitudes de soin qui sont les mêmes depuis la naissance. Rendons à César ce qui lui appartient : les quelques produits que nous utilisons ont été dénichés (et analysés) par le scrupuleux papa.

Je précise qu’aucun lien n’est affilié, ci-dessous, et que je ne vais pas faire une liste de conseils absolus : il s’agit vraiment d’un partage. Je ne fais l’apologie d’aucune tendance en matière de soin du nourrisson, parce que c’est un sujet délicat. Je ne dis certainement pas que celui que je vous explique est parfait, simplement, c’est pour nous le bon compromis, très simple et très naturel, et si cela peut servir à de futurs ou jeunes parents, nous en serons ravis.

Avant toute chose, une grande vérité sur laquelle tout le monde s’accorde, bio ou pas bio, médecin ou pas : il faut le minimum de produits, dans lesquels il doit y avoir le minimum d’ingrédients. Au moins, c’est clair. Un nouveau né n’a pas besoin d’un placard plein de crèmes (ouf) Il se salit très peu, sa petite peau est effectivement fragile : moins on en fait, moins on risque de l’abîmer, voire la surcharger.
Autre grande vérité désormais ultra-reconnue : le bio est inévitable si l’on veut éviter les perturbateurs endocriniens, les produits neurotoxiques, tout ce chimique pas anodin du tout qui n’a rien à faire sur la peau d’un petit bébé. (Voir le reportage des Maternelles à ce sujet, qui alerte gentiment, et certaines tombent des nues autour de la table : oui, Mustela, c’est mauvais, oui, mais tout le monde l’utilise, mais ils le savent, et c’est scandaleux, oui.) Première chose à faire, donc : lire les étiquettes.
Il reste un souci si l’on va chercher dans les produits bio pour bébés : il y a souvent des huiles essentielles dans la composition, ce qui peut être problématique et irritant chez un nourrisson. (Surtout s’il s’agit de produits appliqués plusieurs fois par jour.) Certains me diront qu’il me suffisait alors de faire mes propres cosmétiques pour bébé, mais j’avoue que d’une part, je préférais ne pas m’y risquer, de peur de commettre une erreur même minime, et d’autre part,  j’avais autre chose à faire dans cette période-là. Alors, voilà nos solutions, et notre routine, la plus simple et la plus naturelle possible.

*Le change

Je ne mesurais pas qu’un bébé était réellement changé au moins 7-8 fois par jour, je croyais que c’était exagéré (ah ah ah).
Je nettoie simplement avec de l’eau. J’utilisais de l’eau tiède les deux ou trois premières semaines, depuis je mets de l’eau froide, ce qui ne pose aucun souci. Soit je nettoie avec l’aide d’un coton (bio), soit un coton lavable, soit un petit gant de change (ce que préfère utiliser le papa, d’ailleurs, alors qu’il avait peur du change, c’est bon à savoir!) Ce sont des petits gants très doux, vraiment pratiques et agréables : nous les utilisons une seule fois, puis nous les rinçons et les mettons à laver.
Après ce nettoyage à l’eau, j’applique environ un change sur deux du liniment. (Pour ceux qui n’ont pas de bébé : le liniment est un produit totalement naturel, composé d’eau de chaux et d’huile d’olive. Il permet de finir de nettoyer et d’hydrater, et c’est un produit naturellement basique qui tempère l’acidité de l’urine. Ce produit, un peu méconnu il y a peu, devient ultra courant et utilisé. Il souffre donc de sa célébrité, parce que toutes les grandes marques se mettent à en proposer, mais avec plein d’ingrédients supplémentaires à l’intérieur. Un vrai liniment devient rare et se compose seulement d’huile d’olive et d’eau de chaux, comme celui-ci! J’en utilise une fois sur deux, pour ne pas surcharger la peau. Camille a eu un érythème à la maternité, et depuis qu’il est à la maison et que nous le soignons ainsi, aucun problème!

*Le bain

Nous utilisons un seul produit pour le bain, je crois vraiment qu’il ne sert à rien d’avoir un produit pour le corps et un autre pour les cheveux. (Et pourtant, il y en a, des cheveux.) Je le savonne de la tête aux pieds avec ce savon, et c’est tout. (Enfin, je le rince, quand même OH.) Si nous avons préféré ce savon à un savon de Marseille classique (ou d’Alep), c’est parce qu’il est enrichi au beurre de karité et à la fleur de Calendula, il est donc moins asséchant. Jamais de croutes de lait par ici! Et il est fabriqué en France, en saponification à froid, et il est sans huile essentielle : what else, j’ai envie de dire. (Nous en avons commandé plein d’un coup, tellement il est bien.) (Pas une caisse de 500, mais plein quand même.) Il sent extrêmement bon, tout ceux qui ont déjà fait des bisous à Camille approuveront.

*Les soins ponctuels

Pour parfaire la toilette, j’utilise évidemment du sérum physiologique pour le nez et les yeux. Nous avons également une eau nettoyante très chouette, qui permet de faire un brin de toilette un jour sans bain, de rafraichir et de « faire sentir bon ». Je l’utilise vraiment ponctuellement, peut-être un jour sur trois, ou en cas de grande occasion, rencontre, show en public, soirée d’Olympia. Celle-ci est parfaite, tant par la composition que par le parfum.
S’il y a une petite sécheresse de peau (notre maison est très sèche, comme toutes les maisons à VMC double flux), je mets un peu de liniment au bout des doigts, ou d’huile d’olive pure, et je masse légèrement. (Il vaut mieux éviter les huiles de fruits à coque avant six mois.) J’ai toujours la vague impression de préparer un potimarron rôti, mais j’adore le potimarron, donc ça va. Plus sérieusement: c’est très efficace.

Et voilà! Trois produits, en format économique, et une peau sans souci. Il a l’air malheureux, ce bébé? 😉

Le prix du beau

J’ai la curieuse tendance, lorsque l’on traverse une période de pluie, à penser que c’est une sorte de prix à payer pour connaître un anticyclone par la suite. J’ai contemplé cette absurde impulsion en spectatrice et je l’ai souvent interrogée, en essayant tantôt de lutter contre elle, tantôt de l’accepter, mais elle m’a toujours semblé curieuse. C’est comme s’il s’agissait de mieux accueillir la grisaille en la considérant comme passage obligé en contrepartie de journées douces. Je ne suis pas d’accord avec mon erronée certitude selon laquelle il faut manger son pain noir avant que d’avoir son pain blanc (et puis j’adore le pain noir, mais vous me comprenez).

Je me demande souvent si j’ai la même tendance dans la vie. Autrement dit, vais-je jusqu’à penser qu’une période grise est une sorte de juste (ou injuste!) tribut contre une période de lumière? Parfois, surtout lorsque j’ai le sentiment comme aujourd’hui que tout me sourit, je me demande quel malheur arrivera ensuite, comme s’il était impossible que le bonheur dure éternellement, comme si le malheur était une sorte de pot commun dans l’humanité dans lequel chacun(e) devait piocher à un moment ou un autre. Lorsque je prends du recul, je pense sincèrement qu’il n’en est rien, déjà parce que le « malheur » et le « bonheur » sont des données subjectives. Je veux dire par là qu’une période heureuse pour quelqu’un ne serait pas analysée comme telle par un autre, et qu’à l’inverse, on peut traverser des périodes où l’on n’est pas pleinement satisfait alors que d’autres le seraient en pareilles circonstances. C’est un peu comme si le beau temps était relatif. Comme si en sortant le matin, dans une même situation météorologique, certains disaient « il fait beau », et d’autres « il fait mauvais ». (Ce qui peut arriver d’ailleurs.)

Je ne dis pas qu’il faut toujours trouver qu’il fait beau. Je dis juste qu’un sort « heureux » ne veut rien dire dans l’absolu. Tant mieux, sans doute.

Mais au-delà de cette subjectivité, je n’aime pas la tendance que je vois parfois chez d’autres à comparer les difficultés de vie entre eux (et entre eux et moi), comme pour se rassurer, se dire « tu n’as pas eu cette difficulté, mais tu as eu celle-là, et moi je n’ai pas eu la tienne mais j’ai eu celle-là. » Entre les vies, ou à l’échelle d’une même vie d’ailleurs, ils aiment trouver un blanc pour un noir. Ce qui me dérange, c’est cette volonté de voir un système de compensations dans nos chemins. Je suis dubitative devant un équilibre à chercher dans le malheur (et le bonheur) de l’humanité.

Toi le tout petit qui dors contre moi, si je dessinais tes âges, je ne t’épargnerais pas les moments difficiles, les coups du sort, les instants de doute et de douleur, je place toute ma confiance en tes petites mains à grandir, je sais que tu seras debout, que tu seras fort. Parce que les ombres sur notre chemin font notre étoffe, aussi, elles nous font solides, résistants, riches d’histoire et de courage.

Dans le beau et le moins beau, j’aime à penser que ce qui nous arrive a un sens et est forcément pour le mieux, même si l’on ne s’en rend pas compte tout de suite.

Je prête finalement une confiance plus profonde aux aléas de nos chemins qu’aux caprices des nuages. Quel comble! Je crois plus au bon sens du temps qui passe qu’à celui du temps qu’il fait. Alors mon fils, je vais essayer de te rappeler lorsqu’il pleut que pour relativiser le gris, il vaut mieux ouvrir les mains, plutôt que le subir comme contrepartie d’un bel à-venir.