L’aube d’été : trois très bons porridges

Tu es encore petit, tellement petit, tu es minuscule. Certains matins, je me penche vers toi et je te trouve ridiculement microscopique dans ton grand lit. Certains matins, je te soulève et je te trouve ridiculement léger dans mes bras fragiles. Certains matins, ton papa touche ta peau puis la mienne, et il nous dit qu’il n’y a presque pas de différence, mais moi je sais bien qu’il ment un peu, et pourtant ça me fait sourire quand même. Toi tu es trop petit pour comprendre. Quand tu es contre moi, tu joues à gratter mon épaule, et tes doigts sont de petits rubans, de petites tiges de fleurs qui ne griffent pas. Ta peau à toi, elle est toute rose, toute claire comme l’aube, et la mienne, elle est toute dorée, à côté, dorée comme un champ et comme un feu de saint-jean. Quand je te tiens contre moi devant le volet ouvert, je ne sais pas qui fait un câlin à l’autre. Parfois, j’ai l’impression que c’est toi qui me portes, d’ailleurs.

Je te murmure les phrases qui sont les nôtres. Parfois, je dis « je t’aime comme une maman aime son Camille », ça me fait rire, et toi, je suis sûr que tu comprends. Et puis c’est une déclaration très vraie, une assertion qui pour une fois me satisfait dans sa juste mesure. Parfois, je rajoute que ça veut dire « vraiment très fort », mais ça c’est pour t’expliquer la comparaison, au cas où.

Sur tes habits, il est écrit « tortue des îles », c’est assez cohérent, parce que tu es un peu une tortue, et surtout si je te mets sur le ventre et que tu essaie de te retourner, en manifestant ton désaccord avec une motricité qui te frustre, mon petit conquérant. Tu n’as plus ta ronde tête de tortue du début, lèvres plissées en fin de biberon, mais tu restes ma tortue des îles, mon amour insulaire, départi de tout le reste du monde, ma folie douce ancrée jusqu’au noyau de la terre avec de l’eau tout autour. Ton papa a toujours aimé l’idée d’une île, j’aurais dû m’en douter. Nous irons sur plein d’îles, loin là-bas, sur des mers que tu ne connais pas, et nous verrons plein d’arbres de toutes les couleurs, peau-pèche blanche et peau-pèche jaune. Je te dirai chaque année combien le monde est beau, et surtout en juin, et surtout au matin. Je te dirai de regarder l’aube au solstice d’été, toujours, c’est important, c’est le premier matin du monde, c’est la vraie aurore, presque la seule vraie. Trouverai-je toujours les comparaisons pour t’expliquer jusqu’où je t’aime, jusqu’où il faut aimer la vie, à chacune de tes étapes d’esprit, à chaque âge de ton langage? J’apprendrai des mots que je ne connais pas, je ferai fleurir tout mon verger intérieur juste pour toi, juste pour ça, juste pour te dire.

Merci de m’offrir tes premiers matins, ton premier été. Je t’aime plus qu’un porridge, plus qu’un soleil, plus qu’un bouquet de blé, plus qu’une aube d’été. Juste pour te dire.

Trois très bons porridges.

(Ce sont tous les trois des porridges sans cuisson, ce qui est à la fois très agréable lorsqu’il fait chaud parce qu’ils se mangent bien froids, et extrêmement pratique parce qu’ils se préparent à l’avance en environ une minute 24 secondes. J’adore ces mariages de fruits d’été, mais vous pouvez les adapter comme vous voulez. J’en suis tellement accro en ce moment que c’est à la fois mon petit déjeuner, mon goûter, et parfois mon dessert. J’adore ce principe de préparation zéro pour un résultat délicieux, réconfortant, tout en étant tellement digeste. Je vous donne les mesures pour une personne, mais souvent, j’en fais deux ou trois fois plus dans un grand bocal et je le garde pour plusieurs jours.)

-Porridge riz au lait, abricot et basilic

Pour le porridge : 40g de flocons de riz

1 càs d’huile de noisette

120 ml de lait (d’avoine)

2 càs de sirop d’érable

Topping : 2 abricots, 1 à 2 feuilles de basilic, 2-3 dattes, quelques noisettes grillées

Dans un bocal, verser les ingrédients du porridge. Bien mélanger et laisser reposer au frais, au moins quelques heures, ou toute une nuit, ou jusqu’à 4 jours.

Au moment de déguster, ajouter sur le dessus les abricots en tranches, le basilic, les dattes et les noisettes découpées en petits morceaux.


-Porridge crémeux aux fruits rouges

Pour le porridge : 40g de petits flocons d’avoine

1/2 yaourt

80 ml de lait (d’avoine)

1 càs d’eau de fleur d’oranger

1 grosse càs de purée d’amande blanche

2 càs de sucre complet

1 poignée de fruits rouges découpés en morceaux.

Topping : Fruits rouges (fraises et groseilles ici), vanille.

Dans un bocal, verser les ingrédients du porridge. Bien mélanger et laisser reposer au frais, au moins quelques heures, ou toute une nuit, ou jusqu’à 2 jours.

Au moment de déguster, ajouter sur le dessus d’autres fruits rouges, une pincée de vanille, et un peu de lait.


-Porridge framboise, citron et pavot

40g de flocons d’avoine

120 ml de lait (d’avoine)

1 càs d’huile de noix

1 càs de jus de citron, 1 pincée de graines de pavot bleu

Topping : framboises, graines de pavot, mulberries et baies de goji

Dans un bocal, verser les ingrédients du porridge. Bien mélanger et laisser reposer au frais, au moins quelques heures, ou toute une nuit, ou jusqu’à 4 jours.

Au moment de déguster, ajouter sur le dessus les framboises, d’autres graines de pavot, et les fruits séchés.

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Petits palets sarrasin et cerises

En attendant le jour où je pourrai cuisiner avec mon petit garçon, j’applique la technique du spectacle. Parce que, oui, Camille adore me regarder cuisiner. Il adore les bruits, celui du blender l’endort un peu d’ailleurs, il regarde avec de grands yeux la cuillère dans le saladier, il me suit des yeux quand je vais de l’évier au four sans en perdre une miette. Il semble totalement fasciné si je façonne des falafels ou des biscuits, ou si j’épluche de la rhubarbe ou une banane. Et, évidemment, enfin, ce n’est peut-être pas si logique que je le pensais à priori comme lien de gradation mais voilà: il adore nous regarder manger. Parfois, la poussette est à table avec nous, et lui, il se tait et nous regarde alternativement, comme pour bien enregistrer l’évidence de mouvements qu’il fera bientôt à son tour. (Pour l’instant, c’est ma main qui le nourrit, c’est fou comme l’animal humain est dépendant, n’est-ce pas?) Je ne pense pas qu’il comprenne vraiment ce qu’on fait, mais c’est un observateur et un élève très assidu. Bref, j’ai recommencé à cuisiner avec beaucoup de plaisir, comme c’est souvent le cas pour toute activité après une période de jachère, et mon fils a la gentillesse de me laisser faire, en dodelinant. D’un seul geste, je comble donc mes deux hommes : la soif (de divertissement) de mon fils, et la faim (d’estomac) de son père, tout est parfait.

Récemment, j’ai bricolé de petits biscuits à la cerise : on cuit rarement la cerise autrement qu’en clafoutis, ce qui est plutôt dommage, parce que la cerise cuite est drôlement bonne, et que son petit goût de vin s’accorde parfaitement avec celui du sarrasin. Des biscuits très simples, donc, et délicieux avec le thé ou la compote du dessert, à faire avec ou sans spectateur!

Petits palets sarrasin et cerises

200g de farine de sarrasin

80g d’amandes mixées en poudre (ou de poudre d’amande)

1 ccc rase de bicarbonate de soude

4 grosses càs de sucre rapadura

100 ml de lait (d’avoine ici)

2 càs de compote de pommes

4 càs d’huile d’olive

Une grosse poignée de cerises (Environ 150g avec les noyaux)

 

Préchauffez le four à 180°C.

Mélangez la farine, la poudre d’amande, le bicarbonate et le sucre. Dans un autre saladier, mélangez le lait, la compote, et l’huile. Ajoutez le mélange liquide au mélange solide et intégrez-le progressivement. Dénoyautez les cerises en les coupant en deux et mettez-les sans les couper davantage dans la pâte. L’ensemble doit être bien amalgamé : tout dépend de votre compote, si vous voyez que l’ensemble est trop farineux, ajoutez un peu d’eau.

Avec les mains un peu farinées, prélevez des morceaux de pâte de la taille d’une noix, formez des palets. La pâte est collante, c’est normal. (Pour aller plus vite, on peut aussi déposer des cuillères à soupe de pâte directement sur la plaque, les palets seront moins réguliers, mais très bons quand même!). Déposez-les sur une plaque habillée de papier cuisson. Enfournez 30 à 35 minutes. Laissez-les refroidir sur une grille.