Sinon, j’ai lu… La pâtisserie crue.

 

 

Je vais essayer de rester calme pendant cette chronique. Je promets de tenter de ne pas pousser les cris stridents de la groupie qui déroule son poster de Zlatan, de ne pas sauter partout, de ne pas baver sur le clavier, ni vous saisir par le col de la chemise en vous disant que, si jamais vous craquez pour ce livre, vous signez pour des heures de régal à cuisiner et encore davantage à déguster. Non, non, je lève la main droite et vous assure de ma plus honnête neutralité, ma plus sincère objectivité, ma plus froide et scientifique analyse.
Je vais tenter d’adopter la mine du croque-mort dans Lucky-Lucke (oui, j’ai comme qui dirait des références littéraires), un peu verdâtre et un peu hâve (même si l’ensemble de l’ouvrage en question laisse plus les joues rebondies et chocolatées que la mine blafarde). Je serai Joconde et non Vénus Callipyge, je serai Prélude de Bach et non Nocturne de Chopin, je vous assure, croix de bois vert croix de fer cru, si je mens, j’irai rôtir au royaume de Cerbère, et cuite je n’y serai plus crue de ne l’avoir pas assez été. (crue.)
Si vous me lisez depuis quelques temps, vous le savez… je suis un bec sucré. Je ne peux pas m’en passer, un repas sans dessert est une forêt (noire) sans écureuil, depuis toute petite. J’ai grandi et j’ai remplacé mes douceurs d’enfance par d’autres douceurs dont je raffole encore plus (si c’est possible), moins sucrées dans l’absolu, ou sucrées autrement, par des fruits (frais ou secs), éventuellement du (très bon) miel ou du sirop d’érable (ou d’agave), de la vanille, de la cannelle, des eaux florales (fleur d’oranger en tête). Alors, vous pensez bien qu’un tel livre ne pouvait que me tenter. En même temps, je dois l’avouer, il me laissait TRÈS SCEPTIQUE. (J’ai toujours un peu peur de tout courant culinaire, à plus forte raison du crudivorisme dans lequel je ne me retrouve pas.)

INTRODUCTION

Je n’ai aucune honte à l’avouer, je fais partie de ceux qui ont bavé devant l’émission Le Plus grand Pâtissier, qui vouent à Mercotte une admiration sans faille, et qui testent à peu près toute recette bio/alternative du moindre dessert, parfois pour retrouver le plaisir d’un classique revisité, parfois pour être surprise par de nouvelles saveurs. Dans cet ouvrage, c’est plutôt la surprise qui vous attend.
Car oui, la pâtisserie crue n’a pas grand chose à voir avec la pâtisserie classique… et c’est tant mieux.
Dans une introduction à la fois brève, très complète et très bien écrite, Ophélie nous explique son point de vue, et je ne peux que vous inviter à la lire avec attention (puisque tout résumé serait réducteur). Mais, “pâtisser cru”, à quoi bon?” Tous ceux à qui j’ai parlé même vaguement de ce livre ont marqué un temps : “Pâtisserie…crue? Mais… comment ça, qu’est ce que ça veut dire, cru?”
Justement, Ophélie y répond sans idéalisme : la cuisine crue l’est rarement totalement. Techniquement, en tout cas. Mais l’idée reste de se passer de cuisson : pour toutes ces recettes, nul besoin de four, de casserole, non, rien du tout, vous pouvez vivre dans une cabane sans électricité et faire un festin de pâtisserie ophéliesque, c’est la fête!!

 

Les ingrédients sont donc légèrement différents de la pâtisserie classique (encore que) : des flocons (d’avoine, mais j’ai tenté des substitutions qui ont très bien fonctionné, avec du sarrasin notamment), des dattes (ou des figues), de l’huile de coco, du sirop d’agave (que j’ai pu remplacer par du miel très liquide), des fruits, des noix, et en avant, au trot et à cru. Pas d’approche exaltée, ni doctrinaire, ni jusqu’au-boutiste, pas de revendication qui frôlerait l’élitisme (ou le marginal), non, une entrée en matière pleine de mesure, et qui déplace le point de focale de la santé vers celui de l’expérience culinaire et de la gourmandise (mesurée, là encore!) Le tour de force de l’ouvrage est de proposer une collection de gourmandises (veganes) qui sont accessibles, à la fois en terme de technique (la plupart des recettes sont vraiment réalisables par quiconque n’est pas un virtuose des fourneaux!), qu’en terme de coût et de matériel (nul besoin de déshydrateur (insérez ici mon merci teinté de larmes de reconnaissance, ENFIN, du cru sans déshydrateur!!), ni de vitamix à chaque recette, ou d’ingrédients farfelus ou introuvables). Le résultat est également propre à convaincre les plus récalcitrants, et loin des gourmandises très très bio aux algues et au tofu qui peuvent déstabiliser les mangeurs de Nutella ou ceux qui n’ont de pâtisserie que goûté les éclairs de la boulangère d’en bas. Testé et approuvé, le résultat conquiert les papilles de… tout le monde, grands et petits, promis, juré!
Cette introduction complète permet donc de jeter les bases à la fois d’une philosophie de l’approche de la cuisine crue, et de petites choses à savoir sur celle-ci en général… à mettre entre toutes les mains.
En plein test personnel des cookies crus, version vanille, cardamome et noisettes.

TROIS PARTIES

L’ouvrage se décline en trois parties : Les bases de la pâtisserie crue, les classiques revisités, et les généreux.
Dans les bases, Ophélie nous donne de chouettes astuces pour réaliser pâte à tarte, chocolat, lait végétal, mousses, crèmes, confitures crues, enfin, tout ce qui est adaptable et déclinable à volonté!
On attaque ensuite ma partie préférée, celle des classiques… On ne sait que choisir entre la tarte aux pommes (plus crunchy-moelleuse encore que la vraie) , le brownie, les fudges (qui sont devenus un INDISPENSABLE de mon frigo, j’en mange plusieurs par jour, j’ai testé une version amande-raisin-cognac, puis noisette-noix, puis souchet coco-cramberries à tomber par terre. Les membres de ma famille, après avoir manifesté une réticence devant un “truc bio”, en ont mangé une dizaine et ont bien fini par admettre que… oui, c’était délicieux.), le carrot cake, les gâteaux basques à la cerise (testés avec de la confiture de fraise), le clafoutis (testé aux pruneaux), le tiramisu (pas encore passé à la non-casserole mais il me nargue.), ou encore les petites tartelettes amandines qui attendent sagement la saison des poires pour voir l’au-raw-re.
Dernière partie : les généreux. Là, indécence au rendez-vous, débauche de photos toutes plus appétissantes les unes que les autres. J’avoue que cette partie me tente moins parce que je n’aime pas trop ce qui est crémeux en termes de desserts, ni les choses à étages (et je n’ai pas de moule à charnière..). Pourtant, je ne peux qu’avoir envie d’un Mille et une Nuits à couper le souffle, un Fondant caroube-cacahuète dont le nom seul est prometteur, ou même d’un Bavarois fraise et vanille couvert de fruits rouges frais qui va faire un malheur dans les déjeuners d’été.
Test perso des gâteaux basques à la cerise, avec de a fraise à la place de la cerise. (Pour info : ça marche.)

LES PLUS ET LES MOINS

Vous l’aurez compris, j’ai ADORÉ lire ce livre. Car oui, je l’ai lu, vraiment, j’ai aimé lire ses descriptions et son approche pleine de mesure du crudivorisme, et j’ai admiré avec patience et sourire les photographies à la fois pleines de couleurs, de gourmandises, de générosité et d’élégance. Je ne peux que vous encourager vivement à vous le procurer, parce que…
-Il est visuellement MAGNIFIQUE, et donnerait faim à n’importe quel endormi de l’estomac.
(Et un livre de cuisine qui donne faim me rassure.)
-Il reste bref et peu onéreux, tout en proposant un tour d’horizon assez large de ce que l’on peut faire en termes de pâtisserie crue.
-Il ne nécessite ni dextérité incroyable, ni matériel compliqué, ni ingrédients introuvables, ni alimentation d’ores et déjà très tournée vers le bio / végétar/lien / cru. (Bien sûr, si vous n’avez vraiment JAMAIS cuisiné avec un flocon d’avoine, peut-être vous faut-il chercher avant celui-là un ouvrage plus généraliste, mais sinon, n’ayez pas peur : tout est vraiment facile et accessible.)
-Cuisiner cru est un jeu (d’enfant). Je me suis vraiment beaucoup amusée. On se fait un peeling des mains en malaxant les pâtes, puis une hydratation express des doigts en finissant l’huile de coco, on a une petite phase régressive en version Play-Doh en formant des petits cubes, ou palets, ou truffes… C’est finalement TRÈS
RAPIDE, puisqu’il n’y a aucune étape de cuisson! Ce n’est pas un scoop, et pourtant je vous assure que c’est une réalité qui déstabilise : on mélange, on façonne, et puis… et puis rien, en fait, c’est déjà prêt!
En revanche…
Il faut bien chercher les touts petits défauts, cela achèvera de crédibiliser mes louanges.
-Le premier inconvénient ne tient pas à Ophélie, il est mécanique : qui dit cuisine crue dit…huile de coco. Or, à moins que vous ne trouviez de l’huile de coco désodorisée (mais j’ai du mal à aimer tout aliment naturel “désodorisé”, pour moi, si l’on choisit un aliment, on le prend tout entier, avec son parfum, ou on ne le prend pas), dans l’ensemble des desserts contenant une partie solide, de pâte (tartes, crumbles, biscuits…) : il y aura forcément un petit goût… de coco. Alors, soyons clair, moi, j’en raffole, je trouve qu’au contraire, on ne sent jamais assez son goût. Mais si vous vivez comme moi avec un être équipé de radar surpuissant anticoco… cela peut légèrement poser problème. (“Ça aussi, c’est à la noix de coco? C’est bon, mais on sent la coco. Si, si, j’aime, mais c’est à la noix de coco, quoi. Ah oui, ça c’est bon. On sent beaucoup la coco. Mais c’est bon.”)
-Autre défaut qui ne tient pas à l’auteur : qui dit cuisine crue dit… mise au frais. C’est ainsi qu’elle se conserve, et ainsi qu’elle donne le meilleur d’elle-même. C’est d’ailleurs parfait aux temps chauds, soyez-en fort aises… MAIS… c’est intransportable. Attendez-vous donc à être frustrés de ne pas pouvoir en emmener au bureau, en pique-nique, en randonnée, à picorer au cours de la journée, à offrir dans quelques heures, à envoyer par la poste, à ramener à une fête dans la nature : non, la pâtisserie crue est affaire de réfrigérateur. Bon, tenez-vous le pour dit, après, il suffit de contourner le problème…
Version perso des fudges à tomber par terre (souchet-coco-cramberries)

 

BILAN…

Foncez, régalez-vous
autant que j’ai pu le faire, créez du cru, croyez-en ma gourmandise
amusée accrue!
Pour conclure, je crois que la vraie force de l’ouvrage est de donner envie de cuisiner, DU CRU… OU NON, parce qu’en fait, à feuilleter un tel florilège de recettes, on a envie de les essayer telles quelles mais aussi de les amender, de leur enlever ci et de leur ajouter ça, de farfouiller dans ses placards et de faire mille expériences, une version crue d’autre chose, ou une version mi-cuite d’une pâtisserie proposée à notre œil gourmand, en inversant les pages et en laissant libre cours à nos doigts sucrés.
Je crois que cette affirmation finale ne choquerait pas l’auteur, qui ne prône pas un absolu du cru, mais qui parvient à donner des pinceaux pour peindre non seulement ses propres tableaux mais aussi ceux que chacun aura envie de concrétiser. Cette force d’inspiration, de gourmandise suscitée, et d’invitation à l’expérience culinaire, fidèle ou non, est finalement pour moi le magique mérite de ce petit ouvrage.
Ophélie Véron, La
Pâtisserie crue
La Plage, 13,50€

Comment éviter le gaspi alimentaire (1)

Aaaah…
la chasse au gaspi.

 

Serpent de mer des revues de filles, écologiques ou non : comment éviter de jeter, comment éviter d’accumuler les déchets… Ce sont des questions qui ont le vent en poupe, et pourtant, les français sont loin d’être très performants en matière de déchets. Alimentaires,  ou non.
Vous jetez beaucoup, vous?
Des choses qui se mangent, j’entends…
Je suis souvent surprise, en me rendant dans la famille ou chez des amis, de voir à quel point, au quotidien, ils accumulent les déchets alimentaires. Des restes de plats préparés, des barquettes, du pain sec, des biscottes oubliées, des fins de gratin de nouilles d’une drôle de couleur, et même les fruits et légumes dont l’avancée en âge a dépassé leurs vibrantes expectatives. Je ne les condamne pas du tout, au contraire, je comprends, et j’ai longtemps tâché de me demander pourquoi, autrement dit,  qu’est-ce qui fait que chez moi, on ne jette presque rien malheureux (sans pour autant être exemplaires, loin de là!).  
Comment s’organiser pour ne pas jeter?

 

 

Vue de l’extérieur, la tâche est ardue, entre les produits frais qui ont une date de péremption toujours trop proche, les produits type pain qui durcissent vite, les fruits et légumes qui sont atteints de moisillite aiguë avant d’avoir le temps de les appeler par leur prénom, les petits restes qui s’accumulent au fil des repas et qui se font oublier, il y a de quoi se perdre, sans compter la fin du paquet de biscottes mollassonnes ou de biscuits plus vraiment croquants que l’on refile au petit dernier en lui assurant notre bon souvenir.
Rapidement, on a l’impression qu’il faut être une déesse de l’organisation et des plannings pour que nos poubelles soient des temples dans lesquels la nourriture est persona non grata. On se dit que seules les mères de famille équipées de smartphones ultra perfectionnés et d’un cerveau avec un petit tétris à l’intérieur sont capables de savoir quoi manger quand pour qu”il n’y ait pas de déchets.
Et pourtant… En adoptant des petits réflexes tout simples, l’affaire est beaucoup moins compliquée et ardue qu’elle n’en a l’air.
Si, je vous promets.
On en parle?

 

 

Comment éviter le gaspillage alimentaire? (1)

(recette(s) à venir)

 

1. Tout commence à l’achat.

 

Bon, je dis sans doute des évidences pour beaucoup, mais la vérité n’est jamais assez martelée (prof sors de ce corps) : le B-A BA de la chasse au gaspi commence au moment où l’on fait ses courses.
Il s’agit de jouer à un jeu très amusant, qui consiste à acheter juste assez sans acheter trop.
(Et c’est là que cela se complique.)
Plusieurs astuces s’offrent alors à vous.
Solution A : faire des listes.
Effectivement, cela peut être un bon début, si pour vous le gaspillage alimentaire est une maladie déjà assez avancée. J’avoue que je le faisais, étant étudiante : un petit papier, 7 jours, 14 tirets, et cela permet d’acheter juste ce qu’il faut.
Néanmoins, je ne le fais plus. En fait, j’avoue que c’est une technique qui fonctionne lorsque l’on habite en ville et que l’on est sûr de trouver à peu près tout, mais, désormais, je m’adapte aux fruits et légumes que je trouve au marché. Autrement dit, je ne peux pas prévoir une tarte aux poireaux, ou un gratin de navets, précisément parce que je ne sais pas encore s’il y aura des poireaux ou des navets…
La solution B est donc de prévoir des menus adaptables. Cela donne, en gros : “lundi, crêpes; mardi, tarte aux légumes; mercredi, soupe; jeudi, légumes rôtis; vendredi, petits cake salés...samedi, croquettes,.. et la pizza du dimanche soir… ” Que l’on adaptera avec ce que l’on trouve. C’est une bonne solution qui permet de ne pas se poser trop longtemps de questions le soir, et de reconvertir ce temps précieux en d’autres débats plus rigolos.
Solution C : une fois qu’on y est habitué, on peut s’en détacher, j’avoue que c’est mon cas. Je ne fais plus aucune liste pour mes courses hebdomadaires, parce que je sais en gros le volume de produits frais dont j’aurais besoin, et j’improvise au jour le jour au fil de la semaine. Mais je crois qu’il faut passer par les deux autres étapes pour avoir en tête une petite liste de repas-type, du gratin inratable au plat de pâtes totalement maîtrisé, du croque-monsieur d’urgence au risotto effectué en pilote automatique.
Dans tous les cas, il est très utile de savoir à tout moment ce qu’il y a dans le garde manger. Pour cela, on peut garder sur un petit tableau la liste des légumes achetés, que l’on raye au fur et à mesure de leur utilisation. On peut également (ce que je fais, ne me prenez pas pour une folle), regarder au moins une fois par jour le contenu des placards et du garage : le cerveau acquiert rapidement le réflexe de tout mémoriser, et cela permet de ne pas laisser pourrir, vous savez, la citrouille, là, celle que l’on avait oubliée et qui n’est pas en bonne voie pour se métamorphoser en carrosse… Pareil pour ce qui va au frais : si l’on inspecte souvent les petits morceaux qui habitent notre réfrigérateur, on finit par avoir en tête une liste de ce qu’il y a à manger d’urgence ou non pour subsister jusqu’à la saison nouvelle . On n’a même plus besoin de réfléchir trop longtemps avant de concevoir un repas du soir, les ingrédients dansent dans notre tête et s’assemblent en faisant le petit bruit de motus, bouip bouip bouip bouip. (Mo-mo-motus.)
Enfin, il est important de savoir, au moment de l’achat, quels aliments auront une durée de vie limitée, ou non. Par exemple, il vaut mieux acheter du pain au levain (ou le faire!), qui se conservera facilement une grosse semaine. Parmi les légumes, on retient rapidement lesquels sont les plus fragiles (et ceux qu’il faudra, par conséquent, cuisiner en premier). Parmi les légumes à manger vite, on trouvera toutes les salades et pousses, les épinards, les choux fleurs/brocoli/romanesco, les tomates et poivrons en saison, les radis, alors que tiendront bien quelques jours les courges, poireaux, carottes, pommes de terre…

2. Ranger ses placards

 

 

 

Dès que l’on revient des courses, il est vraiment indispensable de ranger les placards, quitte à tout sortir et remettre : c’est agréable, cela permet de partir sur des bases propres et organisées, et ce n’est vraiment pas du temps perdu.
Dans les placards, on re-remplit les bocaux (le bocal riz, le bocal pâtes, le bocal quinoa, ainsi que les bocaux de légumineuses et de fruits secs), et on met sur le devant ceux qui sont presque vides. Cela permet de les utiliser au plus tôt, et d’avoir bien en tête, pour le reste de la semaine, qu’il reste deux poignées de farine de pois chiche et un petit verre de semoule, auxquels il faudra faire un sort.
Dans le frigo, on rapatrie sur le devant tout ce qui est à date proche, en mettant dans le fond tout ce qui est à date éloignée. Les œufs, le beurre (cru pour moi), les yaourts, les olives, le paquet de tofu et de tempeh. Cela permet de regarder encore une fois leur date et de s’affoler s’il ne reste que quelques jours pour les consommer.
Dernière chose : il vaut mieux éviter de surcharger frigo et placards, on en perd en lisibilité, et l’on risque de ne pas pouvoir tout manger à temps.

 

 

3. L’art de manger les restes

Si l’on applique tout cela, il est beaucoup plus facile de ne pas avoir de restes. D’autant plus que la dernière règle est évidemment de ne pas cuisiner plus que l’on ne pourra manger.
Ainsi, essayez de savoir quel dose cuisiner pour un ou deux, de façon à ce qu’il ne reste rien (3 poignées de pâtes sèches par personne, 1/2 verre de semoule/riz/quinoa, 2 pommes de terre… Une bonne solution consiste à peser un jour dans un bol bien précis la dose nécessaire (par exemple 180 g de riz pour 2), puis de reprendre à chaque fois le même bol, ainsi, on n’a plus besoin de peser à nouveau, puisque l’on sait (en gros) à quel hauteur du bol cela doit arriver.
Cela dit, il peut arriver qu’il y ait le GRAND DEFI du chasseur au gaspi : des restes.
De plats cuits ou d’aliments bruts.
Dans ce cas là, qu’est-ce qu’on fait?

 

Il me reste…
Je fais…
Un peu d’un plat préparé (un reste de gratin de légumes, une
part de tarte salée, deux tranches de cake, une galette de flocons de céréales…et ça marche aussi
pour le sucré)
Direction le congélateur, parce que l’on est toujours ravi de les trouver un soir de pas-le-temps, ou pour composer une
lunch-box express.
Un peu de pâtes/riz/sarrasin/quinoa cuits -Un petit déj.
Mon pêché mignon est de détourner un reste de sucre lents cuits en version sucrée. (Cela ne fonctionne pas avec les pâtes. Enfin, vous me direz.) D’où l’intérêt de faire cuire le riz, le quinoa ou le sarrasin nature, sans herbes ni ail et oignons : le reste se métamorphosera à merveille en faux riz au lait. On mélange les graines cuites avec un trait de lait végétal ou de jus de fruits, ou de compote, un filet de miel ou de sirop d’érable, et hop.-Font merveille aussi les crêpes à base de riz/pâtes/sarrasin/quinoa.Pour un grand bol de céréales cuites, compter 200g de farine, 2 œufs, 500ml de lait, et une pincée de levure. On mélange, on fait des petits tas sur la poêle, et  on obtient des petites crêpes épaisses et goûteuses qui marchent très bien à la fois en sucré et en salé.-Tout reste de céréale rentre très bien aussi dans n’importe quel gratin de légume. J’adore les gratins qui sont de formidables vide-placards : les légumes réduits en purée, les restes de pain, de céréales, de légumineuses, un peu de fromage et/ou de chapelure sur le dessus, quelques minutes à gratiner, et le tour est joué.
Des œufs Outre le gâteau-génoise ultra moelleux ou le clafoutis… Avec le blanc : des meringues, des rochers à la noix de coco, des macarons, des financiers.
Avec le jaune : des entremets, ou juste glissé dans une pâte sablée.
Des yaourts Les yaourts sont encore bons plusieurs semaines après la date indiquée. Néanmoins, il m’arrive d’avoir sur les bras plusieurs yaourts maison (ou non) à manger vite vite avant qu’ils ne changent de couleur…

-Un gâteau au yaourt, évidemment.
Il y a ce fameux petit livre aux éditions La plage dont je suis absolument fan : il décline des gâteaux au yaourt qui sont TOUTES testés et approuvés ici. Ah, le fondant très très citron, le clémentine-châtaigne, ah, le tout vert à la roquette, ah, le neigeux aux pépites de chocolat blanc…

-Une sauce, c’est ma version préférée :
Pour 2 personnes, mélangez 1 yaourt nature avec une pincée de sel, un peu de poivre, une càc de purée d’oléagineux (courge pour son côté psychédélique, ou cajou pour son petit goût fromagé), et quelques épices ou herbes au choix. Les alliances qui fonctionnent bien : yaourt + cajou + ciboulette, ou + cacahuète + cumin, ou sésame + citron + persil…
Parfait sur les légumes cuits, ou les crudités, ou avec des boulettes de légumineuses, ou même sur une céréale cuite.

Des fruits trop mûrs Les fruits un peu passés iront très bien en compote, en tarte, glissés dans un gâteau aux poires ou aux pommes. On peut également les congeler (crus, découpés en tranches) ou cuits, dans des bocaux à confiture, pour avoir des compotes toutes prêtes en cas de visite impromptue du petit cousin. (Ou de
mémé.) Sinon, ma version préférée est de mixer le fruit mûr cru et d’en faire la base d’une sauce (pour un plat chaud de légumes ou de céréales). Fonctionnent très bien en hiver : une poire un peu vieille mixée + un trait de vinaigre balsamique + 1 càc d’huile d’olive, ou une orange + 2 càs d’huile de noix + une pincée de cannelle, ou même une pomme + le jus d’1/2 citron + 1 càs d’huile d’olive. (Sur des endives crues, cette dernière est surprenante et très
bonne.)
Des légumes trop mûrs Là encore, leur version cuite est souvent la clé un peu facile mais efficace au problème. Après avoir trié les parties pourries, le reste sera parfait dans ne bonne soupe, une purée, un gratin.
Crue, la betterave un peu âgée sera parfaite dans des muffins merveilleux à la caroube.
Avec des poireaux un peu avancés, on fait un très bon pesto : on l’ émince très finement, on les mixe avec 1/2 verre de noix de cajou, et 1 càc de basilic séché.
Beaucoup de légumes peuvent, sans même être cuits, se transformer en coulis agréables, c’est le cas des tomates bien sûr, mais aussi des courgettes, de l’avocat, ou même des carottes ou courges bien mûres (si l’on a un bon mixeur). Sinon, on les fait cuire, même rapidement, et cela devient…
Une purée de légume Délayée dans du bouillon (ou de l’eau), elle se transforme en soupe. Avec un peu d’huile, elle devient sauce pour napper des biscuits, des grissini ou des pâtes. (Cela fonctionne bien avec la courgette, et ma préférée en hiver : potimarron mixé + huile de noix +
cerneaux de noix + ail des ours… ou courge butternut + épices à
pain d’épices + purée d’amande complète…)
Les purées de courges et potimarrons font également merveille dans une recette de pain d’épices, de scone ou de muffin.
Les patates douces s’intégreront à merveille dans un gâteau ou même des tartelettes… Autre version que j’adore : glissée dans un carré de pâte brisée, refermée en petit chausson. Rien ne se perd!
La compote ou la confiture -Une base de cake ultra moelleux sans oeufs.
(Pour la confiture, compter 200g de farine, 200g de confiture, 100g d’huile, 2 càc de levure, 2 oeufs ou 1/2 yaourt)
-Dans un granola à la place du miel (compter 100g de confiture/compote pour 500g de flocons)-Pour la compote : dans la pâte d’un crumble à la place du
beurre (compter, pour 250 g de farine, 50 g de compote et 50 g d’huile d’olive)
-Pour la confiture : des barres de céréales, des petits sablés..
Des légumineuses -Des bouleeeeeettes! (300g de légumineuses cuites, 80 g de son d’avoine ou de flocons mixés, herbes et épices au choix. On mélange, on forme
des boulettes que l’on enrobe avec un tout petit peu d’huile d’olive, et on les laisse au four à 180° environ 20 minutes. )
-Les grandes copines des boulettes : les galettes, tout aussi excellentes, et parfaites pour glisser dans des burgers de dernière minute!
-Une sauce. (Vous allez croire que je fais des sauces avec tous mes restes. Mais c’est vrai qu’avec les légumineuses, cela
fonctionne bien ! Exemple : 1/2 verre de pois chiche cuits mixés avec un peu d’eau, 1 càs de purée de sésame complet, 1 càs de sauce soja, sel et poivre. Parfait sur des pommes de terre ou une fondue de poireaux…
-Un crumble
-Un dessert
-Du houmous
-Une brouillade
La liste serait longue…
Une soupe Une sauce qui viendra lier un gratin, donner un goût agréable à de la polenta ou même à des crêpes salées.
Formidable récap ici
Des petits gâteaux secs (la fin du paquet, vous savez, ceux qui sont mietteux, un peu rabougris, voire molasses…) Émiettés sur un dessert, cela devient tout de suite chic. Ou encore écrasés au mortier, ils parfument une panna cotta ou une crème. Ils peuvent aussi être glissés dans un gâteau ou un cake pour le parfumer (50g de speculoos viendront donner un petit croquant à un gâteau classique par exemple.)Ou saupoudrés sur des fruits au four… Voire en base de gâteau aux fruits : trempés dans du lait et du cacao, alignés dans le fond d’un plat à gratin, ils font une base moelleuse à des tranches de pommes-ou de n’importe quel fruit. On peut manger cela cru, ou passer le tout au four 30 minutes à 160°.
Et les épluchures dans tout ça? Avec les épluchures de banane, des muffins, de kiwi, un
smoothie, avec le vert du poireau, des chips (cela fonctionne également avec les épluchures de pommes de terre). Avec les fanes de carottes ou radis, des soupes bien-sûr! Quoique, sur une pizza, cela fonctionne bien aussi…
Sinon, au compost… Mais la plupart des peaux n’ont pas à être épluchées ! C’est le cas de la butternut, des potimarrons et autres courges, des carottes, navets, panais… De même les fruits, avec la peau des kakis, pêches, pommes, poires, qui, bio et bien lavés, ne posent pas de souci.
Le pain La meilleure solution, j’en parlais plus haut, est de faire (ou de se procurer) du pain au levain. Si vraiment il reste des tranches innocentes (qui ne sont pas coupables), elles seront heureuse dans un gros faux-pudding : il faut compter le
même poids de purée de légume que le poids du pain. (300 g de purée de carotte par exemple, ou de coulis de tomate, + 300 g de pain en tranches). On mélange le tout, on assaisone, on saupoudre de fromage (ou de poudre d’amande), et on met l’ensemble au four
30 minutes à 200°. Les petits pains individuels se congèlent très bien, et font merveille pour les repas récup…
On peut aussi faire une panzanella, du pain perdu, ou une chapelure qui viendra servir pour paner du tempeh (ou pour dorer avec le gratin du reste de légumes susdit, CQFD.)

 

Une dernière chose… Partagez! Les restes, s’ils sont transportables, sont un formidable ciment social. Si l’on hésitait moins à mutualiser entre collègues, amis, voisins, les petits restes de cakes et les trop pleins de légumes avancés, sans rien attendre en retour, on y gagnerait à la fois en termes d’écologie et de partage humain.
(Si si, tu sais, c’est la petite voisine qui nous a filé son bout de quiche au tofu, un jour…)
Voilà! Pas de révélation, juste des petites astuces : si on les adopte, on arrive assez rapidement au zéro déchet, ou presque…
Et vous? Où en êtes-vous dans les déchets alimentaires?
Parvenez-vous à appliquer ce genre de petits conseils?
Je reviens avec une recette “chasse au gaspi” : n’hésitez pas à me demander si vous en voulez une (ou plusieurs) en particulier!