Comment éviter le gaspi alimentaire (1)

Aaaah…
la chasse au gaspi.

 

Serpent de mer des revues de filles, écologiques ou non : comment éviter de jeter, comment éviter d’accumuler les déchets… Ce sont des questions qui ont le vent en poupe, et pourtant, les français sont loin d’être très performants en matière de déchets. Alimentaires,  ou non.
Vous jetez beaucoup, vous?
Des choses qui se mangent, j’entends…
Je suis souvent surprise, en me rendant dans la famille ou chez des amis, de voir à quel point, au quotidien, ils accumulent les déchets alimentaires. Des restes de plats préparés, des barquettes, du pain sec, des biscottes oubliées, des fins de gratin de nouilles d’une drôle de couleur, et même les fruits et légumes dont l’avancée en âge a dépassé leurs vibrantes expectatives. Je ne les condamne pas du tout, au contraire, je comprends, et j’ai longtemps tâché de me demander pourquoi, autrement dit,  qu’est-ce qui fait que chez moi, on ne jette presque rien malheureux (sans pour autant être exemplaires, loin de là!).  
Comment s’organiser pour ne pas jeter?

 

 

Vue de l’extérieur, la tâche est ardue, entre les produits frais qui ont une date de péremption toujours trop proche, les produits type pain qui durcissent vite, les fruits et légumes qui sont atteints de moisillite aiguë avant d’avoir le temps de les appeler par leur prénom, les petits restes qui s’accumulent au fil des repas et qui se font oublier, il y a de quoi se perdre, sans compter la fin du paquet de biscottes mollassonnes ou de biscuits plus vraiment croquants que l’on refile au petit dernier en lui assurant notre bon souvenir.
Rapidement, on a l’impression qu’il faut être une déesse de l’organisation et des plannings pour que nos poubelles soient des temples dans lesquels la nourriture est persona non grata. On se dit que seules les mères de famille équipées de smartphones ultra perfectionnés et d’un cerveau avec un petit tétris à l’intérieur sont capables de savoir quoi manger quand pour qu »il n’y ait pas de déchets.
Et pourtant… En adoptant des petits réflexes tout simples, l’affaire est beaucoup moins compliquée et ardue qu’elle n’en a l’air.
Si, je vous promets.
On en parle?

 

 

Comment éviter le gaspillage alimentaire? (1)

(recette(s) à venir)

 

1. Tout commence à l’achat.

 

Bon, je dis sans doute des évidences pour beaucoup, mais la vérité n’est jamais assez martelée (prof sors de ce corps) : le B-A BA de la chasse au gaspi commence au moment où l’on fait ses courses.
Il s’agit de jouer à un jeu très amusant, qui consiste à acheter juste assez sans acheter trop.
(Et c’est là que cela se complique.)
Plusieurs astuces s’offrent alors à vous.
Solution A : faire des listes.
Effectivement, cela peut être un bon début, si pour vous le gaspillage alimentaire est une maladie déjà assez avancée. J’avoue que je le faisais, étant étudiante : un petit papier, 7 jours, 14 tirets, et cela permet d’acheter juste ce qu’il faut.
Néanmoins, je ne le fais plus. En fait, j’avoue que c’est une technique qui fonctionne lorsque l’on habite en ville et que l’on est sûr de trouver à peu près tout, mais, désormais, je m’adapte aux fruits et légumes que je trouve au marché. Autrement dit, je ne peux pas prévoir une tarte aux poireaux, ou un gratin de navets, précisément parce que je ne sais pas encore s’il y aura des poireaux ou des navets…
La solution B est donc de prévoir des menus adaptables. Cela donne, en gros : « lundi, crêpes; mardi, tarte aux légumes; mercredi, soupe; jeudi, légumes rôtis; vendredi, petits cake salés...samedi, croquettes,.. et la pizza du dimanche soir…  » Que l’on adaptera avec ce que l’on trouve. C’est une bonne solution qui permet de ne pas se poser trop longtemps de questions le soir, et de reconvertir ce temps précieux en d’autres débats plus rigolos.
Solution C : une fois qu’on y est habitué, on peut s’en détacher, j’avoue que c’est mon cas. Je ne fais plus aucune liste pour mes courses hebdomadaires, parce que je sais en gros le volume de produits frais dont j’aurais besoin, et j’improvise au jour le jour au fil de la semaine. Mais je crois qu’il faut passer par les deux autres étapes pour avoir en tête une petite liste de repas-type, du gratin inratable au plat de pâtes totalement maîtrisé, du croque-monsieur d’urgence au risotto effectué en pilote automatique.
Dans tous les cas, il est très utile de savoir à tout moment ce qu’il y a dans le garde manger. Pour cela, on peut garder sur un petit tableau la liste des légumes achetés, que l’on raye au fur et à mesure de leur utilisation. On peut également (ce que je fais, ne me prenez pas pour une folle), regarder au moins une fois par jour le contenu des placards et du garage : le cerveau acquiert rapidement le réflexe de tout mémoriser, et cela permet de ne pas laisser pourrir, vous savez, la citrouille, là, celle que l’on avait oubliée et qui n’est pas en bonne voie pour se métamorphoser en carrosse… Pareil pour ce qui va au frais : si l’on inspecte souvent les petits morceaux qui habitent notre réfrigérateur, on finit par avoir en tête une liste de ce qu’il y a à manger d’urgence ou non pour subsister jusqu’à la saison nouvelle . On n’a même plus besoin de réfléchir trop longtemps avant de concevoir un repas du soir, les ingrédients dansent dans notre tête et s’assemblent en faisant le petit bruit de motus, bouip bouip bouip bouip. (Mo-mo-motus.)
Enfin, il est important de savoir, au moment de l’achat, quels aliments auront une durée de vie limitée, ou non. Par exemple, il vaut mieux acheter du pain au levain (ou le faire!), qui se conservera facilement une grosse semaine. Parmi les légumes, on retient rapidement lesquels sont les plus fragiles (et ceux qu’il faudra, par conséquent, cuisiner en premier). Parmi les légumes à manger vite, on trouvera toutes les salades et pousses, les épinards, les choux fleurs/brocoli/romanesco, les tomates et poivrons en saison, les radis, alors que tiendront bien quelques jours les courges, poireaux, carottes, pommes de terre…

2. Ranger ses placards

 

 

 

Dès que l’on revient des courses, il est vraiment indispensable de ranger les placards, quitte à tout sortir et remettre : c’est agréable, cela permet de partir sur des bases propres et organisées, et ce n’est vraiment pas du temps perdu.
Dans les placards, on re-remplit les bocaux (le bocal riz, le bocal pâtes, le bocal quinoa, ainsi que les bocaux de légumineuses et de fruits secs), et on met sur le devant ceux qui sont presque vides. Cela permet de les utiliser au plus tôt, et d’avoir bien en tête, pour le reste de la semaine, qu’il reste deux poignées de farine de pois chiche et un petit verre de semoule, auxquels il faudra faire un sort.
Dans le frigo, on rapatrie sur le devant tout ce qui est à date proche, en mettant dans le fond tout ce qui est à date éloignée. Les œufs, le beurre (cru pour moi), les yaourts, les olives, le paquet de tofu et de tempeh. Cela permet de regarder encore une fois leur date et de s’affoler s’il ne reste que quelques jours pour les consommer.
Dernière chose : il vaut mieux éviter de surcharger frigo et placards, on en perd en lisibilité, et l’on risque de ne pas pouvoir tout manger à temps.

 

 

3. L’art de manger les restes

Si l’on applique tout cela, il est beaucoup plus facile de ne pas avoir de restes. D’autant plus que la dernière règle est évidemment de ne pas cuisiner plus que l’on ne pourra manger.
Ainsi, essayez de savoir quel dose cuisiner pour un ou deux, de façon à ce qu’il ne reste rien (3 poignées de pâtes sèches par personne, 1/2 verre de semoule/riz/quinoa, 2 pommes de terre… Une bonne solution consiste à peser un jour dans un bol bien précis la dose nécessaire (par exemple 180 g de riz pour 2), puis de reprendre à chaque fois le même bol, ainsi, on n’a plus besoin de peser à nouveau, puisque l’on sait (en gros) à quel hauteur du bol cela doit arriver.
Cela dit, il peut arriver qu’il y ait le GRAND DEFI du chasseur au gaspi : des restes.
De plats cuits ou d’aliments bruts.
Dans ce cas là, qu’est-ce qu’on fait?

 

Il me reste…
Je fais…
Un peu d’un plat préparé (un reste de gratin de légumes, une
part de tarte salée, deux tranches de cake, une galette de flocons de céréales…et ça marche aussi
pour le sucré)
Direction le congélateur, parce que l’on est toujours ravi de les trouver un soir de pas-le-temps, ou pour composer une
lunch-box express.
Un peu de pâtes/riz/sarrasin/quinoa cuits -Un petit déj.
Mon pêché mignon est de détourner un reste de sucre lents cuits en version sucrée. (Cela ne fonctionne pas avec les pâtes. Enfin, vous me direz.) D’où l’intérêt de faire cuire le riz, le quinoa ou le sarrasin nature, sans herbes ni ail et oignons : le reste se métamorphosera à merveille en faux riz au lait. On mélange les graines cuites avec un trait de lait végétal ou de jus de fruits, ou de compote, un filet de miel ou de sirop d’érable, et hop.-Font merveille aussi les crêpes à base de riz/pâtes/sarrasin/quinoa.Pour un grand bol de céréales cuites, compter 200g de farine, 2 œufs, 500ml de lait, et une pincée de levure. On mélange, on fait des petits tas sur la poêle, et  on obtient des petites crêpes épaisses et goûteuses qui marchent très bien à la fois en sucré et en salé.-Tout reste de céréale rentre très bien aussi dans n’importe quel gratin de légume. J’adore les gratins qui sont de formidables vide-placards : les légumes réduits en purée, les restes de pain, de céréales, de légumineuses, un peu de fromage et/ou de chapelure sur le dessus, quelques minutes à gratiner, et le tour est joué.
Des œufs Outre le gâteau-génoise ultra moelleux ou le clafoutis… Avec le blanc : des meringues, des rochers à la noix de coco, des macarons, des financiers.
Avec le jaune : des entremets, ou juste glissé dans une pâte sablée.
Des yaourts Les yaourts sont encore bons plusieurs semaines après la date indiquée. Néanmoins, il m’arrive d’avoir sur les bras plusieurs yaourts maison (ou non) à manger vite vite avant qu’ils ne changent de couleur…

-Un gâteau au yaourt, évidemment.
Il y a ce fameux petit livre aux éditions La plage dont je suis absolument fan : il décline des gâteaux au yaourt qui sont TOUTES testés et approuvés ici. Ah, le fondant très très citron, le clémentine-châtaigne, ah, le tout vert à la roquette, ah, le neigeux aux pépites de chocolat blanc…

-Une sauce, c’est ma version préférée :
Pour 2 personnes, mélangez 1 yaourt nature avec une pincée de sel, un peu de poivre, une càc de purée d’oléagineux (courge pour son côté psychédélique, ou cajou pour son petit goût fromagé), et quelques épices ou herbes au choix. Les alliances qui fonctionnent bien : yaourt + cajou + ciboulette, ou + cacahuète + cumin, ou sésame + citron + persil…
Parfait sur les légumes cuits, ou les crudités, ou avec des boulettes de légumineuses, ou même sur une céréale cuite.

Des fruits trop mûrs Les fruits un peu passés iront très bien en compote, en tarte, glissés dans un gâteau aux poires ou aux pommes. On peut également les congeler (crus, découpés en tranches) ou cuits, dans des bocaux à confiture, pour avoir des compotes toutes prêtes en cas de visite impromptue du petit cousin. (Ou de
mémé.) Sinon, ma version préférée est de mixer le fruit mûr cru et d’en faire la base d’une sauce (pour un plat chaud de légumes ou de céréales). Fonctionnent très bien en hiver : une poire un peu vieille mixée + un trait de vinaigre balsamique + 1 càc d’huile d’olive, ou une orange + 2 càs d’huile de noix + une pincée de cannelle, ou même une pomme + le jus d’1/2 citron + 1 càs d’huile d’olive. (Sur des endives crues, cette dernière est surprenante et très
bonne.)
Des légumes trop mûrs Là encore, leur version cuite est souvent la clé un peu facile mais efficace au problème. Après avoir trié les parties pourries, le reste sera parfait dans ne bonne soupe, une purée, un gratin.
Crue, la betterave un peu âgée sera parfaite dans des muffins merveilleux à la caroube.
Avec des poireaux un peu avancés, on fait un très bon pesto : on l’ émince très finement, on les mixe avec 1/2 verre de noix de cajou, et 1 càc de basilic séché.
Beaucoup de légumes peuvent, sans même être cuits, se transformer en coulis agréables, c’est le cas des tomates bien sûr, mais aussi des courgettes, de l’avocat, ou même des carottes ou courges bien mûres (si l’on a un bon mixeur). Sinon, on les fait cuire, même rapidement, et cela devient…
Une purée de légume Délayée dans du bouillon (ou de l’eau), elle se transforme en soupe. Avec un peu d’huile, elle devient sauce pour napper des biscuits, des grissini ou des pâtes. (Cela fonctionne bien avec la courgette, et ma préférée en hiver : potimarron mixé + huile de noix +
cerneaux de noix + ail des ours… ou courge butternut + épices à
pain d’épices + purée d’amande complète…)
Les purées de courges et potimarrons font également merveille dans une recette de pain d’épices, de scone ou de muffin.
Les patates douces s’intégreront à merveille dans un gâteau ou même des tartelettes… Autre version que j’adore : glissée dans un carré de pâte brisée, refermée en petit chausson. Rien ne se perd!
La compote ou la confiture -Une base de cake ultra moelleux sans oeufs.
(Pour la confiture, compter 200g de farine, 200g de confiture, 100g d’huile, 2 càc de levure, 2 oeufs ou 1/2 yaourt)
-Dans un granola à la place du miel (compter 100g de confiture/compote pour 500g de flocons)-Pour la compote : dans la pâte d’un crumble à la place du
beurre (compter, pour 250 g de farine, 50 g de compote et 50 g d’huile d’olive)
-Pour la confiture : des barres de céréales, des petits sablés..
Des légumineuses -Des bouleeeeeettes! (300g de légumineuses cuites, 80 g de son d’avoine ou de flocons mixés, herbes et épices au choix. On mélange, on forme
des boulettes que l’on enrobe avec un tout petit peu d’huile d’olive, et on les laisse au four à 180° environ 20 minutes. )
-Les grandes copines des boulettes : les galettes, tout aussi excellentes, et parfaites pour glisser dans des burgers de dernière minute!
-Une sauce. (Vous allez croire que je fais des sauces avec tous mes restes. Mais c’est vrai qu’avec les légumineuses, cela
fonctionne bien ! Exemple : 1/2 verre de pois chiche cuits mixés avec un peu d’eau, 1 càs de purée de sésame complet, 1 càs de sauce soja, sel et poivre. Parfait sur des pommes de terre ou une fondue de poireaux…
-Un crumble
-Un dessert
-Du houmous
-Une brouillade
La liste serait longue…
Une soupe Une sauce qui viendra lier un gratin, donner un goût agréable à de la polenta ou même à des crêpes salées.
Formidable récap ici
Des petits gâteaux secs (la fin du paquet, vous savez, ceux qui sont mietteux, un peu rabougris, voire molasses…) Émiettés sur un dessert, cela devient tout de suite chic. Ou encore écrasés au mortier, ils parfument une panna cotta ou une crème. Ils peuvent aussi être glissés dans un gâteau ou un cake pour le parfumer (50g de speculoos viendront donner un petit croquant à un gâteau classique par exemple.)Ou saupoudrés sur des fruits au four… Voire en base de gâteau aux fruits : trempés dans du lait et du cacao, alignés dans le fond d’un plat à gratin, ils font une base moelleuse à des tranches de pommes-ou de n’importe quel fruit. On peut manger cela cru, ou passer le tout au four 30 minutes à 160°.
Et les épluchures dans tout ça? Avec les épluchures de banane, des muffins, de kiwi, un
smoothie, avec le vert du poireau, des chips (cela fonctionne également avec les épluchures de pommes de terre). Avec les fanes de carottes ou radis, des soupes bien-sûr! Quoique, sur une pizza, cela fonctionne bien aussi…
Sinon, au compost… Mais la plupart des peaux n’ont pas à être épluchées ! C’est le cas de la butternut, des potimarrons et autres courges, des carottes, navets, panais… De même les fruits, avec la peau des kakis, pêches, pommes, poires, qui, bio et bien lavés, ne posent pas de souci.
Le pain La meilleure solution, j’en parlais plus haut, est de faire (ou de se procurer) du pain au levain. Si vraiment il reste des tranches innocentes (qui ne sont pas coupables), elles seront heureuse dans un gros faux-pudding : il faut compter le
même poids de purée de légume que le poids du pain. (300 g de purée de carotte par exemple, ou de coulis de tomate, + 300 g de pain en tranches). On mélange le tout, on assaisone, on saupoudre de fromage (ou de poudre d’amande), et on met l’ensemble au four
30 minutes à 200°. Les petits pains individuels se congèlent très bien, et font merveille pour les repas récup…
On peut aussi faire une panzanella, du pain perdu, ou une chapelure qui viendra servir pour paner du tempeh (ou pour dorer avec le gratin du reste de légumes susdit, CQFD.)

 

Une dernière chose… Partagez! Les restes, s’ils sont transportables, sont un formidable ciment social. Si l’on hésitait moins à mutualiser entre collègues, amis, voisins, les petits restes de cakes et les trop pleins de légumes avancés, sans rien attendre en retour, on y gagnerait à la fois en termes d’écologie et de partage humain.
(Si si, tu sais, c’est la petite voisine qui nous a filé son bout de quiche au tofu, un jour…)
Voilà! Pas de révélation, juste des petites astuces : si on les adopte, on arrive assez rapidement au zéro déchet, ou presque…
Et vous? Où en êtes-vous dans les déchets alimentaires?
Parvenez-vous à appliquer ce genre de petits conseils?
Je reviens avec une recette « chasse au gaspi » : n’hésitez pas à me demander si vous en voulez une (ou plusieurs) en particulier!

C’est marqué dessus (Ou : s’y retrouver dans les étiquettes)


 

Il y a quelques années, j’ai commencé
à emprunter la voie du fait-maison.

 

J’étais encore étudiante, et, j’avoue qu’au départ, ce sont plutôt les raisons financières qui m’ont poussée vers ce chemin, tout autant que le fait que j’avais la chance de travailler chez moi (et donc d’avoir la possibilité matérielle de surveiller le four/la machine à pain/ la yaourtière/ la cocotte / la poêle (rayez les mentions inutiles). Parfois presque
toutes en même temps, d’ailleurs.

Je me suis, candide jeunette qui ne connaissais rien de la vie, innocent palais qui avais encore tout à découvrir du monde et de ses secrets, ingénue gourmette qui découvrais l’odeur du yaourt encore tiède et le bruit du cookie aux noisettes que l’on sort du four, émerveillée de voir que tout, ou presque, pouvait être réalisé dans mon petit chez-moi d’alors. Que cela coûtait (environ) mille fois moins cher. Que c’était drôlement meilleur. Et que rien, rien ne remplaçait la fierté de manger quelque chose que l’on avait fait de l’alpha à l’oméga.

Oh, il y a eu des ratés. Plein, même.

Il y eut aussi ces mystérieuses expériences, que toute cuisinière a connues : vous savez, les fois où l’on découpe le produit fini, qu’on le goûte, qu’il nous a donné tellement de mal que l’on s’émerveille de son goût (oh mais cette brioche a vraiment un goût incroyable, elle est toute gonflée!), et que l’Autre (ou Les Autres) goûtent sans partager cet enthousiasme, dubitatifs, parce que, oui, cela ne ressemble pas à ce qu’ils avaient l’habitude de manger. Ah, l’enthousiasme de la cuisinière débutante ou presque n’est pas toujours partagé par les convives, qui se gardent bien d’émettre un bémol (sous peine de finir fusillés par le regard de la susdite cuisinière), mais qui mâchent longuement sans en penser moins. Donc, les soupes et les compotes sont devenues maison, puis le pain, les yaourts, les pâtes à tartes et pizza, ont suivi les céréales du matin, les petits gâteaux du dessert, les blinis et wrap (oui, j’en ai acheté des tout faits, j’avoue, pas vous? Des gros blinis de la marque Blinis, bien chimiques, des grands wraps Old El Paso, Ah là là, pêchés de jeunesse, des même pas bios, et d’abord, nous adorions cela!) Les goûters, les gâteaux marbrés, les crêpes, les pains pita, les briochettes aux pépites de chocolat, tout devenait maîtrisé de mes blanches mains, enfin, plus ou moins bien maîtrisé. Mais les vannes de l’import se sont fermées de plus en plus hermétiquement sur les portes de mes placards.
Même les pâtes et les gnocchi. Tarée, la fille. Une effrénée du fatto casa.
Il a fallu m’arrêter, oh, je ne dis pas que je regarde avec des yeux pleins de toute l’envie de la terre
des instruments comme une floconneuse ou un déshydrateur, mais calmons nos ardeurs, Josette, souvenons-nous qu’il y a dans le garage, entre le laminoir et le séchoir à pâtes, une machine avec une manivelle pour faire les petites pâtes type penne ou fusilli, quand même. Alors bon.

Et puis, et puis… Je suis devenue un peu extrémiste. Je le confesse. Je ne reviendrai pas ici sur mon rapport avec la nourriture ni sur ce qu’il est devenu en cette période-là, ceux qui me connaissent un peu le savent. J’ai commencé à pointer du doigt chaque petit défaut de tel ou tel ingrédient. A ne plus pouvoir dîner chez des amis.

Un jour, je me suis dit que, quand même…et la nuance? Et le lâcher prise? Quoi, moi qui aimais tant la dissertation philosophique grâce à ma tendance à toujours tout relativiser, trouver un contre-argument à tout, pour finir sur la nuance, la nuance, la nuance encore, celle du beau ciel grec dont j’étais tombée amoureuse, le « meden agan », la mesure avant toute chose…Cette mesure-là, je l’appliquais dans la pensée, mais pas dans ma manière de me nourrir? Ah ah, c’était un peu ridicule, pardonnez cet euphémisme employé par indulgence envers moi-même.

Donc, j’en suis revenue.

Et, oui, je l’avoue, je ne fais plus TOUT maison. J’achète, parfois. Je me dis que nous ne mourrons pas à consommer une pâte à tarte sous plastique ou un falafel tout fait, un yaourt du commerce, ou un biscuit au chocolat, ou même, ma gourmandise suprême, une petite gaufre au miel. Que ça dépanne. Et même, même, c’est bon.
SAUF QUE…
Il faut quand-même apprendre à lire les étiquettes, parce que, quitte à acheter tout fait, autant qu’il n’y ait pas trop de cochonneries dedans (ou au moins, s’il y en a, autant le savoir, quoi…)

Et là, c’est une autre histoire, ma brave dame.

L’autre jour, une petite voix amie lisait, enjouée, une composition de biscuit LU et disait qu’il n’y avait pas trop de E4543, donc c’était bon, ouf.  Regardons plutôt…
Ah? Mais… dans cette liste d’ingrédients, les additifs figurent bien, mais pas sous leur nom de E, c’est tout! Ruse de distributeur…
[Oui, il y a huit E dans cette étiquette.
  1. E422 – Glycérol
  2. E296 – Acide malique
  3. E330 – Acide citrique
  4. E440 – Pectines
  5. E331 – Citrates de sodium
  6. E333 – Citrates de calcium
  7. E322 – Lécithines
  8. E450 – Sels métalliques de diphosphates .(Même si certains de ces E sont inoffensifs. )

Et encore, s’ils n’y avaient que les E à poser problème…]

D’autres petites voix me montraient un beau logo « produit équitable » en me disant : tu as vu, c’est du bio! Sauf qu’il n’y a que 2 labels officiels du bio, ma bonne Josette, par chez nous. Enfin, quasiment. Et que, non, « sans gluten », « terroir breton », « produit vert », « vient du champ d’à côté de ta maison », « heureuse nature », « super sain », « source de calcium », « avec ça tu vivras centenaire », tout cela ne garantit pas le bio.
Donc.

SOYONS CLAIRS :

Je suis trèèèès loin d’être
experte en la matière.
Des dizaines de sites en parlent déjà.
Certaines de mes lectrices auraient bien plus de légitimité que moi à parler de tout cela. Je n’y connais rien en chimie, rien en marketing, je suis juste une petite littéraire qui corrige des rédac sur Flaubert et qui fais ses courses, des fois. Ne serait-ce que pour faire mon propre bilan, j’avais envie d’en parler avec vous.

Commençons par les

labels bios

L’affaire a l’air compliquée, mais, pour simplifier, gardons en tête qu’il n’y en a que deux!
1*Le label européen
Ce label a subi des évolutions notons celle de 2007, qui avait beaucoup fait parler, parce que les seuils de tolérance subissaient de légères inflexions, notamment au sujet des OGM… Je ne reviens pas sur le vaste débat. Toujours est-il que ce label a été simplifié (dans la forme, pas dans le fond!) en 2010. La forme de feuille que l’on voit ci-dessus est sa nouvelle version.
Ce truc :
veut donc dire exactement la même chose, c’est le label qui précédait l’autre label de 2010. Si l’on trouve l’ancien logo, pas d’affolement, c’est autorisé, pour tous les produits fabriqués avant 2010, et également pour les marques et entreprises qui ne renouvèlent pas tout de suite leurs planches d’étiquetage. [ Gérard, y m’reste des vieilles étiquettes, je peux les mettre? Ouais, colle-z-y, faut pas gâcher…]
Depuis le 1er juillet 2010, ce label est obligatoire sur tous les produits préemballés dans l’union européennes, et facultatif pour tous les produits importés.
Il garantit un certain nombre de critères :
-Le produit contient 100% d’ingrédients issus du mode de production biologique ou au moins 95% de produits agricoles biologiques dans le cas des produits transformés, si la part restante n’est pas disponible en bio et est expressément autorisée,
– Il est conforme aux règles du système officiel de contrôle et certification,
-Il porte le nom du producteur, du préparateur ou du distributeur et le numéro d’agrément de l’organisme de  certification.  (En dessous du symbole, la plupart du temps.)
J’aurais adoré vous parler en long en large et en travers de la charte, de ce qu’elle garantit, mais j’ai peur d’être totalement imbuvable.
Pour faire simple, vous pouvez vous dire, en achetant un aliment certifié bio, qu’il a été produit sans pesticide, et que le producteur a passé plus de temps sur sa récolte. (Désherbage mécanique ou manuel, non chimique, respect des sols, utilisation des moyens biologiques pour protéger les récoltes…) Les contrôles sont fréquents, le cahier des charges drastique. Si l’on est à la fois désireux de consommer des aliments avec une densité nutritionnelle intéressante (vitamines, minéraux, flavonoïdes, tout çaaaa), et de préserver la planète, il n’y a pas trop à hésiter, même si, là encore, on fait ce que l’on veut.
Si vous voulez en savoir plus sur les fameux critères de la charte, je ne peux que vous envoyer ici, c’est très bien expliqué.

2* Après, il existe le fameux logo AB.

C’est le logo national français. Il se trouve que sa charte est quasiment identique à la charte européenne.
Autrement dit, ces deux logos se côtoient très souvent, juste à côté l’un de l’autre.
[En plus ils sont assortis. Cohérence esthétique au top ma chéwie tu es sublyme.]

 Ainsi, comment savoir si un aliment que l’on achète est bio?

(Oh, pardonnez – moi encore si cela vous paraît évident!)

Il doit comporter l’un de ces deux labels, ou les deux à la fois.

Comme ça.

Les mentions « terroir », « naturel », « à l’ancienne », « fait comme chez mémé », ne veulent absolument pas désigner la qualité bio d’un produit. « Moulé à la louche de bronze », « certifié breton », « bien de chez nous », « sans conservateur »… (Oh, à propos, cela me fait toujours sourire lorsque l’on voit sur les jus de fruits « sans arôme artificiel ni conservateur », puis que c’est la réglementation et qu’AUCUN jus de fruit ne pourrait en contenir, donc merci l’argument de vente.), tout cela n’a rien à voir avec le bio. Cela ne veut pas dire que le produit est mauvais, encore une fois, je prône le lâcher-prise. Mais autant consommer en connaissance de cause. Après, il faut lire les étiquettes, (ça vient.) Mais, parfois, un produit non-bio aura une composition moins douteuse qu’un produit bio. Vaut-il mieux consommer un biscuit au beurre non-bio local ou un biscuit à l’huile de palme certifié bio? Je vous laisse trancher, loin de moi l’idée d’imposer une règle. Encore une fois, il s’agit juste d’acheter en sachant (un peu) ce que l’on va consommer. Sachez tout de même que, même s’ils sont moins nombreux, il y a aussi des contrôles pour les produits du « terroir » ou « naturel ». Par exemple, pour un produit du terroir, on va contrôler notamment l’origine géographique ou vérifier que les méthodes de production mises en avant sont bien réelles.

Level two : les labels privés
Il existe aussi (ce serait trop simple) des labels indépendants qui ont des chartes parfois encore plus
restrictives que le label bio européen ou français. C’est le cas de ceux-ci, bien connus de ceux qui fréquentent les magasins bio : Démeter, Nature et Progrès, Bio cohérence.

Bon à savoir : comme je l’expliquais plus haut, un produit bio doit forcément porter l’un des deux logos, européens (et AB s’il est français). S’il ne les comporte pas il n’est pas bio, autrement dit, certains labels, comme celui-ci :

ne garantissent pas le bio d’un produit.

En l’occurrence, il figure sur de nombreux paquets de café ou de tablettes de chocolat : cela veut dire que le produit a été élaboré en respectant les chartes équitables du label, mais pas les chartes du bio (à moins qu’il y ait le fameux label bio)…Encore une fois, je ne dis pas qu’il faut les condamner! Simplement en être conscient.
 « Monoprix vert », « Auchan, mieux vivre » , « Carrefour Agir »..… Quasiment toutes les enseignes de grande distribution ont aussi développé leur propre label qui a le goût du label bio mais qui n’en est pas un. De même, « Produit rechargeable », « Produit recyclable », « biodégradable », « vert » : ces déclarations environnementales qui fleurissent, c’est le cas de le dire, sur nos produits sont sous la seule responsabilité des entreprises
qui les mentionnent.

Enfin, voilà, c’était un article que je voulais bref comme une parenthèse et qui se fait déjà bien long…

Autre détail : lire la composition du produit.

Cela paraît facile à dire, et j’écris là sûrement des évidences absolues pour la plupart d’entre vous, mais je le dis quand-même, parce que je suis toujours surprise de voir ceux qui ne le font pas, ou presque, et qu’en même temps, je les comprends, parce qu’il est très difficile de s’y retrouver. Donc, pardon, mille pardons pour ces portes ouvertes que j’enfonce.
La liste des ingrédients n’est pas écrite dans un ordre au hasard, mais selon la présence des ingrédients dans le produit. Autrement dit, le premier de la liste est l’ingrédient principal, le deuxième vient ensuite, et caetera. Si, dans une pâte à tartiner, le premier ingrédient de la liste est le sucre, puis le deuxième l’huile végétale, cela veut dire que celle-ci est avant tout composée de… sucre mélangé à cette fameuse huile de palme qui est loin d’être irréprochable, tant sur le plan de l’impact naturel que celui de votre santé..(Le chocolat et les noisettes viennent bien après, contrairement à ce que dit la pub!)

De même que certains calissons ou certaines pâtes d’amandes qui ont dans leur composition « sucre » en premier…Une vraie (bonne) pâte d’amande doit être composée avant tout… d’amande! (scoop.)

Dans nos biscuits LU de tout à l’heure, le sirop de glucose, qui est clairement nocif, figure AVANT le sucre…

Je vous laisse libres de voir ce qui est important pour vous dans ces listes. J’avoue que pour ma part, quand j’achète un produit tout fait, j’essaie d’exclure, en plus du sirop de glucose, la farine blanche (même si c’est loin d’être le pire), le sucre (blanc), qui n’ont pas vraiment d’intérêt nutritionnel. De même que la fameuse huile de palme, souvent désignée sous la périphrase « huile/matière grasse végétale » (cela fait moins peur, même si la mention « huile végétale » peut aussi désigner l’huile de coco. En général, lorsque ce n’est pas précisé, ce n’est pas bon signe.)
Enfin, évidemment, tous les E. J’avoue que j’étais rarement confrontée au problème lorsque je ne consommais que des produits faits-maison, et tout autant par la suite en ne consommant que du certifié Bio. Mais je comprends tous ceux qui achètent, occasionnellement ou régulièrement, des produits de supermarchés dits classiques, Herta, Lu, BN, Danone et compagnie. Même, cela m’arrive d’en manger. (oui.)
Donc, les E…Vaste problème, opaque juste comme il faut. Là encore, pas simple de s’y retrouver, parce que certains sont inoffensifs. Par exemple, pas d’affolement si vous lisez E 150 A : c’est du simple…caramel. Certains E sont donc naturels, certains sont chimiques, certains sont dangereux, certains parfaitement sains. Et méfiez-vous des fois où ils ne figurent pas sous leur forme de E. Chez les E, les cocos, c’est une jungle.
Il y a plusieurs familles.
-Les colorants (il y a du chimique et du naturel, là encore, le curcuma a son E! Mais certains sont clairement toxiques. Les colorants rouges sont souvent nocifs, c’est bon à savoir.)
-Les conservateurs. Tous les E200. Globalement, ils sont à éviter. Ils sont toujours chimiques, et leurs effets sont pour la plupart incertains, pour le reste clairement nocifs.
-Les acidifiants. La plupart ne sont pas toxiques, mais ils restent des acides, globalement chimiques, qui peuvent poser des problèmes de digestion.
-Les anti-oxydants. Ils ne sont pas naturels, de synthèse, mais leur nocivité n’est pas prouvée. (Comme le fameux E 300, ou vitamine C, ou … acide ascorbique).
-Les épaississants. Ils sont globalement chimiques, sans conséquence grave, mais ils peuvent tout de même nuire à la digestion et aux intestins. Ils sont souvent dans les E400 et E1400.
-Les émulsifiants. Les lécithines, les « polyphosphate » de truc, « acide gras » de truc. Ils sont clairement douteux.
-Les exhausteurs de goût. Les plus courant sont clairement nocifs. Glutamate de bidule, et autres, parfois cancérigènes.
-Les édulcorants. Gros débats : au mieux, ils ne causent que des soucis de digestion, au pire ils sont encore cancérigènes. E950, E960. Voir le débat sur l’aspartame…
Sans devenir psychopathe, en bref, méfiez-vous des E, cachés ou non.
Un produit sain est en général un produit dans lequel il n’y a pas douze colorants ni douze conservateurs. Sans parler des « agents de », ce qui n’est jamais très bon signe non plus.

Enfin, une information qui peut être intéressante : l’histoire des « arômes »… Je suis loin, très loin de m’y connaître, même si c’est très intéressant. Je vous fait simplement part d’une découverte. Pour faire simple, il y a trois mentions possibles. Prenons un yaourt à la fraise.

*Soit il est indiqué « arôme naturel de fraise » : c’est la meilleure des indications, la plus saine. Ces arômes contiennent un minimum de 95 % de la source mentionnée, et les 5 % restants doivent provenir exclusivement de produits naturels extraits par des procédés physiques autorisés de transformation ou d’extraction. En clair c’est un yaourt à la fraise dans lequel il y a un peu de fraise. (Oui, ce n’est pas évident.)
*Mais il est parfois écrit « arôme » tout court. Ah ah, vilaine cachotière de Mamie Nova a joué au petit chimiste, soyez alors sûrs qu’il s’agit d’un arôme clairement chimique.
*Troisième possibilité, j’avoue que je ne l’ai découvert que récemment : « arôme naturel » (sans préciser « de fraise »). Dans ce cas, mamie-nova-poker-face, cela veut dire que l’arôme en question est d’origine végétale ou animale mais qu’il n’a rien à voir avec de la fraise. Il peut même être extrait de bois ou d’écorce.

Je suis d’accord avec vous, je préfère un bon yaourt nature (maison) avec quelques fraises découpées dedans. Et des petits gâteaux maison. 

Simplement, j’avais envie de vous faire part à la fois de ma position sur la question, et de ma manière de lire les étiquettes, qui n’a rien d’un modèle, qui est loin d’être celle d’une savante ou une connaisseuse, juste une débutante, et si elle peut aider certain(e)s à s’y retrouver, j’en serai ravie.

*Je tiens à préciser que ces produits ne proviennent pas de mon propre placard. Et que je remercie leur gourmand propriétaire d’avoir accepté de me prendre en photo pendant que je faisais l’imbécile, avec, dans l’objectif, toute la tendresse d’un papa pour sa fille. 

 
Sources (entre autres…) :
 http://www.agencebio.org/les-textes-reglementaires
 http://www.encyclo-ecolo.com/Labels_bio
 http://www.vegactu.com/produits/sy-retrouver-parmi-les-labels-bio-ecolos-equitables-non-testes sur-animaux-2391/
Anne Dufour, Ma bible de la santé nature, Leducs éd.