La petite bombe

Savez-vous ce que c’est que ce petit ustensile à l’allure étrange?
J’ai toujours éprouvé une tendresse particulière pour les petits objets de cuisines qui sont rares, et dont l’on ne devine pas tout de suite l’utilité. Je prends un malin plaisir, chez les antiquaires, à farfouiller dans les tiroirs pour sortir des petits outils de grand -mère, des mini-fourches à viande, des fils à couper beurres et pâtés avec une poignée de guingois, des cuillères biscornues pour trier le gras du maigre dans un jus de viande, des roulettes à trous ou à manivelle, qui devaient servir à préparer une recette que l’on a oubliée. Ils sont fascinants, ces objets qui devaient être quotidiennement tenus par des mains expertes de cuisinière au foyer, et qui connaissent un malheureux destin, délaissés aujourd’hui…
Ce petit outil, lui, il est tout neuf. Il n’est pas chargé d’un passé qui laisserait rêveur, mais il ne reste pas moins un petit bijou de ma cuisine, parce que très peu de gens s’en servent ici, mais que, de l’autre côté du globe, il est plus apprivoisé que notre fourchette. Autrement dit, la première fois que j’en ai vu un et que j’ai demandé à quoi il servait, j’aurais eu l’air pour un sud-américain de brandir une cuillère à soupe les yeux grand ouverts en demandant comment l’utiliser…
Il change de nom selon la langue du pays : les pays hispanisants l’appelleront “Bombilla”, les portuguais plutôt “Bomba”. Une petite bombe quoi, ou plutôt une petite pompe puisque Bomba signifie pompe en espagnol. (une pompette.) Bombilla signifie également “ampoule”, ce que je trouve très amusant. Chéri, si tu fais la vaisselle, n’oublie pas de laver les ampoules.
En fait, il s’agit d’une sorte de paille, et son extrémité est percée de trous : ainsi, on peut boire une infusion sans en consommer les feuilles. La bombilla est réservée normalement à la consommation du Maté, une boisson extrêmement populaire en Argentine notamment. Je n’ai jamais eu la chance de m’y rendre, mais il paraît que là-bas, les habitants sont à chaque coin de rue, à toute heure du jour, en train de rallonger et siroter leur Maté avec leur bombilla. (Quel pays charmant.) Si vous ne connaissez pas le Maté, je ne peux que vous encourager à en consommer : c’est une infusion que l’on trouve dans les magasins bios, ou chez les petits vendeurs de thé, ou à “Artisans du monde”, et que l’on appelle également “thé du Brésil”.
Ce n’est pas un thé à proprement parler, mais une plante dont les feuilles sont torréfiées, qui contient de la caféine, des flavonoïdes, très riche en anti-oxydants, et qui a donc des effets proches du thé. Elle est connue pour avoir des vertus énergisantes et bienfaisantes : sa richesse en vitamines et en polyphénols lui vaut d’être classée parmi les aliments anti-cancer, elle abaisse le taux de mauvais cholestérol, et est bénéfique pour tout le système cardio-vasculaire.
Voilà, c’était la parenthèse diététique, mais surtout : elle est délicieuse! La première gorgée peut dérouter, mais elle a un petit goût herbeux et très doux, et fait merveille avec un peu de miel. On peut la boire chaude ou froide, à la manière d’un thé glacé, elle est délicieuse également, pour peu qu’on ait la gourmandise d’y rajouter suffisamment de miel (ou de sucre, si vraiment l’on y tient, mais complet alors!). Si, en France, on trouve facilement les feuilles de Maté, il est en revanche beaucoup plus difficile de trouver la demoiselle bombilla. A moins de connaître un sud-américain ouvert au trafic par avion de bombilla authentique, (ou, comme ce fut mon cas, un ami professeur d’espagnol passionné non moins ouvert au trafic culinaire en tout genre), on peut aussi la commander au Palais des thés, ou chez son petit fournisseur de thé s’il est vraiment gentil !
La marche à suivre pour se régaler d’un (très) bon Maté :
-Mettre dans une tasse une bonne cuillère à soupe de feuilles. J’utilise celui-ci, bio, de la marque Sol à Sol, mais j’en testé beaucoup qui sont très bons…se fier au parfum des feuilles sèches est souvent suffisant pour écarter les Matés de mauvaise qualité, qui risqueraient d’être amers.On trouve également des Matés parfumés à l’orange, mais je préfère le nature, le brut, c’est mon côté puriste.
-Déposer une cuillère de miel sur les feuilles (celui qui fonctionne bien, c’est le miel d’acacia, dont la rondeur s’associe bien avec le petit côté un peu âpre des feuilles brutes.)
-Verser une eau non-bouillante (80° environ) pour conserver les propriétés des herbes et du miel, et mélanger doucement. Laisser reposer quelques minutes.
-Ensuite, il suffit de plonger la petite Bombilla dans la tasse, et d’aspirer au bout, comme une paille : les petits trous de son extrémité vont naturellement filtrer les feuilles, pour laisser monter un liquide tout doux et un peu magique!

 

 

Comme le Maté n’est pas pénible, il veut bien aussi être infusé à la manière d’un thé classique, dans un petit filtre ou une boule à thé. (C’est ce que j’ai fait pendant des années.) Simplement, c’est tellement classe de sortir son Maté et sa Bombilla à l’heure du thé!
Comme je suis une fille qui a des principes, je n’ai jamais utilisé la Bombilla pour boire autre chose que du maté, mais lui confier le sort de thés et tisanes est tout à fait envisageable.

 

 

Dimanche de novembre

En ce joli dimanche froid mais ensoleillé, j’avais des envies de châtaignes et de gros pull…

J’ai fait une découverte : en matière de dégustation de châtaignes fraiches, il y a plusieurs écoles.
1. Le marron au feu de bois.( J’ai pas de cheminée, on est mal.)
2. Le marron bouilli. (Casserole, eau, ça va.)
3. Le marron au four. (Four, OK, mais il y a dilemme sur épluchage or not épluchage avant la cuisson.)

Il y a quelques semaines, j’ai fait un premier essai : après épluchage, je les ai fait bouillir 10 minutes, puis je me suis ruiné les mains en épluchant la deuxième peau. Elles étaient succulentes, mais ma technique d’épluchage se devait d’être améliorée, parce que mes doigts n’étaient plus entiers, et les châtaignes non plus, car cette deuxième peau avait été très récalcitrante. J’ai donc continué mes pérégrinations d’automne.
Je suis tombée sur un trésor : Linda Louis, en auteur connu de blog et de livres de cuisines, vient de publier un très joli ouvrage intitulé “Châtaigne” (clic), qui offre plein d’idées pour se délecter de châtaigne sous toutes ses formes. Et moi, j’adooore les châtaignes, entières, en purée, en crème, salées, sucrées, en farine, enfin, ce petit goût d’automne me ravit dès qu’il se présente à mon palais. Dans mon petit marché de campagne, elle est encore accessible et se vend à l’ancienne, au litre, pesée dans des sortes de gobelets en métal.
Ma première opération châtaignes m’a donc enchantée, d’autant plus que j’ai congelé toute ma petite production dans des sacs en petites portions individuelles, ce qui me permet de dégainer la châtaigne à tout moment, et qui, dans le creux de l’hiver, devrait me réchauffer le ventre et l’esprit.
Or donc, dans son livre, Linda Louis propose une deuxième méthode d’épluchage après cuisson au four, que j’ai essayé cet après-midi, pour, tel un écureuil, stocker la châtaigne encore et encore (c’est que le début d’accord d’accord). Mes doigts sont indemnes, et mes châtaignes sont toutes nues et bien plus jolies que les précédentes!
Je vous file le tuyau …
Il faut enlever la première écorce, c’est l’étape la plus longue, mais pour peu qu’on l’accomplisse en écoutant un bon CD, c’est tout à fait raisonnable. Ensuite, il suffit d’étaler les chataignes dans un plat allant au four, et de les faire cuire 10 minutes à 200°. A la sortie, on les enveloppe d’un torchon, on frotte les demoiselles, et leur petite peau s’en va toute seule! Elle laisse place à de jolis marrons auxquels on ne peut pas résister. (J’ai quand même fait du stock!) La maison sent bon, et le goût des châtaignes “maison” n’a rien à voir avec un bocal…