Panzanella de janvier

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Et voilà, l’Italie m’est encore tombée dessus. Comme ça, boum. Il faut croire qu’en ce moment, dès que j’ai envie de cuisiner quelque chose d’un peu plus approfondi (entendez : un truc moins simple que le velouté potimarron+céleri〈+coquillettes〉 du soir qui est si bon qu’on le fait un jour sur deux) (True story), je suis spontanément attirée par une recette qui fleure un peu la méditerranée. La botte, là-bas, qui m’appelle, sans que je sois du tout experte de sa terre, l’Eden si lié aux vacances dans mon âme, le Paradisos de nos premières excursions d’amoureux. Bref, si je ne réfléchis pas, on mange des nouilles, et si je réfléchis, on mange une Panzanella – vous me direz, bravo la France, c’est Italiano alla casa quoi qu’il arrive. Pour peu qu’on finisse tout ça avec une Panacotta et des Baci di dama, et c’est grando festival. Un jour je transformerai mon blog en blog de plats italiens. On se demandera quelle forme de pasta va avec quelle sauce. Ça s’appellera Da Célina et il y aura des vidéos youtube de moi dedans qui parle avec les mains.
Panzanella1 Panzanella2 Panzanella3 Ce qu’il y a de bien avec la Panzanella, c’est qu’elle est fondamentalement italienne, dans le sens où elle est adaptable et ne requiert que des ingrédients de tous les jours. Ancestrale, elle est naturellement tournée vers l’essentiel, les légumes de la terre et le pain – et ceux qui veulent peuvent même prendre du pain sans gluten, elle ne vous en voudra pas. Elle se prépare en un tournemain et est inratable.

Chaque pays a sa recette à base de pain, en France on parle pas mal de pain perdu, même si j’ai le sentiment que nous sommes beaucoup à ne pas en manger si souvent que cela (je mange plus souvent des crêpes que du pain perdu, pas vous?). La version italienne de plat-recyclage-de-pain a un charme bien supérieur à mes yeux. Le principe de la Panzanella est normalement de mélanger des morceaux de pain (dur et/ou grillé) avec des bonnes tomates juteuses de fin d’été, de l’huile d’olive bien goûteuse, et pourquoi pas quelques feuilles de basilic. Du sel en gros grain, du poivre, on mélange, tout s’imbibe, c’est divin, c’est le paradis, c’est tout le soleil de l’Italie dans les papilles,  c’est mon royaume pour des tomates, les jupes des italiennes, le soleil qui tape et le linge étendu aux fenêtres, arrêtez-la on est en train de la perdre.

Eh bien, révélation ou non : la Panzanella est si docile qu’elle s’adapte pas mal à l’hiver. Quelques légumes rôtis, de l’huile (d’olive, certo che si), quelques amandes et un brin de roquette, et dai. Basta cosi, j’ai envie de vous dire.

Panzanella8J’adore les couleurs de ce plat : qui a dit que les assiettes d’hiver étaient tristes? (J’avais donc l’embarras du choix pour m’habiller de façon assortie. Je suis en … rose, à peu près la seule couleur qui jure avec le plat. Règle pour plus tard : faire un choix vestimentaire un peu réfléchi, merci bonsoir.)

Ce qui est parfait, c’est qu’on peut le manger chaud, tiède, et même froid. C’est excellent tout juste fait, le pain encore croustillant, et parfait aussi quelques heures après (jusqu’au lendemain même), le pain aura eu le temps de s’imbiber et les saveurs de se mêler. En bref, ça peut être une entrée qui en jette pour des invités ou un plat réconfortant et joli de tous les jours…(En plus, elle a un nom si chantant, que vous prononcerez en mettant à la fois le plat sur la table et l’accent sur le « e », ce qui vous garantira des admirations éternelles.)

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Pour deux personnes en plat, quatre en entrée.

Trois à quatre grosses tranches de pain, vieux (ou non!)

Légumes à rôtir : 3 navets, 4 carottes, 2 poireaux, 2 betteraves.

Une poignée de roquette (ou de mâche)

Une poignée d’amandes (torréfiées).

Coupez les légumes en gros dés, mettez-les sur une plaque recouverte de papier sulfurisé. Arrosez-les d’un filet d’huile d’olive, et laissez-les dorer au four environ 35 minutes à 180°. (La cuisson dépend de la taille de vos légumes. Ils ne doivent plus être durs, mais faites attention à ce qu’ils ne noircissent pas.) Sortez la plaque et salez-les. J’ai ajouté 1/2 cc de curcuma, mais c’est facultatif! Disposez-les dans un large plat.

Faites griller le pain : soit au grille pain, soit, si votre four est assez grand, en profitant des 15 dernières minutes de cuisson des légumes. Coupez les tranches en croutons. Ajoutez-les au mélange de légumes. Arrosez l’ensemble d’une à deux cuillère(s) à soupe d’huile d’olive, ajoutez la roquette, salez et poivrez l’ensemble à votre goût.

Dégustez, ou mettez la Panzanella au frais une fois refroidie : elle patientera jusqu’à 24 heures. Je vous avoue que j’ai une préférence pour la version tiède, hiver oblige, avec les croutons qui croquent encore un peu sous la dent, et les légumes fumants qui se mêlent à l’aigrelette roquette assouplie par la chaleur.

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Crêpes au riz noir

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J’ai besoin de crêpes.

J’ai besoin de douceur, j’ai besoin de bisous, j’ai besoin qu’on me console, j’ai besoin qu’on me dise que tout ira bien, j’ai besoin qu’on me fasse confiance, et puis j’ai besoin de pouvoir avoir confiance aussi.

Je ne veux pas vivre dans un monde douloureux, je ne veux pas avoir besoin de me protéger de tout, je voudrais que tout soit simple, tu vois, et j’ai envie de rire, cela fait si longtemps que je n’ai pas ri, vraiment ri. J’ai envie qu’on arrête de se bousculer, de se pousser sur la cour, j’ai envie d’arrêter de me sentir convalescente, j’ai envie de ne pas avoir l’impression de tomber sans avoir eu le temps d’accrocher mon mousqueton. J’ai envie de marcher sur les feuilles, alors l’autre jour je suis sortie, pas trop longtemps, j’essaie de sortir de moins en moins longtemps. J’ai marché, même pas couru, tu vois oui c’est bien. Et j’ai poussé le son à fond dans mes oreilles, j’ai mis du truc qui s’écoute bien fort (comme ça). Je pensais à la catharsis, à la purgation des passions, à ces Grecs qui avaient tout compris en faisant de théâtres des établissements médicaux, j’allais rêvant du divin Aristote en fredonnant « this is fucking awesome », je ne suis pas certaine qu’il aurait approuvé, et pourtant, je vous assure qu’il y a un lien.crêpesauriznoir5crepesauriznoir6À chacun de digérer les écueils gris qu’il rencontre sur son chemin, à chacun de trouver le morceau de sucre qui empêche de sombrer dans l’inconscience. Je pensais à une amie qui me racontait qu’un soir, (cela n’a pas de rapport avec les attentats, c’était avant), elle avait bu, un peu trop. Elle avait passé un si bon moment, elle m’en parlait avec un bonheur encore tout chaud, un enthousiasme que j’accueillais un peu dubitative quoique très ouverte. En fait, je dois me rendre à l’évidence : j’ai bientôt 30 ans, et je n’ai jamais été saoule. Jamais. Rien. De pompette à déchirée, je ne maîtrise aucun échelon. Même pas un joint, si un jour on me dit « une dernière cigarette? », je répondrai « plutôt une première ». (Il y a bien la fois où j’avais manqué faire un malaise dans un restaurant italien parce que j’avais bu trop vite et à jeun mon Prosecco, mais je n’ai pas eu le temps de sentir quoi que ce soit, et heureusement que les antipasti étaient vite arrivés pour me redonner un coup de fouet.) Non, ces limites-là ne sont pas de celles qui exorcisent quelque chose en moi, ni conduire trop vite, ni manger trop de chocolat, ni tant d’autres façons inavouables propres à chacun de dépasser un peu les lignes du raisonnable pour se sentir vraiment vivant, pour se consoler, pour qu’un brusque afflux d’émotions purifie les passions. Je crois que j’ai trop lu Aristote parce que j’ai besoin d’un spectacle, un drame, un Tarantino, un Hugo et des lignes qui saignent, un divertissement extérieur qui extraie les larmes et apaise l’esprit après un feu salvateur. Et aussi, j’ai besoin de musique, écoutée beaucoup trop fort : ces limites-là sont, lorsqu’elles sont franchies, autant d’occasion de m’apaiser. Et si je danse dessus, c’est encore mieux. (Ou sur ça, écouté au casque beaucoup trop fort.) J’écorche l’instant pour mieux en voir la couleur, je lacère au métronome, j’accueille ce divertissement pascalien comme une purgation aristotélicienne sans ciller et sans faire de bruit, je force les basses, c’est mon ivresse à moi, avec celle des films, des livres- pas n’importe lesquels, ceux qui marquent et qui bousculent.

Je commençais en vous disant que j’avais besoin de douceur et de câlins. Je finis en affirmant que je veux des basses qui hurlent, des yeux qui pleurent, des tympans qui sifflent pour ne pas trop bourdonner. Selon la Poétique, ce n’est pas incompatible.



crêpesauriznoir1LESMOTSAILES1Crêpes au riz noir

(Pour 9-10 petites crêpes)

70 g de riz noir cru

80 g de farine d’avoine

80 g de farine de sarrasin

1 pincée de sel

1 cc de bicarbonate de soude, 1 càs de vinaigre de cidre

2 œufs

200 ml de lait d’avoine (ou autre)

Faites cuire le riz 30 minutes, réservez. Mélangez le reste des ingrédients dans l’ordre, et ajoutez le riz à la pâte.

Faites cuire les crêpes environ 4-5 minutes par côté, à feu doux.

Ces crêpes un peu originales sont parfaites parce que le riz leur apporte un croquant fondu dans le moelleux, et un petit parfum d’enfance (sans doute lié au riz au lait) lorsqu’on les associe à une garniture sucrée. Elles se conservent très bien plusieurs jours, et peuvent même se congeler. On peut les déguster chaudes, tièdes ou froides, en plat avec une garniture salée (houmous, tapenade, purée de légume…) ou en dessert (faites-vous plaisir.)

Et prenez bien soin de vous. crepesauriznoir4LESMOTSAILES3 Crêpesauriznoir-LESMOTSAILES  LESMOTSAILES2 crepesauriznoir8