Qu’est-ce qu’un festin? (Et des biscuits au sucre blond.)

Un jour, il y a bien longtemps (j’étais encore étudiante, les rides n’avaient pas encore tracé leurs sillons sur mes tempes si blanches et si délicates), un jour, j’ai pris le train. Non que ce fût un fait unique à la base, parce que je prenais le train tout le temps, mais ce jour-là, je le garde dans un petit coin de ma tête avec délice, caché sous les rides. J’étais seule, j’avais plusieurs changements, et le Bordeaux-Paris bringuebalant était bien plein. J’avais la place du côté de l’allée. De l’autre côté, une femme s’est installée, et un tout petit garçon en face d’elle. Je ne me souviens pas de leurs visages, simplement, elle était jolie, et faisait partie de ces personnes qui laissent la vague empreinte du charme naturel. Brune, mince, plutôt jeune, elle portait je crois un pantalon usé en velours violet foncé (j’espère qu’elle ne m’en voudrait pas de me souvenir davantage de la couleur de son pantalon que de l’exactitude de ses traits), et une chemise que j’aurais bien aimé avoir. Elle n’était pas particulièrement apprêtée, ni maquillée ou coiffée : elle était chargée de ses valises et de son petit bonhomme, et laissait le sentiment de ne pas s’encombrer d’un souci d’apparence en ce qui semblait être un long périple à deux. Pendant tout le trajet, qui a duré plusieurs heures, elle a discuté avec son petit garçon qui n’était pas bien vieux. Je dirais qu’il avait environ cinq ans, mais à l’époque, ma connaissance des enfants était encore plus vague qu’elle ne peut l’être aujourd’hui, et il avait peut-être un peu plus.
Parfois, elle et lui parlaient en espagnol, ce qui me donnait l’impression, parce que je n’en connais pas un mot, qu’ils s’enfermaient alors dans une bulle un peu mystérieuse qui ne tenait qu’à tous les deux. Lorsqu’elle lui parlait en français, elle posait des devinettes, inventait des jeux, faisait des sortes de défis à l’oral pour trouver des animaux commençant par telle ou telle lettre. Je me souviens qu’ils plaisantaient beaucoup et se faisaient rire l’un l’autre. J’avais été frappée de ce qui se jouait là et qui tenait bien du dialogue, de l’échange, à double sens : il la défiait tout autant qu’elle le défiait, il l’amusait tout autant qu’elle l’amusait. Je m’étais demandé si elle était réellement d’un naturel toujours aussi enjoué, ou si elle s’imposait ce ton pour que le sourire du petit garçon soit à ce point éternel. Ils semblaient, tous les deux, s’encourager dans un optimisme ravageur, les poussant à se réjouir d’absolument tout.

À l’heure du repas, elle a sorti des sandwiches, des tranches de pain de mie (ceux avec une farine un peu foncée, et les graines sur le dessus) assemblées à l’avance avec des choses que je ne voyais pas. Ils avaient de l’eau posée sur la tablette, et des bananes, je me souviens des bananes.  Tout le long de leur repas de fortune, ils se disaient combien c’était bon, ils faisaient « mmmmmm! » la tête en arrière, comme on fait lorsqu’on goûte un mets très rare. Ils ne cessaient de se regarder, de se sourire, partageant une sorte de joie profonde qu’ils ne se lassaient d’exprimer. La maman a dit « C’est un vrai festin! », et, de longues minutes durant, le petit garçon répétait cette phrase qui avait dû lui plaire. Il mettait son bel accent d’enfant sur la première syllabe de « festin », la bouche pleine, «C’est un vrai festin! Hein maman? C’est un festin, hein!». Je ne savais plus, pour finir, si c’était davantage la maman qui en rajoutait un peu pour que son fils soit enthousiaste, ou si c’était lui-même qui exprimait à toute volée son optimisme pour qu’elle se régale encore plus. Je ne savais plus qui essayait de rendre heureux l’autre.

Cet instant m’avait frappée, et j’en garde encore toute la saveur et les échos. Je me demande souvent si je serai capable de voir le merveilleux et l’extraordinaire dans le quotidien, si je pourrai transformer un détail en miracle, et un sandwich mou et froid dans un train bondé en délicat repas de réveillon. Si j’ai gardé ce souvenir comme un petit as dans ma manche, c’est sans doute parce que j’aimerais beaucoup.

J’aime aussi ce souvenir parce qu’il me rappelle que les vraies agapes ne sont pas (toujours) des repas de Noël, et que, finalement, il ne tient qu’à nous de choisir ce qui fait d’un festin qu’il en est un.



J’adore faire des petits biscuits à Noël, festin ou non, parce qu’ils font figure de dessert qui se mange tout seul ou trempé dans un thé (ou avec une bonne salade d’agrumes), qu’ils se gardent très longtemps, et qu’ils répandent un parfum d’épices bien agréable lorsqu’ils cuisent. (Si vous n’aimez pas les épices, vous pouvez tout simplement les omettre!) Ce qui le séduit chez ceux-ci et qui fait vraiment Noël, c’est leur petit habit de fête sucré. J’adore le fait qu’ils ne soient pas « glacés », mais simplement recouverts avant cuisson d’une pellicule de sucre blond (surtout pas trop fin!) qui, une fois cuits, leur rajoute un croquant et une gourmandise incomparables. C’est plus roots qu’un joli glaçage lisse, mais c’est aussi plus rapide et je trouve ça meilleur. Finalement, c’est une recette toute simple, que vous pouvez facilement adapter à ce que vous aimez.

BISCUITS CROQUANTS AU SUCRE BLOND

(Pour environ 35 biscuits)

*Mélange humide

-80 g de purée d’amande blanche + 40 g d’huile d’olive

-150 g de sucre complet

-2 càs de miel (ou de sirop d’érable)

-2 càc rases d’épices (j’ai mis de la cannelle et de la cardamome, mais on peut mettre de la vanille, du gingembre… ou rien du tout si l’on préfère!)

-1 oeuf (ou un oeuf de lin)

*Mélange sec

-250 g de farine (T80 ici)

-2 càc de levure

-1 bonne pincée de sel

-75 g de sucre blond pour la finition

Assemblez les ingrédients du mélange humide dans un grand saladier, mélangez bien. Ajoutez le mélange sec. Amalgamez le tout, formez une boule, et couvrez d’un torchon humide pour laissez reposer au frais pendant au moins 2 heures. Sortez la pâte, et prélevez des morceaux de la taille d’une noix. Roulez-les dans le sucre blond : dans l’idéal, il faut que les boules en soient toutes recouvertes. Mettez au fur et à mesure les boules sur une plaque recouverte de papier cuisson, et aplatissez-les légèrement du plat de la main. Ajoutez un peu de sucre blond en pluie sur le dessus. Enfournez pour 15 minutes à 180°C. À la sortie du four, attendez un peu qu’ils tiédissent, puis détachez-les délicatement à l’aide d’une spatule et déposez-les sur une grille. (Ils sont délicieux tièdes, et se gardent bien une semaine dans un grand bocal en verre, si vous tenez jusque là.)


Je vous souhaite un merveilleux Noël, prenez soin de vous, de vos familles, de vos amis, rendez-les heureux. Merci d’être toujours plus nombreux ici (c’est un peu la folie!), et abonnés à la newsletter, dans laquelle aujourd’hui je vous livrerai une photo ratée très drôle prise lors de cet article (ça vaut le coup croyez-moi), et je vous parlerai un tout petit peu de mon Noël à moi (si vous êtes d’accord).


L’automne, et ce que nous ne voyons pas.

 

//Images et Musique : Céline // N’oubliez pas de cliquer sur la petite roue crantée pour mettre en HD, c’est plus joli…//


J’aime tellement cette saison. J’aime le repli qu’elle suggère, avec toute la tendresse de ses couleurs et ses refroidissements. J’écris dans le silence face au poêle, le soleil entre par la baie vitrée, murmurant sa générosité déclinante. C’est fort de voir s’installer l’automne, je veux dire, s’installer vraiment – je ne parle pas des timides derniers jours de septembre où l’on sort par principe les imperméables, les chaussettes et les tartes aux pommes. Non, le vrai novembre, les jours de froid qui font gratter le givre le matin et chercher les gants, la chaleur de ses bras pour toujours, le sommeil qui s’installe et les aubes de lumière alanguie, et les promenades qu’il faut faire pas trop tard au risque d’être enveloppés par le noir. J’ai retrouvé mon manteau, mon gros, celui avec le polaire dedans et la grande capuche ; je me maquille moins, j’ai envie de simplicité et de nature. Je souris en pensant au prochain automne, celui où nous serons trois. Et pour l’instant, parce que c’est bien la toute première communication que j’expérimente, je caresse du bout des doigts mes rêves vagues en même temps que mon arrondi, j’apprivoise du dedans tes incessants mouvements d’apprenti danseur, ceux qui restent de délicieux et éphémères soubresauts quand tu dois avoir la certitude de déplacer des montagnes. Tout ce que nous ne voyons pas et qui est immense.


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Gaufres au potimarron 

C’est une recette sans oeufs, qui donne des gaufrinettes toutes teintées d’automne. La pâte n’est pas liquide, elle s’inspire plutôt de la pâte des gaufres liégeoises (celles avec les gros grains de sucre dedans) (sauf que je n’ai pas mis de grains de sucre, mais on peut totalement, ça reste dans le thème). L’avantage de la pâte non-liquide, c’est que ça ne coule pas partout, ce qui constitue un bon argument pour en faire tout le temps. Et le rendu ressemble à des gaufres qui sont assez fermes, comme des petits biscuits, et qui ne ramollissent pas.

(Pour 12-15 gaufres)

350g de farine d’avoine

220g de purée de potimarron (environ 1/2 potimarron moyen)

100g de lait d’amande

40g d’huile de coco

1 sachet de levure à pain sèche

1 grosse càs de sucre*

*Notes sur les ingrédients :

-On peut remplacer la farine d’avoine par ce qu’on veut. Avec une farine sans gluten, les gaufres seront très très croustillantes et un peu plus délicates à manier, mais c’est possible.

-Volontairement, la recette est très peu sucrée. J’ai préféré faire ainsi pour pouvoir les tartiner de confiture, ou de miel, ou de sirop d’érable (on la perd, on la perd.) Pour les becs sucrés, ou pour des gaufres qui se suffiraient à elles seules, on peut mettre 5 càs de sucre en poudre, ou en gros grains.)

Mélangez dans un saladier la farine, la levure, le sucre. Ajoutez la purée de potimarron, puis l’huile de coco molle, et le lait : mélangez pour obtenir une pâte consistante, comme une pâte à pizza. La consistance variera en fonction de votre purée plus ou moins aqueuse, ce n’est pas grave : si la pâte ne forme pas assez une boule et est trop collante, farinez la, et si, à l’inverse, elle ne s’amalgame pas suffisamment, n’hésitez pas à ajouter un peu de lait. Laissez reposer la boule sous un torchon au moins 1h30.

Formez entre 12 et 15 petites boules, et laissez-les reposer environ 15 minutes, le temps de faire chauffer le gaufrier. Mettez une boule de pâte au centre des rectangles préformés dans votre moule, et fermez en appuyant bien. Laissez cuire quelques minutes. Lorsque les gaufres sont dorées, sortez-les délicatement. Elles se gardent quelques jours, adorent les passages au grille-pain, et se congèlent comme des anges.

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Soyez très heureux.