En miettes

Certaines recettes portent en elle le parfum de quelque chose, ou de quelqu’un. Elles surviennent à un drôle d’instant et lorsqu’on les fait à nouveau, on ne peut s’empêcher de se remémorer cette première fois. Ces recettes sont marquées par un sceau, qu’on le veuille ou non, elles seront à jamais liées à un moment, à une nouvelle, un état, une rencontre. Une anecdote.
Un drame, parfois. 

Cette petite recette de céréales, je la dédie à Charlotte.

 

Je m’appelle Charlotte, je suis blonde,
j’ai les yeux bleus, et ce matin, je n’ai pas fait mes leçons.

Je ne suis pas coutumière du fait. Je fais toujours mes leçons. Tous les soirs.
Je les fais même très bien. Je ne sais pas si je suis très intelligente, ma maman me dit que oui, surtout quand je l’aide à compter l’argent des courses. Plus tard, je veux être boulangère, ça ne s’invente pas. Mon papa me répète qu’il faut que j’étudie, que je travaille toujours davantage. Alors moi, je veux lui faire plaisir. J’ai tellement envie qu’il soit fier, qu’il le montre un peu. Il ne m’a jamais, jamais félicitée, et une petite fille, ça ferait tout pour lire la fierté dans les yeux de son papa. Une petite fille blonde aux yeux bleus.
Papa, je l’aime tellement que ce matin, j’ai envie de hurler.
Quand j’ai une évaluation, je révise beaucoup. Même quand je n’ai pas d’évaluation, en fait. Je reprends mes cahiers très propres et je recopie même certains cours pour qu’ils soient irréprochables. Je mets les titres en rose et les sous-titres en turquoise. Le matin, je mange toujours des céréales. J’adore ça. Des Golden Grahams. J’adore les miettes dans le fond du paquet. C’est ma maman qui les achète, et pas tout le temps, parce que papa trouve ça trop cher. Il ne boit qu’un café, lui, il ne mange rien. Il ne boit pas que du café, en fait. Depuis longtemps. Et quand il me demande de sortir la poubelle, je fais semblant de ne pas entendre le fracas de verre que le sac hurle, comme une alarme. Mon papa, il ne m’embrasse presque jamais. Quand il veut le faire, cela sent le café, l’alcool et le tabac, les trois odeurs que je déteste le plus. Mais de sentir qu’il s’approche pour m’embrasser, cela efface tout, cela transforme tout ce cocktail écœurant en doux parfum d’été, cela change le pain trop sec en Golden Grahams. Mon papa, je lui en veux tellement, ce matin.
C’est de sa faute si je n’ai pas fait mes leçons. Pourtant c’était tellement, tellement important que j’étudie. Je suis rentrée depuis l’arrêt de bus en réfléchissant à ce que j’avais à faire, j’ai longé les champs en me demandant si j’allais commencer par l’exercice d’anglais ou celui de mathématiques. J’ai marché vite, en me tenant très droite, comme toujours, parce que j’aimerai bien être plus grande, être plus vieille que je ne le suis, avoir plus de onze ans.
 
Hier soir, j’ai pris vingt ans sur le dos.
Même plus, peut-être.
En longeant les vignes, je me suis souvenue qu’il fallait que j’apprenne mon français et mes dates d’histoire-géographie. L’année touche à sa fin, il ne reste que quelques notes, et puis le bulletin. Papa ouvrira l’enveloppe très doucement à la table de la cuisine, à sa place habituelle, près de son verre à moitié plein. Ou à moitié-vide, comme il dit. Il le lira sans rien dire. Il me félicitera, peut-être. A cette idée, mon cœur fait des bonds. Je verrai dans ses yeux qu’il est fier. J’espère qu’il laissera son verre et qu’il se lèvera pour m’embrasser.
Ce matin, je ne sais plus trop si je l’aime ou si je le hais. Je crois que je le hais. Ce matin, je n’ai mangé ni pain sec, ni Golden Grahams. Pas même des miettes. Hier soir, quand je suis rentrée, il y avait bien le verre sur la table de la cuisine. A côté il y avait papa. Ou plutôt, il n’y avait plus.
Je me suis simplement penchée vers lui pour sentir une dernière fois le mélange de tabac, de café et d’alcool. Pour toucher une dernière fois sa veste usée. Pour plonger mes yeux bleus dans ses yeux vides, de fierté, et de vie.
Je n’aurais même pas eu le temps de lui montrer mon bulletin.
Ce matin, je voulais venir au collège comme si de rien n’était. J’ai même courbé le dos quand les professeurs m’ont reproché de ne pas avoir fait mes exercices, parce qu’ils ne savaient pas, pas encore.
Je m’appelle Charlotte et ce matin, ma vie est en miettes.

 

 

Les miettes de Charlotte au parfum de
Golden Grahams

(adapté d’une recette de Kim Boyce)
– 125 g de farine de blé intégrale (T150)
– 10 g de germe de blé
– 25 g de son d’avoine
– 50 g de sucre de coco
-1/2 cuillère à café de bicarbonate de soude
-une pincée de fleur de sel
-1 grosse cuillère à café d’épices à pain d’épices-125 g de yaourt de soja (= un yaourt)
– 125 ml de lait d’avoine (ou autre)
-1 cuillère à soupe de miel parfumé (j’ai utilisé du miel de châtaigner. On peut le remplacer, pour une version végan, par du sirop d’agave.)

Préchauffez votre four à 180°
Mélangez les ingrédients secs.
Ajoutez  le yaourt, le miel et le lait, mélangez jusqu’à obtenir une pâte homogène et assez liquide.
Étalez-la sur la plaque du four préalablement revêtue d’une feuille de papier sulfurisé (ou bien huilée).
Enfournez pour 30 minutes. Au bout de ce temps, sortez la plaque, et prélevez les bords du rectangle, qui seront déjà dorés et cuits. Déposez-les sur une grille et ré-enfournez. Baissez la température du four à 120 ° et laisser cuire environ une heure. Tous les quarts d’heures, prélevez les bords les plus cuits du rectangle (pour qu’ils ne brulent pas), et réservez-les sur la grille.
A la fin de la cuisson, découpez le gâteau en grosses bouchées. Mettez le tout dans le bol d’un mixeur et réduisez-le en poudre plus ou moins fine selon vos goûts. On peut aussi le passer dans un robot muni d’une râpe à gros trous.
Ce mélange se conserve dans un bocal hermétique une quinzaine de jours. Il ne ressemble pas vraiment aux Golden Grahams du commerce! Il a plutôt un goût de pain d’épices en miettes qui s’imbibent de lait ou de fruits selon leur mode d’utilisation. Il peut servir de « topping » sur un dessert, un yaourt, un bol de fruits, ou sur le bol du petit déjeuner. Il n’est pas gras et reste très sain grâce à ses douces farines complètes, mais comme il est relativement sucré, (même s’il ne s’agit que de « bon » sucre, le sucre de coco ayant un IG bas) il vaut mieux éviter d’en faire la base de son petit déjeuner. Il est plus envisageable, comme un granola, de le saupoudrer en quantité raisonnable sur un bol contenant d’autres sucres lents (des flocons de céréales, ou un woody breakfast, par exemple). Enfin ça, c’est la théorie, parce que j’avoue que j’en ai fait mon petit déj avec gourmandise à plusieurs reprises.
J’aime à croire que les pensées positives voyagent sur les ailes du vent.
A chaque petite bouchée de ces miettes de Charlotte, j’ai pensé à elle. Je lui ai adressé tout mon soutien, juste en la serrant contre moi dans ma tête. Je lui ai soufflé toute la compassion du monde sans rien dire.
A chaque petite miette, je me suis souvenue de cette égalité des chances qui n’est qu’une chimère.
J’aurais voulu faire mille fois plus.
A chaque petite pépite épicée, je me suis rappelée la chance qui était la mienne. La vôtre, peut-être.
Et je lui ai envoyée, sans qu’elle n’en sache rien (mais allez savoir…), toutes mes douces pensées positives. Tout mon soutien brun.
Je vous les offre aussi, ces miettes de vie, ces miettes délicieuses, ces miettes d’espoir. Merci de tous les souffles muets et ensoleillés que vous enverrez vers elle.

En poudre

Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter une histoire…

{Que boit-on dans un café
italien?…}

Je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de l’Orzo.
Dit comme cela, on pourrait croire qu’il s’agit d’un petit personnage tiré d’un dessin animé, ou d’une inventive et ronde formule magique, ou d’une clé pour se rendre dans un royaume tout plein d' »or ». Amène moi l’Orzo, j’ai envie de m’enfuir dans la pampa dorée, dans des champs de blé balayés par la brise chargée de pépites, caressés par les rayons précieux du soleil couchant. Non non non, l’Orzo, c’est…une boisson.
Peut-être dis-je des grandes banalités pour beaucoup. Dans ce cas-là, sautez l’introduction, espèces de connaisseurs. Les autres, ouvrez vos écoutilles, parce que l’Orzo, eh bien, c’est délicieux. D’abord, quand je le bois, je ne peux pas m’empêcher de penser à mon papa qui nous appelait « bande de zozos ». (Bon, arrête de radoter, ma vieille, et parle un peu de l’orzozo.)
En Italie, lorsque l’on s’assoit à un café, on a le choix entre plusieurs boissons très banales, internationales. Coca, Fanta, et tous leurs amis (qui ne sont pas vraiment les miens, vous l’aurez deviné.) Il y a aussi les alcools locaux…(Essayez un verre de Prosecco à Venise, juste un verre, c’est si doux, si bon…) Et puis, il y a le café, bien-sûr. Pour les non-initiés, le café italien, c’est quelque chose. Il faut le goûter au moins une fois dans sa vie, c’est une institution d’abord, et puis…c’est un rituel qui me fait tellement rire! Déjà, ce n’est pas un truc pour gonzesses. Autant vous le dire tout de suite : si vous n’aimez pas l’expresso, le café italien risque d’avoir du mal à passer. Oui, il tient en une seule gorgée. Peut-être deux. Et il est…plus que fort. Plus que serré. Et encore, il existe aussi le « cafe ristretto« , le café serré, je n’en ai jamais pris, mais je me demande bien ce qu’il reste à boire, à part la fève dans une goutte d’eau. On peut aussi demander un lungho, (allongé), qui, par équivalence, ressemble à notre expresso. Mais pour faire honneur à la culture locale, et parce que j’ai un malin plaisir à essayer de m’adapter à la consommation du pays dans lequel je me trouve, toute exotique qu’elle fût, j’ai souvent demandé un café, normal, pur italien. Il est donc servi dans une minuscule tasse, qu’il ne remplit qu’à moitié, avec deux sachets de sucre. Les Italiens mettent plus de sucre que de café dans la tasse, (surtout les femmes, j’ai l’impression), et je passe toujours pour une warrior à ne rien sucrer du tout, grazie mille. Il est très rarement accompagné d’un petit gâteau ou d’un chocolat comme en France, on ne s’encombre pas de cela, malheureux. On porte la tasse à ses lèvres, on avale LA gorgée, et on recommence à parler avec ses mains. Pour ma part, avant de recommencer à parler, j’avais toujours une belle grimace, voire une petite quinte de toux, ou le besoin de boire, en riant, un verre d’eau pour faire passer mon acte d’immersion dans le pays que j’aime. Mon café en Italie est un peu la gorgée de cervelle aztèque dans un temple péruvien. (J’exagère, parce que quand même, bien que je n’aie jamais eu la chance de goûter de la cervelle aztèque, je pense que le café italien est meilleur. )


OU bien… il y a… l’Orzo. Aucun italien ne vous proposera de « déca » (faut pas délirer non plus, es-tu fou, le café c’est le café, un italien buvant un déca serait un français mangeant un fromage défromagé.) Mais l’Orzo est un café d’orge. L’orge est une céréale qui, comme la chicorée ou l’épeautre, peut servir de succédané de café. L’Orzo n’a pas un goût de chicorée, il est assez difficile à décrire : on sent un saveur légère, suave, un peu amère mais très douce, et l’ensemble constitue une boisson réconfortante et légère en même temps. A la suite de mon premier voyage en Italie, j’ai cherché à en trouver en France, parce que le goût m’avait plu, et parce que cela constituait une solution naturelle, équilibrée, facile pour déguster une boisson chaude reconstituante sans boire trop de caféine. Sauf que…introuvable. (Esteban, Zia, Tao les cités d’Or(zo) perdues.) Dans les magasins bio, on peut trouver du café d’épeautre, soluble, un peu fade ; de la chicorée, ou, au mieux, d’un mélange de céréales mais jamais d’Orzo pur. Et ce qui est drôle; c’est que personne ne connaît ici cette boisson tellement commune au-delà des alpes!
J’en viens à mon histoire.

{Mon histoire, en poudre, non-soluble..}

 

 

Elle a pour cadre la jolie ville de Florence.
Dorian et moi venions de prendre un drôle de déjeuner dans un café qui n’en était pas vraiment un. Il est tenu par une vieille dame qui fait des petits plats totalement bios, qui vit seule apparemment, et qui propose simplement quelques parts de grands classiques rapides (un cake, un gâteau à la tomate, une tarte au riz…) qu’elle fait elle-même au jour le jour, juste servis dans ses propres assiettes, avec un grand verre de lait entier bio dont elle est très fière et qui fait toute sa réputation. Il n ‘y avait personne d’autre que nous dans son curieux magasin qui regroupait trois tables dans quelques mètres carrés, et un comptoir sur lequel il y avait des petits pains aux pommes et des généreuses parts de flan au chocolat. Pour finir ce curieux repas où nous nous sentions un peu observés et au cours duquel nous nous sommes dit que de telles expériences nous laisseraient des souvenirs, mon amoureux demanda donc un fameux lait entier saupoudré de cannelle (et avec une grosse couche de mousse de lait sur le dessus…) et, pour ma part, je demandai un Orzo, qui figurait griffonné en majuscules sur son ardoise à craie. Elle m’expliqua dans un italien un peu rapide pour mes pauvres notions qu’elle devait repartir dans sa cuisine pour me le préparer. Je m’interrogeai un peu mais attendis ma petite boisson pleine d’une confiance dont je me départis rarement.
Quelques minutes après, revoilà notre petite mamie italienne, le dos vouté dans sa vieille robe, qui m’apporte une grande tasse pleine d’un beau liquide noir fumant. Je le goûte….Il s’agissait du meilleur Orzo qu’il m’ait été donné de déguster, toute zozo que je suis. Vraiment, délicieux, plein de goût, presque fort dans sa douceur : si cet oxymore pouvait avoir un sens, je vous assure qu’il conviendrait parfaitement à ce délice. Ni une, ni deux, intrépide, telle Alexandre à la conquête de l’Orient, j’attrape le regard de notre mamma au vol, et je lui demande, dans mon italien maladroit, comment elle l’a fait, parce qu’il est bon. Quelle ne fut pas ma surprise de la voir s’énerver (et une vieille florentine qui s’énerve, c’est un peu effrayant, je vous le garantis pour tout l’or(zo) du monde), et me questionner dans un italien de plus en plus rapide, me dire « comment ça, comment j’ai fait, hè, (les italiens ont ce tic charmant de dire un hè, bref, fort, venant de la gorge, ce qui me fait beaucoup rire, si tant est que la circonstance me le permît, ce qui n’était pas le cas), « comme on le fait d’habitude, comme l’Orzo se fait, quelle question », et plein d’autres choses que je ne comprenais pas. En tout cas, je sentais qu’elle me prenait pour la dernière des demeurées,
qu’elle me le signifiait bien, et qu’elle se disait que c’était bien la première et la dernière fois qu’elle laissait entrer chez elle une touriste imbécile qui lui demandait comment on presse une orange.
J’essaie de m’expliquer, de lui dire (entre deux hè) qu’en France il n’y a pas d’Orzo. Elle ne semble pas trop écouter, continue à dire en italien et en haussant les épaules « comment j’ai fait, pff, comment j’ai fait, quelle question », et quitte la salle.
Alors que j’espère ne pas l’avoir vexée…la revoilà. Deuxième acte.
{Acte II}
Derrière son comptoir, elle essuie des verres et continue à s’énerver, mais moins fort cette fois. Elle baragouine des « orzo », « francese », « aqua » dans son coin, « hè », et puis s’arrête, et me regarde, toute fixe. Mais si c’est vrai, me dit-elle, si en France, il n’y a pas d’Orzo, comment font les gens? (Je ne suis pas certaine de comprendre.) Comment font les gens qui ne veulent pas de café? Ou qui ne peuvent pas en boire? Que commandent-ils? Je souris. Ils commandent autre chose… Mais de l’Orzo, nous n’en avons pas. Je sens que son énervement se calme, qu’elle commence à m’écouter, à me croire un peu, et surtout, qu’elle n’en revient pas. Et la voilà qui repart derrière.
{Acte III}
Il y a un troisième acte, et c’est le plus délicieux, le meilleur de la tragicomédie qui devient une jolie fable. Après un moment, et mes dernières gorgées de cet Orzo fabuleux, revoilà notre Italienne en vieille robe. Elle pose un bocal devant moi, énorme, qui porte une étiquette jaunie et déchirée. Elle m’explique dans un italien assez calme pour que je la comprenne que l’étiquette ne correspond pas à ce que le bocal contient, cette poudre merveilleuse d’Orzo, bio, qu’elle tient d’un ami qui le fait lui-même dans la campagne. Que je pourrais me procurer de l’Orzo dans un magasin florentin, ce ne sera pas celui-là, mais il y en a de très bons. Qu’il faut le mélanger à de l’eau molllllto molto caldo, mais pas bouillante, puis le filtrer, avec ça, avec ça, questa, questa, et elle me montre une toute petite passoire à thé en bambou. Je discute, je la remercie, je dois avoir les yeux émerveillés de l’enfant à qui l’on explique
comment on fait démarrer une vraie locomotive à vapeur.
Elle me dit qu’il faudra que j’achète du café d’Orzo, si je dis « Orzo », ils ne vont pas me donner ce qu’il faut (cette godiche, doit-elle se dire, va se faire refiler de l’orge en grain et va essayer de faire un café avec…). Elle semble ravie de me charger d’une nouvelle quête (Rêver d’un impossible rêve…), et, comme elle a l’air de vraiment tenir à ce que celle-ci aboutisse, elle me dit d’attendre. Avec des petits gestes précis et sans jamais s’arrêter de parler très vite, elle prend un tout petit gobelet en plastique, elle met quelques cuillères de sa poudre d’Orzo dedans, et le recouvre d’un vieux papier alu. Elle me le tend, me dit qu’elle ne me le fera pas payer, que c’est pour montrer aux commerçants ce que je veux avant d’acheter. (Je compris alors qu’elle avait vraiment découvert ce jour-là que les Français n’avaient pas d’Orzo, que cette terrible nouvelle lui causait une peine immense et une sollicitude sans comparaison à mon égard, et que, par conséquent, elle était prête à tout pour que je reparte d’Italie avec le Graal dans ma valise.)
Nous avons donc réglé notre inoubliable repas et nous sommes repartis, mi rieurs, mi émus, avec dans le creux de mes mains ce petit gobelet intransportable plein d’Orzo de la campagne florentine, qui relevait d’une production à la limite de la contrebande, visiblement. Bon, le jour même, pour honorer ma vieille buveuse de lait, j’ai donc acheté de l’Orzo biologico (à un euro le paquet), et je n’ai pas eu à montrer mon gobelet. Malheureusement, presque, parce que j’aurais adoré rentrer dans un magasin et dire « je veux ça », en italien, brandissant mon petit trésor, laissant le commerçant respirer la douteuse mais si bonne poudre pour se faire une idée.

 

{Le goût de la
mémoire…}

Nous n’avons quasiment rien ramené de ce voyage. Nos valises étaient très petites et très pleines; nous savions que nous ne pourrions presque rien remporter, si ce n’étaient quelques souvenirs, le moins volumineux possibles. Nous sommes incorrigibles, et faire les valises au retour a tenu du Tetris en mode level 12, nous n’avons pas pu nous retenir de ramener des petites choses, ce qui a nécessité, comme à la fin de Fort Boyard, de faire quelques sacrifices (ma lessive, une crème, des revues, des petits gâteaux, tous ces laissés pour compte ont, qui sait, fait la joie d’un Italien qui a pris notre suite dans la chambre.) Mais le paquet d’Orzo, pourtant démesurément gros, a bien voyagé avec nous, et il reste la trace de cette anecdote qui me ravit, que je garde avec une joie ineffable dans ma petite tête, comme un trésor que l’on chérit en sachant qu’il est peut-être dérisoire, peut-être inutile, mais qu’il a la valeur de ces moments que l’on ne vit qu’une fois et que l’on se plait à raconter.

 

Je suis ravie de l’avoir partagé avec vous…
Alors, l’Orzo, vous connaissez?…
Oh, ma petite mamie serait si contente, si oui! Et si non…Elle se mettrait dans une rage folle, puis se raviserait, laissant la gentillesse et la générosité toute vraie et toute sincère reprendre le dessus… Hè !

*Bonus : petites truffes amande et Orzo!*

Je ne résiste pas à vous souffler une petite recette simplissime, déclinable à volonté, trrrrès très addictive!

 

Pour 25 truffes :
125 g de poudre d’amande
2 cuillères à soupe de confiture de poire (ou sirop d’agave, ou autre confiture! )
2 cuillères à soupe d’Orzo très fort (le café fait, pas la poudre…Si vous n’en trouvez pas, remplacez-le par du café, ou du thé, ou 1 cuillère à soupe d’eau florale.)

Mélangez les ingrédients, et formez des petites boules.
Pour l’enrobage…. Laissez parler votre gourmandise! Ici, sont testés et approuvés :
graines de sésame, brisures de noix, copeaux de noix de coco, caroube, et farine de souchet.
On peut parfaitement imaginer aussi du cacao en poudre, du pavot, des graines de tournesol, enfin, tout est permis!

Les truffes se conservent une semaine au frais.