Voyager avec lui.

Mais à quoi ça sert, de voyager avec lui, vers quel port dans quel but ? Il ne s’en souviendra pas. Il est petit, il est gênant, il faut tout adapter pour lui. Il pèse lourd, dans les bras dans les plans. L’avion, ce n’est pas pour lui. Tout est compliqué là-bas avec lui. 

Et moi je n’ai jamais tant aimé ses grands yeux que lorsqu’ils se posaient sur un ailleurs. Je vibre plus fort de marcher au loin avec lui. Avec eux. J’aime nos liens, qui se resserrent encore quand nous faisons face à d’autres marées. J’aime l’aventure des autres langues, des halls d’aéroport, des parfums des rues qui n’ont pas les même pavés que chez nous. J’aime qu’il respire avec nous cet air qui sent la différence, ce parfum d’autres rives. Il est plus grand là-bas, et ici après. Ou peut-être que c’est moi qui suis plus grande. Je ne sais pas. Plus grande d’avoir vécu alignée avec eux loin d’ici. Je veux encore mille voyages avec lui au pied du mât. Je veux lui offrir des étoiles lointaines. Encore. Partout. Je veux mesurer l’étendue du monde et l’espace de mes émotions comme des terres à conquérir. Je veux vivre son histoire comme on avale un voyage. Je veux mon mari et mon fils contre moi, ici et là-bas, à chaque aube dorée, à chaque croisement. À chaque fois, nous reviendrons nous blottir dans le présent. Draps étoilés, oiseaux connus. Je veux des mondes à contempler, des rideaux à entrouvrir, et la folie de toutes les différences glissée dans nos vies comme des perles dans une poche. En vrac. 

Lisbonne

On a presque choisi comme en faisant tourner le globe au hasard, presque. On regardé les vols, les dates et la météo, on a vu que Lisbonne c’était possible, alors on a dit, Lisbonne ce sera, et on a fait faire une carte d’identité avec une bouille de bébé dessus. On est partis sans poussette, sans baignoire, sans lit-bébé, on avait juste une valise pleine de petits pots et de bodys manches courtes, et aussi un pull qui ne nous a servi que sur le tarmac dans la nuit.

On a savouré la chance, notre chance, on a souri de sentir le parfum curieux de croissant qui flotte dans l’aéroport, avec un bébé en kangourou. On a ri de se trouver ailleurs, pas si loin et si loin en même temps. On a mangé des haricots verts en beignets, apparemment c’est très classique là-bas, alors on l’a fait, et on a goûté les Pasteis de Nata mais c’est trop sucré pour moi. On a vu des poissons et même un requin à l’Océanarium, on a pris des couleurs, on a mangé dehors, avec un bébé trop heureux d’essayer mille chaises hautes et de pouvoir partager des tables différentes avec nous. Ou peut-être était-il si heureux par mimétisme. Je ne sais pas.

On s’est énervés aussi des fois, on a juré mais juré qu’on ferait des voyages sans lui, parce que bon, c’était galère, on a dit cent fois « on se calme ». Et maintenant on a oublié pourquoi mais pourquoi on voulait partir sans lui. On l’a serré, embrassé, bercé, cajolé, entraîné, porté. On s’est sentis tribu. On s’est sentis famille. On a raté des trams, on a marché, puis on a marché encore, on est entrés dans des églises et des jardins, et j’étais un peu déçue de ne pas pouvoir discuter avec les gens dans leur langue. On a trouvé Le Petit Prince en portugais, donc c’était bien. On s’est émerveillés devant les ruelles, les petits escaliers, les couleurs, les places, la gentillesse, la vie tranquille, le vrombissant murmure du sud. Lisbonne est douce et belle, et le ciel bleu, ça lui va bien, on lui a dit.

Et nous les grands, on a parlé sans arrêt, de détails et de la vie, on s’est embrassés encore, on a ri aussi, beaucoup, on s’est aimés même si ça c’est évident, et on a eu tellement d’admiration l’un pour l’autre que ça réchauffait encore plus que le soleil de là-bas, qui est déjà très chaud.

Les adresses

Goûter un Pastel de Nata (les meilleurs, ceux de Belem)

Voir la ligne de tramway 28, et se perdre dans l’Alfama. Regarder les orangers et le linge aux fenêtres.

Marcher le long du Tage

Visiter l’Océanarium (surtout avec des enfants !)

Aller manger au Time Out market, ces halles revisitées en hangar à restaurants avec des grandes tables de bois qui courent au milieu. Tellement convivial !

Déguster de bonnes assiettes à Canto da Vila, petite adresse de l’Alfama (service adorable), ou au Jardim das Cerejas, restau végé indien avec un buffet à volonté où tout est délicieux. (Dans tous ces endroits, on a eu des chaises hautes sans aucun souci.)

Se balader sur les marchés. Écouter du Fado. Trouver une galette de pain à l’huile d’olive (j’ai trouvé une sorte de grosse “torta de aceite” sur un marché et OHMONDIEU, j’ai tellement aimé. C’est une sorte de focaccia en plus cuit et plus sec. Il semble que ce soit une spécialité de Séville mais celle que j’ai goûté était plus dodue que sa cousine espagnole.) (Je suis toujours fascinée par les pains quand je vais quelque part.) (Je me soigne.)

Aller dénicher des peluches inventées et cousues sur place, au creux d’un atelier déposé dans une rue comme dans un conte, dans la ravissante boutique Era uma vez um sonho (un gros coup de coeur, nous avons ramené une peluche unique, qui a une histoire, et c’est tellement précieux).

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