Lisbonne

On a presque choisi comme en faisant tourner le globe au hasard, presque. On regardé les vols, les dates et la météo, on a vu que Lisbonne c’était possible, alors on a dit, Lisbonne ce sera, et on a fait faire une carte d’identité avec une bouille de bébé dessus. On est partis sans poussette, sans baignoire, sans lit-bébé, on avait juste une valise pleine de petits pots et de bodys manches courtes, et aussi un pull qui ne nous a servi que sur le tarmac dans la nuit.

On a savouré la chance, notre chance, on a souri de sentir le parfum curieux de croissant qui flotte dans l’aéroport, avec un bébé en kangourou. On a ri de se trouver ailleurs, pas si loin et si loin en même temps. On a mangé des haricots verts en beignets, apparemment c’est très classique là-bas, alors on l’a fait, et on a goûté les Pasteis de Nata mais c’est trop sucré pour moi. On a vu des poissons et même un requin à l’Océanarium, on a pris des couleurs, on a mangé dehors, avec un bébé trop heureux d’essayer mille chaises hautes et de pouvoir partager des tables différentes avec nous. Ou peut-être était-il si heureux par mimétisme. Je ne sais pas.

On s’est énervés aussi des fois, on a juré mais juré qu’on ferait des voyages sans lui, parce que bon, c’était galère, on a dit cent fois « on se calme ». Et maintenant on a oublié pourquoi mais pourquoi on voulait partir sans lui. On l’a serré, embrassé, bercé, cajolé, entraîné, porté. On s’est sentis tribu. On s’est sentis famille. On a raté des trams, on a marché, puis on a marché encore, on est entrés dans des églises et des jardins, et j’étais un peu déçue de ne pas pouvoir discuter avec les gens dans leur langue. On a trouvé Le Petit Prince en portugais, donc c’était bien. On s’est émerveillés devant les ruelles, les petits escaliers, les couleurs, les places, la gentillesse, la vie tranquille, le vrombissant murmure du sud. Lisbonne est douce et belle, et le ciel bleu, ça lui va bien, on lui a dit.

Et nous les grands, on a parlé sans arrêt, de détails et de la vie, on s’est embrassés encore, on a ri aussi, beaucoup, on s’est aimés même si ça c’est évident, et on a eu tellement d’admiration l’un pour l’autre que ça réchauffait encore plus que le soleil de là-bas, qui est déjà très chaud.

Les adresses

Goûter un Pastel de Nata (les meilleurs, ceux de Belem)

Voir la ligne de tramway 28, et se perdre dans l’Alfama. Regarder les orangers et le linge aux fenêtres.

Marcher le long du Tage

Visiter l’Océanarium (surtout avec des enfants !)

Aller manger au Time Out market, ces halles revisitées en hangar à restaurants avec des grandes tables de bois qui courent au milieu. Tellement convivial !

Déguster de bonnes assiettes à Canto da Vila, petite adresse de l’Alfama (service adorable), ou au Jardim das Cerejas, restau végé indien avec un buffet à volonté où tout est délicieux. (Dans tous ces endroits, on a eu des chaises hautes sans aucun souci.)

Se balader sur les marchés. Écouter du Fado. Trouver une galette de pain à l’huile d’olive (j’ai trouvé une sorte de grosse « torta de aceite » sur un marché et OHMONDIEU, j’ai tellement aimé. C’est une sorte de focaccia en plus cuit et plus sec. Il semble que ce soit une spécialité de Séville mais celle que j’ai goûté était plus dodue que sa cousine espagnole.) (Je suis toujours fascinée par les pains quand je vais quelque part.) (Je me soigne.)

Aller dénicher des peluches inventées et cousues sur place, au creux d’un atelier déposé dans une rue comme dans un conte, dans la ravissante boutique Era uma vez um sonho (un gros coup de coeur, nous avons ramené une peluche unique, qui a une histoire, et c’est tellement précieux).

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Into the wild

À tes yeux encore bleus, le moindre de nos pas fait sept lieues, le moindre champ est une jungle, la moindre semaine une éternité. Je réapprends avec toi à m’émerveiller de tout, à nous penser si grands, à nous savoir si petits. Chaque détail est un miracle nouveau, une essence, un absolu, et pourtant, regarde les étoiles, regarde les arbres, regarde ces siècles passés et leurs histoires, et regarde-nous. Nous sommes des petites allumettes embrasées au bout de la chaine, minuscules points vacillants au bout du trait de lumière. Ma petite allumette, tends moi ton cou encore, tes joues en brioches, un jour tu embraseras d’autres flammes peut-être; un jour, c’est long pour toi, alors pour moi aussi. Je voudrais te donner pour héritage cet amour qui m’emplit, qui déborde, qui me laisse les yeux humides et l’âme pleine. J’ai le coeur soulevé comme une nappe prise par le vent, je n’ai pas assez de mots pour te le décrire, j’ai tant à te raconter, trouverai-je sur terre le temps pour tout te dire, dis mon fils? Je n’ai jamais été si pressée, je n’ai jamais été si patiente.

Je te lirai les histoires d’avant, si tu veux, dans notre maison où l’on entend les grillons mêmes fenêtres fermées, je te mettrai face à l’aube comme je le fais déjà chaque matin. Je t’expliquerai qu’il ne faut pas avoir peur de l’avenir, parce que « qui craint de souffrir, il souffre déjà de ce qu’il craint » tu sais, c’était tellement beau comme Montaigne le disait, et c’était tellement fort quand toi tu me l’as appris. Je t’expliquerai que tu as le droit de dire Carpe Diem, mais sans trop le déformer comme on l’entend maintenant : je te dirai de prendre le temps et de penser loin devant et sérieusement au reste de ta vie, toujours. J’ai hâte des victoires à venir, j’ai hâte des erreurs futures, les tiennes, les nôtres. On se pardonnera, parce que c’est ce que font les fils et leur mère. J’embrasserai ton père encore mille et une fois sous tous les soleils et auprès de tes longs cils, tu nous verras encore danser et tu riras peut-être comme tu le fais déjà, et je serai enivrée de tendresse entre vos deux chaleurs, même si vous dormez, même si vous n’êtes pas là, même si vous êtes vraiment très loin.

Dans le secret de nos promenades, je m’extasie de chaque couleur nouvelle, de toute fleur sur le bord du chemin, serrant contre moi l’impatience de chaque saison à venir avec toi. Tes premières fois, tes deuxièmes, tes centièmes fois, puisque tu me dis sans parler que la vie n’est qu’une suite de nouvelles fois, qu’on soit très grand ou très petit. Une suite si longue et si brève d’émerveillements de passés, de présents, et de futurs.

Je te dirai, « rêve », « souris », « vis avec la vie ». Je ne sais qui de nous deux en apprendra le plus à l’autre. Pour l’instant, au jeu du maître, tu l’emportes, sans contredit. Merci mon bébé, oh merci, et que viennent toutes les jungles avec ta douceur dans mes bras.



〈Robe Des Petits hauts, boomer Moumout, blouse La petite collection ;

Photos : mon papa. ♥〉