Venise : les très bonnes adresses.

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On continue la semaine avec un article que vous avez été nombreux à me demander… Mes bonnes adresses à Venise! J’ai déjà parlé de certaines, mais il y en a de nouvelles, ou des anciennes qui n’existent plus (Venise change vite). (Il faudrait un carnet d’adresses évolutif pour toutes les villes du monde, mais ça n’existe pas, je crois. Un jour je serai ingénieur et je ferai des carnets évolutifs, tiens.) Voici donc un petit récap, j’espère qu’il vous plaira, même si vous n’avez pas l’intention d’aller tout de suite à Venise. L’île est tellement riche qu’on a vite fait de se perdre un peu dans les adresses et de tomber dans des pièges à touristes – autant aider les vrais vénitiens à vivre. Si tout ça peut vous servir et vous faire gagner du temps, tant mieux!

Où très très bien manger  (+adresses végé / sans gluten)

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  • La Zucca. (VG, opt. GF)

Je commence par mon restaurant préféré de Venise, et peut-être même mon restaurant préféré tout court. (Et je suis hyper exigeante.) Mon petit chouchou depuis le début : ce restaurant est « à tendance » végétarienne. Autrement dit, il sert avant tout des plats sans viande ni poissons, mais pour ceux qui y tiennent vraiment, il y en a sur le menu. (Je ne sais pas si ces derniers sont bons, parce que nous avons toujours pioché dans le reste, qui était à tomber par terre.) À flanc de canal (manger dehors à la nuit tombée est délicieux), le restaurant sert des assiettes de légumes sublimés que l’on commande pour la tablée, à l’italienne. (Ce n’est pas « chacun son assiette » : chacun a une assiette vide et les plats sont posés au milieu.) (Ce qui est toujours chouette.)

Des fonds d’artichauts (les tout petits artichauts italiens, vous savez, ceux qui sont si savoureux) à l’huile d’olive, des asperges vertes juste grillées comme il faut, des carottes à la coriandre fraiche, des plats de pasta merveilleux avec de la tomate ou du vrai pesto italien, celui qui a du goût, des lasagnes aux légumes, des petits flans de pomme de terre, un hummus parfait, et ma tuerie intersidérale : un flan de courge tout fondant avec sur le dessus des copeaux de pécorino et des graines de courge grillées. (J’en ai remangé la semaine dernière, cela faisait juste  deux ans que j’en rêvais.) (Chacun son rêve. Il y en a, c’est le grand Amour ou l’immortalité, moi c’est le flanc de courge. Chacun son Everest.) À noter : les desserts sont tout autant excellents. (Pour les amateurs : testez la mousse au chocolat. Voilà, conseil cadeau.) Tout est à lécher les assiettes. Et les prix restent bas pour Venise. Attention : ils sont victimes de leur succès, et pleins de nombreux jours à l’avance, il faut réserver au moins 6-7 jours avant! (Seulement par téléphone).

La Zucca, SANTA CROCE 1762

  • Alle Testiere. (Opt. VG et GF, mais en demandant ou jouant avec la carte)

Le deuxième chouchou, bien que totalement différent. Alle Testiere est dans une petite ruelle, presque caché, et pourtant connu dans le monde entier comme l’un des meilleurs restaurants du monde. Oui, rien que ça, et je crois que c’est totalement mérité. (Je n’ai pas goûté tous le restaurants du monde, après, hein.) Les prix ne sont pas les mêmes (compter au moins 35-40 € par personne), mais encore une fois, cela les vaut amplement.

Le service est adorable et délicieusement chic, (en français pour ceux qui veulent) tout en restant décontracté. Les poissons sont incroyables, les antipasti sont divins (je ne me remets pas de mon immense salade pleine de pousses fraiches et goûteuses, de pétales de fleurs, de lamelles d’artichauts violets crus, toute multicolore), les gnocchi aux petits pois frais sont la perfection sur terre. Cela nous frappe à chaque fois : chaque détail de l’assiette semble impeccable, parfaitement à sa place, d’une qualité exceptionnelle et en accord parfait avec le reste. Le livre du chef est en vente en français, je l’ai depuis quelques années, comme une groupie. (C’est là que j’ai mangé le meilleur tiramisu du monde il y a cinq ans, je n’en ai jamais mangé à nouveau depuis. Je me souviens encore de chaque bouchée.) Là encore, pensez à réserver bien en avance.

Alle Testiere, Calle del mondo novo,  CASTELLO 5801

  • Ae oche. (Pizzeria GF (!), sans doute VGN selon la carte)

Rien à voir : il s’agit d’une pizzeria. Parfaite pour le midi, cette bonne adresse pas trop touristique (c’est toujours le risque à Venise) sert d’excellentes pizze (opt. sans gluten ou à pâte à la farine de kamut), ou des salades avec des produits frais et délicieux. L’ensemble est de qualité et pas très cher, on peut y aller sans réserver (autre problème de Venise), en bref, une petite cantine.

Ae oche, SANTA CROCE, 1552/A

  • Al Portego. (Opt. VGR selon la carte)

J’adore cette petite adresse, là encore, pas touristique. En vrai, il s’agit d’une osteria, cela ressemble à un bar, avec un comptoir de bois et une toute petite salle. On peut y boire un très bon verre et grignoter de très bonnes choses avec, ou s’installer sur une table et déguster des plats à l’ardoise, tous délicieux. (Surtout les pâtes, merveilleuses). C’est souvent plein d’Italiens debout qui se tutoient et parlent fort, et qui emmènent leur verre dehors s’il fait beau. Le service est jeune et moderne, comme la clientèle, l’ensemble est super authentique et ça sent l’adresse de quartier un peu méconnue des touristes et bien connue des habitués. Pour plonger dans l’ambiance italienne, c’est parfait. (Excellent prosecco pour trinquer, que l’on peut prendre au verre. On peut tenter d’y aller sans réserver (au risque d’être debout), sinon, réserver du jour au lendemain (ou même du matin pour le soir) est suffisant.

Al Portego, Calle Della Malvasia CASTELLO 6014

Glaces, pains et biscuits

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  • Pour les glaces italiennes divines : Il Gelatone.

Nous n’avons testé qu’une adresse, même s’il en existe plusieurs. Celles-ci sont parfaites, ont un vrai goût de fruit, suivent les saisons. (Même la vanille a un vrai goût… de vanille, en fait.) Ils servent également un «chocolat à 70% »…à bon entendeur. (Je n’aurais pas dû insérer cette photo qui me donne terriblement faim.)

Il Gelatone, Rio Terà de la Madalena, CANNAREGIO 2063

  • Une pâtisserie dans la même rue : Nobile pasticheria.

Pour les amandes salées qui se vendent au poids (j’en ai encore ramené et je les compte avec nostalgie avant de les engloutir à très petite vitesse), les torsades pommes-raisins, les zaeti aux raisins (ou à l’amande, ou à la pistache), les tartelettes à la confiture. Tout y est excellent. (Il faut vraiment que j’arrête de parler de manger.)

Nobile Pasticceria, CANNAREGIO 1818

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  • La boulangerie connue comme la préférée des vénitiens : Volpe.

Si vous visitez le ghetto de Venise, qui est un endroit fabuleux, arrêtez-vous dans cette boulangerie qui est dévalisée par les Vénitiens. On y trouve des pains azymes et des pâtisseries juives, sans levure, parfois sans gluten, absolument délicieuses. Mieux vaut y être assez tôt! (Il y a des trucs qui ressemblent à des financiers tout gros à la fleur d’oranger. Mesurez bien cette dernière phrase.)

Boulangerie Volpe, Calle del Ghetto Vecchio, CANNAREGIO 1143

De jolis objets

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  • Dalla Venezia Angelo.

Angelo est un petit papi vénitien à qui on a envie de faire des bisous. Il ne parle quasiment pas, ou juste quelques mots en italien, et n’a pas de vrai boutique, il s’agit de son atelier. Peu de touristes poussent la porte, et pourtant il accueille le curieux avec une vraie gentillesse, et un amour du  bois qui se lit dans ses yeux. Angelo travaille le bois à l’ancienne, lentement, avec des outils que l’on dirait sortis d’un décor de film. Il fabrique des toupies, des pommes en bois, des cônes, des plats et des porte-crayons. Il n’en a que quelques uns à vendre, et fabrique au fur et à mesure, comme un Gepetto. On ne peut payer qu’en liquide, et il sort son propre porte-feuilles pour rendre la monnaie, avant d’emballer ce que l’on achète dans un morceau de papier kraft usé. Un endroit fabuleux. <3

Dalla Venezia Angelo, Calle del scaleter, SAN POLO 2204

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  • Les bijoux.

Pour les bijoux, il devient difficile de trouver une bonne adresse à Venise. Toutes les bijouteries, chères ou pas chères, deviennent des endroits pour touristes, avec dedans des bijoux faussement vénitiens. J’avais une adresse favorite (avec une histoire autour, je ne sais pas si je vous la raconterai un jour)(c’est sur un collier bleu magique), mais elle est fermée… Il reste cette boutique, avec des bijoux fabriqués soit sur place, soit en Italie. C’est de là-bas que vient ma bague préférée. Sinon, il faut aller à Murano, où là encore, les bonnes adresses se font rares, mais où on peut tout de même trouver son bonheur en matière de bijoux.

Sabina Melinato, Calle lunga S.M.formosa, CASTELLO 5184

  • Les livres.

Pour les livres, évidemment, Acqua Alta. Ou la librairie Goldoni, plus classique, mais parfaite. On y trouve un très bon choix de romans en Italien, et des albums pour enfants très jolis.

Librairia Goldoni, Calle dei fabri, SAN MARCO 4742/43

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Voilà, j’en passe beaucoup, mais je crois avoir évoqué mes essentiels. Je vous laisse, je vais aller vider mes poches des tickets de caisse italiens que je ne voulais pas jeter. (Vous avez le droit de me traiter de fétichiste.) Ou me noyer dans les airs de mandoline. Buona sera!

Acqua Alta, ou la plus parfaite des librairies

<Comme promis, une semaine consacrée à Venise s’ouvre sur Les Mots Ailés! On commence par un endroit un peu surréaliste… >

Aquaalta2 C’est un endroit improbable, caché, à mi-chemin entre la terre et l’eau, à mi-parcours entre les dieux et les hommes, une sorte de caverne sortie tout droit d’un conte (bien que pas très droite elle-même). C’est une parenthèse, c’est une barque sur la terre, c’est une accumulation un peu folle, c’est une librairie.

Célèbre, bien connue des vénitiens et des amoureux de Venise, elle garde son particularisme assumé et tend toujours la main aux vagues. Elle s’appelle Acqua Alta, parce que lorsque la marée est haute, elle s’emplit d’eau. Vraiment. Comme dans Alice in Wonderland. Alors, c’est pour ça que les livres sont surélevés, dans des gondoles ou des baignoires, en baleines échouées qui exhibent éventrées leur vrac de littérature. Le classement est approximatif, les étagères sont pleines, et le sol irrégulier ; il faut se frayer le passage, chercher dans cet immense fatras face à l’eau, comme en sursis. C’est parce qu’on ne sait pas si à la prochaine marée, tout survivra, alors il faut faire vite.

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J’aime à voir en cette urgence une allégorie d’une quête intellectuelle ou littéraire, un peu futile, un peu illusoire, mais si brûlante : le besoin de lire, maintenant, avant que tout ne se perde à jamais. La nécessité d’apprendre sur l’heure, parce qu’après, qui sait, il sera peut-être trop tard.. Peut-être ne nous reste-t-il que le temps d’un chapitre, le temps d’une marée.

Il y a dans cet endroit un mélange savoureux entre sacralisation et désacralisation de l’objet livre. Ce dernier est à l’honneur jusqu’au plafond, et fait figure d’animal à mettre sur l’arche de Noé coûte que coûte; et dans le même temps, on a l’impression que chaque exemplaire est un dérisoire objet qui risque d’être englouti, effacé d’humidité, réutilisé dans cet escalier au fond de la cour qui ne voit plus en lui qu’une brique. Un livre, c’est à la fois ce tout et ce rien, cet objet à adorer et à laisser à son statut d’objet, ce joyau et cette brique.

Aquaalta1Quand je regarde le joli siège de bois qui, comme un trône, se tourne vers la mer, vers les vagues à la fois menaçantes et amies, dos à ces montagnes de pages en sursis, il me vient des envies de tranquillité, et je voudrais rester dans ce conte en forme d’arche des mois, des années encore. Lire, jusqu’à plus soif, un peu de ces monticules qui ne savent pas jusqu’à quand enfin ils auront voix au chapitre. Lire, lire encore, jusqu’à l’infini. Enfin, au moins jusqu’à la prochaine marée.
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// Librairie Acqua Alta, (Calle Lunga), Santa Maria Formosa – 5176/B,  Venise//