Les séries terminées


J’entame aujourd’hui un morceau que je retarde depuis longtemps sur Les Mots Ailés, je plonge dans la méta-discussion sur un domaine, que dis-je, un art, à propos duquel j’ai peu parlé jusqu’alors – j’ai nommé : le monde des séries.

À leur propos, je suis toujours embarrassée, pensant me situer dans un entre-deux niché quelque part entre l’ignorance et l’érudition. Autrement dit, je suis loin d’être une experte, et pour autant, je crois que je commence à m’y connaître un peu. (C’est un « je » très pluriel, parce qu’il englobe D. et moi.) Cet entre-deux m’a toujours gênée pour écrire, parce que j’ai peur d’enfoncer des portes ouvertes, ou au contraire, de ne pas parler assez clairement d’un domaine dans lequel on a le droit de n’y connaître environ rien du tout (ou juste Friends, Gilmore girls et GOT, disons. Formidable sujet pour un autre jour : y a t’il des essentiels, en matière de série ?)

J’ai d’autres pistes, en fait, comme « que lire comme livres qui analysent les séries », ou des catégories, type « les séries feel-good, les séries d’auteur, les séries grand public, les séries télérama, les séries vident-la-tête, les séries romantiques, les séries décalées… » ou encore « les séries années 2000 », « les séries qui ont bien vieilli », ou simplement « mon top 10 », même si, là, je crois que je me disputerais beaucoup avec moi-même.

Un peu perdue devant tout ça, j’avais aussi un frein que je vous confie : je ne suis pas totalement au summum de la page. Il y a un tel renouvellement dans cet art, une telle ébullition, une telle productivité, qu’il faut avoir un sacré débit pour avoir vu toutes les dernières saisons de toutes les bonnes séries, ou du moins de toutes celles qui font du bruit (et celles qui n’en font pas d’ailleurs). Et puis j’ai fini par me dire que j’avais le droit de ne pas consommer de séries à outrance et de vous le dire. J’aime prendre mon temps, et quand je regarde un épisode d’une série par semaine, ça me suffit souvent amplement. C’est pourquoi j’alterne et regarde en concomitance pas mal de séries différentes. J’aime également à faire une pause entre chaque saison. Cela oblige à faire fonctionner sa mémoire, à ne pas trop « fast-consommer », et à apprécier chaque épisode à sa juste valeur, presque comme un court-métrage.

Voilà pourquoi je vous propose tout simplement cette entrée en matière : un «les séries terminées», comme «les livres terminés», qui revient sur les saisons de séries que j’ai aimées récemment. Parfois, je n’ai pas vu les saisons tout juste sorties : je me répète, je ne suis pas au top du sommet de l’actualité, mais je crois que c’est tant mieux. Ainsi, je prône auprès de vous un certain type d’approche des séries, et puis, je rappelle (un peu) qu’on n’a pas besoin de regarder tout le temps une série ultra-récente, et qu’il y a des pépites qui peuvent dater et qu’il ne faudrait pas laisser passer.

-The Good Place

J’ai fini la saison 1 de The good place tout récemment, et je me suis régalée ! En-fin, du renouveau en matière de série comique. Je l’attendais, la série au bon format (plutôt court, donc, 20 minutes environ), qui soit assez novatrice pour me (nous) séduire. Si vous êtes amateurs de série américaine humoristique dite classique (bons vieux décors sans 4ème mur et rires incrustés), passez votre chemin. Ici, nous ne somme pas dans Modern Family, c’est sûr. (Même si cette dernière a des qualités ! Mais un poil trop conventionnelle, non ?)

Le pitch de départ est simple : Eleonor ouvre les yeux, elle apprend qu’elle vient de mourir (damned), mais qu’elle est au « bon endroit » (ouf), une sorte de paradis dessinés avec des couleurs vives et beaucoup d’humour. Elle côtoie donc la perfection en matière de trépassés, sauf que voilà : elle a conscience d’une vaste méprise, parce que, durant sa vie, elle est loin d’avoir eu une conduite irréprochable (euphémisme). Elle se tait donc mais reste une imposteur de paradis, une grosse tricheuse, et ça, c’est déjà une brillante idée d’intrigue. Je vous laisse découvrir la suite qui est fine et très drôle, et surtout le dernier épisode de la saison qui nous a fait disserter pendant des heures, IDEE DE GENIE. (Très sartrien, d’ailleurs. Bon sang, je viens de révéler la fin à tous ceux qui parmi vous connaissent bien Sartre.)

Je note tout de même qu’on a mis quelques épisodes à cerner l’univers et accrocher avec le ton, comme souvent dans les séries comiques. Nous sommes ravis d’avoir persévéré : c’est vraiment très drôle, très décalé, d’un loufoque croisé avec du faux enfantin… et finalement bien plus philosophique que ça n’en n’a l’air.

Nous avons bien entamé la saison 2 et tout va de mieux en mieux. Je vous ferai un bilan quand nous aurons fini si vous voulez ! Mais si vous n’avez pas vu, n’hésitez pas, nous on valide.

-This is us

J’avais tardé à me lancer dans cette série qu’une copine me présentait comme « sa série bonbon », et au final, j’ai dévoré la saison 1 avec un enthousiasme croissant et quelques larmes, évidemment. J’écris « évidemment » parce qu’elle est connue pour être LA série qui fait verser sa larmichette. Cette réputation n’est pas usurpée, parce que les auteurs jouent très finement : nous sommes sur le terrain du doux-amer, de la famille, de la vie belle mais qui passe vite, de la nostalgie, mais qui parle à tous les âges : les plus jeunes s’identifieront aux enfants, les plus vieux aux parents, et les trentenaires parents à la fois aux uns et aux autres, ce qui fait un double potentiel de eh-paf-grosses-larmes-au-générique.

Le principe est de suivre plusieurs membres d’une même famille, à plusieurs époques différentes, à qui il arrive des choses ordinaires, ou extraordinaires, c’est bien là le sujet. Comme tout le monde ? Sans doute un peu, c’est ça qui est fort. Un peu mielleux, un peu cheesy, mais la série s’en sort bien, car ce n’est jamais franchement cucul (ce qui est le gros risque d’un tel propos). L’ensemble reste subtil, drôle, et nous cueille juste comme il faut sur fond de Cat Stevens. Un excellente série qui se regarde les soirs de petit moral pour retrouver le sourire (même larmoyant) et prendre du recul. Oh oui, la vie est belle.

-The fall

J’ai fini la saison 3 de The Fall et oooh, quelle déception. Sincèrement, tout part en cacahuètes. Nous avions été plus que séduits par la saison 1, emballés, même. Une série polar très réussie, Gillian Anderson excellente, un ton froid mais si maîtrisé… Nous avons passé des soirées à nous laisser porter par un rythme que certains trouvent lent mais que nous avons trouvé très juste, presque envoutant. Il y a cette sorte de jeu de chat et de souris entre les deux personnages principaux qui est magistral dans la saison 1, qui s’étiole un peu dans la saison 2… pour se ramasser bien comme il faut en saison 3. Quel dommage ! Tout devient trop lent, trop long, on perd la subtilité de la 1 (cette saison n’est-elle créée que pour faire une saison de plus ? L’intrigue se prêtait bien à une fin au coeur de la saison 2…) Conclusion : AMOUR sur la saison 1, bienveillance pour la 2, grosse moue pour la 3.

-Mind hunter

Nous avons -enfin- regardé la petite-comme-une-gande qui a fait du bruit dernièrement, et pour cause : du nouveau, du décalé, du Fincher, bon sang, pas du n’importe quoi.

Dans Mindhunter, on remonte aux origines des sérial killers, avant même que le concept existe. Nous sommes dans les années 1970, et deux agents du FBI se lancent dans une enquête pour comprendre la folie qui anime des tueurs en série. Alors, clairement : Fincher fait du Fincher. Des longues scènes, un mouvement totalement différent de ce qu’on voit ailleurs, de longs dialogues-tunnels, une psychologie des personnages terriblement travaillée, qu’il faut analyser pour la déguster. Amateurs de rapidité, d’action pour l’action, passez votre chemin : ici la tension prend son temps, la dissonance siffle lentement à l’oreille, on a peur, on est fasciné, tout mélangé. Puis on est totalement happé, en restant dérangé, on ne peut qu’être mal à l’aise, ou terriblement comblé (ou les deux). C’est très bon, et nous, on a adoré. Bien construit, bien joué, bien filmé, particulièrement bien monté : une série magistrale dans le genre du (vrai) psycho-policier-thriller profond.

-Ann with an E

Il y a quelques mois, j’avais envie d’une série plutôt loin des tempêtes, un truc paisible, très « belle photographie ». Une détente. J’ai trouvé dans Ann with an E exactement ce que j’attendais ! Il s’agit d’une (nouvelle) adaptation d’Anne et la maison aux pignons verts, le livre de Lucy Maud Montgomery : si nos amis anglosaxons connaissent tout ça comme le fond de leur poche, j’avoue que je découvrais.

On y suit Anne (merci Céline, oui), une jeune fille de 14 ans qui a eu une enfance désastreuse (et bien cliché d’ailleurs), et qui est recueillie, par erreur au départ, par une vieille femme sans enfant et son frère – qui voulaient un garçon évidemment. Elle fait tout pour rester auprès de ce couple auquel elle s’attache, et se rend, par là même, très attachante. Je ne vous spoile rien mais évidemment, c’est une histoire d’amour entre tous ces personnages sur fond de vastes décor (sublimes) de l’le-du-Prince-Édouard, , de « la vie est dure au XIXème siècle », et de « la famille c’est sacré ». Un petit côté « Little house in the prairy », finalement, mais en magnifiquement bien filmé ! J’ai été scotchée par la beauté des images, il ne me fallait rien de moins pour me happer. L’histoire est menée avec délicatesse, les personnages bien campés. Les quelques épisodes se regardent tout seuls et j’ai été triste quand je me suis aperçue qu’il y en avait si peu, finalement ! Un très bon ensemble (qui reste un peu rose et fillette à tresses, je ne suis pas sûr que ce soit très apprécié par un public masculin cette affaire, si vous voulez mon avis, mais j’assume mes élans rose-fillette-à-tresse.)

Voilà, n’hésitez pas à me dire si ce type d’articles vous intéresse ! Et puis, si vous avez vu ces séries, si vous les avez aimées !

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Que lire pour garder le sourire en octobre?

Le vent se lève, les journées raccourcissent, on ne voit que les potimarrons qui orangeoient et les coings qui jaune-verdoient, bref, octobre arrive. Autant se consoler :  l’été est bel et bien derrière nous (même si, je ne sais pas vous, mais moi j’ai ressorti mes robes courtes cette semaine avec cette drôle de chaleur en écho). C’est sans doute un peu animal : dès que l’automne se manifeste bel et bien, j’ai envie de tout mettre en oeuvre dans mon intérieur pour que ce soit confortable, que cela invite à la détente, à la chaleureuse rêverie, et à la lecture. Nous y voilà : une bande des quatre, aujourd’hui, quatre jolis ouvrages récents, les tout derniers favoris qui sont les miens en la matière. Ils ont pour point commun d’être douillets et légers, comme une couette (finalement), et d’inviter à sourire. Parfaits pour octobre!

Marie-Aude Murail, Sauveur et fils

Marie-Aude Murail is back, et, comme allant de soi : c’est de qualité, voilà. C’est subtil et fin, tout en restant follement amusant et divertissant. Sauveur, c’est un psychologue, un grand psychologue martiniquais noir d’1,90 mètre, personnage bien construit et très attachant. Il vit avec son fils unique, Lazare, 8 ans. Et -c’est le point de départ de l’intrigue sans que cela ne devienne essentiel- : Lazare trouve un angle de la maison d’où il peut observer le défilé des patients de son père, et certains de leurs propos. Ce postulat est surtout un prétexte pour M.A Murail, permettant une galerie de personnages hauts en couleurs, humains trop humains, irrésistibles, drôlement tristes ou tristement drôles. Une telle intrigue de base aurait pu être lourde ou un peu grise, il n’en est rien. On ressort avec un sourire béat, un vrai amour de la vie et des gens. Nécessaire. C’est que M. A. Murail a le chic pour parler de la vie, la vraie, avec ce qu’elle a de rose et de gris, en dédramatisant tout tellement bien, et en rappelant que, bon sang, elle est belle, la vie.

C’est fin, c’est très drôle, c’est raconté avec brio et délicatesse. J’ai dévoré les 2 premiers tomes en les faisant durer. Encore une fois, je suis émerveillée de la qualité de la littérature jeunesse, tellement mieux, si on sait la choisir, que certains romans de gare. La vraie belle découverte parmi les sorties récentes!

Cléa, Patate douce

Du comfort reading à la comfort food, il n’y a qu’un pas, alors évidemment, parmi mes craquages en librairie récemment, ce petit-là, d’une jeune inconnue, Cléa, jamais entendu parler, mais très prometteuse. (JOKE.) (Il faut croire, entre M.A Murail et Cléa, que je suis naturellement allée vers des valeurs sûres pour passer de bons moments.) Alors, je ne suis pas neutre : je suis une fan de patate douce. Je me suis exclusivement nourrie de patate douce pendant ma grossesse (ça, et le potimarron -QUOTIDIENNEMENT, le potimarron-, et les endives crues.) Sans surprise, Camille est déjà totalement addict à la patate douce. Donc l’ouvrage avait peu de chance de me décevoir. Et bingo, il est absolument génial, il décline la patate douce à toutes les sauces, toutes les cuissons, tous les apprêts, sans aucune recette trop technique, et avec à chaque fois plein d’adaptations possibles. Je ne sais pas comment fait Cléa pour proposer des ouvrages totalement dans la « tendance culinaire » (si tant est qu’il y en ait), je veux dire, sans qu’il n’y ait de recette archi connue-vue-et-revue, ni de plan totalement farfelu. Simplement de bonnes idées qui sonnent juste et qui sont tellement adaptables au quotidien, faciles, véganisables (ou pas), sans glutenisables (ou pas). Et sans surprise : j’ai testé déjà plusieurs des recettes, avec un succès implacable à chaque fois, auprès des autres et de moi-même. (Je crois que Cléa pourrait me faire cuisiner et aimer n’importe quoi. Même le tofu soyeux.) Au passage : encore un coup de coeur pour les photos d’Emilie Gaillet, décidément tellement en phase avec Cléa.

Par-fait. Vous pouvez vous jeter dessus!

Ivan Clabérac, Venise n’est pas en Italie

Avec un titre pareil, comment aurais-je pu ne pas craquer? Ce petit livre de poche se mange comme un arancino, avec les doigts, en quelques bouchées, sans en attendre de la haute gastronomie, mais en se régalant tout de même. On y rencontre Emile, 15 ans, qui part à Venise avec l’amour fou de toute sa vie (mais l’amour fou de 15 ans), accompagné, malheureusement (ou pas tant que ça) par ses parents. Il s’agit donc d’un road trip-book, avec plein d’humour à l’intérieur, et là encore, beaucoup de légèreté dans son approche douce-amère de l’adolescence – et de la vie, en général. L’ensemble est de très bonne facture, réellement divertissant, plein de fraîcheur. Un petit coup de coeur!

Sarah Dognin Dit Cruissaat, Mon coaching sommeil (28 jours pour retrouver de beaux rêves)

J’ai reçu cet exemplaire en envoi presse et j’avais repoussé sa lecture, parce qu’on me l’avait envoyé juste après l’accouchement, à un moment où on n’a pas spécialement envie de réfléchir aux mécanismes du sommeil et à l’insomnie en général (précisément parce que je voulais plutôt UN LIT ET PLUS DE 3H D’AFFILEE DE SOMMEIL PITIÉ). Maintenant que tout est plus normal et que j’ai des nuits (presque) complètes, je me suis plongée à la fois dans ces pages et dans mes draps, et c’était une surprise plutôt heureuse.

L’auteur est docteur en pharmacie, diplômée en physiopathologie et nutrition, spécialiste (entre autres) des troubles métaboliques et du comportement. (Déjà, moi, j’aime bien quand un livre sur le sommeil n’est pas juste un coup d’édition, mais qu’il est écrit par quelqu’un qui s’y connaît.)

L’ouvrage est donc l’occasion de parler de manière très accessible du sommeil en général, des ressources internes liées au sommeil (alimentation, plantes et tisanes), et contient un cahier d’exercices pour suivre son sommeil sans trop se mettre la pression (Jour 3, heure de réveil et du coucher, qualité du réveil, humeur, etc.). L’ensemble est clair, j’avoue avoir regretté qu’il reste un peu superficiel et pas aussi pointu que je ne l’attendais, mais après tout, c’est aussi un avantage, parce que ça lui permet d’être vraiment facilement lu. Il est très joliment présenté et illustré, très agréable à consulter et à parcourir, et n’a rien d’un traité ultra élitiste et/ou austère, ce qui est très plaisant. Finalement, je le conseille vraiment si on a envie de réfléchir aux mécanismes du sommeil sans trop vouloir rentrer dans des détails scientifiques, et si on cherche un ouvrage qui reste accessible, du côté de la détente, de la lecture-plaisir. J’ai quand même appris plein de trucs (sur le rapport entre système lunaire et sommeil, sur le lien entre les heures de réveils nocturnes et nos organes, sur le mécanisme des effets du stress et du sommeil, et même sur les liens précis entre alimentation et sommeil) et j’ai adoré le feuilleter… avant de dormir, justement. (Idéal avec un plaid, une boisson chaude, une bougie, bref, octobre, vous m’avez vue venir!)

// Marie-Aude Murail, Sauveur et fils (Saison 1, 2, et 3), 2017 //Cléa, Patate douce, La Plage, 2017 //  Ivan Clabérac, Venise n’est pas en Italie, Le livre de poche, 2017 // Sarah Dognin Dit Cruissaat, Mon coaching sommeil, 28 jours pour retrouver de beaux rêves, Hachette bien-être, 2017

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