Cinq charmantes choses

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Depuis quelques jours, j’ai le syndrome du buzz bloguesque.

Le dernier article- les deux derniers, en fait, celui avec la vidéo sur le matin, et celui sur la réforme de l’orthographe, ont fait un bruit hallucinant. En quelques jours, Les Mots Ailés sont devenus un hall d’aéroport en période de grève aérienne, avec les centaines de voyageurs parlant en même temps, les mouvements contraires et le vacarme des annonces dans toutes les langues. Sans compter les dizaines d’adorables retours sur mon petit texte dans le dernier Simple things… Pour dire vrai, depuis la naissance des Mots Ailés (qui fêtent leur six mois, déjà, c’est si mignon à cet âge-là), c’est la fête au village, les statistiques grimpent en flèche sans faiblir, j’ai l’impression d’avoir pris la route presque seule et de me sentir accompagnée d’une foule de milliers (on a dépassé les 265 000 visites à l’aise, en six mois, les amis!). Ne te retourne pas, je crois qu’on nous suit.

Je suis donc envahie du syndrome du « OhMonDieu mais que vais-je écrire maintenant », de la page blanche, du « mais ce sera forcément moins bien », du « je vais ennuyer tous ceux qui ont pu imaginer l’espace d’un instant que je pouvais écrire des trucs intéressants, alors que non, ah ah ah, la bonne blague.»

En fait, j’avais envie dans cet article de vous parler de ma routine soin visage, (je ne plaisante pas, arrêtez, c’est vrai en plus), et je me suis dit que vous n’en aviez strictement rien à faire. (Si l’une d’entre vous n’est pas d’accord, qu’elle se manifeste ici dessous.) (Je dis « une », notez, si vous êtes un homme, vous avez le droit de vous manifester aussi.) Je me suis dit que vous alliez finir par penser que j’écrivais des articles intelligents et cultivés, des choses sérieuses. Je pensais à l’aviateur du Petit Prince qui disait qu’il n’en avait rien à faire de la fleur qui mangerait le mouton, et qu’il préférait s’occuper de son moteur et de « choses sérieuses », et j’en venais à me demander ce qui était vraiment sérieux, après tout, dans ce monde.

Bref.

J’ai fini par me dire que je vous donnerais en vrac quelques favoris, parce que j’adore lire les favoris des autres, et que cela permettrait d’alléger un peu le débat sans dire tout de suite quelle crème je mets sur mes pommettes. (Je n’en mets pas en fait, tu vois, c’est ça le truc, mais ma peau a changé ces derniers mois, passons.)

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Venons-en à mes charmantes choses!

1. Bébé Veggie*

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Ce petit là, tout juste né, a tout pour plaire.

C’est le petit dernier d’Ophélie Véron, alias Antigone XXI, et à peine né, il fait déjà grand bruit!

C’est un des livres que le monde de la littérature culinaire veggie attendait, pour ne pas dire LE livre, parce qu’il y a peu à se mettre sous la dents en la matière… Et il est absolument génial.

Petit poids plume pour une efficacité totale, Bébé veggie est bien plus qu’un livre de recettes.

Il est composé d’une longue première partie dans laquelle Ophélie détaille le pourquoi et le comment d’une alimentation végane du bébé, de la naissance jusqu’à quelques années, avec un petit passage par l’étape pré-natale et pré-conception. Sources précises à l’appui, théories clairement citées, Bébé veggie répond aux grandes questions concernant l’alimentation végétalienne de l’enfant, et le fait parfaitement bien. Palme aux quelques pages consacrées à la DME (diversification menée par l’enfant), qui viendront éclaircir ce principe qui peut être encore un peu flou. (En tout cas il l’était pour moi, et ne l’est plus désormais!)fav5

Puis, on passe aux recettes, simples, accessibles, variées et inspirantes, et magnifiquement illustrées par Linda Louis, qui met un grain de sucre doux et frais dans cet ensemble déjà si joli. Je trouve qu’une des forces de l’ouvrage est d’être utilisable même si l’on est flexible en matière d’alimentation pour le bébé, et que l’on pourra s’inspirer de toutes les petites purées et autres délices, ainsi que des étapes de diversification, quelles que soient nos convictions. (Morale : à mettre entre toutes les mains!)

Résolument, LE livre à offrir à toutes mes copines juste mamans, et à garder pour moi aussi un jour (qui sait),  – ou même à utiliser tout de suite pour nous, parce que, biscuits pomme-cannelle, petites boules coco-cacao et crème kokkoh maison, moi je n’ai pas besoin d’avoir deux ans pour les tester avec délice.

Donc, n’hésitez pas, il est parfait, adaptable, documenté, sérieux, et en même temps, synthétique et juste léger comme il faut!

Ophélie Véron, Bébé Veggie, éd. La plage. ; Photos de Linda Louis ; relu et préfacé par Marjorie Crémadès, diététicienne nutritionniste.

2. Black stories

fav1Coup de coeur pour ce jeu de société qui se joue n’importe quand, n’importe où, avec n’importe qui, et qui fait tourner les rouages du cerveau pour oublier tout le reste!

Le principe est vieux comme le monde : une carte, une énigme, type « Cinq hommes moururent en décidant de s’enrichir ». À partir de là, celui qui a tiré la carte devient maître du jeu en lisant sans la révéler toute l’histoire, et le reste des joueurs doit tout savoir en lui posant des questions auxquelles on ne peut répondre que par oui ou non. « Se connaissaient-ils? » « Sont-ils morts en même temps? » « Étaient-ils dans un lieu public ? » Et ainsi de suite.

Vous le devinerez : c’est extrêmement prenant, on en vient forcément à se faire des noeuds aux neurones pour savoir quelle question poser, quelle histoire (souvent tirée par les cheveux) imaginer,  on perd patience lorsque l’on ne voit plus du tout sur quel terrain se diriger, et l’on s’amuse au final beaucoup, à la fois en faisant deviner et en devinant.

fav2Bon, cela ne concerne que des énigmes lugubres, c’est marqué dessus, donc, si vous n’aimez pas lire un Agatha Christie avant d’aller dormir parce que vous vous sentez oppressé, mieux vaut le garder pour un petit matin ensoleillé- et entre adultes. (Mais jouez quand même, parce que c’est vraiment génial.) Attention, c’est addictif!

Black stories (3) – 50 énigmes lugubres, Kikigagne.

3. Carnet de printemps

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Le tout jeune et joli blog d’Anaïs et Benjamin a fait peau neuve! Les amoureux viennent de (re)créer un univers tout en douceur, plein de photos qui font voyager, de fraiches atmosphères, de jolis DIY (que je n’arriverais jamais à faire mais qui font rêver), et de photos grand format pleines de clarté, le tout mené par la plume toute de simplicité et de gentillesse d’Anaïs. C’est ici (clic), courez-y! 🙂

4. Zootopie

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J’ai vu Zootopie, et j’ai adoré!

Faire rire (beaucoup), faire réfléchir (un peu) et faire mouche (passionnément), telle est la prouesse du dernier film d’animation Disney (qui sort le 17 février.)

On y retrouve une charmante petite lapine, Judy Hopps, qui a toujours rêvé d’être policière dans un monde animal très humain, et qui finit par triompher des méchants en même temps que des préjugés, ceux des autres, et les siens. De l’anthropomorphisme pour dénoncer la discrimination, le machisme, les a priori, voilà qui n’est pas affaire neuve, et pourtant, il y a une vraie fraicheur dans le traitement du propos. Le film est très actuel, son rythme est vif et fourmille de clins d’oeil que saisiront les adultes pendant que les enfants seront pliés de rire. (J’avais un cobaye à côté de moi, j’ai pu le vérifier.) Mention spéciale à la scène des paresseux, particulièrement drôle et jouissive pour tous les âges.

D’aucuns regretteront le côté un peu « bons sentiments », sans doute propre à Disney, très appuyé et très présent, avec de (trop?) nombreuses scènes de larmes en forme de « mea culpa ». Mais c’est bien le seul défaut que l’on peut déplorer (et puis en est-ce un, finalement, puisque Disney sera peut-être toujours Disney, et tant mieux, après tout! ) : dans l’ensemble, une vraie belle nouveauté, des personnages attachants, dans un univers très riche (qui aurait peut-être gagné à être un peu plus creusé).

J’ai aimé la distance qui devenait parfois de l’autodérision sur l’anthropomorphisme, justement, notamment dans la scène sur « les animaux nus », et j’ai trouvé que l’ensemble ne manquait pas de finesse, malgré le terrain risqué de son propos. (La lapine qui veut devenir policière et qui est méprisée de son chef très buffle, dit comme ça, ça fait un peu peur, et un peu fête aux clichés, et Disney s’en sort avec beaucoup d’intelligence.) Ainsi, le film et son décor à la fois d’utopie animalière et de lutte contre les discriminations pose les vraies questions, plus grave encore que celle du rêve de carrière entravé par des questions naturelles et sociales : L’évolution de l’espèce va-t-elle vers la non-violence? Les prédateurs sont-ils nés méchants? Peut-on être méchant par nature? … Le tout sur fond d’humour, le vrai, le franc, pour un film qui détend et laisse sortir tout sourire.

Petite note : ne regardez pas, si vous le pouvez, les bandes annonces et trailers, que j’ai vus a posteriori, et je me suis dit qu’ils en disaient beaucoup trop!

5. Louis, Matthieu, Joseph et Anna Chedid


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Enfin, j’ai écouté le dernier CD de la famille Chedid (oui, j’achète encore des CD, voilà), et je l’ai tout de suite rangé dans « pile à écouter quand tu cuisines, quand tu conduis, quand tu ranges, au petit déjeuner, avec le thé, enfin tout le temps ».

Doucement actuel et actuellement doux, je l’ai trouvé parfait, ce petit CD qui relève presque de la compilation familiale. Familiale, dans son acception la plus noble : le papa et ses trois enfants y ont enregistré, sans aucun autre musicien additionnel, une vingtaine de titres composés par l’un ou les autres, joyeusement revisité. On a l’impression d’être dans leur salon, et d’être mêlé à une sorte de boeuf totalement complice, amusé et amusant. Vocalement, c’est délicieux, musicalement, c’est parfait, et j’adore l’écouter en sachant que tout est de cette bande des quatre, paroles, mélodies, interprétation, guitares, batteries, coeurs, à se demander ce qu’ils ne savent pas faire. (Bel exemple, ce « tu peux compter sur moi ici). Du grand art, sur deux générations, et même sur trois, avec les jolis mots d’Andrée Chedid qui sont les paroles de « Je dis Aime ». (J’adore cette idée.)

Seul bémol : la toute dernière chanson, F.O.R.T, est la seule composition spéciale pour le CD, et elle est de si bonne facture que l’on regrette un peu qu’elle soit unique. Bémol tout relatif, parce que l’ensemble du CD est bel et bien jouissif.

On en fredonne toute la journée Machistador, On n’dit jamais assez aux gens qu’on aime.., La Seine et on dit « Aime » à n’en plus finir (et on le sème sur la planète).


J’espère que ces favoris vous ont plu!

Bonnes lectures, bonne écoute, bon film, bons sourires, parce que ces derniers sont finalement les dénominateurs communs à l’ensemble.

*Livre offert par la maison d’édition- et l’auteur un peu aussi quand même. ♥

Les Mots Ailés dans un magazine?

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Alors, aujourd’hui, j’ai une jolie et folle nouvelle, en forme d’histoire. Je tenais à vous la raconter, parce que son existence tient beaucoup à vous tous.

Dites, ça vous dirait de trouver mes mots sur du papier, du vrai papier glacé, régulièrement chez votre marchand de journaux?

J’ai eu la chance de faire la rencontre virtuelle d’Iris Maluski,   responsable éditoriale du pôle maison d’Oracom et rédactrice en chef de Simple Things. Ce magazine, j’imagine que vous le connaissez. Il s’agit d’un joli bimestriel tout en douceur, pour lequel j’ai eu un véritable coup de coeur dès les premiers numéros. Le soir où je le rapporte chez moi est toujours comme une petite fête un peu régressive, et je le feuillète alors pour m’imprégner de son esprit, avant de me le réserver pour les jours et semaines à venir. C’est un des rares magazines que je lis entièrement et dont j’aime parcourir les archives. J’adore son ton, léger sans être superficiel, et c’est toujours un joli moment de détente et de déconnexion que de m’y plonger. Je n’ai donc pas été extrêmement surprise de voir qu’Iris est, comme une évidence, d’une très grande gentillesse, et d’une vraie simplicité, ouverte et positive.

La nouvelle un peu incroyable est ici : la plume des Mots Ailés va avoir (et a déjà eu en partie) une petite place dans la construction des Simple Things à venir.

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La première étape est aujourd’hui, dans la dernière page du numéro février-mars. Cette dernière page est toujours une tribune consacrée aux « bonheurs simples », et j’ai été très honorée de devoir à mon tour chercher les mots sur ce sujet si joli, si large, si délicat, si limpide et si complexe en même temps. Ce texte, je ne sais pas s’il va vous plaire, j’en ai travaillé chaque mot, analysé chaque virgule, je l’ai raturé sur papier, retouché dans tous les sens sans le montrer à personne, je l’ai tant relu, rectifié, amendé d’une trouvaille soudaine, puis modifié encore. « Parler du bonheur »… J’ai fini par me dire qu’il n’était pas parfait, mais qu’il venait du fond de moi, et la sincérité est toujours gage de résultat acceptable ; je l’ai lu à voix haute (il faut toujours lire un texte à voix haute), et j’ai appuyé sur « envoyer. » Et aujourd’hui, je le vois là, imprimé sur des milliers d’exemplaires, et cela fait tout drôle.

Les étapes suivantes seront dans les prochains numéros : je suis à la fois toute timide et toute heureuse de vous dire que vous pourrez me retrouver au coeur du prochain magazine dans deux rubriques déjà existantes. Je ne vous dis pas lesquelles, pour garder un peu le mystère, (et puis parce qu’on ne sait jamais, la rédac-chef peut changer d’avis d’ici les bouclages). Mais si vous me connaissez vraiment bien, vous pouvez deviner, ou au moins une des deux. Donc, voilà, c’est totalement fou, et je n’en reviens pas. Alors c’est sûr, je ne vous annonce pas que l’intégralité de mon Oeuvre sort chez la Pléiade, tout cela n’est pas grand chose, je suis la première à mettre l’affaire en perspective. Toutefois, hier soir, j’ai été tellement émue de voir mes mots qui parlent du bonheur sur du vrai papier glacé. Ça n’a l’air de rien, mais je vous promets, les voir pour de vrai, là, au milieu des rayonnages, m’a procuré une sensation incroyable, et des frissons confus et souriants entretenus par l’idée que l’aventure allait continuer.

Plus exactement, c’est le moment de l’écriture de ces articles qui m’a le plus fait vibrer. Le fait d’avoir pour de vrai un éditeur qui t’écrit « je choisis ce sujet-là, X caractères, soyez poétique merci bisou », et d’être ensuite dans ton canapé devant la page blanche, sincèrement, c’est étourdissant. (Et c’est angoissant au stade environ du terrible, soyons honnêtes.) Je crois que je n’aurais pas réussi si Iris ne m’avait pas laissé une liberté si grande (c’était quasiment carte blanche!), si elle ne s’était pas montrée si ouverte, si confiante, et si enthousiaste. Je crois également, je suis même persuadée que je n’aurais pas réussi si vous n’aviez pas été là, vous ici. Vous les lecteurs des Mots Ailés, qui m’avez encouragée et portée. Devant ma page blanche, je pensais à vous, je faisais comme si j’écrivais pour vous. Le mécanisme de l’écriture est curieux et insaisissable, et il a besoin, en plus de l’habitude, de l’assurance que procure chaque lecteur pour passer les vitesses. C’est grâce à chacun de vous, ceux qui commentent, mais aussi les silencieux, ceux qui ont partagé un article, plusieurs, ou qui ont simplement offert leur discrète présence, les centaines (milliers!) qui sont là chaque jour, abonnés ou non, que je vois mes mots aujourd’hui et demain sur du papier qui brille. Alors, merci, merci, je vais arrêter parce que sinon ce sont mes yeux qui vont briller. Ce ne sont que quelques mots, n’exagérons rien, mais que voulez-vous, voir des mots qui s’envolent comme des traits en plume, c’est un peu toucher à l’essence même de ce qui me plaît dans ce monde.

Je vous embrasse tous et vous dis à bientôt, sur du web et sur du papier.

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