Crêpes au riz noir

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J’ai besoin de crêpes.

J’ai besoin de douceur, j’ai besoin de bisous, j’ai besoin qu’on me console, j’ai besoin qu’on me dise que tout ira bien, j’ai besoin qu’on me fasse confiance, et puis j’ai besoin de pouvoir avoir confiance aussi.

Je ne veux pas vivre dans un monde douloureux, je ne veux pas avoir besoin de me protéger de tout, je voudrais que tout soit simple, tu vois, et j’ai envie de rire, cela fait si longtemps que je n’ai pas ri, vraiment ri. J’ai envie qu’on arrête de se bousculer, de se pousser sur la cour, j’ai envie d’arrêter de me sentir convalescente, j’ai envie de ne pas avoir l’impression de tomber sans avoir eu le temps d’accrocher mon mousqueton. J’ai envie de marcher sur les feuilles, alors l’autre jour je suis sortie, pas trop longtemps, j’essaie de sortir de moins en moins longtemps. J’ai marché, même pas couru, tu vois oui c’est bien. Et j’ai poussé le son à fond dans mes oreilles, j’ai mis du truc qui s’écoute bien fort (comme ça). Je pensais à la catharsis, à la purgation des passions, à ces Grecs qui avaient tout compris en faisant de théâtres des établissements médicaux, j’allais rêvant du divin Aristote en fredonnant “this is fucking awesome”, je ne suis pas certaine qu’il aurait approuvé, et pourtant, je vous assure qu’il y a un lien.crêpesauriznoir5crepesauriznoir6À chacun de digérer les écueils gris qu’il rencontre sur son chemin, à chacun de trouver le morceau de sucre qui empêche de sombrer dans l’inconscience. Je pensais à une amie qui me racontait qu’un soir, (cela n’a pas de rapport avec les attentats, c’était avant), elle avait bu, un peu trop. Elle avait passé un si bon moment, elle m’en parlait avec un bonheur encore tout chaud, un enthousiasme que j’accueillais un peu dubitative quoique très ouverte. En fait, je dois me rendre à l’évidence : j’ai bientôt 30 ans, et je n’ai jamais été saoule. Jamais. Rien. De pompette à déchirée, je ne maîtrise aucun échelon. Même pas un joint, si un jour on me dit “une dernière cigarette?”, je répondrai “plutôt une première”. (Il y a bien la fois où j’avais manqué faire un malaise dans un restaurant italien parce que j’avais bu trop vite et à jeun mon Prosecco, mais je n’ai pas eu le temps de sentir quoi que ce soit, et heureusement que les antipasti étaient vite arrivés pour me redonner un coup de fouet.) Non, ces limites-là ne sont pas de celles qui exorcisent quelque chose en moi, ni conduire trop vite, ni manger trop de chocolat, ni tant d’autres façons inavouables propres à chacun de dépasser un peu les lignes du raisonnable pour se sentir vraiment vivant, pour se consoler, pour qu’un brusque afflux d’émotions purifie les passions. Je crois que j’ai trop lu Aristote parce que j’ai besoin d’un spectacle, un drame, un Tarantino, un Hugo et des lignes qui saignent, un divertissement extérieur qui extraie les larmes et apaise l’esprit après un feu salvateur. Et aussi, j’ai besoin de musique, écoutée beaucoup trop fort : ces limites-là sont, lorsqu’elles sont franchies, autant d’occasion de m’apaiser. Et si je danse dessus, c’est encore mieux. (Ou sur ça, écouté au casque beaucoup trop fort.) J’écorche l’instant pour mieux en voir la couleur, je lacère au métronome, j’accueille ce divertissement pascalien comme une purgation aristotélicienne sans ciller et sans faire de bruit, je force les basses, c’est mon ivresse à moi, avec celle des films, des livres- pas n’importe lesquels, ceux qui marquent et qui bousculent.

Je commençais en vous disant que j’avais besoin de douceur et de câlins. Je finis en affirmant que je veux des basses qui hurlent, des yeux qui pleurent, des tympans qui sifflent pour ne pas trop bourdonner. Selon la Poétique, ce n’est pas incompatible.



crêpesauriznoir1LESMOTSAILES1Crêpes au riz noir

(Pour 9-10 petites crêpes)

70 g de riz noir cru

80 g de farine d’avoine

80 g de farine de sarrasin

1 pincée de sel

1 cc de bicarbonate de soude, 1 càs de vinaigre de cidre

2 œufs

200 ml de lait d’avoine (ou autre)

Faites cuire le riz 30 minutes, réservez. Mélangez le reste des ingrédients dans l’ordre, et ajoutez le riz à la pâte.

Faites cuire les crêpes environ 4-5 minutes par côté, à feu doux.

Ces crêpes un peu originales sont parfaites parce que le riz leur apporte un croquant fondu dans le moelleux, et un petit parfum d’enfance (sans doute lié au riz au lait) lorsqu’on les associe à une garniture sucrée. Elles se conservent très bien plusieurs jours, et peuvent même se congeler. On peut les déguster chaudes, tièdes ou froides, en plat avec une garniture salée (houmous, tapenade, purée de légume…) ou en dessert (faites-vous plaisir.)

Et prenez bien soin de vous. crepesauriznoir4LESMOTSAILES3 Crêpesauriznoir-LESMOTSAILES  LESMOTSAILES2 crepesauriznoir8

28 commentaires sur “Crêpes au riz noir

  1. oh làlàlàààà tes textes …. <3
    mais que j'aurais aimé avoir qq'un qui m'enseigne les mots comme toi.
    je ne connais pas le riz noir …… dès que j'en trouve, hop!! dans le panier !!
    (comme tyé trop belle sur la photo …..<3) et ta nouvelle maison?? ça fait quoi d'avoir une grande cuisine?? un vrai four toussa toussa???
    et tu vas me répondre des crêpes au riz noir je suppose??? 😀 😀
    je t'envoie des toooooooooooooooooonnes de bisous, de câlins toudou, toudou
    et merci petite Cél <3
    <3

    1. C’est vrai pour le riz noir? Oh, j’utilise du riz long noir de Camargue, et j’en raffole! En salé, en sucré, il est divin.
      Pour la photo, je suppose que tu parles de la photo dans la newsletter? Je suis horriiiible, tu veux dire! 🙂
      Et, au sujet de la maison, nous y sommes divinement bien! Je promets d’en dire plus ici un jour, il faut juste me laisser le temps de digérer l’idée de montrer un peu, ni trop, ni trop peu. Mais c’est le plus doux cocon du monde, ça c’est sûr!
      Je t’embrasse aussi bien fort, reste tout comme tu es, et prends soin de toi et de ceux que tu aimes.

      1. mais c’est nuuuul !!! je ne reçois plus par mail tes réponses …
        sniffff
        bon wend à toi !! (je t’envoie un peu de neige tout fraîche tombée !!!!)
        ♫♫♫

  2. À chaque fois, je me dis que je ne saurais pas te dire à quel point tes mots font partie de mes petits plaisirs de vie, de ces petits moments que je me garde pour moi, que je fais fondre sur ma langue, que je prolonge à l’infini (ou j’aime l’imaginer, du moins.) Aujourd’hui n’y fait pas exception. Et c’est drôle, j’ai eu presque exactement cette conversation il y a quelques jours: ne pas connaître l’ivresse par substance autre qu’artistique. S’enivrer du doux à travers l’intense de l’art. Aimer les larme et les battements de coeur de ces mots, ces notes, ces images qui marquent.

    Je te lance de la douceur par-dessus l’océan. Et je retourne serrer les français montréalais dans mes bras. Et tous les autres aussi.
    K.

  3. Nous avions besoin que tu nous mettes une recette à réaliser chez soi, dans la chaleur enveloppante de la cuisine , et de jolies photos du quotidien pour faire comme si on était “avant”. Merci Céline…

  4. C’est marrant car tes galettes ressemblent à des tronçons de branche de chêne-liège…
    Le plus important est de vivre ce dont on a envie car, de toute façon, on ne pourra jamais traverser tous les états possibles existant. Alors si tu n’as jamais été pompette ni même déchirée, au moins tu auras connu les vibrations des notes de Thrift Shop au plus profond d’elles-mêmes ou encore frissonné devant les lames cinglantes de ce petit gars du Tennessee. Et ce n’est pas donné à tout le monde.

    1. Oui oui oui, de petits troncs d’arbres tout moelleux, sur lesquels on ne peut compter le poids des années parce qu’ils sont tout lisses ou pleins de bulles (selon le côté cuit en premier)!
      À chacun ses ivresses, c’est sûr, merci Lucie <3

  5. Joli article, j’aime beaucoup.
    Les crêpes ont l’air curieuses mais à tester !

    J’ai cliqué sur le lien youtube par curiosité, et c’est là que j’ai découvert… Que des rappeurs ont fait une chanson sur les Thrift Store ?
    Non, ce n’est pas la seule chose que je retiens de ton article (promis^^), mais ça m’a bien fait rire, merci pour ça ! 😀

    1. Ah mais je ne dis pas que c’est bon, hein, attention! 😀 Je dis juste que c’est le genre de musique que je n’écoute JAMAIS, sauf quand j’ai besoin de mettre quelque chose de très, très fort, en cas d’urgence, en cas de situation très anormale, très exceptionnelle, douloureuse, nécessitant un “excès” qui pour moi n’est pas alcoolisé. 🙂 Merci à toi, et ravie de t’avoir fait rire!

  6. (… ou comment avoir toujours 2 articles de décalage … pourtant, ce n’est pas faute de recevoir tes chouettes newsletters reçues par pigeons évidemment xD -> au passage, comment qu’elles sont trop chouuuuuux tes photos <3 )

    Bref … c'est drôle, moi aussi j'ai le syndrome du "enfonce ton casque et met la musique à fond dans l'fond des oreilles" ! Rien de mieux que de s'en mettre plein les oreilles pour faire le vide … ou pour remplir justement et permettre à nos émotions de déborder, de dégouliner et de se libérer ! Et de rajouter par dessus tout ça 2-3 pas de danses ('fin, remuage de popotin, on s'entend 😉 ), et VIVE la VIE 🙂 !
    (évidemment, on finit par des p'tites crêpes parce que tout ça, ça creuse !)

    Sur ce, prends en plein les oreilles, vis et revis encore et encore au son de tes pas dansants et régales-toi de crêpes !
    Et puis prends grand grand soin de toi <3

    PS : en bonne décalée que je suis, je laisse par ici un petit mot sur tes classiques à lire : merki pour tes conseils, je me retrousse les manches et j'enfile un Rouge et Noir ou un Princesse de Clèves d'ici peu, mais avant je finis de danser et de m'écorcher les oreilles avec une musique trop forte xD ! Même pas peur ! (j'ai le droit de dire que j'avais a-do-ré Candide de Voltaire ?! xD )

  7. Tes photos sont splendides !
    Connais-tu « Riz noir » de Ana Moï ? (je n’ai lu que le livre , jamais goûté la céréale : c’est donc ma référence automatique).
    De l’ivresse, je ne connais que celle des livres lu trop rapidement pour oublier vite, des rires un peu trop forts qui s’expriment spontanément, des ciels immenses que l’on dévore du regard tout en se sentant dévoré.
    Je t’envoie plein de douceur, fondante comme des grains de riz aux souvenirs d’enfance, et pleins de sourires et de rires aussi, car c’est avec eux pour bagages au creux du cœur et du visage qu’on se sent plus fort et plus vivant <3

  8. Tu sais Cél, j’aime beaucoup venir ici, lire tes mots, tes émotions pudiquement révélées et confronter nos deux histoires, nos deux points de vue, nos deux ressentis.
    Tu parles de douceur, de cocon, d’art et dans mon coin je suis en plein dans la nouveauté, l’envie (le besoin ?) de tester des choses plus ou moins farfelues (sans toute fois être complètement déraisonnés), de faire des projets presque inavouables tant ils sont délirants, juste pour me prouver que non, ce n’est pas fini, oui il y a de la magie, oui je peux encore rêver et faire ce qu’il faut pour les concrétiser.
    Bizarrement, ton envie de crêpes au riz fait écho à celle que j’ai d’un chili très épicé.
    Je n’ai pas encore pu cliquer sur tes liens musicaux, je m’en occuperai ce soir, avec sans doute un pinceau, de la peinture et du papier…
    Merci d’être là Cél et de laisser ici des jolis mots qui mettent du baume au coeur, des sourires aux lèvres et des paillettes au coin des yeux.
    Je t’embrasse.

    1. Merci de partager ton parcours, Mnêmo… C’est joli à lire, et je comprends en souriant ton besoin de nouveauté, de folie, de lignes à dépasser, autres, mais qui prouvent, là encore, qu’on vit avec la Vie. Tu nous en diras plus sur tes projets fous, dis? Plein de paillettes de sourires.

  9. Tes mots font chaud au cœur et remontent le moral comme toujours! Quand on est triste, on sait qu’on peut toujours aller se ressourcer dans la bulle de douceur qu’est ton blog! Les mots, les photos, tout y est chaleureux et réconfortant alors merci pour tout cela.

    J’ai aimé lire que tu n’as jamais été saoule car c’est mon cas aussi! J’ignore totalement ce qu’est l’ivresse. C’est peut-être un tort mais je ne bois pas justement parce que je ne peux me résoudre à l’idée de lâcher prise, du moins pas de cette manière.

    Plein de bises jolie Céline!

    Emeline

    1. Merci à toi Emeline! Je ne sais pas trop si c’est réconfortant chez moi, mais si c’est le cas, alors c’est une vraie bonne raison de continuer <3
      Pour l'ivresse, on est deux inexpérimentées du saoulage alors : mais deux bonne buveuses de tisane, donc ça compense sûrement. Bisous 🙂

  10. J’ai coupé un peu internet ces derniers jours (c’est ainsi que je me protège, j’ai trop pleuré en janvier de ne pas l’avoir fait) et je découvre donc à l’instant ton article. Comme toi, dans ces moments j’ai besoin de tendresse, de câlins et de douceur. Alors, je m’entoure de choses laineuses (j’aime tricoter !), je bois du thé et je fais des câlins à mon chat, mes proches étant actuellement en vacances. Mais j’ai également besoin que des musiques trop fortes crient à ma place mon angoisse et mon impuissance. Qu’elles me communiquent l’énergie qui me fait défaut et brisent la torpeur qui me gagne. Et ça fait tellement de bien! Merci pour tes mots toujours si justes! Et la découverte du riz noir! <3

    1. Merci à toi pour ce commentaire qui me fait très plaisir, Eloïse! Je te souhaite plein de bonheur tricoté avec ton chat et un regain d’énergie en ribambelle. <3

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