L’or que vous avez dans les doigts…

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Je croise de plus en plus de gens, dans mon métier comme dans la vie, qui me disent : « Oh, moi, j’aimerais bien écrire, mais je n’ose pas », ou « je ne sais pas comment tu fais ». Souvent, je leur lance un regard désarmé en leur assurant avec toute ma sincérité combien, j’imagine, ils feraient aussi bien -sinon mieux- que moi. Je crois qu’il y a bien souvent cette peur de sauter dans le vide, ce vertige de la page blanche, ce «j’ose pas» qui pour moi fait toujours écho à Obélix tout rouge devant la porte de Falbala. Allons allons, écrire n’a rien d’un rendez-vous galant, enfin si, un peu, mais toujours est-il que l’acte ne justifie pas cette peur ambiante, et j’avais depuis longtemps envie de partager avec vous quelques petits conseils sur le sujet. Prêts à écrire?

1. Définir son sujet.

L’écriture peut être l’objet de mille modalités, c’est entendu. Il peut s’agir d’un article de blog que vous décidez d’écrire, d’un article de commande, d’un roman personnel, d’un texte narratif, descriptif, informatif, ou même une lettre. Parfois, notre plume est contrainte par un sujet précis. Lorsqu’elle ne l’est pas directement, la première chose à faire, évidemment, est de définir son sujet. Cela paraît anodin, mais il faut en prendre le temps.

Trop de textes, même publiés (sur papier ou sur la toile), se veulent « travaillés » et/ou « poétiques », alors qu’ils partent dans des directions trop diverses. Le lecteur doit clairement cerner le propos, et le message doit rester clair une fois la lecture achevée. La conclusion que chacun gardera en tête est subjective, et chaque texte ne provoquera pas les mêmes échos chez chaque lecteur, fort heureusement. (Témoins les commentaires sous les articles de blogs, qui ne relèvent pas tous le même aspect ou la même phrase, parce que chacun peut être touché à un moment différent de la lecture, magie de la sensibilité.) Toutefois, le sujet doit être limpide, clairement formulé dans la tête de l’écrivain sous la forme d’un titre. Ce titre doit rester affiché en gros dans sa tête, même si au final, il ne figurera peut-être même pas au-dessus du texte, ou pas tel quel. À moins d’être à la source d’un roman de 500 pages, l’acte d’écriture doit avoir un fil rouge. Prenez le temps de bien le formuler! Faites-vous plaisir, et formulez-le même si vous n’avez qu’une vague idée de ce qui en découlera. Cherchez un thème qui vous parle, un sujet qui vous semble intéressant, posez le titre avant tout, le reste viendra. (Et ce sera absolument délicieux à vivre).

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2. Favoriser une atmosphère propice à la création.

On arrive dans le dur : la phase d’écriture, la vraie. Je crois qu’il ne faut pas la dramatiser, la sacraliser, et se dire « ce soir, entre 20 et 23 h, j’écris ce texte, boum, il faut que ce soit fait ». C’est là le meilleur moyen de bloquer l’esprit et d’inhiber toute création. Pas de pression, donc, et pour autant, il est essentiel de se ménager un moment d’écriture comme on prépare un rendez-vous. On n’écrit pas (ou pas bien) entre deux portes, par petits bouts, en pensant à autre chose. Une heure me semble un bon créneau, ni trop long, ni trop court. Mais pendant cette heure, on doit être pleinement consacré à l’acte d’écrire. Pas de téléphone, pas de réseau sociaux (évidemment), coupez même internet. Certains aiment écrire en musique, j’avoue que je le fais parfois, mais que je préfère le silence. Testez-vous : vous découvrirez peut-être que vous êtes plus productif dans un café, au milieu du monde! Ce n’est absolument pas mon cas, j’ai besoin de campagne et de solitude, et l’atmosphère de la ville me paraît de plus en plus superficielle, mais c’est propre à chacun! Inventez vos rituels : un thé, une tenue confortable, une bougie allumée, ou votre coussin fétiche : certains esprits aiment les petites choses habituelles qui les rassurent et les stimulent. (Je sens déjà que vous allez me demander, alors j’anticipe : personnellement, je n’ai pas vraiment de rituel. Au contraire, je crois que je suis un peu minimaliste en la matière, il me faut juste du silence, une heure, moi, et un clavier ou un crayon. Mais lorsque j’étais étudiante, j’ai rédigé l’intégralité de mes travaux de recherches entre 18h et 22h exclusivement, avec une soupe (en sachet) et des croutons dedans, et même parfois la radio de mon petit radio-réveil pourri en fond sonore (!) : j’étais totalement incapable d’écrire hors de ce cadre. J’ai changé.)

Un seul texte ne naît pas en une seule phase d’écriture. Pour ma part, il y a toujours un premier jet achevé, jalonné de lourdeurs et d’imperfections, mais achevé. Il faudra deux, trois, parfois quatre phases de relectures et ajustements. À chaque fois, il faut reprendre l’ouvrage tel qu’il est sur le métier, le relire « à froid » (étape essentielle), ne pas s’affoler ni se tordre les mains en criant au désastre, garder confiance, et modifier, retoucher, refaire. C’est un joli travail de Pénélope, mais qui trouve son terme, lui, et de préférence plutôt rapidement : garder le même texte en travail pendant trop longtemps nuit à la fois au texte et à son auteur. Sachez décider que votre texte est fini!

3. Discipliner l’esprit.

Cela paraît contradictoire : on chercherait spontanément davantage à ouvrir ses barrières, à libérer ses pensées, lâcher prise, favoriser l’évasion. C’est un peu vrai, mais cette ouverture doit être fortement encadrée par la discipline que l’on impose à sa propre pensée. Il faut bel et bien se forcer à ne penser qu’à ça, là, ces quelques lignes qui naissent, et son titre, son fameux titre. Rien d’autre, pas le dîner du soir, le programme du lendemain, le temps qu’il fait, non, juste ça, le temps d’une heure. La tâche est difficile, parce que nous avons perdu l’habitude. Dans notre monde ultra rapide et connecté, il est normal, habituel, et souvent même très bien vu de mener de front plusieurs affaires. Ne rêvons pas : il est impossible d’écrire si l’on ne parvient pas à garder une concentration stable et durable. Doucement, mais avec fermeté, il faut forcer son esprit à se livrer tout entier à cette tâche, avant de l’oublier par la suite. Sans contrainte de rendu : si, au bout d’une heure, une seule ligne est née, c’est déjà très bien! La productivité, même si elle ne doit jamais être un but, viendra toute seule par la suite.

J’ai écrit certains textes (pour ici ou ailleurs) en moins d’une heure, et d’autres, de la même longueur, en plusieurs dizaines d’heures. C’est ainsi, notre créativité n’est pas une machine, et c’est tant mieux. On ne peut même pas savoir à l’avance combien de temps nous prendra tel ou tel texte. Je trouve cette incertitude vertigineuse et fantastique, d’autant plus que la qualité du texte fini n’est absolument pas proportionnelle au temps passé à l’écrire. C’est une alchimie mystérieuse, et elle est magnifique.

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4. Puiser en soi.

J’ai mis longtemps à l’admettre. Mais il est très difficile, voire impossible, d’écrire sans puiser dans son propre puits d’expériences et de sentiments. C’est une expérience délicate, parce qu’aller chercher au fond de soi est exigeant et parfois douloureux, mais c’est aussi une aventure dont on sort grandi. Je crois que c’est un peu comparable à l’interprétation musicale (et la création d’ailleurs!), ou le jeu du comédien. Aucun comédien ne vous dira qu’il porte un masque assez épais pour pleurer sans aller chercher au fond de lui, pour jouer la colère sans brasser, de manière consciente ou un peu floue, cet ensemble de souvenirs qui fait que nous sommes nous-mêmes. Sans avoir besoin de se raconter totalement, ni d’écrire de l’autobiographie, l’écrivain (ou l’apprenti-) passe forcément par une phase un peu écorchée où il va chercher loin en lui les mots pour le dire. Personnellement, plus que des souvenirs bruts, ce sont souvent des émotions que je sollicite, des états, souvent complexes, qui me conduisent vers des mots. Écrire sur le bonheur, sur l’amour, sur la vie d’adulte, c’est prometteur, mais au moment de la naissance des lignes, il faut bien fermer les yeux et partir très loin au fond de soi, et garder une juste pudeur. Essayez, c’est assez étourdissant.

5. Être chorégraphe.

La veille de mon premier écrit de l’agrégation, la  première dissertation de 7h, je suis allée voir un spectacle de danse contemporaine. Le jour J, la fatigue et la pression aidant, j’avais la curieuse impression d’avoir la danse dans le tête, comme lorsqu’un refrain nous colle au cerveau. J’ai écrit avec des mouvements de danse en arrière-plan, c’était très agréable. Depuis ce jour-là, lorsque je suis en situation d’écriture, je pense quasiment à chaque fois à cette expérience. Je suis depuis totalement convaincue que l’acte de la chorégraphie et celui de l’écriture ont des liens intimes, et que trouver les mots, les aligner, les enchaîner, c’est un peu les faire danser avec harmonie. Il faut créer un rythme, alterner les élans et les chutes sur place, passer du tour ancré dans le sol au saut le plus léger possible. La comparaison ne vous parlera peut-être pas, je ne sais pas trop pourquoi elle est si forte en moi. Vous y penserez la prochaine fois, vous me direz.

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6. Et en dehors des phases d’écriture?

En dehors de ces rendez-vous offerts à l’écriture, l’histoire ne s’arrête pas. Je crois qu’il ne faut pas se forcer, ni à y réfléchir, ni à oublier. Au contraire, la phase d’écriture suivante est facilitée par une phase de lâcher-prise avant elle. Si vous venez à penser à votre thème, tant mieux, laissez votre esprit vagabonder, en voiture, en marchant, en nageant. Sans même forcément écrire ce qui vous vient en tête. Je connais des gens qui ont parfois des illuminations n’importe quand et qui sautent sur leur carnet dans un élan un peu curieux pour être sûre de ne pas perdre une miette de leur géniale trouvaille. Si vous êtes rassurés par une telle pratique, ne l’abandonnez pas, mais prenez tout de même de la distance avec elle : les vraies bonnes idées reviennent toujours. Si vous l’oubliez, c’est qu’elle n’était pas si brillante que cela. Soyez tolérants avec votre créativité.

Au quotidien, nourrissez-vous de lectures inspirantes, elles vous aideront à trouver les mots. Mais il y a plusieurs manières de lire, et la lecture « dans le but d’écrire » est un peu différente de la lecture « pour le plaisir », elle est plus attentive aux tournures, aux formulations, elle est plus lente et se fait avec davantage de recul. Je pense que c’est un excellent chemin de progression pour écrire, mais qu’il faut bien distinguer les moments de lecture-apprentissage et les moments de lecture-plaisir, parce que la lecture innocente, passionnée et dépourvue d’analyse est vraiment salvatrice pour l’âme. (J’ai mis du temps à le comprendre. Depuis, je m’autorise souvent des lectures déconnectées, sans aucun repérage, avec une attention fluctuante, et une tendance au commentaire littéraire au point zéro. Et je revis.)

La lecture « pour l’écriture » se fait davantage sur un paragraphe, que je prends parfois au hasard, dans un classique, ou chez un auteur récent que j’admire. Je lis avec attention, sans trop prendre en compte le sens, en faisant parfois résonner le texte à voix haute, en relevant chaque détail, chaque procédé, chaque écho et chaque rythme. Puis je referme le livre, et c’est tout. C’est un moyen formidable pour trouver l’inspiration, et surtout, c’est très jouissif à faire.

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7. Et toujours… L’humilité souriante.

Une des difficultés de l’écriture, comme de toute création, est de trouver le juste milieu entre confiance et humilité. L’excès de l’une fait des ravages, l’excès de l’autre brise toute tentative dans l’oeuf. Soyez donc persuadés que vous êtes capables d’écrire, capables de remplir le contrat, capables de trouver les phrases sous ce fameux titre. Puis, persuadez-vous qu’elles sont loin d’être parfaites. Mais tout de même, elles sont là, et elles ont leur beauté à elles.

Sachez trouver l’équilibre pour ne pas verser dans la satisfaction excessive, ni dans le perfectionnisme maladif. Tout pourrait toujours être mieux écrit. TOUT, TOUJOURS. Il y a un moment où il faut laisser allez son texte et le décider « achevé », même si l’on souhaiterait l’améliorer. Pour autant, ceux qui se satisfont du premier jet sont, je le crois, tout autant dans l’erreur, ainsi que ceux qui pensent que leur texte atteint une sorte de point de perfection. Je ne comprends pas ceux qui s’auto-citent, par exemple, et glissent des guillemets autour de leur propre prose, comme s’ils avaient écrit du Verlaine. On se calme, les mecs, il n’y avait qu’un Verlaine, et qu’un Rimbaud aussi d’ailleurs.

Finalement, il faut garder en tête que ce que vous avez écrit n’est pas parfait, mais que vos mots ont de la valeur. Tout création a de la valeur. Certains ne croisent pas assez de personnes qui ne savent pas écrire, je veux dire pas du tout, ou presque pas. J’en vois presque tous les jours, et je remercie à chaque fois le destin de m’envoyer ce rappel essentiel. Vous avez la capacité magique de formuler ce que certains n’arrivent pas à formuler. Mesurez l’or que vous avez dans les doigts. À l’inverse, d’autres oublient combien la langue française compte d’écrivains brillants à en trembler, et à côté desquels nous sommes des fourmis, un peu ridicules, avec nos mots serrés comme des pulls en laine trop petits. Donc, voilà : humilité souriante. Trouvez le juste milieu, ce ne sera qu’un moteur encore plus fort pour écrire la prochaine fois.

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(J’allais profiter de cette fin d’article pour vous remercier de vos mots, vos mots toujours, par mail, sur Instagram, sur Facebook, sur Tweeter, ou en commentaires ici. Je ne peux pas répondre à tous, mais j’essaie, et croyez bien qu’à chaque fois, je réellement touchée de voir vos élégances de coeur, et profondément convaincue d’avoir des lecteurs incroyables. Je ne vais pas le mettre hors-parenthèses, ça ferait vraiment une fin d’article cucul, je préfère me taire.)

42 commentaires sur “L’or que vous avez dans les doigts…

  1. Merci pour ce partage d’expérience et de conseils, autour d’un thème qui a, d’aussi longtemps que je me souvienne, toujours pris une très grande place dans ma vie.
    L’écriture a d’abord été pour moi un échappatoire, grâce à mes carnets intimes où je confiais mes états d’âme de petite fille.
    Puis, c’est devenu une compagne de voyage ; elle me permettait d’encrer mes premiers pas et mes premières impressions lorsque je me retrouvai dans un nouvel endroit.
    Par la suite, ma plume s’est détachée de ce “moi” qui était son seul guide pendant très longtemps, pour laisser place à davantage de créativité, via la poésie et l’écriture de nouvelles.
    Et puis maintenant, il y a mon blog, qui parle du monde, des autres et de moi, dans un style à la fois personnel et structuré. Même si la rédaction de mes article laisse place à une certaine créativité, celle-ci reste tout de même limitée je trouve, à cause de la manière dont j’ai choisi d’aborder mes sujets.
    Aujourd’hui, j’aimerais accorder davantage de temps à l’écriture en dehors du blog. Ecrire pour moi, pour le seul plaisir de jouer avec les mots, pour parler d’autres choses, de choses plus futiles ou plus abstraites, de choses plus personnelles ou irréelles.
    Et ton article me motive vraiment à prendre le temps de le faire… car au delà de tous tes bons conseils, je trouve qu’il montre bien combien l’expérience d’écrire est enrichissante, et me rappelle tant de beaux moments en tête à tête avec des mots, qui semblent parfois jaillir de nulle part et qui finissent toujours par nous emmener en voyage, au plus profond de soi, comme tu l’expliques si bien, et parfois bien plus loin…

    1. Ton commentaire me va droit au coeur et me parle beaucoup, Natasha. Au delà de l’écriture de ton blog, par ailleurs toujours très élégante et fine, je te souhaite de prendre plaisir à de l’écriture juste pour toi, hors de toute frontière, barrières ouvertes. Et je suis certaine qu’il n’en naîtra que du très très beau!

  2. J’ai souri Céline en t’imaginant étudiante avec ta soupe en sachet et la musique du radio -réveil car je me suis revue étudiante avec mon mug de soupe aux champignons lyophilisée et le multiplex d’Eugène Saccomano en fond sonore (alors que je ne suis pas très foot pourtant… c’était plus une question de rythme, d’intonation… qui allait bien avec ce que je faisais).
    Pour ma part, quand je m’essaie à écrire vraiment (des récits d’imagination), j’ai souvent un point d’arrivée… Je connais la chute de mon récit, je sais son point final… Puis j’imagine le début, presqu’à rebours depuis la fin…. Cela construit mon fil directeur, celui autour duquel je vais pouvoir broder les mots…
    Je crois que tout processus de création nous est intimement lié, et est aussi attaché à nos expériences passées, qu’il se construit tout au cours de notre vie…
    Par contre, je te rejoins complètement sur un point : il faut se poser pour écrire, en prendre le temps, se donner le temps d’avoir le temps…. En ce moment, je n’écris pas car je ne me pose pas assez, je sais que c’est lié. L’hiver sera peut-être plus propice à cela !
    Merci en tous cas pour tes mots à toi !

  3. Tes précieux conseils rejoignent illico-presto ma petite sélection de conseils importants pour (mieux) écrire.
    En ce moment je patauge dans la gadoue, quelques mois après avoir posé le point final d’une histoire qui me tient à coeur très fort, je l’ai imprimée, reliée, et je la relis maintenant comme je rêvais de corriger les dictées de mes élèves quand je pensais un jour être institutrice. C’est un peu moins marrant de se corriger soi-même, et je pense que je suis un peu moins sympa avec moi que je ne le serais avec d’autres. J’espère qu’un jour cette histoire sera lue par d’autres que moi.
    Merci Céline. ♥

  4. Merci pour ces conseils. C’est assez intéressant de voir un peu les habitudes d’écriture de chacun.

    Personnellement, j’écris depuis que je suis au collège (ou en tout cas je me souviens d’écrire depuis ce temps là). Je l’ai longtemps gardé pour moi, car j’étais une petite matheuse destinée à la filière S (et ça s’est d’ailleurs vérifié), j’avais beau avoir un bon français, j’avais souvent des notes moyennes dans les matières littéraires, qui sont devenues franchement mauvaises lorsque j’ai commencé la philo (pourtant j’adorais ça, va comprendre). Je n’ai commencé à m’auto publier qu’il y a quelques années via mon blog. Et je trouve souvent ce que je fais franchement mauvais, mais j’aime écrire, et certaines personnes me lisent, ça me suffit.

    En revanche, j’ai énormément de mal à me relire et à retravailler un texte. J’écris souvent un texte d’un trait, le relis et corrige quelques phrases mal tournées, quelques répétitions. Mais je n’arrive pas à faire des changements drastiques dans l’organisation du texte, à rajouter un paragraphe ou autre. J’ai l’impression en le faisant de perdre en logique, de perdre le fil de mon texte, de casser le lien entre mes paragraphes. As-tu un conseil pour ce genre de choses ?

    Merci à toi et bonne soirée

    1. J’ai beaucoup aimé ton style dans tes textes! Continue, et surtout, continue à y prendre plaisir (sans penser que ce que tu fais est mauvais, mais quelle idée!)
      Ah, pour la relecture, c’est tout un problème. J’aurais du mal à donner des conseils parce que c’est propre à chacun. Pour ma part, je ne pense pas qu’un texte puisse souffrir d’être totalement décousu-recousu, d’être trop manipulé en profondeur. Le mouvement premier doit rester tel pour que le lecteur y retrouve le souffle, il ne doit s’agir que de petites modifications, de corrections mineures de répétitions, ou d’ajouts de petites phrases qui ne changent rien en profondeur. Je crois qu’en relisant à voix haute, on se rend mieux compte du rythme à corriger ou prolonger. Ton impression est donc totalement normale! Bonne route sur les chemins des mots 🙂

      1. Merci beaucoup pour ta réponse et pour le commentaire sur mon style !
        Mais tu vois, même si je me trouve souvent mauvaise, je persiste, publie quand même, et surtout je me dis que c’est en faisant qu’on apprend, et que tout ne peut pas toujours être parfait. Alors j’écris, je publie, et je passe au suivant ^^.

        9a me rassure un peu qu’on se retrouve sur le fait de ne pas “trop” modifier un texte écrit, j’avais vraiment l’impression de louper quelque chose, d’avoir une sorte d’incapacité à sortir de mon premier schéma de pensée pour aller plus loin.

        Merci encore pour ton article et le temps consacré à nous répondre !

  5. Merci Céline pour ces mots, pour cet article qui est, JUSTE, très juste.
    J’applaudis et j’acquiesce. Je dis oui à toutes tes phrases.

    Bravo. Bravo. Trop peu de fois on parle de ce processus d’écriture ô combien important !

    Les temps ont changé, certes, je me souviens des dissertations que j’écrivais pendant des heures et des heures, dans un silence total (je suis du silence, aussi) dans ma chambre de cité u, très consciente de l’exercice auquel je me confrontais, comme cette danseuse qui fait pointe après pointe et qui a des courbatures à la fin de chaque séance (j’ai fait un peu de danse aussi) ou comme ce musicien qui essaye vraiment de faire les silences exactement comme il faut (soupir ou demi-soupir), sans perdre le tempo, toujours dans la mesure (j’ai joué de la clarinette, là, elle prend la poussière)… les temps ont changé, je disais, désormais on vit tous un peu plus dans la précipitation, dans la rapidité, on ne sait plus ou guère se concentrer sur cet exercice d’écriture en tant qu’acte réflexif et de recherche en soi car je suis complètement d’accord avec toi, dans chaque texte il y a un peu du “je” le plus intime.
    Je vais finir par un dernier mot : souvent, on sait si un texte est bien écrit -pas seulement dans la forme mais aussi dans le fond (même avec des imperfections parce que le parfait n’existe pas) quand on le traduit.

    Encore une fois un grand énorme MERCi pour cet article que j’ai pris tant de plaisir à lire (et à relire).

    Très belle journée !

    1. J’ai été très touchée par ton enthousiasme, Margarita, MERCI à toi, pour ces mots, et pour tes partages! Tu fais le plus beau métier du monde, et si j’avais eu quelque talent pour une langue vivante, j’aurais adoré l’exercer. La pratique de la version de LV m’a toujours fascinée, bien que mes réussites en la matière aient été extrêmement variables. Je suis d’accord avec toi, et persuadée que tes collègues et toi êtes finalement les plus sensibles, vraiment sensibles, aux beautés de la langue et des textes! <3

  6. C’est une belle synchronicité que ton texte, parce que, justement, j’ai commencé à écrire un petit quelque chose, pour moi, sans prétention.
    Je n’ai pas encore fini le premier jet, mais alors que je me disais que vraiment, non, c’était trop mauvais, il serait peut être mieux que j’arrête là, ton article du jour m’invite à continuer, à être patiente et persévérante. Merci donc !
    Il y a beaucoup de choses auxquelles je n’avais pas pensé, ou auxquelles je ne pensais plus, et du coup je m’en vais appliquer tes conseils avisés (je pense notamment à l’atmosphère propice et à ne pas s’infliger un nombre de pages / mots / signes à écrire par jour par exemple).
    Bises, à bientôt !

  7. Merci Céline pour ce très bel article, ô combien intéressant ! J’écris aussi depuis de nombreuses années (j’ai retrouvé il n’y a pas longtemps le journal intime de mes 9 ans)(c’était pas trés beau à voir, mais trés drôle à relire), avec des pauses de temps en temps.
    Mais on ne met jamais vraiment de mots sur ce processus, souvent considéré comme naturel et non comme un “travail”. Car oui, écrire est aussi un travail sur soi, pour puiser au plus profond…
    Du coup j’ai adoré en apprendre plus sur tes petits trucs d’écriture 🙂

    Merci <3

  8. Et ne pas trop essayer, aussi. J’ajouterais ça, brutalement. 🙂
    J’aime beaucoup cet article et je trouve tes conseils excellents. Je dis “ne pas trop essayer” car je pense à une blogueuse que j’aimais bien qui s’est mise à “trop essayer”. Son blog m’est devenu (tout cela est très personnel) illisible.
    Je te conseille Still writing de Dani Shapiro, sur le sujet, une petite perle.

    1. Ah oui, tu veux dire, trop “soigner” un texte et par là même le rendre illisible, obscur, trop précieux et trop complexe? J’ai constaté cela parfois! Comme quoi, la simplicité et l’authenticité ne sont pas des affaires si simples… 🙂 Merci de ton mot!

  9. Merci pour tous ces précieux conseils, ils sonnent justes et même si certains sont difficiles à appliquer car ils demandent de la discipline, ils sont essentiels. Merci pour ce bel article sur l’écriture

  10. J’aurais plein de choses à dire, mais je crois que ce serait bien trop long à développer, alors je voulais juste te dire merci et puis ajouter que j’espère continuer à te lire longtemps, longtemps encore… (et t’entendre chanter ! j’attends le prochain enregistrement !)
    Bisous Célinette ❤

    1. PS : tu m’as fait énormément rire avec l’auto-citation ! Récemment encore, j’ai vu quelqu’un le faire sur les réseaux sociaux, en prenant le soin d’ajouter, en dessous, à côté de sa signature, la date (sait-on jamais que ses hagiographes viennent à se planter, hein).

      1. Ah oui mais imagine, si Homère avait signé chacun de ses vers avec son (vrai?) nom et la date, mon dieu, tout serait tellement plus simple! 😀

    2. Tu es adourablounette, je ne suis pas sûre de chanter dans le prochain enregistrement, mais je te promets un concert privé dès que tu viens! 😉 (Et moi aussi, j’espère te lire encore loooooongtemps!)

  11. Très bel article, et agréable à lire. Je n’ai jamais tenté d’écrire autre chose que des articles pour mon blog, je pense qu’il y a aussi un problème de confiance en moi-même, comme ce “j’ose pas” lâché par Obélix devant la porte de Falbala..
    En tous cas, ça me fait plaisir de recevoir tes conseils!
    Bonne journée à toi

    1. Merci Juliette! Je suis certaine que tu en serais capable et que tu ferais de magnifiques textes hors-blog (ou dedans d’ailleurs!) ! Bonne journée toute pleine de mots et de soleil 🙂

  12. En lisant ton article, je me dis que tu dois être une enseignante qui sait mettre en confiance et qui apprend à gagner en autonomie.
    En dehors du cadre littéraire, je vais précieusement conserver tes conseils pour la rédaction d’articles scientifiques. Ils sont certes un autre style d’écriture, plus concis, avec des règles un peu spéciales propres aux sciences qui ne veulent pas s’encombrer et pour qui la langue est juste l’outil. Mon petit défi quand je rédige est d’essayer d’intégrer un soupçon d’écriture plus littéraire, pour le plaisir de la lecture et de l’écriture.
    Ce tête-à-tête avec soi, son savoir, ses idées et la foultitude d’éléments piochés parmi des centaines d’autres publications, je l’appréhende un peu parce que je sais que le tumulte de l’esprit et la pression à la production sont des freins. Quand je retraverserai ces écueils, je penserai à cet article, à tes conseils plein d’une ferme bienveillance pour me rappeler que, même en science, l’art n’est jamais loin. Après tout, c’est pour la beauté de la vie que j’ai choisi cette voie 🙂
    Douce journée chère Cél <3

    1. Je suis toujours impressionnée par la pluridisciplinarité dont tu fais preuve, et les vertus de ton esprit à la fois scientifique et artistique. Continue Emi, et aie confiance, tu as plus que de l’or dans les doigts (et le coeur)…

  13. Merci pour ce très bel article… c’est l’étape 3 qui me pose le plus problème, mais on a probablement une grande capacité à se convaincre que tout un tas d’obstacles sont insurmontables… ça m’a redonné envie de tenir la plume (ou du moins le stylo)

  14. J’ai très longtemps été mauvais en écriture. Tout petit déjà, il me fallait faire violence pour accoucher de quelques phrases d’une platitude extrême. Et un jour, en seconde alors que le soleil de juin embrasait les rideaux de notre classe de Français, je me suis prêté au jeu proposé par notre professeur. De la musique, des diapos (oui, il y a longtemps déjà..) qui défilaient en continue et laisser vagabonder les idées et là, ce fut comme un déclic. Je venais de trouver un sujet assez délirant ; raconter l’attaque de Pearl Harbor vu par le petit chaperon jaune. Bon, même si le texte était plein d’incohérences, d’anachronismes et qu’il n’était que pur délire, c’était bel et bien là en ce moment précis, que j’embrassais le plaisir d’écrire. Plaisir qui depuis n’est jamais venu à manquer. De poèmes en nouvelles, je me retranchais dans mon espace privé, ma sphère se refermait et souvent aussi, j’avançais à rien..! Combien de fois la page blanche est-elle restée blanche longtemps. J’avais beau changer de plume, l’inspiration ne venait pas pour autant.
    Aujourd’hui j’écris souvent, déjà dans mon travail où je prends un doux plaisir à rédiger mes emails (parfois tout aussi délirant que le chaperon jaune). Ou encore comme tout dernièrement lors d’un petit concours d’écriture, autour des souvenirs d’enfance. J’ai replongé tête la première dans des images oubliées, des odeurs encore présentes, des sensations fortes toujours.
    L’écriture est un vrai plaisir. Je reste cependant trublion et je n’aurai pas toute la discipline, ni la rigueur (ni la patience non plus), de m’orchestrer comme une partition comme vous vous décrivez, sauf peut-être pour ces silences que j’apprécie quand j’écris. De l’or dans les doigts dites vous ? Vous devez alors être bien riche, sans en douter.
    Merci Céline, une nouvelle fois pour ce partage 🙂

    1. Vous semblez entretenir avec l’écriture une relation de vieil amant, et si vous eûtes des orages, finalement finalement, de l’aube claire jusqu’à la fin du jour, vous vous aimez encore… 🙂

  15. Brillant (et clair et fluide) cet article !

    Je prends enfin le temps de rattraper le retard pris ces dernières semaines dans mes lectures, gros plaisir de lire plusieurs de tes articles à la suite avec un (très) grand mug de thé. Je te l’ai certainement déjà dit mais ton blog est celui sur lequel je prends le plus de plaisir à me perdre, ça me rend sincèrement heureuse de te lire là maintenant. Alors voilà, c’est tout mais ce sont des choses qu’il faut dire.

    Passe une très belle journée 🙂

  16. Bonjour Céline, merci pour cet article très inspirant ! De nombreux points font écho en moi et je pense que je reviendrai à cet article les jours où écrire devient compliquer…
    En le lisant je me suis demandée.. quelles études as tu faites ? (si cela n’est pas indiscret)
    Merci d’avance !

  17. J’aime beaucoup cet article sur l’écriture. ” Satisfaction excessive”, je me souviens de ces mots qui m’ont tant bloqués… encore aujourd’hui parfois, quand je relis quelques textes sur mon blog, des textes envoyés à des éditeurs ( sans réponse, c’est surtout çà l’insatisfaction!). Au fond, c’est très humain tout çà et puis l’écriture, c’est une bonne manière de s’ouvrir aux autres, au monde et surtout à soi-même, d’apprendre à se connaître et à s’écouter.

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