N’être

On ne m’avait pas dit – et comment aurait-on pu me le dire-, on ne m’avait pas expliqué ce que c’était vraiment, porter quelqu’un là au creux de sa peau, vivre la vie avant la vie, joue contre coeur. Avoir la primeur des instants de surplus qui précèdent ton grand saut, te connaître un peu toute seule avant de te pousser dans le monde, sentir en moi tes premiers balbutiements de corps, sentir en mes profondeurs tes agitations et tes sommeils. Pendant que ton papa assemble ton lit de bois, moi, je te tricote un berceau de chair, d’azur, de soie et de laine, pour quelques mois, quelques semaines encore. Je voudrais tresser autour de ton petit être nu des draps légers d’amour et de tendresse, je voudrais parer ta maison cachée de diamants rares et de pierres inconnues, je voudrais faire de ton temple éphémère une couche de velours  à la chaleur de mon feu. Je te murmure tout bas des mots que je n’aurais pu connaître, je te respire et t’emporte avec moi, je t’appelle ma crevette, mon cachalot, mon petit miracle, je mesure à la fois ta fragilité et ta force, ta dépendance et ta liberté. J’imagine la suite, je rêve ton chemin ; mais de mes idées qui dessinent l’avenir comme de légères touches à l’aquarelle, aucune n’a la saveur de ce qui se joue là dans le concret de notre présent en duo, de ta tête enfouie à intérieur, de ma voix que tu connais par le dedans, de notre danse à l’unisson. Aucune n’a la force de ce privilège, celui de te rencontrer déjà, celui d’avoir tout vécu contre toi depuis le moment précis où tu as existé à partir de rien. Neuf mois de toi, c’est peu, c’est infini, c’est l’or de ton préambule, le rayon vert de ton aurore. Dans mes nuits d’insomnie, je pose les deux mains sur moi, sur toi, sur ton vivant couffin pour encore un temps, je mesure le vertige et l’immensité de la douceur avec laquelle je t’enveloppe de ma chair et de mes pensées, j’ai peur tu sais, mais je profite aussi de n’être plus seule en moi, de n’être plus simplement moi en étant un peu tienne.

N’être qu’amour en toutes lettres, et attente de te faire naître.

28 commentaires sur “N’être

  1. Quel texte merveilleux qui me tire les larmes au coin des yeux… Ma toute petite est née il y a presque 6 mois, et je chéris chaque jour les doux souvenirs d’elle en moi, de nous deux ensemble, de cette vie future à rêver et l’imaginer… Et croyez moi, rien ne vous prépare à cette tempête d’amour qui dévaste tout sur son passage, mais pour tout reconstruire en plus joli, en plus intense, en plus pétillant 🙂

  2. C’est si joli !
    J’ai transmis la vie deux fois, il y a déjà plusieurs décennies mais vos mots me rappellent combien c’est présent encore et doux, si doux.
    Femmes, quelle chance nous avons de pouvoir vivre ces moments tendres et magiques.
    Je vous souhaite de vivre beaucoup de grands bonheurs cette année et bien d’autres encore
    Lisette

  3. Ce sont des mots comme les tiens, et ceux de Caroline, qui ont transformé mon appréhension en envie et curiosité.
    Toute aventure apporte son lot de défis, de situations périeuses et stressantes mais oh! combien de victoires magnifiques, de cœurs souriant de savoir qu’on a pu y parvenir.
    Merci Cél de partager avec tant de douceur, tout en pudeur aussi, un moment si intime et si magique qu’est la grossesse. Merci d’apporter un brin de rêve poétique à la vie 🙂

  4. C’est beau … tu es belle … vous êtes beaux tous les 2 (et même tous les 3) !
    Profite de ces instants avant la douce tempête 😉

    Des bien douces bises à la fraîcheur hivernale 🙂

    PS : et tellement jolie cette photo de toi dans la newsletter … si si, je t’assure, même en train de te recoiffer tu resplendis ^^
    PS-bis : <3 <3

  5. Lors de ma première grossesse j’étais prise de doutes, de questions…..à la deuxième, j’étais zen, sereine, pour la simple et bonne raison que je savais dejà !! On peut te décrire des sensations, des douleurs, des émotions…..mais rien ne vaut de les vivre vraiment !! alors non, on ne nous dit pas tout lors de cette aventure intérieure !! J’ai vécu 2 fois ce miracle de la vie, et je suis encore toute émue devant un accouchement, toute ébahie de ce « corps machine » qui vit ces bouleversements physiologiques !!! c’est de la magie !! portez vous bien !:)

  6. Tu as le don pour sublimer tous les doux moments de la vie… Merci merci d’embellir mon quotidien ♥ J’ai donné naissance à ma petite renarde il y a 3 semaines et que c’est doux et tellement au moins aussi magnifique que ces instants de grossesse…
    Profite bien jolie future maman !

  7. Tu sais, c’est rigolo, mais je n’ai jamais voulu avoir d’enfants. Je ne me suis jamais imaginé porter un bébé là, au creux de moi – je crois que mes troubles alimentaires sont un peu pour beaucoup dans tout ça -, et je n’ai jamais pensé que je manquerai quelque chose si je ne portais pas d’enfant. Pourtant, en lisant ton texte, je me rends compte de toutes ces sensations totalement inconnues qui valent peut-être le coup d’être vécues et tant pis pour le ventre qui grossit.
    Je crois que mon commentaire un peu maladroit, mais ton texte a un petit peu bousculé des trucs dans ma tête. Merci. <3

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