Noël : pourquoi s’en réjouir quand même?

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Noël a ses failles. J’en ai toujours eu l’intime conviction, et c’est pourquoi il n’a jamais été mon jour préféré. Attention, je n’ai jamais dit que je n’aimais pas Noël (ce serait tout de même sérieusement me contredire) : simplement, chaque année, je l’aborde sur la pointe des pieds, d’une moue dubitative, sans trop savoir s’il sera vécu de manière totalement épanouissante.
On lit de plus en plus (et de très jolis mots) sur les réticences des uns et des autres devant l’avalanche commerciale qu’il suscite, au point que cela devient lieu commun sur lequel je n’ai besoin de m’étendre. J’ai la chance de vivre dans un petit endroit loin des villes et du vacarme de leurs vitrines et de leurs foules, mais je suis, tout de même, touchée par cette dérive qui gangrène tous les moyens de communication. Je ne sais plus qu’en penser, et je crois que j’ai du mal à fixer mes impressions à cet égard. On ne peut allumer la radio sans entendre de publicité pleine de grelots, d’offre commerciale qui sent le flocon, on ne peut plus regarder la télévision, ouvrir sa boîte mail sans que la blanche montagne pleine de reines et de luges ne fasse dévaler sur nous ses cartons d’emballage. Je suis alors très partagée : à la fois, j’ai envie, j’ai besoin de cela pour me projeter dans la fête, dans les vacances, le repos qui les accompagnera, et dans le même temps, je suis écœurée de ce trop-plein mielleux.
L’an dernier, Dorian et moi avions décidé, épuisés de la période novembre et décembre, de regarder tous les films de Noël possibles (et corrects d’un point de vue critique – ou à peu près), pour nous projeter dans la fête. Soyons sincères, nous avions adoré ces soirées aux allures de Nightmare before Christmas, Love Actually, et même le Noël de Mickey ou Home Alone (tout était permis). Cette année encore, j’ai envie de dessins animés avec des cadeaux sous le sapins et des enfants qui pleurent en retrouvant leurs parents (que ces derniers crient « Kévin ! » ou non), j’ai envie de voir des gros sucres d’orges et des vitrines illuminées, j’ai envie de faire des cadeaux, simples et nombreux, et d’en recevoir aussi, et j’assume ce sentiment (j’espère secrètement que mes élèves me feront comme l’année dernière une grande feuille pleine de cœurs avec deux vieux rouleaux de réglisse en guise d’accompagnement). J’ai envie de Noël malgré ses dérives, parce que, somme toute, les dérives autour de la fête, de l’hiver, de la famille, même commerciales, restent à mon sens de moindres maux dans notre monde un peu bancal.
Il reste à chacun, vous, et moi, de garder en tête ce qui nous est essentiel et ce qui nous est secondaire. Il reste à chacun de faire de Noël l’occasion de penser à ceux qui ne sont plus, sans que cette pensée ne nous dévaste – en serrant contre nous la conviction que penser à eux doit rendre nos étoiles plus brillantes. Avec confiance.
La multitude des drapeaux aux fenêtres ces jours derniers m’a inquiétée par ses (trois) couleurs de revendication ostentatoire, par la peur qu’elle tentait de voiler, par le repli identitaire qui lui est lié. Je ne la critique pas, mais je ne l’approuverai pas non plus. Je n’ai pas regardé d’un air beaucoup plus serein la récupération commerciale et politique qui en était faite. Finalement, si, au milieu de ces temps troublés où des citoyens ressentent le besoin de manifester leur appartenance à un groupe, on se met à parler d’offres sur le chocolat et de décorations qui clignotent, à nous d’en délaisser les excès et d’en voir la lumière. Au mieux, trouvons dans cet Avent l’occasion de distinguer l’essentiel de l’accessoire. Peut-être le trouble identitaire et national, peut-être le flottement dangereux entre individu et groupe seront-ils oubliés juste le temps d’une trêve, celle des confiseurs : pour nous rappeler que l’amour, normalement au cœur de Noël, n’est pas l’affaire d’une journée, et qu’il doit rester la seule valeur digne de pavoiser.

15 commentaires sur “Noël : pourquoi s’en réjouir quand même?

  1. Tout comme toi j’ai du mal avec la consommation excessive, avec la propagande commerciale qui s’emballe. Mais la période de Noel reste dans mon souvenir source de joie, de lumière et d’amour. Et nous avons grandement besoin de tout ça en ce moment.
    Que la chaleur de ce mois de décembre réchauffe nos cœurs et nous rappelle l’essentiel.
    Merci. Cel

  2. Je trouve que Noël cette année sera l’occasion de passer un moment avec ses proches, de profiter de la vie, de pouvoir aimer et d’être vivant. De se rendre compte de la chance que l’on a. Nous sommes intelligents, je pense qu’on peut faire la part des choses entre la partie commerciale et le sens qu’à Noël pour nous.
    Et pour ce qui est du drapeau, il est notre symbole, il fait parti de notre chère France. Je ne pense pas qu’on doit lui tourner le dos sous prétexte qu’il y a des gens qui le prenne pour instaurer une certaine image.

    1. Je n’ai jamais mis en doute l’intelligence de quiconque! 🙂 Effectivement, il faut écouter notre petite voix intérieure nous invitant à sans cesse réinterroger le sens à accorder à Noël, et tout ce qui se passe autour.
      Pour le drapeau, je ne lui tournerai certainement pas le dos. Je ne lui retire en rien l’apanage du symbole, je me contente d’exprimer une petite mise en cause de cette brusque invitation à le brandir, au nom de revendications qui ne sont pas totalement claires, ni totalement pertinentes… Mais ce n’est que mon avis! 🙂 Bonne journée!

  3. Merci, Céline, de m’avoir aidée, par tes mots, à traduire ces pensées que je partage.
    Je les fais de suite voler vers nos 6 enfants et leur famille, vers des amis aussi.
    Belle préparation de Noël, déco, bougies, biscuits, petits cadeaux choisis ou réalisés avec cœur….
    Et bonne fin de trimestre (sûrement bien chargée!)
    Nicmo

    1. Oh là, pour le « chargée », ah! 🙂
      Merci pour ton partage, je suis heureuse et touchée que cela ait pu résonner en toi! Bon décembre nicmo 😉

  4. On sent le tiraillement au creux de tes mots, comme un pas qui nous fait avancer mais également nous déséquilibre. Somme toute n’est-ce pas le fondement de la marche? Le déséquilibre d’un instant pour aller de l’avant.
    Noël a doucement perdu de son sens par chez moi, il me faut le redécorer, le réinventer, capturer sa magie, ses éclats qui miroitent et dans les flocons et dans les yeux des (grands) enfants. Le prendre, le secouer pour n’en garder que l’essentiel : un moment de réflexion, de gratitudes, de temps doux qu’on offre, qu’on partage.
    Je te souhaite des préparatifs plein de joies toutes simples, comme celle que tu nous partages toujours avec beaucoup de spontanéité et de sincérité et qui laisse sourire et chaleur après lecture. <3!

  5. Merci pour ce très beau texte… Je te souhaite de belles préparations de Noël ! Moi j’ai envie aussi de films à regarder au chaud, et de chants ou de musiques de Noël, je pense que je vais aller m’acheter un vinyle !

    1. Ooooh, un vinyle, tu as de la chance! 🙂 Oui, j’imagine, le doux crépitement de la platine, mêlé à celui du feu, les bougies, le sapin en cours de préparation… Et cela me fait éperdument sourire! Merci pour ça!

  6. <3
    Depuis quelques années j'ai du mal avec la période de Noël, justement parce que je trouve qu'elle perd peu à peu sa signification d'amour.
    C'est donc peut être l'occasion de la remettre au goût du jour.
    (Et aussi de regarder Love Actually, parce que j'allais oublier, tu as bien fait de le mentionner !)
    (Comment ai-je pu oublier Love Actually ???)
    Merci Cél pour tes jolis mots. A bientôt, bisous !

    1. Mais comment oublier Love Actually? Franchement? 😀 (En plus, je ne le connais pas si bien que ça : en ce moment, je suis plus dans ma période Disney, chacun son bonbon de Noël…) Je te souhaite un Noël tout plein d’amour, Mnémo, si j’osais, je t’en enverrai par écran en grandes brassées.

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