Octobre à l’aube

LMAmatdoct2Quand j’ai épousé les matins d’octobre, j’ai oublié qu’ils étaient infidèles dans la vie, imprécis dans l’allure, éphémères dans le texte.
Chaque matin, en retardataires des adultérines amours, ils repoussent leurs lumières sine die, et m’effraient de leur fugacité à l’audace pâle. Dans le silence de ces aubes trop courtes, je rêve beaucoup, je me demande un peu, je tremble aussi, et puis j’aimerais bien être une amnésique des angoisses vespérales. Seules les jolies aurores peuvent éclipser mes doutes, et voilà qu’elles oublient de durer, de rester pour le thé, de s’abandonner pour quelques heures, quelques minutes encore, dans le murmure de leur soupir suave. Les aubes fuyantes d’octobre filent de coton entre mes doigts gourds de sommeil, et chaque matin je me sens un peu trahie de leur évanescence. Je ne sais pas bien étouffer la tristesse des lumières à mi-voix, j’ignore tout des grandes et optimistes danseuses. À chaque nouveau départ, j’oublie l’arrivée, à chaque matin, je voudrais vivre sans soir, c’est mon drame, et je me cogne à l’avarice de ces ocres sur les murs blancs, écumes plus pures et plus lisibles que les vagues tourments qu’ils abritent.
J’ai froid, froid d’un manteau d’espoir qui ne tient pas bien parce qu’il est trop grand pour moi, et ne me réchauffent que les bras de celui qui est tout à la fois mon aurore et mon crépuscule.
Après l’aube, quand vient le jour, je recouds le masque du sourire serein, j’engloutis sous les eaux frêles des larmes qui ne coulent pas tous mes espoirs fanés, je force la lumière à oublier mes demi-teintes. Je renoue avec la simplicité brute et presque vulgaire du plein jour, alors que ma noirceur secrète se tait, et s’immobilise d’avoir trop affleuré. L’aube est le plus profond de mes jours, elle le sait. Je lui ai dit. (Il faut toujours se confier à l’aube.) Et de nouveau j’attends, avec la vertu des femmes de marins, les faux-plis de son bruissement, demain peut-être.LMAmatdoct4LMAmatdoct6 LMAmatdoct5

30 commentaires sur “Octobre à l’aube

  1. Un texte qui se lit et se relit dans la douceur du midi. Tout en subtilité et en éclaboussures. Prendre une pause de mes réflexions sur la Bible pour partager des brins d’aube avec toi.
    K.

  2. J’envie ta plume.

    Ça donne l’impression d’avoir besoin de lire et relire et encore relire pour saisir tous le ou les sens de ces jolis mots « tristes ».

  3. <3
    (Mon commentaire est très court, mais c'est surtout que j'ai oublié de cocher la case pour m'abonner à la newsletter dans mon commentaire précédent, alors il fallait que je recommente vite)

  4. Demain peut-être. Demain, tout ira bien. Il faut le croire dur comme fer, revêtir ce manteau d’espoir et s’emmitoufler dans une écharpe de tendresse et de douceur, se laisser bercer aussi, mais conquérir en même temps. Ce que ce texte est beau, quelle poète ! <3

    1. C’est si gentil, merci! (Et garde ton écharpe tendrement douce bien précieusement contre toi, les premiers vents arrivent, et le froid au cœur est trop mauvais. Merci de ton joli commentaire ♥)

  5. <3

    (ou comment poster le commentaire le plus simple et concis … voire original ?! … mais tellement vrai ^^ ! Ah, tes mots, juste <3 quoi ! Et tes photos aussi, juste <3 quoi ! Mais je radote là … enfin, c'est pour une si jolie cause, j'espère que tu ne m'en tiendras pas rigueur 😉 )

  6. Quel joli texte, tout en nuances, empli de sensibilité ! <3
    J'ai du regarder quelques mots dans le dictionnaire parce que je n'ai pas un vocabulaire aussi étoffé que le tien (quel dommage, à ce sujet aurais-tu des conseils pour améliorer son expression écrite, diversifier son vocabulaire ?), et ce qui est surprenant, c'est que sans comprendre tous les mots j'ai été touchée par le sentiment qu'il y a derrière…
    Des bises jolie Cél <3

    1. Euh, je n’ai pas trop de conseil, à part lire, lire, lire 😉 Je suis heureuse de t’avoir fait découvrir des mots, c’est un joli cadeau! 🙂 Un énorme merci pour tes compliments qui me touchent beaucoup!

  7. Quel beau poème ! J’admire (et envie un peu, je l’avoue !) ta prose si fine et musicale. Face à ces mots qui semblent couler si doucement de ta plume, une question me vient : as-tu toujours écrit de tels poèmes ? ou bien as-tu commencé il y a quelques mois, quelques années seulement ?

    1. Merci beaucoup pour ces commentaires qui me font plaisir, et rougir, Caroline! 🙂 Tu sais, je ne crois pas écrire si bien que cela, mais je suis certaine en tout cas d’avoir depuis toute petite aimé les mots! Je ne pourrai donc pas précisément répondre à ta question. J’ai l’impression d’être une éternelle débutante…Après tout, face à notre belle et si riche langue, ne sommes-nous pas tous d’éternels néophytes? 🙂

  8. J’ai découvert le blog il y a peu et suis tombée sous le charme… Quelle merveille de lire vos mots, si doux et si bien choisis … C’est une parenthèse enchantée dans notre vie qui va parfois trop vite, avec ses coups de griffe et sa violence. Un grand merci, je vais devenir une fidèle, c’est sûr ! Trop besoin de quiétude et de poésie, d’humour et de délicatesse, et de la joliesse des mots et de nos émotions de grands sensibles !

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