Ces documents de nous.

Photos : Sybil Rondeau

La photo est un art vraiment fou et vraiment magique dont je ne me lasse pas. Je pense évidemment qu’il n’y a pas une mais des photos, parce que j’utilise plusieurs appareils évidemment (téléphone, instax, ou réflex), mais pas seulement : ce pluriel va plus loin. Je veux dire que je ne considère pas du tout de la même manière la photo que je prends (et peu importe avec quel appareil) d’un bon moment, de quelqu’un d’autre, de moi-même, selon qu’elle soit juste pour moi ou destinée à être partagée avec la famille, ou, encore une troisième catégorie, la photo pour internet (pour ici et instagram). Il y a différentes circonstances de prise, et si je vis toujours la photo comme un plaisir, c’est, d’une part, parce que je prends peu de photos au quotidien finalement, et d’autre part, parce que j’ai toujours distingué le cliché que je prends pour vous de celui que je prends pour moi, et que je sais, par avance, ce que je ferai de lui. (S’il est à peu près réussi, évidemment.) Presque à chaque fois que j’appuie sur le bouton de l’appareil, je me demande pour qui je le fais, pour qui je prends. Et quand c’est juste pour moi, je me demande pourquoi. Pas seulement « pour me souvenir », c’est un prétexte un peu facile et un peu faux. Parce que le sourire de mon bébé, je m’en souviendrai. Et si j’oublie des détails, en quoi est-ce si important, pourquoi je ne veux pas laisser les choses s’enfuir, exactement, précisément, pourquoi ? De quoi ai-je peur, là, en dégainant l’appareil ? Si j’appuie, si j’ai cette photo, quels sentiments veux-je créer chez les autres, et chez moi-même ? 

Ça peut paraître égoïste, mais je crois qu’au vrai c’est le contraire d’une démarche auto-centrée que de ne pas prendre une photo pour les autres mais pour soi-même, en réfléchissant à pourquoi on le fait si c’est pour soi-même, et penser ainsi m’a sauvée, parce que beaucoup de blogueuses ou instagrammeuses finissent par considérer leur activité de photo comme un travail. Elles se sentent vraiment en vacances quand elles laissent leur objectif (et partant, leur téléphone) chez elles. C’est un vrai sujet, à mon avis.

D’autant plus qu’il est facile de tomber dans l’excès en la matière, de prendre trop, ou trop souvent, de ne pas classer, de garder quinze mille doublons, de ne jamais regarder les vieilles photos, ou au contraire d’y passer sa vie. Je ne juge personne, et je ne voudrais pas vous plomber le moral, je veux juste souligner que l’équilibre est très personnel et délicat, et vous inviter à réfléchir là-dessus, parce que c’est très intéressant. 

Bref, je reviens à ce qui m’amène.

Nous avons vécu en mai une expérience géniale, et je me disais qu’il aurait été bien dommage de ne pas vous en parler. 

La photo de famille se développe, elle a même le vent en poupe. C’est un fait, on peut y être indifférent, ou en être très heureux, on peut aussi s’interroger sur les vrais motifs qui poussent à se faire prendre en photo avec son amoureux, son bébé, ses enfants, et où, et quand, et par qui. Encore une fois, il est extrêmement enrichissant de se poser la question. (Et d’y apporter une vraie réponse.)

Bref. (Je m’égare encore) (Mais pas tant que ça) (Vous allez comprendre.)

J’étais partante pour des photos de nous, nous à un âge donné, avec Camille à un âge donné aussi, et pas prises par moi.  Sans me préoccuper de savoir si je prenais pour moi ou pour le blog, sans mettre de trépied, sans m’occuper de rien. Mais je n’avais pas envie d’un souvenir posé, de nous trois dans un champ -encore une fois, chacun fait ce qu’il veut. C’est juste que je ne voulais pas quelque chose de trop commun, ce qui, après tout, est très relatif. Je ne cherchais pas une photo instagrammable, posée, déjà vue, ultra lightroomée. J’avais envie d’un truc artistique, différent, vivant. C’est alors que j’ai découvert qu’une photographe fabuleuse, mondialement reconnue (en plus d’être quelqu’un d’adorable)  (c’est énervant les gens comme ça) proposait une merveille : le documentaire de famille.

En clair, l’idée est simple : Sybil Rondeau est venue chez nous, pendant quatre heures, et nous, nous avons vécu le quotidien. Le banal. Elle s’est effacée (je ne sais pas comment elle fait pour se faire si petite), et elle a tout pris, avec son oeil incroyable. Le goûter, les jeux, les livres, le biberon, le bain, les larmes, les rires, les bouderies, la cuisine, les regards. Nous étions habillés comme tous les jours, je n’étais pas maquillée, la maison n’était pas impeccable. Nous n’avons jamais posé. Elle a tout saisi sur le vif. Des centaines de photos. Couleur, et Noir & Blanc. Quelques semaines plus tard, nous avons reçu le résultat, sur site et sur clé : l’ensemble des photos (le nombre peut varier, en général il y en a au moins 150), et un diaporama qui permet de voir l’essentiel des photos en quelques minutes. Dans son diaporama, elle insère du son qu’elle capte pendant la séance (idée de génie). Le forfait comprend également la création d’un album avec une cinquantaine de photos que l’on choisit. 

Au final. Comment vous dire. C’est magnifique.

J’ai beaucoup réfléchi, et j’ai choisi de ne vous montrer ni le diaporama, ni les photos les plus belles. J’ai vraiment le sentiment qu’elles sont trop intimes. Quand je me suis rendue compte de ça, j’étais ravie, parce que je me suis dit que c’était le signe ultime que les photos étaient réussies et que j’avais ce que je voulais. Un souvenir fou du quotidien dans sa forme la plus brute, la plus nue. Les rires de mes deux hommes, mes cernes, nos regards rêveurs. Lire un livre, partager une fraise, sortir les crayons, consoler, laver les cheveux, embrasser. Un flot d’instantanés magnifique, artistique, et en même temps terriblement personnel, privé, nous trois sans filtre, en pleine figure, un moment sur notre route, la vie la vraie. Un torrent de notre essence, dans l’instant de ce présent suspendu. J’en ai la chair de poule en l’écrivant, tenez.

Je glisse quelques unes des photos de Sybil tout de même dans cet article, choisies avec pudeur. Pas pour étaler, ou pour mettre en scène ma vie. Juste pour vous dire qu’elle est une photographe incroyable et que si vous cherchez un cadeau à vous offrir, vous faire offrir, ou offrir tout court, je vous aide. L’ensemble est un peu cher mais c’est un salaire qui ne me semble pas si élevé que ça au vu du temps passé, du rendu, du niveau de photo, des prestations finales, de l’investissement et du talent. C’est vraiment une expérience intense, et magnifique à vivre. (Le site est ici)

Photos : Sybil Rondeau 

Et vous, dites-moi, pourquoi prenez-vous des photos ? Avez-vous déjà envisagé de faire une séance famille ? Aviez-vous entendu parler de ce style de photos, qu’en pensez-vous ?

 

Cet article est non-sponsorisé, libre.

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12 commentaires sur “Ces documents de nous.

  1. Réflexions très intéressantes ! J’adore la photo, même si j’en prends peu, ou en tout cas selon mon humeur. Pour un voyage, les mots écrits dans un journal de bord feront ressortir toutes sortes de souvenirs et d’émotions, même des années après, plus qu’une photo je pense.
    Je ne connaissais pas du tout cette photographe, le concept a l’air vraiment génial, au résultat très touchant.
    Je n’ai pas encore d’enfant mais je sais que j’aimerais bien faire une séance avec un professionnel, même si je n’ai aucune idée de la forme, et ton article m’interroge vraiment sur ce sujet, alors merci !

  2. J’aime beaucoup les photos vivantes, les photos du quotidien, les photos non-posées. Celles-ci ont vraiment l’air très jolies et je comprends que tu gardes les plus belles et les plus intimes pour vous : c’est qu’elles sont d’autant plus réussies. Merci d’avoir partagé un petit bout de votre quotidien avec nous.

  3. Tes photos sont magnifiques, dans le vrai, le touchant < J'adore !!
    Je prend des photos pour saisir le présent, le moment, l'instant. Dans un monde où tout bouge et change si vite, je veux pouvoir me remémorer cet instant, ce que j'ai ressenti, ce que j'ai fait. Pour qu'il dure toujours d'une certaine façon

    1. Les photos de Sybil Rondeau sont effectivement pleines de talent !
      Je comprends bien cette envie de fixer un peu ce qui change si vite… Même s’il est important, me semble-t-il, de prendre conscience d’une fuite inévitable (et salutaire ?) du temps. 🙂

  4. C’est beau, tout ça !
    Moi c’est banal, mais c’est surtout pour 1) ne rien oublier (mes propres souvenirs d’enfance ont été refoulés dans je-ne-sais-quel tiroir de ma mémoire, et les photos de ma maman sont les seules traces de ces années là) ; 2) pour faire un support-à-souvenirs pour mes enfants (ma fille aînée a 4 ans, et se plait à regarder ses albums, et à s’entendre raconter la vie autour de chaque cliché).
    Je m’interroge par contre beaucoup sur les effets que peut avoir cette présence massive d’un objectif braqué sur nos enfants. Si l’appareil photo n’est jamais loin de moi, j’ai mis de côté Snapchat et autre, pour les laisser exister en dehors de cet “oeil virtuel”.
    Les photos que vous nous offrez sont en tout cas toujours tres douces et pudiques, alors merci pour ça.

  5. Merci encore pour ces mots qui résonnent souvent en moi.
    Je ne suis pas confrontée à l’idée de montrer ou pas un bébé (j’en ai pas !), de faire ou pas de séance “famille”.
    Cependant, je me suis motivée, depuis octobre environ, à publier quasi chaque jour (une vingtaine par mois environ) une photo sur instagram. Alors, je ne me force pas, mais je prends (avec mon reflex) peut-être plus de photos que je n’en aurai prises sinon. ça m’a poussé à me renseigner, à m’entrainer, à l’avoir toujours sous la main, … et ça c’est top, parce que j’ai progressé, et que je suis de plus en plus contente de mes photos. Mais, d’un autre côté, je me rends compte que j’ai moins soigné des photos “pour moi”, pour nous, de la vie du quotidien, celles qui ne sont pas pour les autres, le reste du monde ont moins progressé. Donc le prochain challenge, c’est m’améliorer dans les portraits et les scènes de quotidien, et je crois que je dois juste prendre du temps, encore plus (c’est la solution à beaucoup de choses, non?).
    Merci, et en effet, les photos sont superbes, j’aime beaucoup le style.
    Bel après-midi,
    Alix

  6. Je trouve cette démarche vraiment géniale ! Les photos sont pour moi une façon de garder une trace de certains moments, non pas pour ne pas les oublier, mais pour en garder sur papier une version parfois un peu différente de celle qui restera dans notre mémoire (un peu moins enjolivée peut-être, mais réelle et spéciale quand même). Malheureusement, je ne suis pas très douée pour traduire ce que je ressens dans mes propres photos… J’essaye quand même d’en prendre au quotidien, quelques unes mais pas trop, pour ne pas oublier de profiter d’abord du moment en vrai. J’ai aussi un rapport différent quand il s’agit d’une photo pour Instagram, j’y accorde un peu moins d’importance, je cherche moins la qualité (ce qui est assez libérateur, d’une façon assez surprenante, c’est ce qui me plait avec ce réseau social), ce sont plutôt des sortes de photos-cartes-postales que je prends pour moi et pour mes proches.

    Une séance de ce type avec un professionnel doit être un moment très beau à partager. J’y avais déjà pensé quelques fois mais en restant assez réticente par rapport au côté posé, mais là, je dois reconnaître que la démarche me plait beaucoup. Merci d’avoir partagé ces quelques clichés avec nous !

  7. Coucou Céline,
    C’est rigolo parce que juste avant que tu écrives que tu avais la chair de poule en écrivant ces lignes, mes poils se dressaient doucement sous l’effet de tes mots, de cette idée de mise à nu, de brut, de vrai.
    Et je comprends ce besoin, cette envie, de garder ces photos pour toi, parce qu’elles sont votre histoire, intime, sur papier glacé (ou écran rétroéclairé).
    Je me rends compte que je prends de moins en moins de photo, alors qu’il y a 3 ou 4 ans je ne pouvais pas m’en empêcher. Et puis je me suis aperçue que j’en oubliais de vivre les moments, pleinement, et que c’était dommage.
    De temps en temps quand même, j’aimerais bien pouvoir appuyer sur un bouton imaginaire pour prendre un cliché d’un moment de vie qui me touche, que j’aimerais pouvoir garder pour le ressortir dans certains moments où ça peut faire du bien de se remémorer certaines choses. Un peu comme cette photographe qui s’est faite toute petite dans votre chez vous.
    Enfin voilà, aujourd’hui j’essaye d’être dans l’instant, et moins dans l’instantané.
    Je vous souhaite plein de belles choses à tous les trois, votre bonheur est contagieux.
    Et puis, si jamais tu écris un livre un jour, même si tu as décidé d’arrêter ton blog, je serai plus que ravie de le lire, je crois – depuis que je te lis – que je m’y retrouverai un peu, ou du moins qu’il me touchera.
    Je t’embrasse Céline,
    Gwenaëlle

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