Réforme de l’orthographe : on se calme.

« Ne touchez pas à notre orthographe », « #JesuisCirconflexe » (!),

« Une réforme qui simplifie sans aucune logique », “au détriment du patrimoine”, « qui oublie l’étymologie », “un recul de l’identité française”,

« Réforme de l’orthographe, ou triomphe du low-cost? », “Nivellement par le bas”, “Adieu accent circonflexe”, “Ayons une âme de résistants” …

Voilà ce qu’on peut lire un peu partout depuis une semaine.

En clair, c’est la panique. On s’affole dans les journaux, sur les réseaux sociaux et même dans la rue, on s’insurge, on clame notre identité mise à mal, on soupire d’un appauvrissement linguistique qui en deviendrait national.

J’ai été extrêmement surprise de voir que cet affolement mi-amusé mi-atterré gagnait tout autant les élites, journalistes en tête, que les personnes a priori à l’écart de ce genre de polémique. Toute personne que je croisais, caissière, restaurateur, agent d’entretien, devenait un animal traqué qui se jetait presque dans mes maigres bras de prof de Lettres pour pleurer une déperdition de tout un Patrimoine, avec un P majuscule. «Vous avez vu? Ils nous réforment l’orthographe! ». Bon.

Je me suis dit qu’il serait intéressant de faire le point, parce que cela commençait passablement à m’énerver. Pas tant le comportement de ma caissière que celui de n’importe qui dans les médias,  affirmant des idées fautives, et déformant à grand bruit ce qui aurait pu (et dû?) (avec accent) passer inaperçu.

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C’est la première chose à corriger : le mot « réforme » est souvent mal compris, tout simplement parce que… L’orthographe n’est pas une loi. Elle est de l’ordre de la convention, il n’y a jamais eu, dans toute l’histoire de notre langue, de loi ou d’édit concernant notre écriture. (On a lu çà et là, des articles qui voulaient tempérer le propos en affirmant que l’orthographe avait “subi plusieurs réformes” dans l’Histoire. C’est inexact : elle n’a jamais subi de “réforme” puisqu’elle n’a jamais été force de loi, elle n’a même jamais été figée du tout.)

En fait, beaucoup de ces journalistes l’oublient (ou l’ignorent?), mais, avant l’Académie française, chacun écrivait comme il le souhaitait, la plupart des mots avait plusieurs orthographes possibles sans que personne n’en fût choqué. En 1635, l’Académie française est née. Son but fut de fixer des préceptes, d’uniformiser, mais jamais de fixer un dogme. Son grand souci a été celui d’interroger l’usage. (Autrement dit, les Immortels ont sans cesse interrogé les habitudes des français dans l’écriture et la prononciation pour décider que dans les dictionnaires on mettrait un « s » ou deux « t » à l’intérieur du mot, un accent aigu ou grave, ou autre bizarrerie qui s’installe dans la langue.) L’Académie s’est donc toujours demandé ce qui se passait dans l’usage, puis le proposait ensuite dans son dictionnaire qui avait une sorte de valeur officielle. Cependant, même après la naissance de l’Académie, il a toujours existé des dictionnaires concurrents (Littré, je pense à toi) qui donnaient aussi leur avis, parfois différent. Plusieurs orthographes d’un même mot étaient référencées, proposées comme cohérentes.

L’orthographe française n’est  pas, contrairement à ce que l’on peut lire un peu partout, une tradition, une loi immuable, une valeur intangible, traversant les époques. Les dictionnaires proposent même souvent deux possibilités pour un seul mot lorsque l’usage les fait coexister. D’où vient alors cette idée commune selon laquelle l’orthographe est règle collective sans souplesse? En fait, tout s’est un peu figé il y a 150 ans, avec l’éducation pour tous. On a cessé de considérer l’orthographe comme évolutive, et, dans les mœurs, elle est devenue une sorte de loi, que l’on transmettait de père en fils et d’écolier en écolier. Depuis, on enseigne ces règles en oubliant qu’elles n’avaient jamais été vraiment figées, qu’elles étaient à l’échelle des siècles et des millénaires, en constante ébullition, en constante réflexion.

Alors, que s’est-il passé, concrètement, la semaine dernière?

L’Académie a proposé en 1990 (!) d’accepter comme « justes » des variantes orthographiques spécifiques sur certains mots, je reviens ensuite sur le contenu. Certains manuels scolaires appliquaient ces modifications, pas d’autres. Dans la refonte des manuels pour la rentrée prochaine, les manuels viennent de décider de s’harmoniser et de tous les appliquer.

C’est tout. Pourquoi un tel bruit alors? Je vous le demande. (Et je répondrais bien: “parce que les médias l’ont décidé”, mais je ne veux pas vous influencer.)

Enfin, cette « réforme » n’est pas une « simplification ». Rien ne dit que l’orthographe va perdre de sa superbe et de sa complexité, rien ne va « tout autoriser ». Il s’agit simplement de recommandations pour accepter certaines variantes qui sont tout aussi justes que d’autres d’un point de vue étymologique, et qui pourraient tendre à remplacer une version actuelle car celle-ci n’a pas trop de raison d’être.  Cela ne «simplifie » pas au sens d’appauvrir, cela nuance simplement. Tout cela nous amène au contenu.

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Alors, je vais me faire l’avocat du diable, pour un instant, mais voilà: les propositions de ces recommandations ne sont pas des inepties. On peut même en regarder ensemble quelques unes, cela vous donnera matière à répondre à ceux qui pleurent sur nénufar et ognon.

soupt1Le problème des accents a fait couler beaucoup d’encre, petites blagues sur l’accent circonflexe en tête… Rectificatifs?

✣ Tout d’abord, calmons nous, l’accent circonflexe ne disparaît pas. Il est juste toléré, selon l’académie (et depuis 25 ans), d’écrire certains mots sans l’accent circonflexe seulement sur le i ou u et lorsqu’il est inutile. (ile, bruler, abimer, aout…) Lorsque l’accent permet de distinguer deux mots (mur/mûr, jeune/jeûne, sur/sûr…), on le conserve, évidemment.

✣ Ensuite, on a pu lire et dire un peu partout qu’il ne fallait pas supprimer l’accent circonflexe parce qu’il était trace d’un mot contenant un s. (Hospital, hôpital.) Il faut largement nuancer : l’accent circonflexe ne signifie pas forcément que le mot contenait un « s ». Il est avant tout une marque de la longueur de la voyelle. Il marquait une prononciation différente. (Par exemple âge : le a était long, et prononcé long ; on est passé par la graphie aage, puis l’académie française a décidé au XVIIe de simplifier en  âge.)

Nous en revenons à l’essentiel : l’orthographe a toujours couru après la prononciation. Elle ne naît pas de nulle part, et n’a jamais été figée.

✣ Les accents ont donc constamment évolué. Les nouveaux textes proposent d’accepter des changements d’accents graves en aigus ou l’inverse. (sècheresse/sécheresse, lèchera/léchera…) Mais la plupart des mots courants ont contenu des modifications, des suppressions, ou des ajouts d’accents, et personne ne s’en offusque – parce que nous l’avons oublié. Par exemple, il faut ouvrir le dictionnaire historique du français pour voir que blé, jusque fin XVIIIe, s’écrivait bled. (avec un petit d étymologique qui ne se prononçait plus. Comme dans pied.) En 1700, il y eut de grands débats, l’académie proposa l’orthographe blé, beaucoup ont hurlé, « ce ne serait pas comme dans pied »… Pendant des années, les deux ont coexisté. Les débats étaient ouverts et tout était possible. Au final, on a gardé l’un, pas l’autre. « On », au sens « nous tous », au sens de l’usage. Parce que c’est bel et bien le plus important.

D’autres exemples d’évolutions d’accents, en vrac?

  •  Au XVIIIe, on écrit systématiquement avec accent les mots avec “ex”. :  circonflèxeéxemple
  • Soutenir a été accepté, depuis le XVIIIe, en sous-tenir et  soûtenir,
  • Chute s’est écrit chûte tout le XVIIIe, à cause du hyatus d’origine, « cheute »),
  • La plûpart (XVIIIe ),
  • Toûjours (XVIIe),
  • (le participe passé de voir) (XVIIe),
  • Vîtesse, vîte (XVIIe),
  • Créme, changé en crème au XVIIIe,
  • Le gros exemple déploré çà et là était celui d’entraîner, toléré désormais sans accent. Quoi, on peut écrire s’entrainer, quelle honte! Bon. Ouvrons un dictionnaire du XVIe : s’entrainer ne prend pas d’accent. Il prit ensuite un s (s’entraisner). L’accent apparaît en 1740. (Traîner suit d’ailleurs la même logique.) Je veux bien défendre la langue de Voltaire, sauf que Voltaire n’écrivit sans doute jamais s’entraîner avec un accent…
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Alors, il est clair que ognon semble arracher les yeux de tout le monde. Revenons en arrière. Pourquoi ce i bizarre que l’on ne prononce plus?

En fait, il s’agit d’une ancienne graphie du i en plus de gn pour que l’on comprenne que gn était mouillé, qu’il se prononçait (nyeu). Au XVIIe, pour la plupart des mots, les deux graphies co-existaient, gn, et ign. (oignon/ognon, poignée/pognée, montaigne/montagne, gaigner/gagner, campaigne/campagne, et même coigner/cogner et cigoigne/cigogne…Dans toutes ces occurrences, le i ne se prononçait pas. (D’ailleurs, les spécialistes de Montaigne prononçaient “Montagne”.) Le i ne servait qu’à indiquer qu’il fallait prononcer le gn « nyeu » (et non “gne” comme dans agnostique.) Sauf que… Cela a créé des confusions car dans l’usage, certains i se sont mis à se prononcer. (Comme dans moignon, araignée, et poignée.) Les i avant les gn ont donc disparu entre le XVIe et XVIIe siècle. (gagner, campagne…) sauf lorsqu’ils étaient passés dans la prononciation. (comme poignée). Aujourd’hui, tout le monde dit « ognon», et le code  i  n’est plus compris comme code de prononciation du gn. Est-ce une “faute” d’imaginer tolérer son évolution, comme celle de “montagne”?

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Pour citer un article: « Dans le viseur de l’académie, les traits d’union et les ph ». Bien curieuse, cette formulation « les ph », parce qu’il n’y a qu’un seul mot concerné (!) : nénuphar, proposé en nénufar.

Quelle est l’histoire de nénuphar? Nénuphar est une erreur étymologique. Il s’agit d’un emprunt à l’arabe au XIIIe siècle, et il s’est alors écrit avec un F. (Le mot veut dire “Lotus” en égyptien ancien.) Or les linguistes post-renaissance se sont dit que cela ressemblait à nymphea (en latin, la fleur des nymphes -qui ne veut pas dire lotus du tout.) Certains dictionnaires ont alors proposé de l’écrire avec un ph pour lui prêter un étymon grec qui leur semblait joli. La graphie a été adoptée et maintenue, malgré l’erreur, mais la plupart des écrivains ont conservé nénufar.  Le ph a été enregistré par l’académie française seulement en 1935 (!). Les deux orthographes nénuphar/nénufar ont quasiment toujours coexisté. (Scoop.)

Victor Hugo écrivait nénufar, Chateaubriand écrivait nénufar, Mallarmé écrivait nénufar.

La plupart des dictionnaires ont toujours précisé à l’article “nénuphar” que nénufar avait été utilisé… Comme si l’usage ne l’avait jamais fait disparaître! L’idée ne sort donc pas de nulle part…

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L’académie propose d’en supprimer, ce qui fait hurler au scandale. On accepterait portemonnaie, chauvesouris, millepatte, quelle horreur…Pourtant, là encore, les mots à traits d’union n’ont cessé d’évoluer, et aujourd’hui, il y a des dysharmonies dans ces évolutions. En effet,

  • On gardait porte-monnaie, alors que portefeuille avait perdu en 1798 son trait d’union, ainsi que portemanteau.
  • Chauve-souris s’écrivait en un mot au XVIIe, et même sans le s final : chauvesouri !
  • Millepatte est proposé sur le modèle de millefeuille, ce qui ne serait pas illogique. (D’ailleurs millefeuille a sans cesse changé en quelques siècles, perdant ou retrouvant son trait d’union.)
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Un point de la réforme des recommandations de 1990 dont on a peu parlé (et pour cause) : elle propose de systématiquement appliquer les règles d’accord du français à des mots d’origine étrangère. Accepter matchs et sandwichs au détriment de matches et sandwiches (à l’anglaise), voilà qui ne marque pas vraiment un “recul de l’identité française” …

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Conclusion

Je préfère devancer les critiques : je ne dis pas qu’il faut approuver les yeux fermés l’ensemble des recommandations. Je crois qu’elles ne sont pas toutes prêtes à passer totalement dans l’usage, et pour ma part je n’écrirai jamais « ile », je garderai « léchera » « s’entraîner » et « oignon ». J’ai également du mal à accepter la simplification des accords de participe passé avec les pronominaux, et conserverai  “elles se sont laissées faire” qui me semble plus logique que la nouvelle tolérance « elles se sont laissé faire »…Cet article avait pour but de vous montrer que les choses sont plus compliquées qu’il n’y paraît, et qu’avant de s’inscrire en faux contre une “réforme”, il faut en connaître précisément le contenu. Mais surtout, je parle là en tant qu’enseignante de collège classé éducation prioritaire, qui passe ses journées à essayer de faire lire et écrire des enfants de 10 à 15 ans : je trouve extrêmement dommage que l’on s’attarde sur ces détails un peu partout alors qu’ en matière de langue française, l’essentiel est ailleurs. (Les élèves qui ne savent pas ce qu’est une virgule, ni comment trouver un verbe, ni écrire deux mots pour se faire comprendre, on en parle? Ceux qui écrivent « sa » au lieu de « ça », qui, pour marquer un pluriel, ne savent pas s’il faut ajouter un s ou -ent, que fait-on, vraiment, pour eux? L’appauvrissement général du vocabulaire, que fait-on pour le soigner?) Je m’attriste donc de voir le nombre de message violents tels que “Non à la réforme”, “n’importe quoi”, “je ne changerai pas mon orthographe pour ces… ” suivis de vraies insultes (messages largement partagés et diffusés, sur les réseaux sociaux notamment). D’une part, parce que je crains qu’ils ne sachent pas exactement de qui, ni de quoi ils parlent, d’autre part, parce qu’il est faux d’accuser de manque de logique ces propositions. Il est réellement dommage de lire des simplifications journalistiques (ou non) qui ne connaissent ni la réelle histoire des mots, ni la vraie évolution de la langue qu’ils croient défendre. La langue française est effectivement à préserver, à soigner comme on soigne un enfant malade, et c’est vers ce soin qu’il faut se tourner, sans doute avec plus de calme et de profondeur qu’en se gaussant de nénufar .

Aimer notre langue, la chérir, c’est la faire vivre, en lisant, en écrivant, et en parlant même, en interrogeant son sens et son histoire toujours : c’est là le seul et vrai programme de “réforme” à suivre, ne croyez-vous pas?

Sources

-Nina Catach (dir.), Dictionnaire historique de l’orthographe française, Larousse

-Jacqueline Picoche, Dictionnaire étymologique du français, Le Robert (collection les usuels)

Liens très conseillés :
https://line.do/fr/lorthographe-et-son-histoire/a3z/vertical

http://www.charivarialecole.fr/j-enseigne-en-nouvelle-orthographe-et-tout-va-bien-a291726

Je tiens à remercier mon grammairien philologue de mari pour nos échanges toujours riches, et pour nos emportements et recherches conjugaux sur les faits d’une langue que nous aimons avec beaucoup de tendresse.

63 commentaires sur “Réforme de l’orthographe : on se calme.

  1. J’ai adoré lire ton article, à la fois instructif, pas moralisateur, et évidemment si bien écrit !

    J’étais au courant de quelques changements dans la langue française, des différentes orthographes possibles dans le passé, de l’évolution de la langue française, mais avoir des exemples sous les yeux est vraiment intéressant.

    J’aurai personnellement beaucoup de mal à modifier l’orthographe des mots telle que je l’ai apprise, mais la langue évolue, c’est compréhensible. Là où j’ai encore plus du mal cependant, c’est avec la reprise de l’affaire dans les médias, qui date un peu comme tu le précises, et la haine et les insultes des gens envers cette réforme.

    Et j’ai vraiment adoré cette phrase, qui m’a fait beaucoup rire : “Je veux bien défendre la langue de Voltaire, sauf que Voltaire n’écrivit sans doute jamais s’entraîner avec un accent…”

    Au plaisir de lire tes prochains articles 🙂

    1. Oui, je crois que ce déferlement de haine cache en fait une grande peur, celle du changement, nourrie par un éternel “c’était mieux avant”… Il est si dommage de s’indigner sans réfléchir! Merci de ton ouverture d’esprit.

  2. En tant que prof de français, et aussi parce que j’avoue que je n’avais pas encore creusé la question (et oui, “ognon” je trouve ça laid :P) : merci.

    J’étais très réservée sur le sujet à cause des conclusions que certains en tirent. Par exemple, dans sa newsletter, Titiou Lecoq écrivait : “[…] les complications orthographiques sont un moyen de distinction sociale. ” Et ça m’avait gonflée, parce que je me suis dit : “ah bon, dans la tête de tout le monde il est apparemment clair qu’une personne en bas de l’échelle sociale est trop conne pour apprendre à orthographier.”

    La remise en perspective que tu fais dans ton billet est très salutaire. C’est dommage que, comme tu le soulignes, une partie des journalistes ne fasse pas son travail. Le Monde avait publié un article pour calmer les esprits, mais c’est tout ce que j’ai pu voir.

    1. Il y a eu plusieurs articles rectificatifs, comme l’a souligné une personne sur la page Facebook du blog (tu peux y consulter les liens qu’elle donne en disant que ce battage n’est pas dû aux médias qui ont “bien expliqué” les choses.) Cependant, ces articles sont restés rares, et surtout, tout est bien parti d’erreurs médiatiques. Les réseaux se sont emportés, mais au départ, ce sont bien des journalistes qui ont déformé l’information, disant que “tous les “ph” allaient devenir des “f”, exemple ‘nénuph/far'”. La presse s’est engouffrée dans la brèche en quelques jours sans remettre en cause cela, et les “rectificatifs” sont malheureusement restés discrets.
      Après, je partage ton avis sur l’idée qu’orthographe et distinction sociale n’ont pas de lien aussi direct que l’on voudrait nous faire croire… et heureusement!

  3. Merci Céline pour ce billet qui remet les choses à leur place, dans leur contexte… En 1990 déjà, cette “réforme” avait fait les choux gras des journalistes. Je pensais que le temps ferait son œuvre mais visiblement, il n’y a pas encore eu assez d’eau à couler sous les ponts…
    L’orthographe et moi sommes plutôt copines de longue date mais aujourd’hui, maman de 2 dyslexiques (collégien et lycéen), j’ai appris à lâcher du lest parce que l’essentiel n’est pas dans ces accents compliqués, dans ces pluriels à traits d’union qui font s’arracher les cheveux, mais bel et bien dans le fait de réussir à se faire correctement comprendre quand on écrit, dans le fait de pouvoir communiquer avec un vocabulaire varié, dans le fait de réussir à comprendre un texte, un livre…. et dans le fait de garder toujours un esprit ouvert et critique (mais là, on dépasse largement le cadre de l’orthographe ! )

    PS : et pour lever tout doute, “lâcher du lest” ne signifie pas “abandonner” : je continue donc à corriger leurs fautes, à reprendre avec eux leurs écrits, à expliquer encore et encore les règles ou les origines des mots…

  4. Très bel article, juste et intéressant. Merci d’avoir pris le temps de faire ces recherches et de nous en faire part !
    Je me suis beaucoup interrogée sur ces recommandations et j’ai d’ailleurs, au cours des années passées, plusieurs fois écrit à l’Académie Française pour leur poser des questions à son sujet (oui, j’ai une vie palpitante). Personnellement, c’est plus le maintien de deux orthographes différentes qui me perturbait : fallait-il écrire “contre-ordre” ou “contrordre” ? “Sandwichs” ou “sandwiches” ? Et cela me perturbe toujours un peu, car, à moins de connaître par cœur tous les mots concernés (car il me semble que tout n’est pas systématique dans ces recommandations), cette double utilisation peut entraîner des confusions et des erreurs (sur les mots non concernés, par exemple).

    De toute façon, nous n’avons pas à nous “opposer” ou à “soutenir” ces recommandations, puisqu’elles ont été décidées voilà plus de 25 ans et ce n’est pas une pétition ou quoi que ce soit qui changera quelque chose. Même si je continuerai, par habitude certainement (et un peu aussi par nostalgie conservatrice ;), à utiliser l’orthographe d’avant 1990, je pense, tout comme toi, qu’il y a des choses bien plus importantes à défendre. Mon gros combat, c’est plutôt la syntaxe et la ponctuation. Où sont passées nos virgules ? Sans virgules, un texte peut vite devenir incompréhensible et je dois parfois relire plusieurs fois certaines phrases où les virgules sont inexistantes ou mal placées pour finir par les comprendre. Même chose quand la syntaxe est défectueuse. Je suis d’autant plus choquée par ces journalistes et personnalités politiques qui crient au scandale quand on sait le nombre de fautes de syntaxe qu’ils font tous les jours à la radio, à la télévision ou dans les journaux – sans parler des pléonasmes, des pataquès ou des confusions de vocabulaire (à ce sujet, je te recommande le petit livre de Jean Maillet, “Langue française, arrêtez le massacre !”, qui relève toutes les erreurs qu’on peut entendre régulièrement dans les media – c’est parfois très drôle).

    D’autre part, pour aller un peu à l’encontre des discours “pro-réforme”, je dirais qu’une langue est certes vivante et qu’elle évolue toujours au fil des siècles, mais j’ai été un peu heurtée de certains commentaires qui disaient que s’opposer aux recommandations de 1990, c’était faire le jeu d’une dictature de l’élitisme et de la reproduction des oppressions (je simplifie, mais j’ai un peu lu ça) et qu’une langue devait rester malléable, anarchique et personnalisable à l’envi. C’est amusant, car j’utilise beaucoup l’anarchisme dans le cadre de mon travail et j’en partage bon nombre d’idéaux, mais il me semble qu’on confond ici structure de pouvoir et structure de communication. Une langue n’est pas “anarchique” ou “dictatoriale” : c’est avant tout un outil de communication et, de la même manière que le langage informatique est arrêté afin de permettre le bon fonctionnement d’un programme, il est normal d’arrêter les règles d’une langue afin d’assurer une bonne communication. Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai un mal fou à lire un texte qui contient des fautes d’orthographe, de syntaxe, de ponctuation ou de grammaire, tout simplement parce que ces fautes entravent une bonne compréhension du message et donc une bonne communication.

    (Je ne savais pas en revanche que les recommandations impliquaient la simplification des accords de participe passé avec les pronominaux : c’est peut-être le point qui me fait le plus tiquer, car je ne trouve pas cela très logique (et j’adore quand la langue est logique – vive le latin).)

    Pour finir, je crois que l’on charge beaucoup trop la langue de signification. Je vais me faire taper dessus, mais je m’interroge beaucoup sur les questions relatives au genre. Je suis féministe et, pourtant, je distingue genre grammatical et genre biologique. Ainsi, l’utilisation de mots de genre grammatical masculin pour désigner des professions exercées par des femmes ne me choque pas vraiment (bouh, vilaine). Je me destine à être “professeur” et cela me convient très bien, car les noms ne sont pas sexués en grammaire. Bon nombre de titres honorifiques et de fonctions prestigieuses traditionnellement occupés par des hommes sont de genre féminin (“majesté”, “éminence”, “altesse”, “seigneurie”, etc.). De la même manière, on utilise des mots féminins pour des entités qui peuvent pourtant désigner des individus de sexe masculin : “une personne”, “une figure”, “une célébrité”, “une vedette”, “une sommité”, “une personnalité”… et même “l’humanité” ! Ce qui me gêne dans le fait de “féminiser” les noms par souci de parité, c’est la tendance à faire du e muet l’apanage du féminin (j’ai même vu écrit récemment “nou-e-s” et “vou-e-s”). Or il existe beaucoup de mots en français qui finissent par un e muet et qui sont pourtant masculins (“acrobate”, “antidote”, “apogée”, “armistice”, “augure”, “obélisque”, “termite”, “tentacule”, etc.). Sans parler des mots épicènes (“végane” ! ;). Si l’on souhaite “féminiser” les fonctions dites “masculines”, commençons par utiliser les mots existants plutôt que d’en créer des nouveaux : “autrice”, “doctoresse” et “mairesse” existent et il ne tient qu’à nous de les utiliser ! Et sinon, créons un genre neutre, comme en anglais, cela simplifierait peut-être les choses…

    Bref, j’arrête là mon roman, je pourrais continuer des heures. Merci encore pour ton super article. Pour finir, j’avouerai simplement que, quand j’étais petite, je croyais qu’on écrivait “trèdugnon” pour “trait d’union” et “guillmè” pour “guillemet” 😉

    1. Ophélie, jeu t’aimeu.
      Bon, plus sérieusement, merci, mille mercis de ton commentaire-fleuve, absolument formidable.
      (Pour tout t’avouer, je craignais que tu ne sois pas trop d’accord!)
      J’adore tout le grain que tu donnes à moudre, et nous pourrions en parler des heures. (Note pour plus tard: à aborder au prochain repas.)
      Pour essayer de faire vite, je trouve tellement charmant d’écrire à l’Académie, bon sang, que ne l’avons-nous fait plus tôt! 😀 Je comprends et partage ta gêne face aux mots-dilemmes, même si je crois que je suis moins dérangée, dans l’absolu, par l’idée que la règle soit floue (ou double.) Beaucoup de mes collègues (je ne vise personne) sont obnubilées par l’idée d’une “règle” absolue à appliquer, cherchent des consignes, pour l’orthographe mais aussi pour tout le reste de leur enseignement, et sont persuadées qu’il y a un dogme, une Vérité Venue d’En Haut, qu’elles cherchent à connaître pour transmettre la Bonne Parole. Elles veulent rester de “bonnes élèves”, et être appliquées, pour faire régner des règles qu’elles voudraient claires et péremptoires au sujet d’à peu près tout de leur métier – et de leur conduite. Je crois que le fait de les côtoyer m’a vaccinée contre cette idée-là. J’éprouve un profond besoin d’une douce anarchie en la matière, et j’adore les écrivains comme Tournier qui appliquaient leur propre orthographe (Tournier a toujours rajouté des accents circonflexes, d’ailleurs, comme sur bâteau, parce qu’il trouvait cela joli.)
      Pour la logique, je te rejoins, et c’est pourquoi j’ai toujours envie d’interroger la logique de la moindre règle. En l’occurrence, la logique proposée pour le participe passé est l’harmonie avec le verbe “faire”+infinitif. Elles se sont fait avoir, Elles se sont laissé faire. Je ne suis qu’à moitié convaincue par cette logique. (“Une lettre, une lettre!”, dit-elle en battant des mains.)
      Les fautes de syntaxe, sont, malheureusement, un mal du siècle qui me chagrine beaucoup. J’ai beaucoup de mal à lire la presse, tant je peine à en saisir la pensée, et je grimace trop souvent en lisant des barbarismes et (surtout) des mots qui deviennent tout à coup très à la mode. (Et je déteste l’Éducation Nationale et sa tendance à compliquer les mots, les proviseurs qui disent à tort et à travers “problématique” au lieu de “problème” parce que ça fait chic…En réunion, on se met même à entendre “des boni” pour des “bonus” (!!!), je crois que c’est une nouvelle mode.) L’absence de ponctuation se généralise dans les mails professionnels, les virgules, mais même les points. (Honnêtement, ça, ça me fait très peur.)
      Quant au féminin, ah, ma bonne dame, note 2 pour plus tard : se réserver un mois de vacances pour des débats passionnés. (“Noues”? Mon Dieu, c’est vrai?) Je n’aime pas du tout ces hyper-corrections aussi fausses que maladroites : un masculin reste un masculin, même s’il peut désigner une fonction féminine, ne mélangeons pas tout. C’est prêter tant de valeur à la nature des mots, qui serait inhérente à la nature du signifié! Alors quoi, l’aube a-t-elle quelque chose d’une femme créatrice, et le crépuscule d’un masculin faiseur de nuit?
      Bref, voilà, jt kif, tkt. Et pour boni : trédunion j’adore, moi c’était capédépé. Et j’ai aussi découvert très tard que “ad hoc” ne s’écrivait pas Haddock.

      1. Je vais prendre le temps de commenter très longuement, mais j’avais juste envie de vous dire que les virgules, les points et moi, on vous soutient dans le combat contre la ponctuation anarchique et oubliée.

  5. Bon, je l’avoue, mon premier réflexe dans cette affaire a été (même si ce ne fut que passager) de crier au scandale (et pour cause : s’il y a bien une chose qui fait ma fierté, c’est d’être relativement bonne en orthographe (en écrivant ça, je croise fort les doigts pour qu’une faute ne s’immisce pas dans ce commentaire, ce serait un peu fâcheux…) et il faut qu’on m’enlève ce semblant de pouvoir, moi qui me réjouis tant à chaque fois que quelqu’un me tend un texte à relire !), mais, heureusement pour mon honneur, j’ai très vite révisé mon point de vue en lisant quelques articles bien avisés qui expliquaient en gros, comme tu viens de le faire ici, une chose à laquelle je ne m’attendais pas : le français est une langue vivante, au sens littéral, ce qui implique, évidemment, qu’elle ne peut être figée. Si on nous expliquais ça à l’école primaire, probablement que nous serions tous bons en orthographe.
    Je crois cependant que je vouerai toujours un amour sans faille aux accents circonflexes, que je continuerai à rendre hommage aux oignons (comme je le fais déjà pour les clefs), mais je m’essaierai peut-être au nénufar (c’est tout aussi joli, finalement !) et, si je me prête au jeu, j’essaierai d’introduire le mot piet, bien plus approprié pour laisser les piétons piétiner.

  6. Merci beaucoup pour ce chouette article, j’ai appris beaucoup de choses et j’ai envie de le placarder sur les murs d’Internet et de la maison de famille.
    J’adore toujours autant te lire ♥

  7. Excellente analyse, bravo !

    Et j’ajouterai, dans la rubrique évolution “rien ne se crée, rien ne change, tout se transforme” dixit Lavoisier, que “sage-femme” n’a pas encore son pendant masculin .. sauf dans la réalité 😉

    Et que je ne verrais aucun inconvénient, pour ma part, s’il y en avait un car cela sonne quand même un peu bizarre quand on entend :

    “Je vais chercher la sage-femme” .. et que l’on voit arriver : un homme;)

    Le plus important, dans l’histoire, étant que le dit intéressé soit le plus compétent possible, cette masculinisation du mot n’est pas urgentissime .. ouh lala .. comme nous sommes compliqués “nous les humains” parfois/souvent.

    Un grand merci en tous cas pour ce bel article.

    1. En fait, si j’ai bien compris, “une sage-femme”, c’est un peu comme la réciproque d'”un auteur” ou “un écrivain”. C’est un mot féminin, mais c’est une fonction qui peut être exercée par un homme : “un homme sage-femme” ou “Rémy est une sage-femme” (comme “Marguerite est écrivain”, “Madame le professeur”). Le terme désigne “une personne sachant sur une femme” (du latin “sapiens” – connaissance, sources de sagesse – et se référant à l’objet de cette connaissance, la femme).

      La profession a très longtemps été réservée aux femmes (jusqu’en 1982, elle était interdite aux hommes) et, quand elle s’est enfin ouverte aux hommes, on a cru que le mot “femme” se rapportait à la personne exerçant ce métier, et non à l’objet de sa pratique. D’où “sage-homme” qui a été proposé… Mais l’Académie a tranché : c’est “sage-femme”, nom féminin, pour les deux sexes ! Garder le féminin, même quand la profession est exercée par un homme, ne devrait pas plus choquer que dire “écrivain” ou “professeur” pour une femme. Mais comme les hommes, eux, ne supportent pas vraiment de devoir se plier au genre grammatical quand il les “féminise” un peu trop, on a aussi inventé “maïeuticien”… (qu’on n’utilise pas vraiment) C’est ainsi également qu’une hôtesse de l’air devient un steward ! (et pourquoi pas un hôte de l’air, hein ?) 😉

      D’ailleurs, selon l’orthographe de 1990, c’est “sagefemme” !

      1. Ophélie a tout dit! 🙂 Exactement, j’adore ce glissement : une “sage-femme” désigne une “sage ès femmes”, et non une “femme qui est (très) sage”. Et, comme le dit Ophélie, quand une femme exerce une profession dont la féminisation du titre pose problème (auteur, professeur, recteur, chercheur…), l’usage peine à pencher clairement vers une solution, et préférerait conserver le masculin , mais dans le cas inverse, là, l’affaire ne passe plus! Ah, le masculin à valeur générique a bon dos, mais point encore de féminin à valeur générique… Peut-être un jour? 🙂

  8. Merci pour cet article passionnant qui a dû te demander un temps fou ! Tes élèves ont bien de la chance d’avoir pour prof quelqu’un d’aussi informée… J’ai appris plein de choses et cela n’a fait que renforcer ma réaction initiale face à cette “nouvelle” qui ne m’a fait ni chaud ni froid à vrai dire : cela n’est ni grave, ni important, l’essentiel étant ailleurs d’après moi… et la langue française continuera d’évoluer, de revenir sur ses pas, de remettre des points sur les “i”, mais il n’y aura jamais vraiment de point final à son évolution ! Alors autant prendre plaisir à l’observer, à voir de nouvelles lettres, tirets ou accents se faufiler là où l’on ne s’y attendait pas et à en voir d’autres s’en aller… et revenir !

  9. Merci pour ce très bon article. J’avoue avoir été très surprise des messages d’indignation sur les réseaux sociaux de la part de personnes dont j’ignorais jusque-là l’amour pour la “langue française” … Cela m’a semblé être l’expression d’une sorte de conservatisme qui m’a mise très mal à l’aise.
    Personnellement je suis ravie qu’ognon retrouve une orthographe plus logique (que je crois d’ailleurs utiliser depuis de nombreuses années …).
    En outre, les doubles orthographes au niveau des accents existent déjà (avant même les propositions de 1990). Je pense notamment à événement qui peut aussi s’écrire évènement depuis longtemps, du moins je crois.

    J’ai lu plus haut, dans un autre commentaire, qu’on ne peut pas dire qu’une langue est dictatoriale, mais si, elle l’est, dans une certaine mesure. Le vocabulaire et la grammaire propres à une langue influencent fortement la manière de voir le monde des gens qui la pratiquent, jusqu’à la formation de leur cerveau. Et justement, la raison pour laquelle il existe plusieurs langages informatiques, c’est parce que le langage choisi n’est pas neutre pour la construction d’un programme : on ne peut pas tout faire avec n’importe quel langage, on est limité. L’évolutivité d’une langue est donc, de mon point de vue, tout à fait bonne, car elle est le signe d’une société qui s’adapte aux évolutions cognitives des plus jeunes.

    Enfin, ayant également été confrontée à des jeunes ne sachant pas écrire en classes de collège et lycée, je pense effectivement que le maintien de la grammaire et de la ponctuation, qui sont, elles, fortement porteuses de sens, doit être une priorité, bien avant le combat contre les fautes d’orthographe qui ne changent pas la prononciation et donc le sens des mots.

    1. Je comprends ce que tu veux dire. Mais “dictatoriale” me semble tout de même un peu fort, non? Une langue en dit long sur la pensée, c’est certain, mais je préfère penser qu’elle a valeur de témoin de l’intellect, plus que de point de départ…
      Quant au conservatisme qui t’a mise mal à l’aise, oh là, j’ai partagé ton impression! Dès que j’entendais un débat à la radio, les gens appelaient pour déchaîner une sorte de passion masquant beaucoup de peur, un vrai “de mon temps on ne faisait pas tant d’histoires”, “c’était mieux”, “la bonne vieille orthographe”… Avec en plus l’idée “on a souffert à l’apprendre, donc les enfants de demain doivent souffrir aussi”, que je ne comprends pas bien. Tu sais, l’idée “l’école à l’ancienne”, “le pensionnat”, “la règle sur les doigts”, ah ma petite dame, c’était si bien… Bref, il me semblait que l’on mélangeait tout! 🙂 Je suis heureuse de ne pas avoir été la seule à ressentir cela.

  10. Merci beaucoup Céline pour cet article si instructif et clair.
    J’ai toujours été attachée (pour ne pas dire pointilleuse…) à l’ortographe et à la grammaire française, et maintenant que je vis en Grande-Bretagne et utilise un clavier qwerty, je mets un point d’honneur à bien mettre les accents tout bien comme il faut (je vais mettre 2h à écrire ce message à force d’aller chercher les accents en tapant des mots dans Google !)
    J’avoue que quand j’ai appris cette “réforme” j’ai eu un pincement au coeur, surtout quand j’ai découvert le fameux “ognon” (ma mamie pronnonçait “ouanion” et je trouvais ça si mignon). Et puis en découvrant grâce à tes recherches et connaissances le pourquoi du comment, l’histoire et les racines, les débats et critiques qui finalement ont toujours existé, je me rappelle que notre langue est belle et bien vivante et que nos devrions être fiers de son évolution. Sans tomber dans l’extrême, comme pour tout.
    Je remarque tu as cité tes sources, et je dois bien dire que c’est trop rare sur la blogosphère pour ne pas être souligné.
    Bravo pour ce que tu fais et merci de le partager avec nous.

    1. Ma belle famille aussi dit “ouagnon”, c’est tout joli! Et aussi “portfeuille” (ils sont lyonnais et élident le “e”), “portmanteau”, et “je mtais” au lieu de “je mettais”… Heureusement, ces variantes régionales ne sont pas (encore) dans les papiers de l’Académie!

  11. Merci beaucoup Céline pour cet article à la fois clair et riche qui a le mérite de remettre certaines pendules à l’heure. Prof de lettres également, j’aurais plutôt tendance à m’inquiéter comme toi des grosses difficultés sur la ponctuation, la syntaxe, les homophones, le vocabulaire que l’on rencontre malheureusement trop souvent dans nos classes…
    Quoi qu’il en soit, quel que soit le sujet abordé, c’est toujours un plaisir de te lire ! 🙂

  12. Je suis ravie que tu aies pris le temps de rédiger cet article que j’appelais de mes voeux sans le trouver nulle part ! Tu ne veux pas l’envoyer à quelques médias, dis ? Le problème des journalistes, c’est qu’ils pensent pouvoir tout trouver tout seuls, sans y passer le temps suffisant, ou se tournent vers des “experts” médiatiques, au lieu de rechercher l’opinion (très) argumentée de personnes compétentes, qui ne cherchent pas la célébrité… On a eu le même (et bien plus grave) problème sur la réforme du collège. Comme tu le soulignes, pourquoi ne parle-t-on pas plutôt de la grammaire et du vocabulaire, de plus en plus absents des contenus d’enseignement? – Même dans les dictées, je ne cible que la conjugaison et l’orthographe grammaticale, qui témoignent, elles, d’une réelle compréhension du fonctionnement de la langue.

    Comme toi, les “je suis circonflexe” et autres propos violents m’ont bien choquée (et ont paru risibles à ceux qui ne placent pas leur identité là-dedans).

    Merci aussi à AntigoneXXI pour son commentaire riche en pistes de réflexion !

    Concernant l’argument de la distinction sociale, je ne crois pas qu’il sous-entende, pas chez tous ceux qui l’emploient en tout cas, que les élèves de catégories socio-professionnelles défavorisées apprennent forcément mal l’orthographe : il s’agit plutôt de dire qu’on reconnaîtra les personnes venant d’établissements conservateurs et prestigieux mieux côtés… sauf que dans ceux-là aussi, ils ont de gros soucis d’orthographe grammaticale, dans ceux-là aussi, ils liront des manuels à l’orthographe modernisée. Et puis, bon, il y a tant d’autres signes de reconnaissance entre nantis que cela m’étonnerait que ce détail soit déterminant. Et puis quelqu’un va forcément réer un logiciel pour passer d’une orthographe à l’autre, vous ne croyez pas ;-?

    1. Pour la distinction sociale, tu as parfaitement répondu, je suis totalement d’accord avec toi! Pour le logiciel, tu ne veux pas postuler, dis? Ce serait tellement bien!

  13. Merci pour cette explication 🙂 Bien que je ne sois pas contente que l’on soit plus souple avec les mots car notre langue est belle. j’ai l’impression déjà que les gens ne savent plus écrire alors si on leur simplifie les choses, cela ne va pas s’arranger. 😉

    1. Mais Lolli, comme je l’explique dans l’article, on ne “simplifie” pas! Tu sais, il y a même des mots auxquels ces recommandations demandent d’ajouter des lettres! “Boursoufflé”, (au lieu de l’ancien “boursouflé”), ou “charriot”, au lieu de “chariot”. Non, l’idée n’est pas de simplifier, mais de réfléchir sur ce que l’on peut tolérer comme variantes possibles parce qu’elles sont logiques. 🙂

  14. Merci, Céline, pour l’intelligence, la sagesse et l’humour de ton article magistralement documenté. Voltaire peut dormir content… n’en déplaise à Musset. 😉

  15. article passionnant sur la question , merci !!!
    pour ce qui est de l’accord du participe passé avec les pronominaux j’ai toujours cru que le verbe être utilisé à la forme pronominale se comportait comme l’auxiliaire avoir pour l’accord du participe passé… “les regards qu’elles se sont échangés” (comme “les regards qu’elles ont échangés”) et pas “les regards qu’elles se sont échangées” non ? Qu’est ce que ça donne avec les nouvelles recommandations ? Par contre, comme toi, instinctivement, j’écrirais « elles se sont laissées faire » mais si on suit la règle (enfin, si celle que je suis est bonne) il faudrait écrire “elle se sont laissé faire” puisqu’il n’y a pas de COD placé avant (ni après d’ailleurs ^^). C’est une question grammaticale que je me pose souvent !
    En tout cas encore merci pour ton article apaisant qui permet de mieux comprendre ce qu’il se passe (et d’envoyer le lien à tous ces copains pour les rassurer !)

    1. Je me permets, parce que ça me titille moi aussi ! 🙂 Il me semble que tu as raison… Pour ma part, écrire “elles se sont laissées faire” m’interpelle. Je crois bien qu’il faudrait écrire “elles se sont laissé faire”… Il y a bien un COD (faire, si je ne raconte pas de connerie – mon dieu et dire que je suis prof)… et un COS (se)… Cel ?!

      1. Ah ah! 😀 Dans le questionnaire de Proust, à la question “que direz-vous à Dieu en arrivant au Paradis”, Bernard Pivot répond “je lui demanderai de m’expliquer la règle de l’accord des participes passés des verbes pronominaux, parce que je ne l’ai jamais comprise”. J’adore cette réponse et je partage son désarroi : je trouve cela extrêmement complexe! 🙂
        Ancienne orthographe : “elles se sont laissées faire”.
        Depuis 1990 on tolère : “elles se sont laissé faire”.
        En fait, techniquement, je suis de ceux qui pensent que dans “elles se sont laissées faire”, le COD est le pronom “se”, “elles ont laissé elles-mêmes”, et c’est pourquoi j’ai envie d’accorder. Cela dit, il est vrai que pour maintenir l’harmonie et la logique avec les verbe faire+infinitif, le non-accord est tentant. Elles se sont fait attraper / Elles se sont laissé attraper, c’est vrai que cela paraît plus logique que “laissées”.
        Je crois qu’il faut avoir confiance en sa logique de compréhension grammaticale, j’avoue que “j’entends” trop le COD féminin pluriel dans la phrase pour l’omettre.

  16. Coucou Cél !

    Merci pour ces éclaircissement, je t’avoue que j’étais un peu perdue dans tous ces articles et ces rumeurs critiques vis-à-vis de cette “réforme” de l’orthographe, grâce à toi je comprends bien mieux les tenants et les aboutissants de celle-ci !

    Et ta conclusion vaut toutes les revendications qui soient, on s’insurge d’accents circonflexes en moins mais à côté de ça on ne fait pas grand chose, pour ne pas dire rien quant aux enfants qui ne savent même plus conjuguer des verbes, écrire au pluriel ou encore différencier les ça des sa. Redonnons goût à la lecture et aux plaisirs de lire et écrire !

    Ps : c’est toujours aussi agréable de te lire même si je laisse moins souvent de petits mots <3

  17. Je suis de ceux qui ne sont pas d’accord avec cette “réforme”. Pour commencer, j’avoue ne pas avoir eu l’occasion de creuser le comment et le pourquoi de la réforme. En ce qui me concerne, il y a bien quelque chose à prendre dans cette réforme, mais tout ce qui est simplification me dérange, car tu as par exemple compris la réforme car tu es dans le secteur, et tu as la capacité d’analyser tout çà, ce dont je te félicite en passant car c’est très instructif. D’accord il y a des variantes tolérées, mais je voudrais juste savoir, l’historique mise à part, pourquoi justement les tolérer ? Je suis bien d’accord qu’écrire portefeuille ou weekend ne me dérange pas, par contre voir nénufar, ognon (les deux célèbres), ou ile comme tu dis, m’arrache les yeux, et sur ce point, je considère vraiment cette “tolérance” comme de l’appauvrissement, quel qu’en soit le contexte ou quelle qu’en soit l’historique. Encore une fois, bravo pour cet article très instructif et ce point de vue qui permet de débattre sur ce sujet .

    1. Merci beaucoup de devenir le porte-parole de beaucoup, Corinne!
      Le problème, c’est justement le côté “historique mis à part”, comme tu dis! 🙂 On ne peut pas oublier l’histoire de notre langue et de son évolution, on ne peut pas, à mon avis, dire à un instant T “je trouve cela laid”, “cela m’écorche les yeux”, sans interroger la logique et l’histoire du mot. Dans toute l’Histoire du français (et de ses ancêtres avant lui), il y eut des personnes pour s’indigner, pour dire que “cigogne” au lieu de “cigoigne” était laid, “s’entraîner” au lieu de “s’entraisner” était horrible, “blé” au lieu de “bled” écorchait les yeux. Et pourtant, aujourd’hui, ces orthographes se sont installées dans l’usage… Il ne s’agit donc pas d’un appauvrissement, mais d’une proposition d’évolution! 🙂
      Cela dit, merci beaucoup de partager ton avis!

  18. En fait, il y a eu 2 vagues avec ces modifications orthographique.
    Une première vague d’indignation aveugle, puis une deuxième vague d’acceptation totale par réaction à la première. (Deuxième vague majoritairement partagée maintenant).
    Au final, on est d’avantage sur un ressenti subjectif qu’autre chose.
    Pour ma part, ces irrégularités orthographiques renvoient à une culture, une histoire, que j’estime être une richesse. Une sorte d’indice comme pour nous rappeler qu’avant, il y avait une prononciation différente, une lettre manquante … Je ne connaissais pas toutes explications que tu évoques mais je m’étonne qu’une personne qui sache d’où tout cela vient ne soit pas dérangée par leur oublie dans les manuels scolaires.

    Je peux comprendre que personnellement, ces modifications ne te touchent pas puisque tu ne les emploieras pas. Et même si je partage ce ressenti, je ne l’applique pour autant pas à la généralité. c’est peut être idiot mais je ne souhaite pas que nos enfants apprennent de cette facon puisque c’est en apprenant d’où l’orthographe tirait ces particularites que je me suis améliorée étant enfant.

    Enfin bref, c’est un débat sans fin, puisque subjectif. Mais lire un peu partout “ces marques du passé ne sont plus utiles alors supprimons-les”, ça me fait un peu le même effet que si un archéologue disait “les dinosaures n’existent plus, détruisons leurs fossiles”. Oui, cette comparaison est grossière mais c’est la seule qui m’est venue à l’esprit.

    Quoi qu’il en soit, chouette article. Complètement contraire au mien (dans le top HC aussi pour le coup) mais bel article. j’ai apprécié en connaître d’avantage.

  19. Merci d’avoir eu l’esprit assez ouvert pour apprendre un peu d’étymologie ici alors que tu n’es pas de mon avis! 🙂
    Alors, je ne comprends pas bien ta phrase “on est davantage (en un mot ;)) sur un ressenti subjectif qu’autre chose”. Veux-tu dire qu’il y a trop de passion dans le débat? Ou que chacun a le droit d’être d’accord ou non avec l’Académie française?
    En cela, non, rien n’est subjectif : j’ai justement essayé de démontrer qu’objectivement, il y avait une logique à toutes ces recommandations.
    Ensuite, j’ai également essayé de prouver qu’il ne s’agit pas de gommer des marques du passé. Au contraire, certaines orthographes proposées sont des orthographes que l’on utilisait auparavant, comme “s’entrainer” et “nénufar”.
    Pour finir, la langue française est d’une richesse infinie, je crois que tu y es sensible : sois rassurée, elle ne subit pas de mutation massive, et sa complexité n’est pas écornée. On ne supprime pas le “ô” de “hôpital”, le “ê” de “forêt”, le joli “ph” de “nymphe”, ou même le “h” d’aspiration lié à la consonne “r” aspiré dans “rhétorique”.
    Crois-tu vraiment que l’accent du “u” de “brûler” t’a permis de connaître son histoire? Le “i” de “oignon”?
    Les petites particularités d’orthographe très liées à l’étymologie dans les esprits ne tomberont pas dans l’oubli (mot qui ne prend pas de “e” ;)). Il restera toujours, dans les classes, de quoi expliquer l’étymologie, l’ancien français, le latin et le grec ; il restera toujours mille accents circonflexes à raconter, mille terminaisons muettes étymologiques, mille petits détails porteurs de son histoire.
    Que cette réforme soit l’occasion, justement, de plonger dans ses méandres, comme tu l’as fait j’ai l’impression, en découvrant l’histoire de “nénuph/far”, “cigo[i]gne” et “o(i)gnon”!

  20. Qu’on se le dise, écrire un commentaire sur son petit téléphone portable sans se relire, c’est MAL ! Oui, j’ai vu en effet que pas mal de fautes s’étaient glissées ici et là dans mon commentaire prônant mon intérêt pour l’orthographe. Heureusement que le ridicule ne tue pas

    Pour le côté “subjectif”, ce que je voulais dire c’est que certains ont l’air plus attachés que d’autres à notre orthographe, ce qui fait que, arguments objectifs ou non, ce sont des habitudes difficiles abandonner. On est plus sûr de l’affect au final.

    Enfin bref, ce n’est qu’une impression et la raison pour laquelle, justifications ou non, ces changements me font un poil saigner de la rétine et de la cervelle, avec cet arrière goût de “mais WTF, pourquoi maintenant ?”

    1. “On est plus sûr de l’affect”, ou “on est plus sur de l’affect”? Importance de l’accent circonflexe… 😉 Je plaisante! Pour finir, je te rejoins (et l’ai bien sûr dit dans l’article) sur le “pourquoi maintenant”? (À part : “parce qu’une certaine chaîne s’est mis à en parler en déformant l’information”…)

  21. OK, je crois qu’en un article tu as su me réconcilier avec cette réforme, et me prouver que dans cette histoire, je n’ai rien été de plus qu’un vil mouton de Panurge des médias… Je continuerai malgré tout à écrire”à l’ancienne” et à le transmettre à ma fille, tout en acceptant qu’il y a des orthographes variables pour certains mots

  22. Cela va peut être surprendre, mais je n’étais pas au courant qu’il y avait une réforme de l’orthographe.
    du coup, j’ai lu ton article totalement vierge de toute opinion sur la chose, et je l’ai trouvé (comme d’habitude), absolument délicieux.
    Ognon me pique un peu les yeux, je ne suis pas encore décidée pour nénuph/far (nénufar ça fait un peu végétal pâtisserie aux pruneaux, c’est pas mal en y réfléchissant), mais globalement, l’orthographe doit sans doute refléter des évolutions de société et d’usages et je trouve sain qu’elle change de temps en temps pour s’adapter.
    Personnellement, mon combat c’est plutôt de renouer avec la grammaire et la syntaxe que j’ai sans doute négligées et qu’il me plairait de retrouver.
    Merci pour tes avais éclairés Cél, bonne journée !
    Bises

  23. Aaaah chère Céline, j’ai simplement envie de te dire MERCI pour cet article.
    Au-delà du fait qu’il soit riche et très instructif (j’avoue m’être moi-même perdue parmi tous ces “ragots” concernant cette pseudo-réforme), tu pointes du doigt des éléments sur lesquels je te rejoins totalement : les médias notamment, et le beau clin d’œil que tu fais aux situations (pour ne pas dire souffrances ?) scolaires en REP.
    Pour l’anecdote Benjamin a arrêté jeune le collège pour partir en apprentissage, on se connaissait déjà : j’étais première de classe, lui presque dernier (tu imagines le tableau). Niveau orthographe c’était le même combat pour lui, “s” ou “c” ? futur ou conditionnel ? etc. Et bien on a (ré)appris ces règles ensemble et aujourd’hui il peut même être fier de me corriger parfois. Alors bref, je ne nie pas que les bases sont essentielles, mais tout ce blabla me semble très futile au regard de la richesse de notre langue. Si les médias en avaient parlé pendant des semaines à la rentrée de septembre, ajoutant un mot sur “les rythmes trop soutenus pour nos enfants fatigués”, “tout le monde” aurait été d’accord pour réclamer une réforme. Alors bon, comme tu dis joliment l’essentiel est ailleurs.

    J’en profiter pour te remercier (Benjamin m’accompagne) 100000 fois pour le zoom que tu fais sur notre blog dans ton dernier article. C’est tellement adorable de ta part et c’est un vrai bonheur d’être cités à travers ta plume <3 Merci encore !

    A bientôt !

  24. J’ai apprécié ce très bel article agréable à lire et bien documenté. Je fais paraitre dans trois semaines un article sur le sujet, et je me plais à persiffler pour en rire, donc, et non pour soulever une polémique. Car c’est bien de cela dont il s’agit le plus souvent ; de l’humour à propos de ce choc de simplification que l’on attendait ailleurs. En effet, cette réforme n’était pas si urgente face aux crises aigües qui frappent notre société…
    Les patients des dentistes seront-ils satisfaits, car débarrassé de son accent circonflexe, le cout des prothèses fera peut-être moins mal au portemonnaie ? L’anesthésie réalisée avec une piqure plus fine glissera-t-elle mieux ? C’est certain, les joueurs de SCRABBLE du weekend peuvent se réjouir, car certains mots composés s’écrivent désormais sans tiret et puisque les nénufars ont perdu leur « ph », soyons basiques et en avance sur la prochaine réforme de… l’orthografe ?

  25. Très bel article, complet, limpide. Je partage tout à fait ce point de vue et les explications qu’apporte cet article sont bien documentées et m’ont permis de pousser un peu plus loin ma réflexion ! J’adore votre style d’écriture 🙂

  26. Je prends un peu de temps pour contester cet article, car c’est à cause de personnes comme vous que la langue française risque de s’appauvrir très vite, et que la culture risque fort bien de sombrer avec elle.
    Tout d’abord, oui, l’orthographe est une loi : elle a été fixée après la Renaissance car les dialectes oraux avaient besoin d’être harmonisés à travers une écriture commune. On a ensuite commencé à noter, à sanctionner les élèves qui ne respectaient pas ces règles. Que cela vous plaise ou non, des règles entraînant une possible sanction (sociale, scolaire…) s’apparentent à une loi. Et cette loi est nécessaire pour que chacun et chacune puisse se comprendre à l’écrit.
    Cela me permet de rappeler que les vieux snobs de l’Académie française, dont les réformes sont commandées par le pouvoir en place (pour la réforme de 1990, par les socialistes), s’octroient le droit de modifier arbitrairement, à chaque réforme, une langue qui, pourtant, fonctionnait très bien comme elle était avant. Ce n’est pas à une poignée de vieux croûtons de torturer la langue, c’est aux francophones qu’elle appartient. Seul le peuple, par l’usage, devrait avoir le droit de la modifier. Aux dictionnaires, ensuite, de suivre cela. Cela fait longtemps que l’Académie française est devenue inutile. Elle fut utile il y a quelques siècles, lorsqu’il fallait fixer les règles de l’écrit, mais il aurait fallu la dissoudre ensuite très rapidement. Les dernières réformes ont été inutiles, voire néfastes. Celle de 1990 est peut-être la plus néfaste de toutes.
    Notons que 82% des francophones interrogés lors d’un sondage récent se sont déclarés hostiles à la réforme de l’orthographe. Quand est-ce qu’on impose lâchement (car oui, déclarer que telle orthographe est « recommandée » par rapport à une autre est une manière d’imposer) quelque chose à un peuple, à votre avis ? Dans les pays à faible démocratie. Comme le disait Rousseau, la volonté générale est toujours plus sage et plus clairvoyante que les institutions. Le peuple a senti qu’il y a quelque chose de puant dans cette réforme. Et il a raison.
    Passons maintenant à l’appauvrissement de la langue proprement dite. En dehors du fait que les incompétents de l’Académie française aiment certes triturer et maltraiter la langue, mais qu’ils le font stupidement (prenons l’exemple de « gaieté », ils l’ont changé en « gaîté » avant de revenir à « gaieté »), de nombreuses modifications privent les mots de leur Histoire, comme par exemple les accents circonflexes (nous parlions de « gaieté », alors prenons cet exemple : l’Académie veut retirer le « e », qui en réalité est la dernière trace de la syllabe centrale). À force d’oublier notre Histoire, nous finirons par la revivre, comme disait Churchill…
    Pourquoi en 2016 se soulève un tel mouvement de contestations, alors que la réforme de l’orthographe fut décidée en 1990 ? Car c’est l’avenir des prochaines générations qu’on hypothèque, et le peuple sent cela. Il sent que leurs enfants ainsi que les enfants de leurs enfants auront accès à une éducation moins riche. Il sent la décadence de l’éducation, qui empire de jour en jour, tandis que la France recule de niveau par rapport aux autres pays. Seuls les écrivains, ainsi que les gens intelligents (et par intelligents je ne parle pas forcément des érudits, mais de personnes pleins de bon sens) pourront, par l’usage, lutter contre cette réforme néfaste. On n’intéressera pas davantage les élèves à la langue en appauvrissant celle-ci (ou alors il faudrait aller plus loin et écrire en phonétique). On les intéressera en trouvant des moyens de les passionner. Ce n’est pas par la paresse et la fainéantise qu’on construit un bel avenir.
    Pour résumer mais trois principaux arguments : une minorité n’a pas à imposer des choses à une majorité, surtout en ce qui concerne quelque chose qui appartient à tous ; il est temps que l’Académie française disparaisse, que les gouvernement cessent de se mêler de choses qui les dépassent, et que le peuple seul décide ce qu’il veut pour sa langue, suivi par les dictionnaires. Ensuite, priver une langue de son Histoire, de son passé, n’est jamais une bonne idée. Enfin, ce n’est pas en appauvrissant ainsi la langue française que l’on va donner envie aux enfants et aux étrangers de l’apprendre. C’est en l’exploitant intelligemment, que l’on y arrivera. Il y a un moment où il faut voir un peu plus loin que le bout de son nez.
    Enfin, j’ai conscience que certaines personnes, tels que les dyslexiques, ont du mal avec le français. Mais abaisser le niveau général pour se mettre à leur niveau, c’est une solution décadente, et non fertile. Il faut injecter de l’argent et concentrer nos efforts dans l’éducation, ainsi que dans la culture. La culture et l’éducation sont étroitement liées. C’est la culture qui fait la force d’une civilisation.

    1. Je donne mon temps, ma vie, mes journées à la culture et à la langue française, et cette dernière est sans aucun doute mon plus grand amour et mon plus grand combat. Je suis ravie d’apprendre que vous aussi. Bonne continuation!

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