Le goût de Venise


Bonjour, tous!

Goûter Venise au printemps…

Ça vous dit?…

 

Goûter Venise au printemps, c’est, d’abord, goûter une odeur.
Venise est une déesse qui se sent, une merveille olfactive qui pourrait se laisser découvrir les yeux fermés. Une odeur faite d’une multitude de fragrances, simples et riches à la fois, qui s’alternent, s’entrechoquent, s’interpellent à l’italienne, de balcon à balcon. Venise, c’est une odeur d’algue marine, surprenante pour le touriste qui arrive, et pourtant si évidente, une odeur de poissons, de pêcheurs, de vent salé souvent tiède, bercé par le cri des mouettes. A celle-ci répond l’odeur que fait naître la cuisinière, une fois le fameux poisson quotidien passé à la casserole : une odeur souvent aillée, persillée, une odeur de plats longuement mijotés, de friture parfois, d’oignons et d’huile d’olive toujours. Dans les ruelles étroites se bousculent en même temps que les touristes les odeurs de glaces, de pizze au feu de bois, aux bordures noircies de jolies cloques brunes, de petits pains tout blancs et de biscuits aux amandes et à la fleur d’oranger. Une odeur de fruits frais, pour peu que nos pas nous mènent près d’un marché. De fraises, d’étals de poissons, de fromages, d’herbes aromatiques. A Venise, au premier mai, il y a plus de basilic frais en bouquets que de muguet en brins…. A Venise, ce n’est pas « dites-le avec des fleurs », c’est « dites-le avec des herbes », « dites-le avec des parfums », « et si votre nez eût été plus court, toute la face de l’Italie aurait changé ». Vivre Venise, c’est sentir et sourire, inspirer, respirer tout, partout, de l’air et des merveilles qui vont avec.
Mais cette succession de parfums ne serait pas la même sans les refrains qui l’accompagnent.
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Oui, goûter Venise, c’est aussi par l’ouïe que ça se passe.
Aucune voiture dans cette bulle toute isolée, a parte du vrombissement du monde moderne, soliloque hors du temps d’une héroïne immortelle, semblable à ce qu’elle était il y a des siècles. Pour seuls moteurs, les petits bateaux, pour seuls klaxons et sirènes, les cris des Italiens, rieurs, les gondoliers qui interpellent le touriste, les vieilles dames qui traînent leurs courses dans leurs caddies et qui s’approuvent à coup de « Si, certo » (en prononçant « tchèèèèèrrto » d’une voix nasillarde), les mamans qui rappellent à elles leurs petits garçons qui jouent au foot sur les Campi devant les églises innombrables et le long des canaux. Goûter Venise, c’est écouter la musique des roulettes sur les pavés irréguliers, qui me laisse toujours incrédule : Venise est une ville de ponts, de marches omniprésentes, à descendre, à monter, et les voyageurs aux valises à roulettes paient le tribut de quelques gouttes de sueur leur séjour, au départ et à l’arrivée…et pourtant, les Vénitiens ont des poussettes, des chariots qui roulent, des cartables à roulettes pour tous les écoliers, des trottinettes, des rollers même! Peut-être parce qu’en dépit des marches, l’obligation des trajets à pieds qu’imposent ces innombrables ruelles finit par justifier la roulette.
Venise à l’oreille, c’est un roulis incessant, un cliquetis sur pavé et un clapotis d’eau en basse continue.
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Goûter Venise, c’est savoir garder les yeux grands ouverts, à toute heure. C’est lever la tête vers les toits multicolores, les maisons d’un autre âge, les volets de bois lourds à pivots, les fils à linge, les murs sur lesquels le temps ne semble pas avoir de prise. C’est savoir, émerveillé, parcourir des intérieurs de palais somptueux, qui abritent des merveilles à faire pâlir tous les peintres et tous les sculpteurs. C’est avoir sans cesse le nez en l’air, vers le ciel bleu, mesurer l’immensité des églises, à chaque coin de rue, c’est prendre le temps d’y rentrer, d’être sensible à toutes leurs différences, tout leur calme, toute leur histoire. C’est laisser le regard se baisser, aussi, vers l’eau, l’eau partout, vers le désordre des vieilles pierres et la magie de ces pavés sans âge, dont parlait Proust, dont rêvait du Bellay, vers ce sol si souvent humide, presque en sursis.
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De nuit, lorsque le vacarme des touristes s’apaise, et que les discours en toutes langues se calment enfin dans cette tour de Babel qui s’endort, l’eau prend le haut du contre-point. Le doux bruit de l’eau qui caresse le bord des canaux dans le noir profond et qui adoucit le silence feutré, presque inquiétant, des dédales de ruelles désertes dans lesquelles, d’instinct, les quelques passants tranquilles chuchotent. Dans Venise de nuit, on marcherait presque sur la pointe des pieds. Telle est la sérénissime : un fracas au soleil, un murmure au clair de lune.

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Pour voir, vraiment voir Venise, il faut prendre le temps d’y rester. De s’y arrêter. De s’y perdre, aussi. Venise n’est pas un carrefour où l’on ne ferait que passer. Il faut prendre le temps de déguster le célèbre et le moins célèbre, la place Saint-Marc et la toute petite ruelle du San Polo, le Rialto et la pointe tout au bout du Dorsoduro. La magie de Venise ne laisse des étoiles dans les yeux qu’à celui qui sait s’arrêter dans les lieux chargés de monde, de touristes et d’histoire, certes beaux, certes identitaires, mais aussi dans les lieux moins connus, les multiples ruelles étroites et sereines qui s’éloignent du centre, les quartiers très différents les uns des autres, qui, promenades après promenades, sont les as d’un jeu de cartes que le voyageur rêveur se compose, se fabrique dans son esprit ébahi. Venise, finalement, est à voir comme cela : un carré d’as. Une donne exceptionnelle. Un bouquet de différences qui, assemblées, forment une harmonie inouïe. Un poker à quatre couleurs, une symphonie en Eau Majeure.
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Petits conseils au
voyageur vénitien!

Je n’ai certes pas la prétention de bien connaître Venise ! Simplement, mes séjours là-bas m’ont donné envie de partager des petits conseils tout simples, qui ne sont certainement pas tous fiables pour tout public et à 100%… S’ils peuvent vous amuser ou être d’une quelconque utilité à l’un ou à l’autre de ceux qui tomberont sur ces lignes, j’en serais ravie !

*Emmenez un bon plan!

Je crois que c’est l’essentiel à dire à tout voyageur pour Venise… Étudiez un peu en amont le plan, et ayez toujours sur vous une bonne carte, qui doit donc être plutôt précise, pas trop non plus, et transportable. Nous nous sommes fiés à celle du guide, dont la juste mesure est tout à fait convenable. Oh, vous vous perdrez, et heureusement, on se perd forcément à Venise, même avec le meilleur des plans, même avec l’accompagnateur doué du meilleur sens de l’orientation (toujours masculin, c’est bien connu)… Attendez-vous donc à vous perdre, avec patience et délectation…si vous aimez les jeux de piste, les courses d’orientation, vous allez adorer ! Essayez surtout de repérer mentalement les différents quartiers. Ceux-ci sont bien dessinés et l’on sent vraiment la différence lorsque l’on va de l’un à l’autre, au point que l’on peut facilement consacrer une journée (ou une demi-journée, tout dépend du temps dont on dispose!) à chacun d’entre eux, pour vraiment s’imprégner de leurs spécificités et de leurs atmosphères.
 
Ensuite, le Rialto et la place San Marco sont fléchés d’à peu-près partout, mais avec un inconvénient : suivre cet itinéraire vous fera passer par les rues les plus touristiques, et non par les jolies ruelles piégeuses mais si charmantes…

*Partez avec de bonnes chaussures.

On marche tout le temps à Venise, sans cesse. D’ailleurs, si les Italiennes sont partout si sensibles aux belles chaussures, elles portent toutes des baskets à Venise. Des baskets magnifiques, flambant neuves et de marque (elles ne perdent par le Nord, non plus, ou plutôt l’italienne-attitude !), mais, même avec une tenue élégante, elles sont des décomplexées de la basket. Attaquer Venise en chaussures inconfortables (ou pire, en talons!) relèverait de la folie… Donc, pas de complexe ni de fashion-soucy, partez le pied à l’aise et l’esprit libre.

 

*Essayez de vous excentrer dès que possible.

Les coins très touristiques sont beaux, et, je l’ai dit, ils sont Venise aussi, ils sont magiques aussi. Mais il vaut mieux les voir au petit matin ou le soir, tard, (ou rapidement dans la journée), parce qu’ils sont vite bondés et, partant, un peu désagréables. En revanche, Venise est telle qu’elle offre au vrai curieux des petits quartiers plus calmes dans lesquels on peut déambuler des heures. Jouez donc les touristes, mais les touristes avertis…

*Dormez sur place.

C’est vrai, c’est plus cher, et beaucoup de touristes choisissent donc de dormir juste sur la côte, à côté de la presqu’île. Mais, honnêtement, on y perd tout. Cela impose de prendre des bateaux chers et bondés matin et soir, de passer moins de temps sur l’île, et surtout, cela empêche de voir Venise tôt le matin et tard le soir, alors que c’est à ces deux
moments qu’elle est la plus belle, la plus vraie. Dormir sur place assure un sentiment délicieux, un peu insulaire, d’être vraiment hors du temps et coupé du monde, profondément en lien avec la Sérénissime.
Pour information, il existe de nombreuses locations qui s’avèrent plus intéressantes que l’hôtel. Pour notre part, nous avons cette fois dormi dans une petite chambre en plein cœur de Venise, idéalement située, à deux pas de San Marco, dans une petite ruelle débouchant sur l’eau. Un rêve, vraiment. D’autant plus qu’elle est louée par un Français, charmant, (ce qui facilite la réservation si vous ne parlez pas italien!), qu’elle contient un petit coin cuisine (deux plaques et un évier), et qu’elle permet ainsi de se sentir un peu vénitien, tout en coûtant environ deux fois moins cher qu’une nuit d’hôtel. (Venise à moins de 100 euros la nuit, considérez cela comme une aubaine! Il est bon à savoir également que, la plupart du temps, le tarif est dégressif au bout d’un certain nombre de nuits en Italie, ce qui justifie encore plus le fait d’y passer un peu de temps lorsque l’on s’y rend.) Il est évident qu’il vaut mieux s’y prendre avec pas mal d’avance…( disons au moins six mois, si vous souhaitez une chambre agréable à des prix abordables.)

*Emmenez un bon guide.

Prenez le temps de les étudier et de les consulter bien en avance, et n’hésitez pas à les emmener, car Venise est si riche que l’arpenter sans explications serait dommage. Pour indication, voici notre sélection, notre top 3 des indéfectibles :
 
-Le meilleur, le plus complet, et celui aux références les plus fiables :
GEOGUIDE, Venise, (Gallimard)
-Pour les experts, amateurs de curiosités, d’art, mais surtout de ce que l’œil non-averti ne repère pas, il existe cette pépite :
Venise insolite et
secrète, de Thomas JONGLEZ et Paola ZOFFOLI, Jonglez éd. 
 
Ce guide répertorie les petits détails qui ont un sens et une histoire, les moulures sous un porche qui sont liées à une anecdote du XVIIème siècle, les portes en bois qui sont les plus vieilles, les gravures sur un mur qui racontent une curiosité du moyen-âge… C’est un vrai jeu d’enfant, si j’avais écouté Dorian, nous aurions passé tout notre temps à chercher et repérer ces détails secrets !
-Goûtez Venise, Yves NESPOULOUS, Agnès Viénot éd. 
Ce guide est… un guide de restaurants ! (Et également de cafés et glaciers). Il est totalement fiable, c’est un délice à lire en amont, parce qu’il met l’eau à la bouche, et à parcourir sur place, pour ne pas manger n’importe où ni à n’importe quel prix, et pour savourer réellement la bonne cuisine vénitienne…



*Essayer de parler Italien

Je vous vois rire d’ici, hein! Bon, pas d’inquiétude, ils parlent anglais, et même souvent français. Mais je suis toujours surprise de voir que la plupart des touristes ne font donc même pas l’effort de dire quelques mots en italien (même le minimum, même juste le « buon giorno »!), et qu’ils parlent anglais ou français en pensant que tout est normal et qu’on va les comprendre. Du coup, j’ai beau avoir un italien vraiment mauvais et maladroit (mais je me suis drôlement améliorée pendant ces quinze jours! Si si c’est vrai Gaëlle! :-)), ils sont toujours souriants et heureux de voir un effort pour parler un peu italien, même avec des fautes. D’autant plus que l’italien est une langue réellement simple. Si vous n’avez vraiment aucune notion, prenez un manuel ou un guide qui vous donnera les phrases les plus communes et leur prononciation, vous verrez que cela coule de source. Et l’italien est flatteur : on progresse vraiment rapidement (encore plus vite pour peu que l’on ait appris le latin, ou l’espagnol), et l’on peut vite lire magazines, journaux et livres…J’avoue, j’ai dévoré des Mickey (« Topolino » :-)) en italien depuis des années, eh bien, je vous promet que c’est ce qui m’a permis d’engranger sans m’en rendre compte du vocabulaire et de la syntaxe!

*Si vous aimez le shopping,

Ce n’est pas vraiment mon cas, mais il est toujours mieux de distinguer les bonnes adresses des mauvaises, surtout que Venise regorge d’attrape-touristes, mais qu’elle abrite aussi des petites pépites d’artisans qui vendent des produits en bois, des petits carnets en papier produit sur place, des petits bijoux qui sont en vrai verre de Murano. Malheureusement, ils se font de plus en plus rares, ces vrais vénitiens qui aiment leur travail et qui le pratiquent à l’ancienne. Comme leurs produits sont plus chers, et qu’ils sont souvent dans de petits endroits plus confidentiels que sur les bords du Rialto, ils vieillissent sans perspective de successeur. Rien que pour cela, il faut pousser la porte de leurs ateliers ou de leurs boutiques, et se dire que ces achats-là, (s’ils tiennent dans la valise!), on ne les regrette jamais…
En vrac, quelques adresses :
-Pour les carnets en papiers, merveilleux, les derniers faits sur place, la Legatoria POLLIERO (Campo dei Frari)
-Les bijoux…j’en reparlerai peut-être ! Mais je peux déjà évoquer MANU, une vraie artiste dans une ruelle cachée qui travaille de vraies pierres précieuses vénitiennes ( S-Marco, 1228)
-Les objets de bois : ANGELO DALLA VENEZIA, un vrai vieux Gepetto, qui fait tout à la main, et qui sort son portefeuille pour rendre la monnaie… (Calle del Scaleter, San Polo)

*Si vous aimez bien manger,

Je me répète : il existe trop d’attrape-touristes, mais aussi de réelles adresses fiables, et vous ne regretterez pour rien au monde d’avoir pris la peine de les chercher. Bon, je l’avoue…cet aspect du voyage avait de l’importance pour nous. Je conçois tout à fait qu’il en ait moins pour d’autres, qui préféreront manger sur le pouce, ce qui est vraiment facile à Venise, où il existe de nombreuses petites boulangeries qui vendent des « involtini » (ce sont des sandwitchs en rouleaux), des panini (ou « petits pains »), toujours réchauffés au four, « da porta via » (« à emporter ») et des pizze à la coupe, qu’on vous vendra toujours réchauffées également, entre deux serviettes de
papier. Pour repérer les bonnes adresses, fiez-vous aux guides et aux devantures, et essayez de chercher les vraies bonnes boutiques en dehors des rues touristiques. Si comme nous, voyager est un passeport pour des moments de gourmets et de gourmands, et que vous souhaitez découvrir un peu mieux la gastronomie vénitienne, consacrez sans aucun regret un peu de temps (et de budget) à cela, car Venise, dans cette optique, est une vraie merveille. En revanche, cela demande un peu d’organisation, parce que toutes les bonnes adresses sont impérativement à réserver, sous peine (comme nous le tout premier soir, il y a 3 ans!) de trouver portes closes et trattorie pleines, et de devoir se rabattre sur une adresse à touristes, où l’on mange des pâtes passables pour un prix exorbitant. Ainsi, prenez le temps de repérer et de téléphoner aux adresses qui vous plaisent (où allez-y pour réserver de vive voix, même le midi pour le soir) pour être sûr d’avoir une petite table, même pour deux !

Si jamais vous souhaitez que je parle plus longuement des adresses que nous avons aimées et du mode d’alimentation à l’italienne, dites-moi, parce que je pourrais en parler longuement, mais j’ai peur de vous perdre!

Enfin…
Emmenez un appareil photo transportable, un carnet pour noter tout, tout, tout, et surtout, partez en vous disant que vous avez une chance exceptionnelle, et que jamais plus rien ne sera comme avant…Voir Venise au printemps, c’est se prêter à une délectation telle que l’on n’en sort jamais indemne… On en garde l’esprit plus riche, plus lumineux, et tout empli du désir de repartir très vite, de retrouver cette nouvelle amante délicieuse…On quitte cet enchantement avec un sourire franc comme son doux soleil, timide comme ses quartiers cachés, et avec une mélancolie qui met à nos yeux une larme plus douce encore que la lagune nocturne…