Sinon j’ai lu… Patrick Modiano, Villa Triste

 

 

            Sinon j’ai lu… Patrick Modiano, Villa
Triste.

 

            Je n’ai aucune honte à le dire : je n’avais jamais lu de Modiano avant. Avant le Nobel. J’ai conscience de deux choses, après cette prime affirmation : 1) je viens de perdre la moitié de mes lecteurs qui n’ont rien à cirer de Modiano et de ce que j’en ai pensé, 2) et l’autre moitié qui me jugeront bien pâle littéraire de découvrir Modiano à 28 ans. Donc bon. Je continue quand même. On ne sait jamais, il se pourrait que vous continuiez à lire, sur un malentendu… Et puis, parler des livres ici, j’en ai envie depuis longtemps. Je crois que de tels articles doivent être brefs. Autant, parfois, je m’égare à écrire des pavés textes un peu longs, autant, pour un tel sujet, je préfère aller vite. Je ne veux pas dire précipitamment. Juste succinctement, parce que, je ne sais pas vous, mais moi, les critiques de cinéma/littérature/musique, je les préfère telles. Donc, Modiano.

Pour tout vous avouer, il s’agissait d’un cadeau de Noël (attendu). Villa Triste, parce qu’une voix très fiable me l’avait conseillé. Je l’ai lu dans la foulée, et donc, je vous fais part de mon avis alors que plusieurs semaines se sont écoulées depuis ma rencontre avec ces pages. Certains diront que cela faussera mon jugement, je crois au contraire que les critiques devraient toujours être faites plusieurs semaines, voire plusieurs mois après la confrontation avec l’œuvre, parce qu’alors, le surplus est digéré, il en reste l’essentiel, la substantifique moelle. Les vapeurs liquoreuses du moment de l’étreinte se sont envolées, il ne flotte plus qu’une impression à la fois floue et très épurée. J’aime ce qui reste dans les mains, des semaines après la découverte, un objet de souvenir plus simple et un peu plus froid, une idée à l’encre claire et à la ligne simple, un petit bouquet de sentiments en fleurs séchées.
Villa triste se prête très bien à cela.
Il se lit un peu comme on parcourt un souvenir, un carnet d’enfance, il se goûte, se laisse promener, entre le mystère, l’inquiétude et la nostalgie. Peu d’action, des phrases simples, très simples mais très belles, une atmosphère avant tout : cela déroute mais cela fonctionne. Le principe n’est pas neuf mais il est si bien maîtrisé. Une narration à la première personne qui plonge dans un souvenir, qui prend par le bras pour partager à pas feutré, de manière efficace et très douce, un moment de vie. Tout commence lors d’un été, nous sommes dans les années soixante, nous sommes au bord d’un lac, près de la Suisse. Nous sommes Victor, un jeune homme de 18 ans, qui se cache, qui a peur d’un peu tout, qui rencontre, qui tombe amoureux, qui tente d’être davantage Victor, qui tente de faire le point, aussi, en une valse introspection.

Les personnages, tous si fins et si travaillés, laissent de drôles d’impressions, en couleurs pastel. Yvonne, ses yeux verts et ses talons hauts blancs, en tête. Le curieux docteur Meinthe, dont on pourrait à tout moment nous annoncer qu’il est le meurtrier de l’histoire.

Mais l’histoire n’a pas de meurtrier. L’histoire n’a rien, rien d’exceptionnel. C’est regrettable, enfin je me souviens l’avoir regretté au moment de la lecture.
Mais, a posteriori, j’y vois une vraie qualité. Un roman où il ne se passe rien, ou pas grand chose, mais qui laisse une vive impression, est forcément un roman réussi. L’auteur laisse la dérive ou l’action se faire désirer, pour mieux nous mener, à pas sourds, vers la réflexion, et pour nous laisser un goût de menthe à l’eau très diluée, encore des semaines après la lecture. Mais une menthe extrêmement délicate, infusée de main de maître.
Donc, oui, Victor, Yvonne, je vous ai découverts, je vous ai aimés, je vous ai méprisés un peu,
compris, suivis, et, maintenant que je vous ai quittés, je vous regrette un peu, et j’ai envie de vous retrouver. C’est peut-être ça, le signe d’un roman que l’on a aimé. Avoir envie, un mois plus tard, d’ouvrir à nouveau le livre pour en retrouver les habitants comme des vieux amis, et avec eux le petit parfum de « déjà vu » qui leur sied si bien. Retrouver le style, effectivement unique. Une ligne simple et riche de parfums tendres, un jeu d’impressions en soleils couchants.
Est-ce que de tels petites critiques vous plaisent? 
A quel propos souhaiteriez-vous en lire ici? Films, musique, théâtre… 
N’hésitez pas à me le dire, s’il vous plaît, les amis!