Comment prendre soin de soi? (Parce que oui, c’est compliqué.)

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Je me suis toujours interrogée -et m’interroge encore- sur cette donnée variable et délicate qu’est le soin de soi. Cette fois, je ne parle pas du soin de sa peau, de son corps, mais bien plus largement de ce vaste mouvement que nous avons tous (ou qu’il nous faut tous avoir!) au sein duquel nous prenons soin de tout notre être, nous nous chouchoutons, nous cherchons un plaisir et un apaisement quotidien. Personne ne niera, dans notre monde rapide et sans frontières (et un peu en crise tout de même), qu’il est essentiel de penser à soi, de se faire plaisir, de trouver les astuces pour être en paix avec tout ce qui fait nous-mêmes. Pour autant, jamais nous n’avons tant côtoyé de personnes qui ne sont pas totalement à l’aise avec elles-mêmes. Avec leur apparence, leur allure, mais surtout, et c’est là encore plus grave, avec leur mode de vie, leur personnalité, leurs choix, avec tout ce qu’elles sont. Parfois, la plupart du temps même, nous nions nos propres failles dans notre éternelle tentative de cohabiter en totale paix avec nous-mêmes.

Combien de fois ai-je affirmé que j’avais telle qualité ou tel défaut et que j’étais tout à fait sereine vis à vis de celui-ci et cette-là, alors même que je pouvais me tromper non seulement sur la paix que j’éprouvais dans le fond avec ce trait de caractère, mais également et plus profondément sur ce trait lui-même.
J’ai aussi mis beaucoup de temps à admettre, moi qui mettais un point d’honneur à prendre soin des autres, que nul ne pouvait être aussi bien choyé que par lui-même. Moi comprise.
En matière de soin de soi, je me suis donc amusée à tirer 3 conclusions.

1- Cerner le soi pour cerner le soin de soi.

C’est une porte ouverte, mais c’est ô combien de fois plus délicat que nous ne l’imaginons. Avant de prendre soin de nous, il faut savoir ce que nous pouvons faire pour aller dans ce sens. Parce que, les magazines féminins (et les youtubeuses) l’oublient souvent : il y a précisément autant de façons de prendre soin de soi que de « soi ».
Dans chaque lieu où j’ai habité, et sans m’en rendre vraiment compte, j’ai toujours pris un temps particulier pour décorer l’espace du salon. J’ai à chaque fois dépensé du temps, de l’énergie et de l’argent pour l’aménager, le ranger, le modifier au fil des saisons à grands renforts de fleurs, de bocaux remplis de douceurs aux couleurs assorties, de coussins, de détails agréables à l’oeil. C’est parce que le regard extérieur de mon mari a pointé en riant cet aspect de moi que je l’ai découvert, souriant de cette grande vérité : ma chambre peut être spartiate, mon lit toujours défait, mes torchons en désordre, ma salle de bain désorganisée ; mais mon salon, l’espace où je m’installe dans les moments de détente, est celui qui m’est le plus cher. Je sais donc qu’en achetant une plante pour l’installer à cet endroit, ou en prenant du temps pour aménager une décoration d’un de ses recoins, ou même, tout simplement, en faisant en sorte qu’il soit toooouuuujours-toujours rangé et propre, je prends soin de moi. Ce détail (qui n’en est pas un) est important pour mon bien-être, mais pour beaucoup, il serait astuce creuse. Pour mon mari, justement, les minutes employées à ranger ou aménager cet espace seraient perdues, et bien mieux utilisées dans un objectif de «soin de lui» s’il les employait à lire une bonne revue au milieu du bazar.
Il s’agit donc d’interroger ses habitudes pour déceler ce qui, dans le quotidien, apporte un sentiment de bien-être. Pour cela, j’admets qu’en plus d’un oeil extérieur (et attentif) (et plein d’amour oui d’accord), le fait de faire des listes de bons moments m’a beaucoup aidée. Je n’ai jamais automatisé le processus, préférant le faire à n’importe quelle fréquence, n’importe quel moment : saisir le carnet, et écrire « les bons moments d’hier et aujourd’hui », ou « de la semaine passée », ou même du mois (l’année, c’est un peu vaste, vous en conviendrez), et laisser courir le crayon sans réfléchir. On soulève alors souvent des lièvres, en se rendant compte que le bon moment n’est pas forcément celui qu’on croit, ou celui qui aurait pu en être un vu de l’extérieur. Il s’agit alors de pointer du doigt ces petits détails qui ont créé le souvenir d’un bon moment pour les recréer, et même…en faire une nouvelle liste.

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2- Dresser la liste des choses qui donnent le sentiment de prendre soin de soi.

Il y a dans cet intitulé, qui ne paie pas de mine comme ça, deux évidences méconnues.

  • La première est celle-ci :
    Je ne connais pas forcément les petites choses qui me procurent un apaisement.
    Lorsque l’on entend « Take care », expression qui se démocratise en français (« prends soin de toi, salut! »), chacun peut y mettre ce qu’il veut, pour peu qu’il prenne la peine de réfléchir au sens qu’il a envie de lui donner.
    Take care, ah oui d’accord, il veut dire, je dois prendre soin de ma santé, ou me reposer, ou éviter de me surmener au travail, ou bien manger, ou ne pas m’oublier. Bien entendu, rien n’est faux dans les premières acceptions que nous donnons tous à cette expression.
    Et pourtant, au quotidien, et par petites touches, comment avoir réellement l’impression que je prends soin de moi?
    C’est essentiel : il faut lister, par écrit ou dans notre tête, ces petites choses qui nous font du bien, et qui sont différentes selon chacun…mais pas seulement « qui nous font du bien », parce qu’il faut que le mouvement vienne de nous-mêmes. Il s’agit de choses « qui me donnent le sentiment que je prends soin de moi », ce qui n’est pas pareil.
    Si je fais une liste de mes plaisirs, des choses qui me rendent heureuse, je pourrais y mettre le fait de recevoir un cadeau, de voir la jolie lumière d’automne sur les feuilles rouges, ou de passer un bon moment avec des amis. Ces moments-là, qui me font éprouver de la gratitude, sont extrêmement précieux. Mais si je fais une liste des choses «qui me donnent le sentiment que je prends soin de moi», il y a un mouvement concentrique qui se met en place, et avec lui, une gratitude envers moi-même (et ça c’est drôlement important). À l’intérieur, je peux y mettre le fait d’avoir décidé d’aller marcher dans ces fameuses feuilles rouges, ou d’avoir craqué sur un bon dessert, ou de m’être couchée tard pour lire, ou au contraire, tôt pour me reposer. Une fois la liste (non exhaustive!) faite, il est mille fois plus doux d’en accomplir des points, parce qu’alors, on éprouve une gratitude pour soi, une certitude que nous nous sommes offert quelque chose (même toute simple) à nous mêmes, pour aller mieux, pour être bien.
  • La deuxième évidence méconnue est encore plus importante :
    Il faut davantage chercher la prise de conscience que je prends soin de moi que le soin de moi lui-même. Autrement dit, accomplir un acte de gentillesse envers soi-même, qui va vers le sens d’un mieux-être, d’une douceur avec soi, n’a de sens que s’il est accompagné de la forte conscience assumée que cet acte est accompli dans ce but.
    Une action banale, mais qui, je le sais, est accomplie pour prendre soin de moi, est transfigurée. Le soir, lorsque la nuit tombe, j’allume par réflexe des éclairages indirects, des guirlandes, et je prends un moment pour rester debout dans la maison et visualiser ces différents espaces avec ces jolis éclairages. Un jour, j’avais mis cet instant très court dans ma liste des bons moments. Je sais désormais que tous les soirs, lorsque je passe ces quelques minutes à me pencher dans tous les sens pour allumer les petits interrupteurs, puis à rester un petit temps à embrasser les espaces des yeux, c’est clairement une façon de prendre soin de moi, puisque cela me procure un sentiment de bonheur. Je m’en réjouis même à l’avance, avant d’arriver, dans la voiture. Ce n’est donc pas un geste que je fais machinalement, juste parce que c’est joli, ou par automatisme en pensant à autre chose. Je le fais comme si je m’offrais un cadeau (même si d’accord, c’est tout simple). D’emblée, cela me fait davantage sourire, cela me rend plus heureuse, et cela me fait prendre conscience de ce que je fais moi-même pour prendre soin de moi et du fait que je ne me néglige pas. C’est là une impression essentielle, à cultiver, dont on parle peu parce qu’on imagine que dans ce que l’on accomplit, on a toujours conscience de prendre soi comme une évidence.

On croit à tort que prendre soin de soi signifie forcément, prendre un bain, se maquiller, se faire de bons repas, faire du sport ou au contraire, se reposer. Mais c’est bien souvent plus subtil et plus simple à la fois. C’est une entreprise qui ne prend pas nécessairement beaucoup de temps, mais qui nécessite une légère introspection avant d’être mise en place avec équilibre.

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3- Trouver le juste milieu entre soi et les autres.

Je ne vais pas faire l’apologie du soi-soi-soi, évidemment. Dans un mouvement naturel, lorsque je fais des listes de ce qui me plaît, j’en fais également de ce qui plaît à ceux que j’aime. Ce qui, dans leur quotidien, et sans nécessairement que cela ne puisse dépendre de moi, les rend heureux. Cela m’aide à mieux les aimer, à poser sur eux un regard bienveillant, et puis cela me donne des idées pour leur faire plaisir aussi. J’ai toujours trouvé qu’il était très difficile de trouver le juste milieu entre soi et les autres, et dans de rares moments pessimistes, je me dis que la terre est pleine d’êtres extrêmement égoïstes -dont je fais pleinement partie, et qui, lorsqu’ils affirment qu’ils agissent pour les autres, agissent en fait de manière profonde et parfois inconsciente pour eux-mêmes. J’espère que c’est faux, j’ai dû lire avec excès La Rochefoucauld.
Toujours est-il qu’il est évidemment important de trouver l’équilibre entre penser suffisamment aux autres, et suffisamment à soi. Dans tous les cas, les faux généreux qui affirment s’oublier au profit du bien des autres sont en vrai souvent soumis à leur propre vantardise, parce qu’on ne prend jamais autant soin des autres qu’on le croit. Et puis, pour être en paix avec les autres, il faut l’être d’abord avec soi.
Dites-vous que vous ne faites que vous rendre plus aimable et aimant avec les autres lorsque vous prenez soin de vous… Mais que dans ce petit sablier que nous accorde la vie, les minutes précieuses suivent un rythme alterné, allant vers nous-mêmes et vers les autres. Ne négliger aucun des deux mouvements du balancier est une affaire d’équilibriste.
Pour conclure, et parce qu’il faut bien l’écrire : ne culpabilisez pas de vous accorder l’introspection nécessaire pour prendre soin de vous-mêmes. C’est une clé précieuse pour être heureux, et les clés pour être heureux sont toujours jolies.

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Pour finir, je vous laisse avec un échantillon très actuel de ma « liste des choses qui me donnent le sentiment de prendre soin de moi ». (Qui n’est donc pas la liste de choses qui me rendent heureuse, vous avez compris la nuance, hein.) C’est un extrait, j’ai enlevé plein d’aspects trop personnels, vous ne m’en voudrez pas… Mais peut-être qu’elle vous inspirera et vous encouragera à commencer la vôtre, qui sait?

-Aller marcher dans la campagne sans téléphone et seule, et regarder les couleurs.
-Commencer un nouveau morceau à la guitare.
-Manger une part de gâteau aux pommes.
-Mettre un nouveau pull, un doux.
-Prendre une douche avant le dîner.
-Faire le ménage.
-Lire sans prévoir ce que je lirai ensuite, ni même si je finirai le livre commencé.
-Allumer les petites lumières.
-Cuisiner en silence.
-Ne pas prévoir mes menus.
-Mettre la musique fort en voiture.
-Écrire.
-Aller au cours de danse.
-Regarder le ciel.
-Prendre du temps pour penser à l’avenir.