Réciproque + biscuits au thé (vegan et sans gluten)

 

Je ne sais pas vous, mais moi, une idée me rend un peu triste.

 

Dans notre monde où tout ne tourne pas toujours rond, la conception mercantile et les valeurs pécuniaires évoluent. On n’a jamais autant parlé de l’entraide, du partage de choses et de savoirs. Se multiplient les sites qui proposent à des particuliers d’échanger, échanger des biens, échanger des services. Propose co-voiturage contre café et croissant, propose garde d’enfants contre cours d’anglais, propose repas chaud contre scoubidou, propose retouche couture contre réparation de vélo (paire de bretelles en sus). Et l’on échange sa maison contre tel être du bout du monde, ou ses lunettes de soleil contre un sac de marque. C’est merveilleux, on essaie d’avoir le moins possible besoin de raisonner en euros, en dollars, en espèces sonnantes et trébuchantes, et davantage en actes.
A première vue, c’est très bien.
C’est sûr.

 
Cependant, ce qui me dérange avec tout cela, c’est que l’on perd de vue le don, le vrai. A multiplier les gestes d’entraide qui attendent une réciproque, on finit par doucement gommer le réflexe de l’aide tout court, sans partage, gratuite. Devant ces postures très actuelles qui prônent le « partage » écologique, envahissant les revues bio et les livres de penseurs à la mode, j’ai peur. Peur qu’au nom d’une société « nouvelle », on tombe finalement dans un élan régressif d’une société schtroumpf dans laquelle on a l’impression de fuir l’argent mais où, au final, on tombe dans le même travers que toute société aux finances bien réglées : celui du donnant-donnant.
L’autre jour, une amie très bio me proposait de partager des cours de yoga, qu’elle donne par ailleurs, contre des cours de cuisine, parce que je lui proposais de lui apprendre quelques astuces. J’ai été gênée de sa proposition. Parce que lorsque je lui avais proposé de l’aider en cuisine, cela n’attendait pas de répartie, c’était une proposition toute pleine de gentillesse. Non que son réflexe ne soit pas « gentil », et j’adorerais qu’elle me « donne » des cours de yoga… Mais, précisément, j’adorerais qu’elle me les « donne ». Pas qu’elle me les échange. Je me suis sentie confuse de penser que je préfère encore payer concrètement un cours de yoga auprès d’une femme qui ne sera que mon professeur, et, le lendemain, passerun vrai moment avec cette amie qui sera un moment d’amie et non de « donnant-donnant ». Et au nom de cette envie, je préfère utiliser l’argent, le vrai, à condition d’en faire une utilisation raisonnée, plutôt que le « partage » en vogue, tout alléchant qu’il soit.

J’ai la chance d’avoir grandi auprès de personnes qui m’ont toujours rappelé l’importance du don, du vrai. Cela paraît très bien pensant, comme article, et même cucul sur les bords, mais je crois que certaines choses doivent être répétées, et si j’ai la chance d’être un peu lue, alors je la saisis pour le dire, encore : arrêtons de penser en « contrepartie »…

Récemment, j’ai découvert la plate-forme ulule, à l’occasion d’un véritable petit diamant qu’il faut aider. (J’en ai parlé ici.) Je le redis, je trouve cela magnifique que de pouvoir porter à bout de bras un projet d’auto-édition, d’auto-production, de livres, de musiques, de films. (Et celui-là, portez-le, faites-le monter encore plus haut, je ne le dirai jamais assez.) Mais une chose m’a attristée : là, encore, sur le petit coin, si, regardez-bien… sont proposées des « contreparties ». Les voilà. Encore elles. Oh, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne blâme pas les artistes qui les proposent, parce qu’elles sont des aides magnifiques, ni même les plate-formes qui les mettent en place, et encore moins les « acheteurs » qui trouvent en elles des petites étincelles de motivation au don et d’un remerciement…logique, après tout , je le conçois.
Mais, voilà, cela me donne envie d’espérer, de revendiquer une autre société. Et je n’ai qu’une envie, celle de vous encourager à donner sans contrepartie, pour ce projet, et tout partout autour de vous. Ne laissez pas notre société schtroumpf s’épanouir dans cette nouvelle version du mercantilisme.
Échangeons moins, donnons plus.


 

 J’ai imaginé ces biscuits pour qu’ils épousent joliment un petit moule indien, un trésor que j’avais trouvé à Paris dans un magasin plein de bric à brac qui s’appelle « La route de la soie », face au jardin des Plantes. C’est un tout petit moule en bois qui doit avoir au moins un siècle d’âge, il est tout usé, le bois est irrégulier, et je rêve pendant des heures en le caressant, imaginant les mille et une nuits des familles qui l’ont utilisé. Lorsque je l’ai acheté, je faisais des petits bonds dans la rue en sortant du magasin et en le gardant dans les mains.

Si vous n’en avez pas, une simple fourchette fera l’affaire… ou rien du tout, et ce seront des petits palets tous ronds et vraiment délicieux! Ils sont peu sucrés, et l’on sent bien les arômes des oléagineux et du thé : si vous les aimez plus sucrés, augmentez légèrement le sucre. Ils sont vraiment très faciles à faire, ne nécessitent rien de farfelu et se conservent très bien…

J’ai tellement adoré ces biscuits que je les ai faits plein, plein de fois. Je crois que ce qui déchire tout, c’est cette alliance entre la noix croustillante, la noisette, leur consistance juste moelleuse comme il faut, et cette pointe de thé à la menthe qui les parfume avec délicatesse et vigueur à la fois. Je ne sais plus à quand remonte ma première tentative d’intégrer du thé dans des biscuits, je crois que c’était pour suivre une recette italienne, et je m’étonne du peu de gens qui pratiquent cela parce que c’est absolument délicieux. J’ai choisi un thé vert à la menthe qui s’accorde merveilleusement bien avec les noix et l’amande, mais si vous n’en avez pas, vous pouvez très bien utiliser n’importe quel thé…

Biscuits au thé

(vegan-sans gluten)

(Pour 12 à 15 biscuits)

200g de farine de petit épeautre
40g de poudre d’amandes
80 g de sucre complet
1 càc de bicarbonate de soude
1 œuf de lin (1 c.à s de graines de lin moulues, mélangées à 2càs d’eau tiède)
3 càs de purée d’oléagineux (je mets 2 de noisettes et 1 d’amande)
1 verre de cerneaux de noix
2 càc de thé (vert à la menthe)

Préchauffez le four à 170°.
Mélangez tous les ingrédients dans l’ordre. Formez une boule malléable (ajoutez de l’eau au besoin).
Formez des noix de pâte, et étalez-les en petits palets. Striez-les à l’aide d’une fourchette (ou d’un moule).
Sur une plaque habillée de papier cuisson, faites les cuire environ 20 minutes.
Les biscuits se conservent très bien une semaine dans un grand bocal.

 

 

Je vous souhaite beaucoup de dons et de douceur.