Spring your salad

 

Mon cher Avril,

 

Je t’appelle « mon cher » comme si tu étais mien, et comme si de surcroit tu pouvais avoir une quelconque valeur en bourse. Mais je sais bien que tu es loin d’être à moi(s), tu peux en être sûr, je sais bien que tu es l’élan de liberté qui relance les voiles, sans capitaine et sans boussole, tout juste un trèfle pour t’aiguiller. Je sais aussi que tu n’es cher qu’à l’aune de valeurs qui sont loin des mesures pécuniaires, tu es le cher de celui qui veut bien prendre le temps de te considérer. Tu es mon cher, parce que je t’aime beaucoup, même si ce ne fut pas toujours le cas. Je suis navrée de te faire part dans ce rapide courrier du caractère récent de mon attachement, et de la confidence selon laquelle j’ai pu te bouder, mais il faut me comprendre, petit Avril. Tu étais un curieux entre-deux, tu n’étais plus le doux hiver, la douce période de cocon des fêtes, de mon anniversaire, des clémentines et des crêpes de maman. Tu n’étais pas encore non plus la chaleur des premiers vrais beaux jours de la fin-mai, ceux où l’on sort en jupe sans collants, ceux où l’on commence à sentir l’été et les cerises. Tu étais un trait d’union, pardonne mon ingrat jugement médian.
Alors, oui, je ne t’aimais pas trop, et j’avais surtout hâte de pouvoir passer de Bélier à Taureau, de me découvrir d’un fil et de te tirer mon chapeau (de paille).
Mais j’ai changé, tu sais. Désormais, je crois de plus en plus en la beauté de chaque étape. J’essaie de grandir encore, de me dire que la moindre poussière de nos vies a du beau en elle ; j’essaie de mûrir encore, mûrir encore plus vite que les cerises, et de goûter chaque instant en mesurant tout ce qui fait la grâce de son sucre. C’est une ambitieuse entreprise qui n’est pas toujours évidente. Mais avec toi, j’y arrive, un peu, je cueille les feuilles de ton calendrier et j’essaie de mesurer la saveur de toutes tes dat(t)es. Comme mes failles, comme le chocolat noir, comme les dimanches de pluie et les fugues de Bach, j’ai appris à t’aimer. J’aime ton vert, ta renaissance, j’aime ton printemps et les murmures de ta lumière.  J’aime les balbutiements de tes beaux jours.
Je me dis qu’après-tout, il doit être difficile d’être un trait d’union. Surtout de nos jours.
Tu es le mois du A, le mois de l’ouverture, celui de l’Or et de l’Aurore.
Tu es le renouveau, l’ami qui frappe à la porte, la musique de la fête que l’on entend au loin à l’heure (et à l’or) du soir qui vient.Merci d’être le (petit) prince de nos rois estivaux, merci de nous rappeler que pour chaque bouquet il faut un bourgeon, une fleur avant chaque cerise.
S’il te plait, petit Avril, j’aimerais bien que tu sois doux cet année. Je sais que je n’ai rien à t’ordonner, mais cela me ferait plaisir. L’hiver a été long, et, si tu nous donnes le meilleur de toi-même, je crois que cela en aiderait beaucoup. Mais je souris en écrivant cela, parce que, quel que soit ton visage, je te promets que j’y verrai du beau, même en cherchant bien.
Merci mon cher Avril. A tout de suite.Céline.

Salade de petit épeautre aux légumes crus

(poireau, blette, aillet, fèves, thym et persil)

Ce qu’il y a avec l’arrivée du printemps, c’est que ça me donne envie de vert, de vert, de vert. Être dedans, je veux dire (enfin être à la campagne, vous saisissez), et en ingérer par bonnes doses.
Donc bon, je cède à mes pulsions, que voulez-vous.
[Le printemps me donne également envie de photos surex, vous l’aurez remarqué, je suis désolée. D’aucuns, ce sont les hirondelles, moi ce sont les photos cramées. Pardonnez-moi…]
Ce qu’il y a de bien avec cette salade, c’est que mis à part le petit épeautre, il n’y a pas besoin de cuire quoi que ce soit. L’ensemble devient une sorte de faux taboulé bien relevé, qui fait merveille dans les lunch boxes. J’en prépare une bonne dose qui se garde plusieurs jours. J’aime bien le goût vif des différents légumes crus en bouche, le poireau un peu piquant, la blette très douce, la fève toute craquante et les herbes qui viennent bien s’entendre avec tout cela. Nous arrivons au mois où nous croulons sous l’aillet, je ne sais pas si vous êtes familiers de cette brave petite chose? Il s’agit d’une toute jeune pousse d’ail, qui n’a pas de gousse, et qui ressemble à un mini-poireau. Emincé, il fait merveille aussi bien cru que cuit, son goût ressemble à celui de l’ail mais en beaucoup plus doux. (L’ail cru, personnellement, je ne peux pas… Mais l’aillet cru, oui!)

Dans l’idéal, on peut préparer cette salade à l’avance et laisser le temps aux saveurs de se développer.

Pour 4 personnes
300g de petit épeautre
1 poireau
1 grande feuille de blette
1 petit bouquet de persil
2 brins d’aillet
1 poignée de fèves fraiches
Quelques brins de thym frais (ou 2 càs de thym séché)
Pour la sauce :
5 càs d’huile de noix
Le jus d’1/2 citron
1 càs de purée de noix de cajou
3 càs de jus de pomme (ou autre)
Faites cuire le petit épeautre 45 minutes, égouttez-le et salez-le. Émincez tous les légumes : le vert et le blanc du poireau, la feuille de blette (gardez la tige pour plus tard), la totalité de l’aillet, le persil et le thym. Écossez les fèves et épluchez-les. Mélangez les ingrédients et ajoutez la sauce.
(On peut ajouter des graines germées comme je l’ai fait, ou tout ce que l’on veut, des amandes, des noix…)

 

Bon et vert avril!

Réciproque + biscuits au thé (vegan et sans gluten)

 

Je ne sais pas vous, mais moi, une idée me rend un peu triste.

 

Dans notre monde où tout ne tourne pas toujours rond, la conception mercantile et les valeurs pécuniaires évoluent. On n’a jamais autant parlé de l’entraide, du partage de choses et de savoirs. Se multiplient les sites qui proposent à des particuliers d’échanger, échanger des biens, échanger des services. Propose co-voiturage contre café et croissant, propose garde d’enfants contre cours d’anglais, propose repas chaud contre scoubidou, propose retouche couture contre réparation de vélo (paire de bretelles en sus). Et l’on échange sa maison contre tel être du bout du monde, ou ses lunettes de soleil contre un sac de marque. C’est merveilleux, on essaie d’avoir le moins possible besoin de raisonner en euros, en dollars, en espèces sonnantes et trébuchantes, et davantage en actes.
A première vue, c’est très bien.
C’est sûr.

 
Cependant, ce qui me dérange avec tout cela, c’est que l’on perd de vue le don, le vrai. A multiplier les gestes d’entraide qui attendent une réciproque, on finit par doucement gommer le réflexe de l’aide tout court, sans partage, gratuite. Devant ces postures très actuelles qui prônent le « partage » écologique, envahissant les revues bio et les livres de penseurs à la mode, j’ai peur. Peur qu’au nom d’une société « nouvelle », on tombe finalement dans un élan régressif d’une société schtroumpf dans laquelle on a l’impression de fuir l’argent mais où, au final, on tombe dans le même travers que toute société aux finances bien réglées : celui du donnant-donnant.
L’autre jour, une amie très bio me proposait de partager des cours de yoga, qu’elle donne par ailleurs, contre des cours de cuisine, parce que je lui proposais de lui apprendre quelques astuces. J’ai été gênée de sa proposition. Parce que lorsque je lui avais proposé de l’aider en cuisine, cela n’attendait pas de répartie, c’était une proposition toute pleine de gentillesse. Non que son réflexe ne soit pas « gentil », et j’adorerais qu’elle me « donne » des cours de yoga… Mais, précisément, j’adorerais qu’elle me les « donne ». Pas qu’elle me les échange. Je me suis sentie confuse de penser que je préfère encore payer concrètement un cours de yoga auprès d’une femme qui ne sera que mon professeur, et, le lendemain, passerun vrai moment avec cette amie qui sera un moment d’amie et non de « donnant-donnant ». Et au nom de cette envie, je préfère utiliser l’argent, le vrai, à condition d’en faire une utilisation raisonnée, plutôt que le « partage » en vogue, tout alléchant qu’il soit.

J’ai la chance d’avoir grandi auprès de personnes qui m’ont toujours rappelé l’importance du don, du vrai. Cela paraît très bien pensant, comme article, et même cucul sur les bords, mais je crois que certaines choses doivent être répétées, et si j’ai la chance d’être un peu lue, alors je la saisis pour le dire, encore : arrêtons de penser en « contrepartie »…

Récemment, j’ai découvert la plate-forme ulule, à l’occasion d’un véritable petit diamant qu’il faut aider. (J’en ai parlé ici.) Je le redis, je trouve cela magnifique que de pouvoir porter à bout de bras un projet d’auto-édition, d’auto-production, de livres, de musiques, de films. (Et celui-là, portez-le, faites-le monter encore plus haut, je ne le dirai jamais assez.) Mais une chose m’a attristée : là, encore, sur le petit coin, si, regardez-bien… sont proposées des « contreparties ». Les voilà. Encore elles. Oh, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne blâme pas les artistes qui les proposent, parce qu’elles sont des aides magnifiques, ni même les plate-formes qui les mettent en place, et encore moins les « acheteurs » qui trouvent en elles des petites étincelles de motivation au don et d’un remerciement…logique, après tout , je le conçois.
Mais, voilà, cela me donne envie d’espérer, de revendiquer une autre société. Et je n’ai qu’une envie, celle de vous encourager à donner sans contrepartie, pour ce projet, et tout partout autour de vous. Ne laissez pas notre société schtroumpf s’épanouir dans cette nouvelle version du mercantilisme.
Échangeons moins, donnons plus.


 

 J’ai imaginé ces biscuits pour qu’ils épousent joliment un petit moule indien, un trésor que j’avais trouvé à Paris dans un magasin plein de bric à brac qui s’appelle « La route de la soie », face au jardin des Plantes. C’est un tout petit moule en bois qui doit avoir au moins un siècle d’âge, il est tout usé, le bois est irrégulier, et je rêve pendant des heures en le caressant, imaginant les mille et une nuits des familles qui l’ont utilisé. Lorsque je l’ai acheté, je faisais des petits bonds dans la rue en sortant du magasin et en le gardant dans les mains.

Si vous n’en avez pas, une simple fourchette fera l’affaire… ou rien du tout, et ce seront des petits palets tous ronds et vraiment délicieux! Ils sont peu sucrés, et l’on sent bien les arômes des oléagineux et du thé : si vous les aimez plus sucrés, augmentez légèrement le sucre. Ils sont vraiment très faciles à faire, ne nécessitent rien de farfelu et se conservent très bien…

J’ai tellement adoré ces biscuits que je les ai faits plein, plein de fois. Je crois que ce qui déchire tout, c’est cette alliance entre la noix croustillante, la noisette, leur consistance juste moelleuse comme il faut, et cette pointe de thé à la menthe qui les parfume avec délicatesse et vigueur à la fois. Je ne sais plus à quand remonte ma première tentative d’intégrer du thé dans des biscuits, je crois que c’était pour suivre une recette italienne, et je m’étonne du peu de gens qui pratiquent cela parce que c’est absolument délicieux. J’ai choisi un thé vert à la menthe qui s’accorde merveilleusement bien avec les noix et l’amande, mais si vous n’en avez pas, vous pouvez très bien utiliser n’importe quel thé…

Biscuits au thé

(vegan-sans gluten)

(Pour 12 à 15 biscuits)

200g de farine de petit épeautre
40g de poudre d’amandes
80 g de sucre complet
1 càc de bicarbonate de soude
1 œuf de lin (1 c.à s de graines de lin moulues, mélangées à 2càs d’eau tiède)
3 càs de purée d’oléagineux (je mets 2 de noisettes et 1 d’amande)
1 verre de cerneaux de noix
2 càc de thé (vert à la menthe)

Préchauffez le four à 170°.
Mélangez tous les ingrédients dans l’ordre. Formez une boule malléable (ajoutez de l’eau au besoin).
Formez des noix de pâte, et étalez-les en petits palets. Striez-les à l’aide d’une fourchette (ou d’un moule).
Sur une plaque habillée de papier cuisson, faites les cuire environ 20 minutes.
Les biscuits se conservent très bien une semaine dans un grand bocal.

 

 

Je vous souhaite beaucoup de dons et de douceur.