Venise.

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Il ne comprend pas bien. Il ne comprend pas bien pourquoi, pourquoi le flot des touristes qui comprennent encore moins que lui vient couvrir le seul flot qu’il aimait, celui de la mer.

Il ne comprend pas trop pourquoi, les choix de ceux qui la gouvernent sans trop non plus la comprendre vraiment, pourquoi les artisans en souffrance et les magasins d’import sans souffrance du tout, pourquoi les fourmis des quatre coins du monde qui achètent des masques à deux pièces qui viennent de leur propre pays. Et ces paquebots comme des requins qui ont le droit de circuler devant San Marco, avec sur leur pont des gens qui n’ont pas d’yeux, juste des objectifs à la place, et qui ne prennent même pas le temps de se perdre derrière, plus loin là-bas, dans le labyrinthe des ruelles aux pavés qui chantent.

Il ne comprend pas bien les rouages qui s’articulent autour de ceux-là, ces gens d’ailleurs qui brassent le bleu des billets sans regarder celui des vagues, au mépris de tous ceux qui sont vraiment d’ici. Il aimerait pouvoir rester, simplement, rester sur ce bout de terre qui s’effiloche dans l’eau – ou serait-ce un bout d’eau qui s’effiloche dans la terre?-, et perpétuellement s’unir à sa belle à en mourir.

Il aimerait dire, dire au monde, combien Venise est une perle et même si elle s’effrite sur les pans de ses palais, combien il faut la soigner, la chérir, la serrer dans ses bras. Il aimerait bien dire, il ne peut pas parce que la beauté l’étrangle un peu dans ses larmes, il aimerait bien souffler la tendresse des bleus, ceux qui s’épousent sans célébration au creux de chaque clocher, ceux qui laissent fondre les frontières entre la terre et le ciel, quand tu regardes loin là-bas. Il aimerait toujours embrasser la franchise de chaque lueur, dans ce carrefour de tous les levants et tous les couchants, sur cette terre de marins, une terre d’humbles et de fiers à la fois, de puissants et de pêcheurs, une terre qui sent l’algue et le sublime.

Il aimerait chasser les verrues du mercantilisme, le déclin aussi, la pente vers l’abîme, le cassant déséquilibre entre ancien et renouveau ; chasser la brume du demain où aux pleins pouvoirs succèdent les pleins doutes. Il a peur des démons qui tachent ses horizons, et il se bat avec la muette tristesse de ceux qui dorment vraiment dans les draps de l’Île, et qui sont un peu d’elle, déclinant avec elle, conscients d’être sur la magnificence d’un château qui peut couler si on ne l’Aime pas avec une majuscule.

Il voudrait dire qu’ici, c’est le vent salé de Byzance un peu sur les lèvres des passants et sur le doré des églises, c’est la splendeur sereine à chaque campo, et les recoins tortueux qui abritent leurs trésors secrets. C’est le labyrinthe sans Ariane, c’est un morceau effrité de paradis qui toujours se bat, c’est une perle dont le brillant traîne les coeurs du Monde, aux accents des mouettes et des vieilles qui rient.

C’est le vivant spectacle d’une écrasante beauté, qui n’est qu’affleurée par le pas du passant, mais qui cache les trésors de sa toute puissance ancestrale sous l’or des myriades de coupoles, sous les linceuls des doges et les voiles des pêcheurs.

C’est le calme d’un paradis où chaque barque est un métier, chaque arbre une oasis, chaque église un Louvre, chaque horizon un tableau, et chaque rue un rivage.


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(N’hésitez pas à demander plus de précisions : on commence à maîtriser un peu le sujet Venise, sans non plus être experts. Ce qui est plutôt chouette, c’est qu’on y retourne dans quelques semaines – si vous avez des questions à approfondir lors de la prochaine visite…Sinon, pour les visites d’avant, il y a , ,  pour les gourmands,  et même au tout tout début!))

Pour dormir : Flo&Hugues, appartements et chambres d’hôtes // Locanda Ai bareteri 

Pour manger : La Zucca (♥♥) // Alle testiere  // Vini da Gigio // Al portego  //〈Je pourrais en parler des heures, dites moi si vous allez à Venise, et si vous voulez des précisions.〉

À faire : se donner le temps d’arpenter l’île à pieds, marcher et se perdre, passer par chaque campo, en saisir les nuances. Si l’on y reste peu de temps : choisir un ou deux quartiers et les approfondir (plutôt qu’essayer de survoler le tout, et au final n’en voir que les rues bondées de touristes). 

Lire, au préalable, (et mettre en fiches si on est un peu tarée) une histoire de Venise, (comme celle-ci, ou au moins les quelques pages d’un guide touristique). Apprendre quelques mots d’italien pour pouvoir échanger un minimum avec les habitants. 

Fuir les endroits très touristiques (aller à San Marco et au Rialto soit très tôt soit très tard), fuir les boutiques pour touristes, longer la mer, boire jusqu’à plus soif l’atmosphère calme, feutrée et dorée, les ruelles désertes, les campi où les enfants jouent au ballon, les petits marchés où vivent les Vénitiens.

Si on y reste plusieurs jours, se réserver une journée pour prendre un vaporetto pour aller dans les îles, Murano, Burano, et notre préférée, Torcello. 

Garder en tête que Venise donne le meilleur d’elle-même deux fois par jour : très tôt le matin, et à la tombée du jour, voire de nuit…

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53 commentaires sur “Venise.

  1. Merci pour cet émouvant article!
    Je suis d’autant plus émue que nous allons à Venise la semaine prochaine (2 nuits seulement..)

    Pourriez-vous me dire si les restaurants que vous conseillez proposent des plats sans gluten (je suis intolérante au gluten, je pense qu’en Italie il y a des pâtes sans gluten).

    Merci pour votre réponse!

    Nicole

    1. Bonjour Nicole! Vous avez tellement de chance d’aller à Venise la semaine prochaine! Je vous souhaite un ciel tout bleu! (Mais ne vous inquiétez pas, sous la brume, ou même la pluie, cela reste absolument magique.) Est-ce la première fois que vous y allez? Et dans quel quartier logerez-vous? En trois petits jours, vous ne verrez pas tout, mais cela suffira pour que vous sentiez l’atmosphère magique de l’île, et puis cela vous donnera certainement envie d’approfondir! Il faut juste connaître les bons endroits 😉 Peut-être savez-vous déjà précisément où vous irez?
      Pour le sans gluten, alors, c’est un peu compliqué, même si ça l’est moins qu’en France à mon avis. Les Italiens sont bien en avance sur tout ça et ça ne choquera personne si vous annoncez dès votre arrivée que vous cherchez quelque chose « senza glutine ». Êtes-vous végétarienne? Si vous ne l’êtes pas, alors là c’est très simple : il vous suffira de choisir parmi les « secondi », les plats de poissons/viandes, avec éventuellement une assiette de « contorni » (les légumes.) C’est servi sans céréale, la plupart du temps. Autre point fort : il y aura quasi systématiquement un risotto (végétarien) au menu!
      Après, pour les pâtes, je ne sais pas du tout quel restaurant propose des pâtes sans gluten, il va falloir partir en chasse…
      Gros détail : pensez à réserver! Les (bonnes) tables sont prises d’assaut, et il faut vraiment s’y prendre à l’avance.
      Dans tous les cas, dans les restaurants italiens, on peut toujours s’en sortir avec des « contorni » que l’on peut prendre à l’assiette, même par 2 (je l’ai déjà fait!). Ils sont plus adaptables que nous et pour eux c’est quasiment impensable d’avoir chacun son assiette, en fait : une table commande plusieurs plats, qui arrivent au milieu, et chacun a une assiette vide devant soi, et se sert de ce qu’il veut. C’est assez familial finalement comme idée! 🙂

    1. Merci Elisabeth! N’hésitez pas à consulter les liens des anciens articles (je les ai mis au début des conseils en italique), s’ils peuvent vous être utiles, j’en serais ravie! Et un excellent voyage, alors, n’hésitez pas à poser des questions si vous en avez! 🙂

  2. Merci pour cet article…
    Je suis allée deux fois à Venise. La première fois, je l’ai détestée. Je n’ai pas aimé les visites que l’on a voulu m’imposer. La deuxième fois, je me suis laissée porter.
    J’ai aimé me perdre, marcher le nez en l’air en traversant dix fois le même pont, manger une glace au bord du canal, loin de la foule et du bruit, sortir à l’heure où les bateaux viennent faire les livraisons de la journée, m’attarder sur les façades défraîchies des palaces et imaginer les moments de faste qu’ils ont vécu, voir les Alpes depuis le haut de la tour située sur la place San Marco avant l’heure de pointe…
    Tant de précieux souvenirs que je me remémore en regardant ces photos!

    1. Je suis heureuse d’avoir pu te faire voyager encore un peu alors! 🙂 Tu as tout à fait raison, se perdre, passer plusieurs fois sur le même pont… (« Mais on tourne en rond là? Non? On l’a déjà vu ce campo! Quoi, c’était pas celui-là? Mais si! » 😉 Et les glaces, mon dieu, et le ciel de l’aurore…

  3. Je ne connais pas Venise mais je rêve d’y aller… Je fais donc le forcing pour que ce soit l’année prochaine… Quelle saison conseilles-tu (pour une première fois) ?

    J’ai découvert Venise avec Proust, j’ai rêvé de Venise avec lui, et l’été dernier, j’ai lu Les Pierres de Venise de Ruskin… et même si c’est très technique, j’ai tellement aimé sa façon de raconter l’histoire de la ville… même s’il est sans concession parfois !

    Et enfin, merci pour ces images…

    1. Ouaou, tu es une experte! Oh là là, mais comme il doit te tarder d’y aller, alors! Aborder Venise avec des yeux un peu éclaircis par des livres, c’est la meilleure recette pour apprendre à l’aimer. (L’adorer, la vénérer…) 😀
      Une des meilleures saisons pour voir Venise la première fois est au printemps, mars/avril/mai. C’est là que l’on a le plus de chance d’avoir une météo clémente (l’hiver est très pluvieux, et l’été très humide, avec touristes et moustiques). Cela dit, je crois vraiment que Venise est magnifique tout le temps, absolument. En tout cas, c’était la première fois que nous la voyions en hiver, et, oh!, quel paradis… Une Venise avec moins de touristes étrangers, très venteuse, avec de beaux cieux nuancés d’hiver, une nuit qui tombait tôt et qui enveloppait l’île de mystère…

  4. Je ne connais pas Venise.. Sans doute son côté trop touristique a fait qu’elle n’a jamais vraiment été dans ces endroits où j’ai très envie d’aller… Et puis, je la découvre sous ta plume, dans ton regard, et je souhaite partir sur le champ, je souhaite me perdre dans son dédale de ruelles, je souhaite me laisser porter par le flux et le reflux de ses eaux, je souhaite flâner le nez en l’air, sans rien vouloir d’autre que juste être là…

    1. Oh là là, alors, si je t’ai fait (un peu) changer d’avis au sujet de Venise, j’en serais la première comblée, Ma’! Oui, il faut la prendre avec ses nuances et ses fragilités, avec l’envers de son décor, avec les murmures de ses ruelles, celles que l’on connaît peu, que l’on connaît moins. Et là, c’est toute sa magie qui opère… Merci de ta jolie sensibilité! <3

    2. Oh là là moi aussi ça n’a jamais été le grand rêve, Venise, et l’an dernier on a choisit de prendre le vol le moins cher au départ de Paris pour nos vacances, et c’était Venise.
      Eh bien, quelle claque!!! Quelle merveille! Des palais abandonnés, une mer turquoise, on se croirait à une autre époque! C’est beau et triste à la fois, c’est un petit diamant.
      Je suis, donc, très touchée par ton texte Cél, merci!

  5. Sublimes photos et magnifique article! Il est possible que j’y retourne aussi pour fêter mes trente ans! J’espère que je pourrai compter sur toi pour les bonnes adresses! J’aime beaucoup le principe de retourner plusieurs fois dans une même ville comme celui de relire plusieurs fois le même livre à des années de différence, avec à chaque fois un œil neuf.

    Merci pour ce moment de rêve par les mots et les images <3

    1. Ah mais si tu y vas (c’est en Août, je crois?), alors là, mais mille fois oui pour un thé+briefing avant! 🙂 C’est drôle, ce que tu dis, moi aussi j’adore retourner dans un endroit. Et en fait, tu touches une corde intéressante, de différence entre Dorian et moi. Moi, j’adore lire un livre déjà lu, voir un film déjà vu, alors que lui, il déteste ça, il veut en garder la prime émotion dans le coeur, et il préfère découvrir quelque chose de nouveau plutôt que de « réchauffer » quelqu’oeuvre. (Impression que je ne partage pas du tout, mais c’est une jolie différence dont nous nous amusons.) OR, il adore retourner à Venise. Mais « adore », puissance un milliard. (Pas trop dans les autres destinations). C’est comme s’il y avait un truc magique avec Venise, chez lui, chez moi. Comme s’il éprouvait le désir de retourner un peu chez lui, de connaître encore mieux, encore plus en détail, d’avoir encore plus précisément le plan en tête. Et moi, évidemment, j’ai aussi l’impression rassurante de retrouver un vieille chambre, dans laquelle nous nous sentons bien. Bref, je raconte un peu ma vie, mais ton commentaire m’a fait réfléchir à tout ça et c’est chouette! 😉 Bisous Emeline!

      1. Je ne sais pas si ce message apparaîtra bien sous ton commentaire!! Je trouve aussi intéressant de cultiver les différences dans le couple alors si effectivement tu aimes relire certains livres et pas Dorian, c’est plutôt chouette!! Pour Venise, je n’y suis allée qu’une fois mais je comprends bien cette fascination qu’elle peut exercer! Venise est donc la seule (avec toi bien sûr :-)) à pouvoir conquérir le cœur de Dorian plusieurs fois! Cela ne la rend que plus belle!

  6. Super article très émouvant… Je suis allée 2 fois à Venise et je dois dire la justesse de tes mots, c’est dommage qu’une telle beauté soit menacée de la sorte… Tes photos sont très justes et magnifiques!
    Au plaisir de te lire à nouveau 🙂

  7. Très bel article pour parler d’un endroit que j’ai adoré malgré les aprioris avant mon départ. Je suis d’accord avec toi : se lever tôt pour mieux la découvrir et s’éloigner des lieux touristiques. Je vais aller lire tes autres articles.

  8. j’adore les photos que tu a prise, je suis très impressionnée par la vue qu’il y’a et puis le texte m’a juste touchée, on devrais vraiment prendre conscience de ce que l’on a devant sois parfois.

    merci pour la découverte, c’est beau !

    des bisous 😀

    1. Comme je l’ai dit suite à un autre commentaire plus haut, je conseillerais le printemps – mais heureusement, Venise est belle en toute saison! L’idéal est de pouvoir y aller hors vacances scolaires. Bons préparatifs!

  9. Superbes ces mots, tout autant que l’est cette magnifique ville, ce petit paradis d’Italie qui garde sa poésie, ses belles couleurs et son atmosphère unique. Merci pour ce joli voyage en photos et en mots ! Belle journée à toi 🙂

    1. Merci à vous, Nicolas-Emilien. J’aime énormément votre univers littéraire, que je trouve délicat et inspiré. Continuez d’écrire, le monde a besoin de plumes et de poésie … Bien amicalement.

  10. J’aime quand tu nous racontes des histoires, avec des mots si vrais et des images qui font vibrer. Ce récit laisse une douceur empreinte d’une pointe d’amertume: triste est le sort des villes et cités qui deviennent des sites touristiques avant d’être des lieux de vie.
    Merci pour ce joli voyage, j’espère un jour la découvrir, cette fameuse Venise : sans contrainte, à notre rythme et à son rythme à elle surtout.
    Plein de douces pensées <3

  11. Pendant 4 ans j’ ai vécu à Venezia où j’ ai passé les plus belles années de ma vie..j’y retourne deux fois par an, pour deux jours.. j’aime cette ville comme aucune autre au monde.
    La Zucca est un restaurant végétarien??Il est très facile de l’ être en Italie..Je suis végétalienne, et je n’ ai jamais rencontré la moindre difficulté .

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